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Origine :
Jérôme Maucourant, Bruno Tinel : Avènement du néocapitalisme : d'une internationalisation à une
transnationalisation des économies ?
http://www.ish-lyon.cnrs.fr/labo/walras/Objets/20021214/JM-BT.pdf
Le Capital sans limite ou comment habiter un monde inhabitable
?
Journée d'étude du Samedi 14 décembre 2002
organisée par le Centre Walras et le Collège
International de Philosophie.
http://www.ci-philo.asso.fr/default.asp
Sous la responsabilité de Jérôme Maucourant et Frédéric Neyrat
(28 mars 2003) Texte en cours d'élaboration : remarques et
commentaires bienvenus
Les thuriféraires de la mondialisation, quelle qu'en soient
ses formes, affirment fréquemment l'universalité heureuse
ou la transhistoricité évidente du capitalisme, cette
machine envahissant la surface du globe que d'autres nomment aussi
"économie de marché" ou bien encore "société
de marché". Si ces affirmations semblent parfois s'opposer,
ce n'est qu'en apparence. La quête incertaine des incarnations
du Marché dans l'Histoire doit être critiquée,
ce que nous ferons. Mais, il est surtout fondamental d'examiner
les pensées critiques de la mondialisation. Selon celles-ci,
les processus économiques actuels seraient tellement inédits
que les diverses formes de l'économie politique nous seraient,
en général, de peu d'aide pour comprendre le réel.
Ce défi nous est d'abord venu du côté des chantres
de la Netéconomie et de la mondialisation heureuse. Ensuite,
sur un autre bord politique, il a été reformulé
sous des formes plus sérieuses : l'interprétation
de la notion marxienne de "general intellect" joue un
certain rôle dans cette affaire. Deux discours dominants ont
donc émergé, rejetant dans les oubliettes étatistes
ceux qui éprouveraient quelques doutes.
Ces argumentations contradictoires ne sont guère convaincantes.
L'oubli des processus politiques en est sûrement l'une des
causes. Notre propos ne porte pas essentiellement sur des mesures
possibles dans l'économie dite mondialisée que nous
connaissons à comprendre les raisons de ces représentations
de l'économie qui font l'impasse sur le phénomène
de l'hégémonie. Il est acquis que la position hégémonique
des Etats-Unis est un fait [Chavagneux, p. 2002, p 59], en dehors
même de toute posture dénonciatrice. Karl Polanyi avait
parfaitement compris que l'hégémonie britannique et
américaine fut rendue possible par le consentement de nombreuses
nations [Maucourant, 2001a]. Encore aujourd'hui, les Etats-Unis
et le Royaume Uni semblent d'ailleurs toujours les hérauts
d'un mode d'accession à l'universel et au bien-être.
Toutefois, notre attention doit s'attarder sur le fait que la politique
américaine se met à l'échelle du monde, notamment
depuis les années 1970-80, précisément au moment
où le Capital connaît un déficit de légitimité
et une crise de rentabilité. L'idée séduisante
que c'est la technique qui aurait déterminé les choix
essentiels qui se posent à nous est aussi dangereuse qu'erronée.
En aucune façon, les évolutions techniques ne nous
ont libéré de notre doux fardeau d'animal politique,
et c'est heureux !
Trois convictions qui nous animent sont à la source d'un
écart relativement aux orthodoxies mondialistes et antimondialistes
: il est de bonne méthode d'abstraire l'histoire de toute
téléologie, comme nous l'a enseigné Veblen
user avec Marx la naturalisation des processus sociaux ; et enfin,
il est utile de pointer dans transformations historiques le poids
des utopies, comme l'a montré Polanyi. C'est donc par une
économie politique dans l'histoire que voulons mettre en
lumière une périodisation du processus capitaliste
après avoir suggéré la contingence de celui-ci.
Ainsi, sont mises en évidence les dynamiques politiques et
économiques qui structurent la transnationalisation du capital,
avant d'en étudier la signification ; la question du sens
actuel des autonomies nationales sera enfin évoquée.
Le jeu de la contingence
Une façon subtile d'invoquer l'éternité du
capitalisme consiste à faire l'hypothèse de son existence
"en puissance". Dans le domaine des études historiques,
Braudel [1979, p. 538] écrit « qu'un capitalisme en
puissance s'esquisse dès l'aube de la grande histoire, se
développe et se perpétue des siècles durant
». Pour Braudel, à "l'économie de marché",
règne millénaire des petits producteurs échangeant
dans la transparence, s'opposerait le "capitalisme", empire
des monopoles en collusion avec les forces politiques. Contre les
pouvoirs monopolistes, Braudel et ses émules soutiennent
ainsi que le "marché" aurait un caractère
démocratique. Cette affirmation est sujette à caution.
Par exemple, elle minore implicitement le fait que les marchés
d'Ancien Régime sont institués par des pouvoirs seigneuriaux
et royaux, ce qui doit mettre en doute le caractère transparent
et spontané de l'échange marchand. S'agissant de «
l'aube de la grande histoire », le caractère capitaliste
des institutions ou des organisations est illusoire car il relève
de la projection rétrospective [Maucourant, 1996]. Contre
l'illusion d'un capitalisme virtuel qui menace de s'actualiser à
tout moment, il faudrait en revenir à quelque prudence et
redonner à l'histoire tout le jeu de la contingence, sans
céder à l'idée que les nécessités
seules, et encore moins une téléologie, font l'histoire.
Quant aux économistes, souvent nourris par la lecture de
Popper, ne devraient-ils pas se défier de toute forme d'historicisme
? De fait, ils s'essaient ou s'associent à des philosophies
appliquées à l'histoire pour montrer que le capitalisme
est la fin heureuse de l'histoire. Le cas de D. North, Nobel en
économie, est éclairant. Par exemple, cet auteur assimile
la révolution néolithique à une révolution
des « droits de propriété », comme si
la propriété était d'emblée cette institution
qui, au contraire, a mis si longtemps à éclore dans
la civilisation bourgeoise. Il n'est pas recevable d'élaborer
un récit sur les débuts de l'aventure humaine en supposant
que celle-ci est tout entière contenue dans sa fin5 !
