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Origine : http://www.moisdon-la-riviere.org/articles.php?lng=fr&pg=469
Monsieur Le Maire de Moisdon-La-Rivière,
Madame La Conseillère Régionale,
Messieurs Les Conseillers Généraux,
Monsieur Le Maire Honoraire du Grand-Auverné,
Messieurs les Maires, Mesdames, Messieurs les Elu(e)s,
Monseigneur Georges Soubrier, Evêque de Nantes,
Mme Odelinda Gutierrez, ancienne internée du camp de Moisdon,
Mesdames, Messieurs, les anciens internés de Choisel et Moisdon,
Mesdames, Messieurs, les Présidents d’associations,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis.
Je dois excuser Messieurs Michel Hunault, Député,
et Alain Hunault, Président de la communauté de Communes
du Castelbriantais, Madame Odette Nilès qui a dû renoncer
pour raison de santé à ce déplacement et est
représentée par Mme Méchaussie.Notre présence
en ce lieu est symbolique. Nous sommes réunis par-delà
nos opinions, convictions, religieuses, philosophiques, politiques
dans le respect de tous, pour nous souvenir d’une sombre page
de l’histoire de notre pays.
Pluraliste, notre réunion ne peut cependant être neutre,
puisque que nous entendons transmettre, pour ce qui nous concerne,
les Valeurs Républicaines qui constituèrent les orientations
novatrices et démocratiques du programme du Conseil National
de la Résistance.
Mme Gutierrez, vous aviez 8 ou 9 ans, lorsque vous vous êtes
retrouvée ici à la forge. C’est à vous
et à toutes les familles Espagnoles Républicaines
qui ont séjourné dans les camps que nous voulons rendre
hommage.
Avec vous « les Vieux », appelés ainsi dans
le monde du voyage, ce sont toutes vos familles qui ont également
été internées par la suite en ce lieu, et à
Choisel, que nous entendons honorer. Dans, un mois exactement, il
y aura 66 ans que le sinistre camp de la Forge fermait. Pour autant
ses internés devaient encore subir de longues années
de détention.
Le poète nous avertit, « si l’écho de
leurs voix s’éteint, nous périrons ».
Nous sommes rassemblés aujourd’hui, précisément
pour que ne s’éteigne pas la mémoire si fragile
des internés des camps de La Forge, mais aussi ceux de Juigné
les Moutiers, de Choisel, et de tous ces camps ouverts dés
1940 par l’Etat français qui promulgua des lois antirépublicaines,
racistes et xénophobes, qui lui permirent d’interner
sans jugement, d’arrêter des étrangers réfugiés
en France, des opposants politiques, des syndicalistes, des Français
que nous regroupons sous le vocable Gens du voyage, même si
certaines familles étaient sédentarisées, puis
les juifs, les patriotes, avant de les livrer aux nazis.
Il était grand temps de rappeler aux nouvelles générations
ce qui à existé ici, comme à Mulsanne ou Montreuil-Bellay
et hélas dans des centaines de lieux semblables dans l’ouest
du Pays.
Contrairement, à ce que certains pourraient penser, le rôle
de nos associations ne s’atténue pas avec les années.
Le travail sur l’histoire et la mémoire est d’actualité,
a l’instar de ceux réalisés par François
Macé sur les « Camps de Châteaubriant »
et d’Emilie Jouand, sur le camp de la Forge. Il et Elle méritent
félicitations, reconnaissances, et remerciements.
Pour notre part, nous oeuvrons à la transmission de la mémoire
de celles et de ceux qui résistèrent, et de celles
et ceux qui furent les victimes de CE fascisme français.
Nous commémorons, en organisant la participation de dizaines,
de centaines, voire comme en octobre 2007, de milliers de personnes
à Châteaubriant.
Le contenu de ces rassemblements porte des valeurs républicaines
et démocratiques qui nous sont chères.
« Si l’écho de leurs voix s’éteint,
nous périrons ».
