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Louis Sala-Molins, Le livre rouge de Yahvé, Paris, La Dispute, 2004, 248 p.
Bassidiki Coulibaly

Origine : http://www.deroutes.com/autre1/texte/te412.htm

Comme le titre l’indique, Le livre rouge de Yahvé est un livre qui commence par un « Avertissement salutaire au lecteur mécréant (le pieux est au courant ) » et se termine par une table des matières. Entre l’ouverture et la clôture du livre, se trouvent, et par ordre biblique et typographique, les deux grandes parties que sont « Genèse (Beresith) De la Création du monde à la mort de Jacob et de Joseph » (p. 9 à 145), « Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome (Veele Semoth, Vaicra, Vaiedabber, Elle Haddebarim) De l’Egypte à Canaan, par la mer Rouge et le désert » (p. 147 à 226), puis la conclusion intitulée « Josué (Iehosua) le magnifique », et enfin une postface pour faire bonne mesure. Si la lecture de l’avertissement est primordiale, celle de la postface est facultative, à la seule condition suivante, que pose l’ « Avertissement » : « Il est vivement conseillé de ne lire la postface (dont on peut se passer) qu’après avoir lu ce très honnête raccourci de la Torah et du livre de Josué ». Quant à la table des matières, son élaboration très soignée et son dynamisme en font la meilleure vue panoramique et le meilleur résumé du livre.

Louis Sala-Molins a une présence haute en couleurs dans le terne et morne paysage intellectuel contemporain. Le livre rouge de Yahvé est la dernière d’une impressionnante liste de publications dont la première a pour titre Lulle. Arbre de philosophie d’amour. Livre de l’ami et de l’aimé (1967). Entre son compatriote Raymond Lulle (XIIIe siècle) et le fantomatique et fantasmatique Yahvé, l’auteur s’est forgé une existence dont les couleurs de l’arc-en-ciel ne suffiraient pas à en rendre compte. Quand Louis Sala-Molins a quelque chose à dire, aucun bâillon ne l’arrête ; ni le bâillon de la grammaire, ni le bâillon culturel, ni le bâillon institutionnel. Et parce que le bâillon qui le réduira au silence n’a pas encore été inventé, Sala-Molins ne sait pas tricher. Car après avoir posé et répondu à la question La loi de quel droit ? (Flammarion, 1977), après avoir mis sous le nez du monde entier Le Dictionnaire des inquisiteurs. Valence, 1494 (Galilée, 1981), après avoir exhumé de l’oubli organisé Le Code Noir ou le calvaire de Canaan en 1987 ainsi que L’Afrique aux Amériques. Le Code noir espagnol (P.U.F, 1992), après avoir mis au grand jour la même année 1992 Les misères des Lumières. Sous la raison, l’outrage (Robert Laffont), après avoir célébré Sodome. Exergue à la philosophie du droit (Albin Michel, 1991), etc., que restait-il à Louis Sala-Molins si ce n’est l’affrontement très humain au monstre de tous les monstres possibles et imaginables : Yahvé. Il faut dire que comme Socrate, Sala-Molins a eu le bonheur de « corrompre » la jeunesse en tant que professeur de philosophie politique, entraînant avec lui tous ceux qui, étudiant ou pas ont bien voulu l’accompagner dans une quête de l’humain qui vaut son pesant d’amour face aux inénarrables conquêtes de Yahvé. Sur demande des gredins qui l’ont jugé, Socrate estima qu’il méritait d’être condamné à mener à terme sa singulière existence aux frais de la « princesse », sa très chère cité athénienne. Et comme le monde ne tourne pas rond depuis cette époque, le pieux Socrate a été condamné à boire la ciguë, qu’il a bu, nonobstant l’inaliénable souveraineté de son « démon ». On se souvient aussi de Jean-Paul Sartre terminant son roman autobiographique Les mots, par ces inoubliables paroles : « Je vois clair, je suis désabusé, je connais mes vraies tâches, je mérite sûrement un prix de civisme ». Quant à Sala-Molins, il ne réclame rien en vertu du mérite. Et s’il déclame corps et cœur son insatiable appétit pour les fruits de l’Arbre de Vie et ceux de l’Arbre de Connaissance, c’est que sa rencontre avec le catalan Raymond Lulle a confirmé à jamais son intime conviction : c’est parce que le Commencement est parti en couilles que l’humanité à créé et planté l’Arbre d’Amour. Au commencement de l’inhumanité le Verbe, au commencement de l’humanité l’Amour. Que serait l’humanité aujourd’hui sans le lécher originel d’Eve par Adam et le lécher originel d’Adam par Eve ? L’humanité ne serait pas, tout simplement. Sala-Molins est-il provocateur, suicidaire ou fou pour oser une telle lecture du Livre des livres ? « Je joue le plus sérieusement du monde le jeu que la « révélation » impose au croyant de jouer (« c’est Dieu qui dicte, il ne saurait ni ne pourrait mentir ») et, en même temps, celui qu’impose la raison (« voici donc les turpitudes dont on nourrit l’âme du croyant pour son édification ») » (p. 242), serine-t-il dans Le livre rouge de Yahvé !