Les outils qui permettraient à l'économiste de "voyager
dans le temps", pour reprendre une expression de Pierre Dockès
[1998], sont donc des notions, discutables et discutées,
façonnées initialement pour comprendre le capitalisme
contemporain. Il est inquiétant que les économistes
hétérodoxes adoptent la logomachie du courant dominant
me par exemple ces références répétées
aux "droits de propriété" et aux "coûts
de transaction"
l'économie n'est pas toujours dans l'économie : selon
la nouvelle sociologie économique, qu'incarne pour une part
M. Granovetter [1985], l'économie des coûts de transaction
manque même de concevoir ce qui est essentiel aux liens économiques,
c'est-à-dire les réseaux sociaux.
Ne faut-il pas plutôt admettre que les processus historiques
résultent davantage de phénomènes de constitution
de faits sociaux, où le hasard et la nécessité
ont leur place, qu'à des incarnations mystérieuses
où une entité "en puissance" se révèlerait
à nous en acte ?
A. Caillé soutient ainsi que l'économie de marché
existe "en puissance", ce qui serait une bonne nouvelle
car le marché serait historiquement et logiquement lié
à la démocratie [Caillé, 1998, p. 141-143].
Cet auteur affirme l'universalité du marché dont l'actualisation
serait simplement contingente à divers effets de contextes
sociaux. Notons d'abord une circularité rhétorique
mise en évidence par F. Neyrat 8 : la condition de possibilité
du m arché est la démocratie politique... dont la
condition est le marché !
Mais surtout, s'il ne manque que l'étincelle de l'événement
pour qu'advienne la réalité du Marché, notre
capitalisme mondialisé ne serait-il pas l'expression même
d'une nature des choses ? A. Caillé va jusqu'à écrire
qu'il n'est pas souhaitable de « brider le marché de
l'intérieur en taxant les prix ou en multipliant les contraintes
administratives » [p. 145]. Il conviendrait d'agir de l'extérieur
du marché par l'imposition d'un revenu inconditionnel. Outre
que cette distinction intérieur/extérieur repose sur
des fondements conceptuels incertains, la puissance supposée
du Marché, selon l'interprétation postmaussienne suggérée
par A. Caillé, doit être discutée. Les formes
aussi paradoxales que subtiles de la naturalisation des faits sociaux
sont à rejeter. Les hypothèses d'entités en
puissance attendant le moment de leur actualisation ne sont donc
pas acceptables précisément parce qu'elles reviennent
à naturaliser ces entités. Replacer la dynamique du
capitalisme dans un schéma interprétatif fondé
sur la périodisation rend ainsi possible de suggérer
plusieurs voies, contre les slogans selon lesquels une seule politique
économique serait possible dans le cadre de la dite "mondialisation".
Périodes
L'histoire est d'importance et la mise en évidence de périodes
du développement capitaliste ne signifie pas que les structurations
d'une période disparaissent entièrement dans les périodes
suivantes. Telle est notre première hypothèse. Nous
nous attarderons ici sur l'aspect culturel de ce capitalisme en
ce qu'il produit des effets instituants sur la réalité.
Nous voulons ainsi montrer le rôle structurant des représentations
dans la fabrique de la société pour l'avènement
du capitalisme libéral du XIXe siècle, en soulignant
les logiques politiques qui donnent une cohérence à
son système économique.
Ce sont les nations européennes et leur imaginaire, dont
nous ne sommes pas sortis pour le meilleur et pour le pire, que
nous privilégierons ici. La substance de cet imaginaire,
pour ce qui est de notre seul propos, peut être narré
comme suit. Les Occidentaux se représentent comme les vrais
Modernes, ceux qui ont enfin construit une société
dite "complexe" où se seraient autonomisés
les rapports économiques, politiques, culturels et moraux
dans des domaines ou institutions distinctes de la vie sociale.
Le marché est considéré comme l'instrument
naturel de cette différenciation des sphères de la
vie sociale dans la mesure où son libre jeu ne supporterait
pas d'immixtion structurelles des autres sphères. Or, le
jeu du marché reflèterait l'émergence de
Pour Williamson en effet, le pouvoir comme concept, " possède
une définition si pauvre qu'il peut être évoqué
pour expliquer pratiquement n'importe quoi " [p. 282]. Pourtant,
très souvent selon nous, l'utilisation du concept de "
coûts de transaction ", si changeante selon les auteurs,
est bien plus problématique que la référence
au "pouvoir".
Sur cette opposition entre radicaux et courant néoinstitutionnaliste,
cf. Tinel [2000].
l'Individu Souverain qui gommerait l'institution politique de la
communauté sociale. La liberté du marché ne
serait que le reflet de l'autonomie de l'Individu. Dans ce cadre
de pensée, la question sociale pourrait être résolue
par l'émergence spontanée de nouveaux marchés
: il suffit pour cela de briser les vieilles contraintes qui empêche
le venue de l'Individu Libre sur le Marché. Ainsi, les Modernes,
volens nolens subordonnent les mondes juridique, politique et culturel
à la représentation d'un Marché qui, par la
violence de l'Etat libéral moderne, accouche des marchés
libérateurs. Certes, cela n'est pas dit ainsi dans l'histoire
des Modernes, mais cela en découle. D'ailleurs, si l'Etat
hégémonique est anglais, les bourgeoisies sont volontiers
anglophiles ; si l'Etat hégémonique américain
semble menacé, les Modernes se déclareront américains.
Dans toute cette confusion, la main visible du pouvoir d'Etat est
occultée au profit de la supposée main invisible du
Marché, lequel a semblé naturellement anglais, puis
américain.
La "nouvelle économie" du XIXème
siècle
L'industrialisme et l'existence d'une société où
le commerce est déjà développé posent
la condition de l'émergence d'une économie de marché.