L’actualité nous apporte, hélas, régulièrement
des exemples, de privations de liberté, d’exactions,
d’oppressions, de massacres, de crimes racistes, fruits de
l’intolérance, du racisme, de la xénophobie,
de la négation de la démocratie, de la domination
de la loi de l’argent sur les principes d’égalité,
de fraternité et de liberté.
Nous commémorons, car il nous paraît nécessaire
que soient tirés les enseignements susceptibles d’éclairer
l’avenir. Les nouvelles générations doivent
avoir conscience de la valeur primordiale des principes que les
nazis et leurs complices ont foulés au pied.
Affligeant, intolérable de voir qu’AUJOURD’HUI
des manifestations néo-nazies se perpétuent. Trois
parachutistes de Montauban qui exhibent un drapeau nazi et le plus
odieux c’est le militaire qui a révélé
ses agissements qui a été sanctionné. Révoltant
et abject la profanation des 148 tombes du carré musulman
du cimetière militaire de Notre-Dame-de-Lorette, près
d’Arras.
Préoccupantes, inquiétantes, les discriminations
à l’encontre des Voyageurs, population qui comme le
souligne la LDH est souvent stigmatisée au prétexte
qu’elle a un mode de vie itinérant.
Notre République, les pouvoirs publics, nos institutions,
les citoyens se doivent d’être vigilants.
Pour ces raisons, nous sommes des militants de la mémoire.
Des événements récents montrent que l’on
cherche à remodeler l’histoire de la seconde guerre
mondiale en brouillant les cartes, en occultant ce qui fâche,
en renversant les valeurs qui ont présidé à
la création de l’ONU. Ainsi, le contenu du deuxième
tome du « manuel d’histoire franco-allemand »
confirme nos craintes. Loin de corriger les orientations du premier,
il les renforce, Il escamote La Résistance et présente
bourreaux et victimes, militaires et civils, sous l’angle
de la souffrance commune : Dresde, Hiroshima = Guernica, Varsovie,
Auschwitz. Tous victimes de la guerre, il faudrait les honorer dans
une « mémoire partagée » SS et Déportés,
soldats de la Vehrmacht et enfants d’Oradour ou d’Ysieux,
membres de la milice et Résistants.
Eh bien, non car la construction de la paix entre les peuples ne
peut se faire en occultant la responsabilité du nazisme,
de ses complices.
Parce que les jeunes Allemands ne sont pas responsables des crimes
de leurs aînés, que les Résistants luttaient
contre l’Allemagne nazie et non contre le peuple allemand,
la “réconciliation” n’a pour nous aucun
sens. Mon père à survécu à Dora-Elrich
grâce à la solidarité de ses camarades déportés
allemands qui le soignèrent en prélevant sur le peu
qu’ils avaient. Dès 1933, les camps avaient été
ouverts par les nazis pour leurs opposants allemands. Parler de
« réconcilier les mémoires » est dangereux
pour l’avenir, c’est refuser de tirer les enseignements
de l’Histoire et donc exposer les futures générations
â de nouveaux périls.
Notre action met en garde contre les manipulations de l’Histoire,
quand sous le signe de l’émotion et de la compassion
focalisées sur les victimes, on limite l’attention.
On instrumentalise la mémoire, celle d’un Guy Môquet,
présenté comme s’étant sacrifié
pour la Patrie en gommant son engagement, en occultant le rôle
d’un régime qui l’avait arrêté,
interné et livré puis désigné a ses
bourreaux. Celle des enfants d’Auschwitz, envoyés à
la mort par ceux qui choisirent « plutôt Hitler que
le Front Populaire ».
Des cérémonies comme celles-ci, sont là non
pour entretenir des ressentiments, mais pour rappeler la vérité
historique.
Merci, Monsieur le Maire, d’accueillir cette manifestation
du souvenir. Nos associations souhaitent qu’elle soit le départ
d’une réflexion commune avec votre municipalité
et les collectivités territoriales de la Région et
du Département, pour qu’en ce lieu soit pérennisée
la mémoire des enfants, des femmes et hommes qui y furent
internés.
Merci à tous pour votre écoute, votre patience et
votre présence.
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