Yahvé ! Yahvé le personnage à la fois central et périphérique, à la fois fictif dans son être et réel dans ses très basses œuvres… Ses manœuvres, sacrément divines, sont originellement incarnations de murs entre les humains (chouchous – Abraham, Moïse…, peuple élu – Juifs, terre bénie – Israël, etc. et les autres – damnés du Ciel), originairement déchaînement de violences inouïes (infanticides en Egypte, tueries gratuites, massacres, guerres, génocides – dont celui fondateur de Moïse à l’est du Jourdain, etc.), principiellement asservissement, esclavage, colonisation, etc. Au Seigneur, il faut des saigneurs, il faut que ça saigne, même si tout doit « partir » en fumée : « je me came, me shoote et m’éclate à la fumée de la graisse. Je suis Yahvé » (p. 196), c’est comme ça. Yahvé, autant dire la civilisation judéo-chrétienne d’Hier et d’Aujourd’hui. Et celle de Demain. Le livre rouge de Yahvé a l’actualité de la civilisation gréco-latine, dont l’Occident, avec ses laïcs républicains et ses démocrates chrétiens, ses scientifiques « apolitiques » et ses historiens légistes, bref, tous les serviteurs de l’immonde et cannibale Raison incarne le nombrilisme. Et dire que nos contemporains ne jurent et ne conjurent que par le pâle humanisme des Lumières, dont Kant le chef de file, thèse et confesse : « La Bible mise à la portée de tous est le plus grand bienfait qu’ait pu connaître la race humaine. Toute atteinte contre elle est un crime envers l’humanité ». Quand on sait que l’Afrique, le continent « sans histoire » et « sans écriture » est le continent où la Bible est la plus traduite (274 langues en 2002 d’après United Bible), quand on sait qu’à cause des siècles d’esclavage, de traite négrière, de colonisation, de massacres, de génocide commis par Yahvé et ceux de son continent, et que l’Afrique est depuis lors dans une interminable agonie, il faudrait affirmer, contre Kant et tous ceux qui se réclament de la Bible que l’histoire de l’humanité (à ne pas confondre avec l’histoire de la judéo-chrétienneté) nous enseigne que toute atteinte de l’homme par Yahvé n’a jamais été autre qu’un crime contre l’humanité, que tout peuple atteint par la Bible, y compris le peuple élu, a été victime de crime contre l’humanité. Avec Yahvé, seul le crime paie. Ad vitae aeternam. De toute éternité Yahvé lui-même a-t-il rien fait d’autre que de se nourrir de crimes contre sa création et ses créatures ? Par envie, par méchanceté, par stratégie, par incarnation du pouvoir absolu. Les serviteurs de Yahvé ont fait du crime contre la Bible un « crime envers l’humanité » et ont précipité dans les abysses du silence les crimes de Yahvé contre l’humanité.