Mais le travail est transformé en marchandise fictive par
l'interventionnisme libéral. La réalité de
l'institution imaginaire de la société met en défaut
les dogmes libéraux : c'est en effet cette main très
visible de l'Etat ou de sa justice, à qui l'on fait appelle
pour faire toute sa place aux "droits" des seigneurs ou
des possédants. Ensuite, de telles interventions sont présentées
comme une "modernisation". Le monde du XIXème siècle,
surtout au Royaume-Uni, est ainsi le théâtre d'une
expérience singulière dans l'histoire, ce dont les
contemporains ont conscience. J. Stanfield [1986, p. 104-105] cite
à cet effet W. Bagehot (1895) et J. E. Cairnes (1870) qui
rappellent explicitement le triomphe des pratiques issues de la
théorie libérale sur le vieil état des choses
(situé au XVIIIème siècle), cependant que Nassau
Senior, un peu avant, en 1851, s'extasie : « Nous sommes dirigés
par les philosophes et les économistes »9. Cette phrase,
en forme d'aveu, souligne un trait occulté du libéralisme.
Celui-ci apparaît beaucoup plus idéologique , dogmatique
et interventionniste que l'on ne le prétend de coutume10.
Une fois le système de marché établi, l'interventionnisme
libéral se fait moins pressant, il se cantonne dans des actions
visant à le maintenir. Ceci relativise ainsi le prétendu
"non- interventionnisme" libéral : « le tenant
de l'économie libérale peut donc (...) faire appel
à la force violente, à la guerre civile, pour instaurer
les conditions préalables à un marché autorégulateur
» (Polanyi [1944, p. 201]). Ainsi, l'Etat libéral ne
crée pas la "liberté naturelle" chère
à Adam Smith, mais il l'institue par toutes formes de violences
et l'organise. Polanyi s'inscrit clairement dans une problématique
qui va de Marx à Weber [1923, p. 298], lequel qualifie de
"formellement libres" les travailleurs de la société
capitaliste moderne, car ils sont « en fait contraints par
l'aiguillon de la faim ». Mais, l'imaginaire libéral
ne peut que se heurter au réel et en appeler, par conséquent,
à la capacité instituante de cette entité décriée
: l'Etat. Dans un premier temps, la mise en oeuvre des normes libérales
nécessite un lourd appareil réglementaire. Dans un
second temps, de façon non prévue, spontanément,
le "protectionnisme social" émerge des couches
les plus profondes de la société, ce qui rend pour
un temps le capitalisme tolérable. C'est pourquoi Polanyi
peut écrire cette phrase qui étonne tant de libéraux
: « Le laissez faire était planifié, la planification
ne l'a pas été » (en français dans le
texte) [Polanyi, 1944, p. 191]11. Des formes nouvelles d'autoprotections
de la société, pouvant prendre la forme de compromis
collectifs sanctionnés par l'Etat, rendent, pour un moment,
le capitalisme tolérable et assurent paradoxalement, pour
un temps, sa viabilité dans un espace donné. On peut
résumer ceci par la référence au « double
mouvement » [ibid., p. 112] : quand le libéralisme
en acte se heurte au réel, quand le travail, la terre et
la monnaie résistent à la fiction selon laquelle ceux-ci
seraient des marchandises, alors curieusement l'autorité
de l'Etat est d'abord sollicitée !
On comprend que le capitalisme soit condamné à une
dilatation continue de son espace, de façon extensive puis
intensive : la saturation de celui-ci l'annihilerait sous le poids
des interventions sociales de tout ordre qui sont sa paradoxale
condition de possibilité. Ces contre- mouvements ont gêné
peu à peu la capacité régulatrice du Grand
Marché au XIXème siècle. C'est bien ce stigmate
en forme de souvenir malheureux qui heurte les consciences libérales
modernes en faveur de la mondialisation heureuse. Pour ce qui est
de la fin du XIXème siècle, « les droits de
douanes (...) les cartels et trusts, les embargos sur l'immigration
(...) sont autant de freins pour le fonctionnement du système
concurrentiel (...) et nuisent gravement au mécanisme autorégulateur
du marché » [p. 195]. Il ne s'agit pas de dire que
le marché est en soi « régulateur », mais
de préciser que toute « autorégulation »
du Marché qui se fait au prix « d'une hécatombe
de vies humaines »12 rend hors de propos toutes les considérations
sur la « rationalité » d'un tel système
économique13.
Les nécessaires contraintes sociales, qui contraignaient
de façon croissante les flux marchands, culminèrent
dans les années 1930 par la Grande Transformation, sortie
de la " société de marché " dont
les diverses modalités allèrent du New Deal au Nazisme.
La Grande Guerre n'a donc fait qu'ajourner de graves difficultés
suscitées par la dynamique capitaliste à la fin du
XIXème siècle.
Les déterminations culturelles sont importantes à
qui veut comprendre la nature du capitalisme qui naît vraiment
au XIXème siècle, quand l'économie de marché
acquiert une cohérence systémique qui fait que la
"subsistance même de l'homme" dépend de façon
déterminante du fonctionnement des marchés. C'est
un trait décisif de l'Occident libéral que d'organiser
l'exposition même des besoins les plus primaires de la population
aux aléas du marché. Pour réaliser ce projet,
l'Occident a pratiqué une politique. C'est sans doute l'Empire
britannique qui a assuré pleinement cette "mission sacrée
de la civilisation", selon le beau sous- titre d'un ouvrage
d'Henry Laurens, fondant un réseau de routes marchandes passant
par la Palestine allant jusqu'à l'Inde. Que l'expansion de
l'Occident impliquât déjà le sacrifice de peuples
entiers, comme Polanyi le notait à propos du démantèlement
de l'Empire Ottoman, ne posait pas un problème à la
conscience d'alors. L'Empire britannique oeuvrait ainsi à
la création d'un espace qui se voulait celui du progrès
contre l'arriération. Il n'est pas inutile de rappeler que
cette lutte contre les peuples du monde avaient commencé
en Angleterre même où, du XVème au XVIIIème
siècle, une guerre sociale était menée pour
assurer une privatisation des terres qui n'était rien d'autre
qu'une expropriation [Dockès & Rosier, 1983].
