Origine : http://increvablesanarchistes.org/articles/1981_2000/1995toublet_capital.htm
"Les
Français, affirment avec aplomb les plumitifs aux ordres, ont
choisi le chômage dans la gestion de la crise, continuent-ils
doctement, les ouvriers, les cadres, les employés, en un mot les
salariés, complices de leurs employeurs, ont préféré faire disparaître
les postes de travail les moins qualifiés pour maintenir le niveau
de rémunération de ceux qui conservent un emploi ! "
C'est
péremptoire et, si on ose dire, sans bavure.
Et
la litanie continue : " le corporatisme du salariés qui empêche
de créer des emplois nouveaux; ce sont les salaires et les charges,
présentés comme exorbitants, qui obligent les chefs d'entreprise
(les pauvres!) à une recherche permanente d'accroissement de la
productivité; et chaque innovation technique supprime encore des
postes de travail."
C'est
l'idée directrice de ceux qui prétendent que pour faire reculer
le chômage, il faut répartir le travail sur plus de personnes
sans augmenter la somme totale des rémunérations
Quelques
faits
Voyons
d'abord les faits ; et tout d'abord cette idée reçue qui affirme
que pour combattre le chômage, il faut réduire les salaires. En
1993, la masse totale des rémunérations des salariés a baisse
de 18 milliards de francs, ce qui n'a pas empêché le nombre de
sans-travail d'augmenter...
La
cause immédiate du chômage, c'est la disparition des postes de
travail : 500.000 emplois supprimés entre 1981 et 1986, qui s'ajoutent
aux centaines de milliers déjà disparus au cours des années soixante-dix;
plus de 100000 postes de travail ont encore été supprimés en 1990
; 258000 en 1992 ; 319000 en 1993 !
Parce
que des tâches techniques ou de bureau, assurées naguère par des
personnes, s'effectuent maintenant à l'aide de machines ou de
logiciels, ou bien encore parce que des postes de travail ont
été déplacés ailleurs, là où les salariés sont payés presque rien.
La
population active s'éleve à environ 24 millions de personnes avec
une population salariée aux environs de 19 millions. Le nombre
de chômeurs inscrits à l'ANPE dépasse les 3 400000. L'accroissement
du nombre de demandeurs d'emploi n'a jamais cessé depuis 1970,
malgré toutes les politiques dites de relance. Dans la tranche
d'âge des seize /vingt-cinq ans, le pourcentage des sans-emploi
atteint presque 30%.
Presque
2 millions, de personnes vivent de contrats à durée déterminée,
de travail au noir, de petits boulots. Le chiffre des RMI'stes
dépasse sans doute maintenant les 700000. On ignore combien de
personnes et de familles ont été chassées de leur logement, mais
ce nombre saugmente sans cesse.
C'est
un problême qui touche toute la société humaine, avec plus ou
moins d'intensité ; au sein des pays de l'OCDE (Europe, Amérique
du Nord, Japon), il y avait 31 millions de chômeurs en 1981, ces
derniers étaient 35 millions en 1993 ; dans les pays du tiers
monde, on dénombre un nombre toujours plus grand de sous-alimentés,
c'est-à-dire dont la ration alimentaire est insuffisante pour
assurer la survie ; ils sont environ 800 millions aujourd'hui,
affirme l'ONU.
Ce
serait une erreur grave, en revanche, de croire que cet appauvrissement
est général.
La
dernière publication des organismes d'Etat qui analyse l'économie
(INSEE, CSERC), publiée dans la grande presse au début janvier,
révèle au contraire que les revenus des placements divers (actions,
obligations, SICAV, livrets de caisse d'épargne, locations de
logements ... ) ont augmenté, en moyenne et tous confondus, de
7% par an de fin décembre 1990 à fin décembre 1993, ce qui signifie
qu'avec les intérêts cumulés un honnête rentier qui possède 100
francs de placement aura perçu 22,5 francs de revenus en trois
ans. Et, s'il est actionnaire, il obtiendra presque 50 francs,
la moitié du capital investi, puisque les dividendes des actions
françaises ont, depuis trois années, un taux moyen de rentabilité
qui frole les15% l'an !
Le
même rapport nous apprend que, pour la même période, la somme
totale des revenus salariaux a diminué. Ainsi d'ailleurs que la
rémunération du travail non salarié, comme celui des professions
libérales : avocats, médecins...
Dans
la répartition des richesses créées, mesurées en signes monétaires,
la part du capital a encore augmenté dans les dernières années
; elle s'est accrue aux dépens de la partie que le travail, même
non-salarié, tente de conserver, sans y parvenir.
la
pauvreté des uns fait la richesses des autres
On
peut citer quelques-uns des mécanismes de ce lieux, fort de valeur
en soulignant l'importance du loyer très cher de l'argent et les
cadeaux toujours plus nombreux que le gouvernements de la dernier
décennie ont consenti aux entre prises.
Un
exemple : en 1982, la répartition des charges payées afin de financer
les diverses dépense publiques était de 77% pou l'employeur et
de 23% pour le salariés; en 1992, la nouvelle répartition est
de 69% pour le patron et de 31% pour la partie salariale, ou gain
net de 8% en faveur du patronat qui se retrouve dans la valeur
accrue du dividende.
Autre
exemple, l'impôt sur les société était, en 1985, de 50% ; il est,
en 1991, de 34%.
Plus
de pouvoir pour les riches
La
révolution libérale, initiée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher,
a porte ses fruits pour ceux dont elle défendait les intérêts.
Les groupes dominants on augmenté dans des proportions très importantes
et leur richesse et leur pouvoir.
Par
effet inverse, ceux qui n'en sont pas membres, ont vu leur situation
se précariser leur niveau de vie et leur liberté se rétracter.
Les discours sur le prétend partage du travail n'est qu'un mensonge
idéologique élaboré par les intellectuels du patronat pour cacher
cette situation et déplacer la responsabilité : S'il y a des chômeurs,
ce serait de la faute de ceux qui travaillent. Et s'il n'y a pas
plus d'embauches, ce serait parce qu'il y aurait encore trop de
rigidités dans le Code du travail.
Seul
un grand mouvement de protestation, de refus et d'actions pourra
stopper puis inverser cette politique ; ce sont les grèves et
les manifestations qui permettront de regagner le terrain perdu,
de réduire massivement la durée du travail, d'abolir le chômage
et de partager les richesses.
Rien
d'autre ne le pourra !
J.
TOUBLET (gr. Pierre-Besnard - Paris) 1995
|