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Note de lecture- xxxxx Punir les pauvres. Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale

xxxxxx, /Punir les pauvres./ Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale, Collection Contre-Feux, Agone, Septembre 2004, 347p

Insécurité sociale et délire sécuritaire à l’heure du néolibéralisme triomphant


Avertissement
Mail de Loïc Wacquant septembre 2010
Merci de retirer toute mention de l'ouvrage PUNIR LES PAUVRES de votre site: il s'agit d'une version contrefaisante, version truquee et tronquee de mon travail publiee sans contrat ni bon a tirer par Agone, contre ma volonte explicite et expresse. Cet ouvrage est une tromperie; ce n'est pas le mien; il ne figure pas a ma bibliographie, merci de ne pas me l'attribuer. Vous pouvez lire la version complete et conforme de mon travail en anglais, PUNISHING THE POOR, Duke University Press, 2008.
Cordialement,
Loïc Wacquant
Professor, University of California, Berkeley Chercheur, Centre de sociologie européenne, Paris http://sociology.berkeley.edu/faculty/wacquant/
Department of Sociology University of California-Berkeley Berkeley CA 94720 USA fax 510/642-0659



Origine http://www.local.attac.org/vaud/article74.html

Dans nos derniers numéros, nous nous sommes penché-e-s, avec l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), sur les attaques dont les services publics sont l’objet de par le monde. Or, cerise sur le gâteau, alors que l’Etat social se réduit progressivement à peau de chagrin au niveau planétaire, l’Etat pénal et policier, quant à lui se porte comme un charme et risque malheureusement d’avoir de beaux jours devant lui.
Sur la base du dernier ouvrage du sociologue Loïc Wacquant , nous voulons ici pointer du doigt la véritable « guerre contre les pauvres » menée depuis 30 ans aux Etats-Unis et depuis une dizaine d’année en Europe. Une guerre nécessaire au maintien de l’ordre néolibéral dont la logique, qu’attac ne peut que dénoncer, est aussi simple que cynique : il s’agit pour les classes dirigeantes de marginaliser, voire d’écraser les catégories les plus pauvres de la population, afin elles n’aient même plus les moyens de se défendre. Il s’agit d’autre part de faire croire à l’ensemble de cette même population, que l’insécurité qu’elle ressent est due à la « menace terroriste » ou encore à la petite délinquance de rue, érigée en problème de société majeur par les gouvernements de droite comme de gauche, et par la quasi-totalité des médias. Loin de nous l’idée de nier que l’insécurité existe, mais il faut tout d’abord la définir : c’est avant tout d’une insécurité sociale qu’il s’agit. Une insécurité sociale qui, loin de se résoudre, s’aggrave aussi bien avec le recul des prestations sociales qu’avec l’augmentation des mesures répressives et punitives.

Les Etats-Unis : moins de social pour plus de pénal


Aux Etats-Unis, ces trente dernières années, l’Etat charitable s’est transformé pas à pas en un Etat pénal et policier, au sein duquel la criminalisation de la marginalité et de la pauvreté font office de politique sociale. Il en résulte aujourd’hui que l’économie est dérégulée à tout crin, la structure de classe est polarisée, la division raciale est tranchée, les tensions sont insoutenables entre les exigences de la famille et celles du travail, et enfin les inégalités sont écrasantes dans l’accès à l’éducation et à la santé. Pour n’en donner que deux exemples représentatifs : alors qu’en 1975, les 2/3 des chômeur-se-s étaient indemnisé-e-s, seulement un 1/3 le sont aujourd’hui. En outre, le bénéfice des aides sociales est limité à une durée maximale de 5 ans pour toute une vie.

Pourtant la politique sécuritaire bat son plein, et dans ce cadre les prisons font leur grand retour. Ces 25 dernières années, les arrestations et les condamnations se sont multipliées, alors que la criminalité est restée stable. En 1975, on comptait 400 000 détenu-e-s, ils et elles étaient 2 millions en 2002. Ainsi, les prisons sont aujourd’hui la quatrième plus grande « ville » des Etats-Unis. Selon Loïc Wacquant, aucune société, y compris l’URSS des Goulags, n’a connu de système carcéral d’une telle ampleur. Pour mener à bien cette expansion du système carcéral, il faut mobiliser des moyens financiers et humains sans précédent. Alors que les crédits pour les programmes sociaux, l’éducation et la santé régressent toujours plus, ceux de la police, de la justice et des prisons augmentent dans des proportions qui vont même jusqu’à dépasser les crédits militaires. Les effectifs du personnel pénitentiaire aux Etats-Unis se montent à 650 000 employé-e-s.
Les prisons sont le troisième employeur du pays. Elles arrivent juste derrière Manpower et General Motors et devant McDonald...