L'Empire Britannique a ainsi porté la première grande
vague de création de l'espace d'un capitalisme libéral,
entre 1815 et 1914, intégrant des flux financiers, des marchandises
et des services, grâce au système de l'Etalon-Or, qui
en fait était un Etalon-Sterling. Pour ce qui est des hommes,
comme le note A. Laurens [1999, p. 143], le monde entre 1880 et
1914, celui de l'ère des impérialismes, connut une
liberté des mouvements migratoires jamais égalée
jusqu'alors et, sans doute depuis, jamais dépassée.
Mais, derrière l'apparence d'un capitalisme cosmopolite,
qui faisait dire au très libéral Mises que la "souveraineté
était une illusion ridicule"14 se profilait la réalité
hautement politique du processus : sans la politique britannique,
rien n'eût été possible dans la création
de ce monde nouveau pour les contemporains de la fin du XIXème
siècle.
L'anglophilie répandue parmi les classes dominantes témoigne
encore de ce sentiment.
Constatons à cet égard que les jugements à
l'emporte-pièce sur la souveraineté, émanant
souvent de libéraux, sont une nouvelle fois de mise au moment
où l'hégémonie américaine, relais de
l'ancienne hégémonie britannique, semble connaître
son acmé.
La Guerre de 1914-1918, puis la Grande Dépression des années
1930 ont brisé ce capitalisme libéral. Dans le cadre
de celui-ci, les firmes n'étaient pas les vecteurs du mouvement
d'ouverture des économies nationales. En suivant Michalet
[2002, pp. 26-27], nous pouvons caractériser cette époque
comme relevant d'une « configuration internationale »
: les investissements à l'étranger sont subordonnés
au développement des échanges extérieurs et
non à la délocalisation systématique de la
production organisée selon une logique globale. Le mode de
division internationale du travail repose sur les « différences
de productivités sectorielles existant entre les territoire
nationaux ». Même s'il est exact que la finance connaît
des aspects internationaux bien avant 1914, la logique de structuration
des systèmes productifs est loin de ce mouvement ultérieur
qui nous est plus familier. Par une dynamique des investissements
directs à l'étranger mettant à mal la cohérence
des systèmes productifs nationaux, c'est surtout à
partir des années 1960 que les grandes firmes se substituent
massivement au marché dans le cadre des échanges internationaux.
Nous évoquons ici la part du « commerce captif »,
ensemble des flux internationaux qui sont gérés dans
le cadre d'une même firme, qui participe de la déstructuration
de l'organisation internationale des échanges. La période
qui commence avec La Grande Transformation des années 1930
est celle où justement se construisit cette cohérence
d'un régime d'accumulation qui ne fut en défaut qu'un
demi-siècle plus tard.
L'ère des capitalismes nationaux
Rétrospectivement, la période qui va de 1930 à
1980 peut apparaître, du point de vue néolibéral,
comme une parenthèse de l'essor du capitalisme libéral
qui, débordant de la logique internationale, aurait pu déboucher
sur un devenir transnational. En effet, la division du travail aurait
pu approfondir sa première base, internationale, pour aller
jusqu'à se structurer de façon réellement transnationale.
Mais, on le sait, les années 1930, ont reterritorialisé
sur un fondement national la dynamique économique et ont
bridé pour longtemps la sphère financière.
Or, une économie capitaliste transnationale se nourrit de
ces flux monétaires et financiers qui échappent aux
contrôles des Etats. Mais cette période de «
capitalisme organisé » qui nous occupe, et qui dure
au moins de 1930 à 1980, ne constitue pas un moment étatiste
artificiel, lequel serait le fruit de la mauvaise volonté
des gouvernants, des peuples et de la malignité des populismes
de tous ordres. Au contraire, cette période sanctionne une
Grande Transformation15, c'est-à-dire une sanction politique
et sociale de l'impossibilité pour le Marché de régler
l'économie et la société.
Cette transformation majeure découle des conséquences
ajournées des violences imposées aux tissus sociaux
jusqu'en 1914 et des contradiction de l'organisation même
des sociétés de l'époque. Pour être plus
complet, il convient de mettre en avant comme facteurs explicatifs,
le Marché, l'industrialisation et l'aspiration de l'Allemagne
à une "souveraineté universelle"16 à
travers deux guerres qui ont ruiné l'Europe.
Ce ne sont pas les Etats-Nations, en tant que tels, qui ont été
la cause de ces déchirements.
Non, ce ne sont pas les Etats-Nations qui menèrent à
Auschwitz, comme l'affirme avec une rapidité déconcertante
T. Negri [2001] mais une configuration historique où une
certaine conception de la nation a joué un rôle létal.
Il est en effet absurde de prétendre que la conception d'une
"souveraineté territoriale"17, développée
par les mmonarchies anglaise et française, est équivalente
à celle de la "souveraineté universelle"18.
L'idée que le "Saint-Empire Romain de la Nation allemande"
fit des émules à cette époque est parfois difficilement
compréhensible pour nous aujourd'hui : mais les intellectuels
allemands d'alors crurent largement jusqu'en 1918 que l'Allemagne
était destinée à dominer les autres peuples19,
par la violence si nécessaire. En ce début de XXIème
siècle, au moment même où l'Allemagne a acquis
une lucidité politique qui manque à nombre de nations,
c'est paradoxalement le modèle régressif du Saint-Empire
qui fascine nombre d'intellectuels européens, thuriféraires
de l'Europe fédérale.