Louis Sala-Molins : « - Tiens, croque à pleines dents, toi aussi, dit femme en lui tendant la poire entamée.

Convaincu d’en finir à jamais avec le cerclage, le bouturage, l’arrosage et la chasse interminable de cette saleté de pucerons et ne parlons pas des taupes et de toute la république des scarabées ; constatant que la femme était là et bien là sans aucun signe de pâleur, bien au contraire, avec un je-ne-sais-quoi de plus en son visage, l’homme croqua la poire. Ils se la passèrent l’un l’autre. Toute. Et il se produisit alors un événement unique du début des temps jusqu’alors. La femme mouilla comme une fontaine, l’homme banda à se rompre. Comme ça. Sans raison. L’un et l’autre furent gênés par cet énervement inattendu du sexe, qui ne se produisait jusque-là qu’à leur volonté, à l’instant où ils décidaient que c’était maintenant et pas plus tôt ni plus tard et sans en faire tout un plat. Et cette bandaison et cet écoulement ramenèrent au sexe tout le corps. Ce n’était ni le jour ni le moment. Avec la soudaineté de l’éclair, leurs yeux s’ouvrirent : ils comprirent que leurs sexes, aux émotions molles jusqu’alors, s’étaient affranchis et dominaient leurs volontés, qui ne connaissaient, jusque-là, que la loi de Yahvé Dieu. La femme sentit en elle un émoi dont elle savait à peine l’ébauche, mais dont la soudaine violence la terrassa. Ses jambes fléchirent, elle s’appuya sur le tronc de l’arbre et voila d’une main la toison de son sexe. De ses mains l’homme cacha le sien et un tremblement intense, que sa volonté abhorra, secoua tout son dedans. Un jet de sperme mouilla ses doigts. Homme et femme, leurs regards effrayés se croisèrent, ils eurent honte de leurs sexes, assemblèrent des feuilles de figuier avec de longs brins d’herbe et se firent des pagnes. La jugeote de Yahvé ? C’était la honte. » (pp. 21-22).

Louis Sala-Molins encore : « C’était fini. Josué s’était emparé de tout le pays, exactement comme Yahvé l’avais dit à Moïse, et il le donna en héritage à Israël. Avec le génocide largement entamé par Moïse à l’ouest du Jourdain et rendement accompli par Josué à l’est du fleuve jusqu’à la grande Mer, Yahvé avait apporté la solution finale au problème cananéen qu’il avait crée de toutes pièces par la bouche de Noé le jour de la cuite mémorable du rescapé du déluge et de l’invention de l’esclavage. Il avait dégagé pour son peuple l’espace vital qu’il avait juré de donner à Abraham et à son cadet Isaac, à Isaac et à son cadet Jacob, à Jacob et à ses 12 enfants, sans compter Dina l’unique, par qui le malheur était arrivé à Sichem. (…) Et c’est à Sachem, la ville enfiévrée autrefois par la circoncision forcée de tous ses mâles et noyée, aussitôt après, dans le sang de tous ses habitants versé par les fils de Jacob, les premiers génocideurs de la lignée israélite, que Josué, ordre de Jahvé, fixa un statut et un droit pour leurs descendants. Statut et droit fixés, Josué mourut, à l’âge de cent dix ans. On l’enterra. Yahvé avait basé la paix des circoncis sur un mortier de prépuces et fondé le droit des saints sur le sang des innocents. Il est Yahvé. Gloire à lui pour les siècles des siècles » (pp. 234, 235 et 236).

« La paix blanche » selon Robert Jaulin ou « la pax israelita » que Le livre rouge de Yahvé explore avec toute son humanité, rien que pour toute l’humanité. Il est urgent que Le livre rouge de Yahvé soit traduit en autant de langues que la Bible et diffusé à tout vent, en guise de complément propédeutique et thérapeutique aux 546 millions de Bibles qui polluent la planète terre, et la « communauté internationale » condamnée à réaliser cette exigence de l’humanité, sous les yeux du mortel Louis Sala-Molins.

Bassidiki Coulibaly