A partir de 1987, l’idéologie de la marchandisation pousse l’Etat à confier au secteur privé les établissements pénitentiaires.
L’emprisonnement « rentable » fait ainsi son apparition. Vingt firmes se partagent 150 000 détenu-e-s. Certains états déplacent même leurs déténu-e-s, suivant la loi de l’offre et de la demande. Une technique inédite de gestion de la misère est mise sur pied. De nouvelles formes de régulations apparaissent. Elles se caractérisent dans les faits par une régression de la politique sociale, alors que la politique pénale occupe un espace toujours plus conséquent.

Une voie « européenne » vers l’Etat pénal ?

Mais où se situe donc l’Europe par rapport à cette question ? L’auteur constate avec une ironie amère que les pays d’Europe, en particulier la France avec l’appui de la gauche gouvernementale, avancent désormais à pas de géant dans la même direction. Cela au moment même où cette politique catastrophique commence à soulever des critiques aux Etats-Unis. La France, comme la plupart des pays occidentaux, n’a de cesse de renforcer sa politique pénale. Depuis quelques années le terme « insécurité » est sur toutes les lèvres. L’objectif d’une telle mise en scène sécuritaire ? Il est simple pour les autorités, il s’agit de montrer la force, l’utilité de l’Etat alors qu’il crie son impuissance dans le domaine social et économique. Les grands journaux et les principales chaînes de télévision regorgent de faits divers judiciaires qui semblent nous menacer de partout : un instituteur pédophile, un enfant assassiné, une voiture brûlée, un chauffeur du bus insulté...Tous les politiciens promettent d’y remédier, en France l’exemple de l’achat ruineux d’un gilet pare-balles pour chaque gendarme et policier alors que 90% d’entre eux n’entreront jamais en contact avec un malfrat armé durant leur carrière, en est assez caractéristique. Au niveau légal, le paroxysme semble avoir été atteint dans ce pays avec les lois dites Perben I de 2002, (responsabilité pénale des enfants dès l’âge de 10 ans, création de centres éducatifs fermés), en 2003, les lois Sarkozy (création de délits de racolage passif, mendicité agressive, présence dans les halls d’immeubles), et enfin Perben de 2004 (garde à vue prolongée sans présence d’un-e avocat-e, possibilité de poser micros et caméras...).

Pour terminer arrêtons-nous un instant sur la Suisse. En effet, nombreux sont aussi les exemples qui en font un excellent élève en la matière.
Coupes budgétaires tant au niveau national que cantonal et délire sécuritaire font partie de notre quotidien. Souvenons-nous par exemple de l’armada et de l’hystérie sécuritaire du G8 d’Evian en juin 2003 ; ou prenons un exemple actuel : les bilatérales bis négociées entre l’Union européenne et la Suisse comportent 9 volets (environnement, formation, fiscalité etc...). Pourtant surprise, jusqu’à présent un seul volet paraît déchaîner les passions en Suisse, et bien souvent les plus viles : l’accord Schengen/Dublin sur la coopération dans le domaine de la justice, de la police et de l’asile.
Pourtant d’autres approches existent défendues dans ce livre, et que nous essayons de relayer à attac. Une véritable alternative à la criminalisation de la misère résiderait dans la construction d’un Etat social digne de ce nom. En effet, comme l’écrit Loïc Wacquant (p.310) : « /Trois siècles et demi après sa naissance, le moyen de faire reculer la prison reste encore de faire avancer les droits économiques et sociaux. / »

Pour plus de renseignements sur l’auteur, professeur à l’Université de Berkeley et pour avoir accès à plusieurs de ses plublications, cf.

http://sociology.berkeley.edu/faculty/wacquant/