Le capitalisme des années 1930 est bien moins libéral
que le précédent. Les diverses "transformations
corporatives"20, qu'elles soient ou non démocratiques,
sont apparues comme des nécessités aux gouvernements
de l'heure. Finalement, opposants ou défenseurs du capitalisme
partagent la conception de Hitler, exprimée dans son célèbre
discours de Düsseldorf en 1934, à savoir que la démocratie
n'est pas compatible avec la propriété privée21.
Cette même conviction anime les juges de la Cour Suprême
américaine lorsqu'ils tentent de s'opposer au New Deal désiré
par la nation américaine dans ces années 1930. Toute
ingérence dans le système de la libre entreprise est
pour ces juges tellement insupportable qu'ils tentent, par le Droit,
de surmonter la volonté politique exprimée par la
nation américaine dans son soutien à Roosevelt.
Après la victoire contre le nazisme et le militarisme japonais,
l'hégémonie américaine aurait pu assurer l'héritage
britannique et approfondir un capitalisme prétendant à
l'universel, comme si la Grande Transformation n'avait pas eu lieu.
À cette époque, Polanyi remarquait l'échec
du New Deal et affirmait que la grande période de l'idéologie
libérale du XIXème siècle avait tant façonné
la mentalité américaine que les interventions, durant
la Grande Dépression des années 1930, avaient «
aussi peu affecté la position du capitalisme libéral
que l'avaient fait en Europe, avant 1914, semblables évolutions
vers l'interventionnisme et le socialisme » (Polanyi [1945,
p. 87]). Si on le juge à la démocratie sociale dont
il était porteur22, le New Deal fut un échec. Mais,
comme nous allons le montrer, cet échec ne s'accompagna pas
de l'établissement d'un "capitalisme universel".
Des raisons politiques et économiques empêchèrent
ce plein retour à un capitalisme libéral qui aurait
simplement changé de « main visible », passant
de l'hégémonie britannique à une hégémonie
américaine.
En effet, la fragilité des économies européennes
n'aurait pas été compatible avec le choc d'une libéralisation
rapide des flux internationaux et l'ampleur de la menace soviétique
n'était pas sans effet quant à la position du travail
dans le rapport de force existant avec le capital. À cet
égard, l'affermissement des droits sociaux et la croissance
continue du salaire ont été des moyens cruciaux de
lutte contre l'influence soviétique, ce que permettait la
régulation fordiste. Celle-ci se caractérisait par
l'aspect relativement autocentré de la croissance, qui permit
l'émergence d'un contrôle étatique sur des capitalismes
nationaux. Dans certaines parties du Tiers-Monde, l'Amérique
favorisa un endettement faramineux de quelques alliés et
accepta des interventions gouvernementales marquées, comme
diverses politiques de promotion et de protection des capitalismes
nationaux, de façon à faire éclore la prospérité
là où elle était stratégiquement utile.
Mais l'effacement de l'Empire soviétique annonce une rupture
par rapport aux années 1945-1980.
Comme le soulignait l'homme fort de la Malaisie à la fin
des années 1990 : « Pour nous anticommunistes, la fin
du communisme a été une mauvaise chose ».
Le néocapitalisme
Le contenu politique et culturel du capitalisme qui s'est élaboré
depuis un quart de siècle ne doit pas être occulté.
La compréhension de la dynamique économique actuelle
en dépend. La crise de l'ordre social capitaliste, dans ses
dimensions économique et culturelle, visible à la
fin des années 1960, a légitimé aux yeux des
possédants inquiets la montée en puissance d'une pensée
dite "néolibérale", héritière
des travaux de Friedman et d'Hayek, qui fournit un ensemble de justification
permettant de durcir les rapports sociaux23. Dans les années
1980, la mise en place politique d'un chômage de masse, permit
un retour en grâce de la domination du Capital.
Voici une décennie, l'effondrement de l'économie
planifiée centralement qui s'était constituée
à l'Est entre 1917 et 1950, redonne un espace pour le Capital
dont il ne rêvait même plus depuis 1914. L'"utopie
réactionnaire de Wall-Street", dénoncée
par Polanyi en 1945, est devenue dominante aujourd'hui. Les Etats-Unis
sont donc le nouveau vecteur de la mondialisation libérale,
donnant l'illusion que les années 1930-1980 ont un caractère
exceptionnel.
Un autre capitalisme, transnational, s'est ainsi constitué
depuis vingt-cinq ans. Du point de vue de son économie, le
néocapitalisme est un capitalisme animé par des entités
dominantes qui traversent (trans) et déstructurent nombre
de nations, les firmes transnationales, comme le soulignait il y
a déjà vingt sept ans P. Dockès [1975, p. 263].
Qualifier ce capitalisme de transnational, et non de mondial permet
d'éviter certaines ambiguités24. En particulier, la
transnationalisation a un contenu politique, l'hégémonie
américaine que Gowan [2000, p. 75] souligne fortement : «
Depuis les années 1970, Wall Street s'est constamment acharné
à réduire les obstacles à sa pénétration
dans les marchés nationaux ». Plus généralement,
Peter Gowan dénonce les "oeillères académiques"
qui font de la « globalisation une force purement technico-
économique, non seulement séparée des contrôles
politico-étatiques mais placée dans une position antagonique
avec eux » [ibid., p. 79]25.
À l'inverse des thèses qui mettent en avant la dimension
politique du néocapitalisme, d'autres théories soutiennent
que les "savoirs" ou les "réseaux" seraient
le trait déterminant de ce capitalisme. Ce type d'analyse
peut parfois même nous faire basculer, à nouveau, dans
cette vieille vision du monde selon laquelle les difficultés
actuelles sont dues à l'inadéquation entre, d'un côté,
la dynamique technique et organisationnelle et, d'un autre côté,
les institutions sociales. La figure de l'individu mobile 26 ne
serait pas m mise en valeur, contrariée par des conceptions
qui font la part trop belle à la nation et aux protections
sociales traditionnelles, telle serait la cause des difficultés
de notre temps. On en vient à prôner le fédéralisme
comme modèle politique de sortie à notre stagnation
socioéconomique et à soutenir des formes "réticulaires"
d'organisation de la production qui annonceraient la sortie même
du salariat. Des auteurs très différents, Y. Moulier-Boutang
[2001] en économie, ou L. Boltanski27 en sociologie, peuvent
inspirer les lignes très générales de ces discours
que nous venons d'évoquer. Mais, les travaux de Y. Moulier-Boutang
ou L. Boltanski partagent un même problème méthodologique
: se situent-ils dans un registre normatif, prescriptif ou encore,
positif ? Ainsi, les valeurs fondatrices de la "nouvelle Grande
Transformation" seraient de l'ordre de la passion et de la
liberté, opposée à la quête de l'argent
et la glorification du travail selon Moulier-Boutang [2001, p. 135].
Ceci n'a rien d'évident et nous soulèverons deux objections.
Il y a toujours danger à prendre les rationalisations des
acteurs au pied de la lettre. Les discours de ceux-ci sur leurs
propres pratiques ne font que participer de leur vie sociale, celle-ci
la dépasse infiniment. De plus, les mondes de la microinformatique,
spécialement celui des nouveaux maîtres du "libre",
ne représentent qu'une fraction si faible de l'humanité,
qu'on ne peut sans danger faire des extrapolations osées.
Il ne nous semble possible de faire du néocapitalisme cet
instrument de libération qu'on nous suggère qu'il
est. L'émancipation vient plus souvent des contraintes politiques
et sociales qui seront opposées à toutes les formes
de capitalisme, plus que de suivre les valeurs culturelles «
progressistes » que ces capitalisme promeuvent.
Le capitalisme transnational n'oeuvre pas de façon évidente
à la création d'un monde commun de signification pour
les hommes, c'est-à-dire d'un monde vrai parce que pluriel.
[Latouche, 2002]. En aucune façon, la transnationalisation
des économies ne débouche sur des fondements d'une
politique du monde. Le capitalisme n'est pas cosmopolite, ce n'est
pas là son affaire. S'il est donc difficile, primo facie,
d'affirmer que la dite mondialisation désigne de manière
appropriée le processus relatif à la structuration
du capitalisme contemporain, il vrai que la configuration actuelle
n'est pas celle que connaissait l'économie internationale
du monde sous hégémonie britannique ni celles des
économies nationales au temps du fordisme.
Le succès même de celui-ci permit un fort rythme de
croissance du commerce mondial, lequel était supérieur
à celui des richesses nationales. Dans un premier temps,
en effet, l'ouverture croissante des économies nationales
ne produisit pas de problèmes délicats de régulation
macroéconomique. L'efficacité de la régulation
fordienne était encore intacte.
L'exploitation des gains de l'échange et des richesses d'autrui,
sur des échelles toujours plus vastes, pouvait encore se
faire sans endommager cette capacité régulatrice ;
bien au contraire, elle en était un moteur. Mais, au milieu
des années 1970, suite à l'explosion du système
de Bretton Woods, ce que l'on désigne aujourd'hui par les
termes de "globalisation financière" accélère
ce mouvement. La finance mondiale est alors transformée par
les chocs pétroliers, la montée de la Dette du Sud
et l'explosion des déficits publics, notamment américains28.
La mondialisation comme transnationalisation n'est donc pas aussi
récente que certains le prétendent. Elle débute
bien avant les années 1990. Il est toutefois vrai que des
éléments importants accélèrent la dynamique
du néocapitalisme : l'effondrement du Mur et la marche vers
le capitalisme des pays de l'Europe orientale, l'arrivée
à maturité de certaines "nouvelles technologies
de l'information et de la communication", le démantèlement
des protections qui avaient rendu possible l'émergence de
capitalismes dynamiques au Sud, la volonté d'appropriation
du vivant. Mais l'important demeure que les prétentions du
keynésianisme classique et du fordisme devenaient problématiques
avant ces moments qui marquent une dilatation manifeste de l'espace
du Capital.
La transnationalisation des marchés des biens et la mobilisation
d'un salariat déqualifié à niveau mondial était
un processus déjà fortement amorcé dans les
années 1960, ce qui faisait dire, à G. Destanne de
Bernis au début des années 1980, que l'Europe ne constituait
pas une sphère cohérente pour l'accumulation du capital.
Le processus de transnationalisation s'accomplit par la construction
d'une cohérence systémique où les biens, les
marchandises et les techniques sont rendues mobiles comme jamais
par des processus de marché ou par de grandes firmes. En
régime transnational, l'accès aux débouchés
mondiaux repose alors sur une mobilisation tous azimuts des ressources
monétaires financière, techniques et de force de travail.
Or, la mobilité du capital, si cruciale pour ce système
transnational, s'effectue sous forme d'investissements directs à
l'étranger, de participations à la croissance de la
dette privée ou publique, qui à terme opèrent
une rupture du système national d'accumulation.
Mais, la reconnaissance de la transnationalisation ne signifie
pas que les gouvernements nationaux ou les zones régionales
n'ont pas de responsabilité dans ce processus politiquement
aliénant qui n'a rien d'irréversible ou de naturel.
Ainsi, les gouvernements européens, au lieu de jouer le jeu
d'une internationalisation profitable aux peuples d'Europe, organisent
la transnationalisation des économies européennes
par un soutien sans faille aux champions nationaux qui sont le vecteur
de ce processus : c'est le discours de la contrainte extérieure
qui n'a de mercantiliste que le ton. On procède à
un infléchissement très net des lois bancaires, financières
vers les exigences néolibérales ; les formes atypiques
d'emploi deviennent normales et la fabrication de la loi procède
de plus en plus d'instances de délégation tellement
éloignées qui n'ont qu'un objet : produire le désinvestissement
vis-à-vis de la chose publique pour promouvoir le règne
du technobureaucratie qui affirme sa neutralité. Au total,
on naturalise le marché européen et le marché
mondial.
Les mutations du capitalisme, ont un caractère culturel
et politique aussi déterminant que les déterminismes
économiques. L'histoire nous rend ici conscients de nos propres
déterminations : c'est ainsi par cela que nous pouvons trouver
les moyens de notre propre liberté face aux déferlements
capitalistes qui menacent la dignité même de l'acte
politique.
Les significations de l'ère transnationale
Etats-Unis, capital transnational et nations Le premier modus operandi
du dernier âge du capitalisme n'est pas forcément l'avènement
d'une économie fondée sur les savoirs, ce qui est
une thèse répandue aujourd'hui, mais l'exploitation
par le capital des différences de territoire sous un même
espace politique, certes fragmenté, mais s'inscrivant dans
le dominium américain. L'un des vecteurs du néocapitalisme
est constitué par les firmes transnationales, dont il conviendrait
d'avoir la prudence de ne pas gommer les identités nationales.
Evidemment, certaines formulations hâtives que l'on doit notamment
à T. Negri [2002a, p. 18] ne nous aident pas à penser
le rôle des nations dans le processus actuel. Après
avoir établi un lien mécanique entre les Etats-Nations
et les chambres à gaz ( !), il nous explique que ceux-là
n'existent plus et que "l'Empire" serait l'entité
politique de notre temps29. L'opposition à l'impérialisme
américain relèverait dès lors de nostalgies
"souverainistes" réactives, affirme T. Negri sur
un ton fort polémique.
Plus généralement, tout le problème est que
Negri prend ce qu'il souhaite pour ce qui est.
On peut comprendre qu'il souhaite la mort de l'Etat comme signature
d'un nouveau communisme. Or, il est tout simplement faux d'affirmer
la mort des régulations publiques : la nouveauté ne
réside non pas tant dans leur disparition de celles-ci mais
dans une tendance à les soustraire de tout contrôle
exercé par le peuple. Le néolibéralisme veut
ainsi instrumentaliser les régulations publiques et sociales
à son seul profit. Ainsi, l'ampleur de la redistribution
est encore manifeste en Europe, il en va de même de toutes
ces réglementations qui échappent au grand souffle
« européen » : l'ampleur des récriminations
des modernisateurs en tout genre est un signe de l'inertie de ces
certains phénomènes sociaux et économiques
qu'on ne peut encore congédier à ce jour. La problématique
n'est pas celle d'un supposé effacement, souhaité
ou non, de l'Etat.
Plus fondamentalement, ce qui est en cause concerne le contenu
sur lequel doit porter la démocratie.
Quel statut donner à cette autre idée de Negri selon
laquelle les "capitaux saoudiens" sont tellement intégrés
"à la direction des affaires américaines"
qu'il ne serait pas possible de dire que l'Etat-Nation fonctionne
encore ? Cette question est importante car c'est par de tels arguments
que Negri, et bien d'autres, nous explique que la nation américaine
se dissoudrait dans l'Empire et qu'il faut en finir avec le concept
d'impérialisme au sens traditionnel. Mais de quel «
Etat- Nation » est-il question ? Il nous semble impossible
de dire à cet égard que l'Arabie Séoudite soit
un Etat-Nation : il est en effet difficile de penser que l'Etat
séoudien soit un « Etat-Nation » au sens où
cette notion regroupe l'expérience politique occidentale,
notamment dans sa version anglaise et française. Même
un auteur comme G. Corm [2002], qui critique avec raison «
la fracture imaginaire » entre l'Europe et l'Orient, développe
sur la nature des pouvoirs séoudiens des considérations
qui interdisent de l'assimiler à un quelconque Etat-Nation
: ce royaume d'Islam réinventé, « fermé
à la modernité », est en fait l'instrument d'une
lutte contre les régimes arabes qui se sont faits en terre
d'Orient les hérauts de la modernisation : « ce nationalisme
moderne, l'Europe coloniale n'en veut pas. Il ressemble trop à
celui des puissances européennes et utilise les mêmes
arguties juridiques, sa même théologie nationale et
révolutionnaire » [Corm, 1990, p. 190]30. En fait,
il ne nous semble pas acquis, sauf à sauter par-dessus le
réel, que l'Etat et la nation américaine se soient
dissous dans une forme de gouvernement impérial à
l'échelle du monde. D'ailleurs, il est curieux de voir que
Negri, pour les besoins de l'argumentation, n'hésite pas
à faire référence au "peuple corse",
comme si le concept de peuple avait une réelle heuristique.
Or, la nation n'est jamais que la "l'organisation politique
du peuple", selon le mot d'A. Guéry ? Mystère
des mondialistes anti-internationalistes qui chérissent les
peuples mais pas les nations... Il est pourtant possible de présenter
les choses clairement. Comme le rappelle J.
Sapir [2002, pp. 188-189] : « La souveraineté signifie
pour une communauté donnée quelle est l'idée
de droit valable en son sein [...] L'Etat-nation offre une solution
neutre car reposant sur une simple base territoriale. C'est la seule
qui soit compatible avec les diversités, religieuses, ethniques
ou autre ».
Ce qui peut et doit rester des nations Pour ne pas tomber dans
l'impuissance parfois à la mode dans une certaine gauche,
pour qui le mouvement est tout et le but n'est rien, il faut considérer
qu'un certain nombre de legs de l'histoire ne sont pas à
rejeter. Les nations, comme formes d'organisation politique des
peuples de notre monde, sont des noyaux qu'il conviendrait de ne
pas mépriser au non d'un universalisme mal compris qui fait
l'impasse sur la richesse de nos mondes. Le monde commun de significations
ne peut se construire sur la négation de toute forme d'identité
individuelle ou collective ! Certes, les identités ne se
valent pas toutes. On pourra préférer la laïcité
à la tolérance par exemple ailleurs, pourquoi créer
une République européenne fondée sur la tolérance
et non sur la laïcité ? Comme s'il fallait des dénominateurs
communs toujours plus petits pour faire de la politique...
Le droit des Etats du Sud à se servir de leurs Etats pour
accomplir des finalités sociales est souvent évoqué.
M. Husson défend cette position très juste. Mais,
cette réflexion stimulante devrait être complétée
par le fait de savoir s'il n'y a pas de légitimité,
pour certains Etats du Nord, à défendre certains types
de relations sociales fondées sur la protection inconditionnelle
des gens ou la laïcité etc., ce dont se moque assez
le "cosmopolitisme" du Capital comme le nomme Husson [2002].
Peut-on d'ailleurs penser un internationalisme sans les nations
? Assurément non ! D. Plihon [2002, p.109] n'a à cet
égard aucun complexe à écrire, soulevant ainsi
la question des interdépendances très difficiles à
contrôler : « Pour retrouver des marges de manoeuvres,
les pays doivent être en mesure de se protéger ».
La protection, comme immunité progressiste face à
un marché mondial qui veut, à la manière totalitaire,
que tout soit possible, c'est une idée qui n'a pas vieilli,
pour peu l'on s'adapte sans cesse aux contextes.
Retrouver un rôle pour les Etats Les considérations
relatives aux nations doivent avoir une conséquence sur la
façon d'envisager les Etats dans une entreprise progressiste
de transformation des rapports sociaux.
Pourquoi, comme le souhaitent certains opposants à la "mondialisation
libérale", vouloir liquider les Etats ou tenter de rendre
impuissantes, par divers procédés, les régulations
publiques ? Veux- t-on supprimer toute forme de coordination consciente
? À ces questions, M. Husson donne une réponse qui
mérite d'être lue [2002] : « dans les pays du
sud, il n'y a pas de projet national de développement cohérent
qui ne passe pas par l'établissement d'un contrôle
sur les mouvements de capitaux (...) L'Etat doit être défendu,
non pas en tant qu'incarnation de la nation contre le cosmopolitisme
du capital, mais comme le seul instrument permettant un quelconque
contrôle du capital ».
Ce que la volonté libérale a fait, une volonté
démocratique peut le défaire pour faire autrement.
En termes de fiscalité et de régulation financière,
il est possible de redonner à l'Etat des moyens qu'il a abandonnés.
Il est possible de rendre la Banque Centrale européenne enfin
démocratique. Les politiques fiscales et budgétaires
peuvent retrouver des espaces efficaces qui supposent, mais pas
toujours, des coopérations internationales.
La promotion du commun et du public face au Capital Il ne s'agit
pas de rêver l'efficacité d'une régulation fordiste
disparue. Le système fordien fut, et est encore, précisément
un repoussoir à qui souhaite une constitution démocratique
du fait économique. Mais on peut toutefois s'interroger sur
l'ivresse de ceux qui célèbrent la mondialisation,
la fin du fordisme et la fin de l'efficacité des régulations
publiques. En effet, le marché transnational, selon certains
évangélistes opposés à la "mondialisation
libérale", précipiterait l'émergence de
l'ère du commun, liquidant la notion d'intérêt
public qui serait trop entachée de références
repoussantes aux formes d'intervention de l'Etat. T. Negri [2002b,
p.103] fait ainsi cette apologie du commun, dans une perspective
qui peut d'ailleurs effrayer, car ce dont il se fait l'apôtre,
est « l'ontologie de la production et de la reproduction de
la vie ». C'est d'ailleurs cette dimension du commun que le
"capitalisme cognitif" serait incapable de prendre en
compte, d'où la crise de la Netéconomie. Cette explosion
du commun qui pulvériserait la vieille opposition privé/public
aurait une origine économique. Selon Negri , inspiré
ici par la thèse marxienne du general intellect : «
le capital serait dans le cerveau des gens ». Cette formulation,
pour le moins obscure, signifierait donc la fin du capital comme
rapport social ; l'effet contemporain du general intellect aurait
donc des conséquences inédites quant aux conditions
générales de la production. Dans le meilleur des cas,
cette affirmation est une hypothèse discutable comme le montre
Husson ; dans le pire, on a affaire-là à une prophétie
qui vise plus ou moins consciemment à son autoréalisation.
Non, le Capital, comme rapport social, n'est pas mort, même
virtuellement. Il n'est pas sûr que le commun de Negri, qu'A.
Caillé [2002, p. 13] interprète comme une forme de
l'économie solidaire, soit la seule clef des futurs possibles.
Il faut donc se défier de la création d'un commun
qui se ferait en liquidant le public, à un moment d'ailleurs
où le privé est tout puissant ! Il n'est pas interdit
de réfléchir, avant quelque Grand Soir, à des
propositions qui sont toujours des leviers de transformations sociales,
dont la radicalité peut être, certes, variable.
Conclusion : s'éloigner de l'immonde
Ce néocapitalisme qui se déploie aujourd'hui sous
nos yeux ne fait ainsi qu'étendre encore le principe de l'absence
de limite qui est le trait même de la "mauvaise chrématistique"
déjà dénoncée par Aristote. J-L. Nancy
[2002, pp. 46-47], dans une problématique qui articule explicitement
Hegel et Heidegger, écrit que le monde se dissipe "dans
le mauvais infini". Le monde s'efface : apparaît le Globe.
Le Globe est, avec le Capital, prolifération de l'immonde
[p. 16]. C'est bien de notre monde, en forme d'immonde dont nous
parle le philosophe qui devient réel. Pour nous, le monde,
pour rester riche de sens d'ailleurs devrait se conjuguer au pluriel
: les mondes dans un monde à inventer.
Notes
1 Centre Walras, mailto:Jerome.Maucourant at wanadoo.fr
2 MATISSE, mailto:btinel at univ-paris1.fr
3 Pour cela, entre mille exemples, le lecteur peut se référer
à L. Hoang-Ngoc [1996, p. 161 sq.] et D. Plihon [2002, pp.
109-112].
4 Plus généralement, nous inscrivons notre démarche
dans un héritage que l'on doit à la pensée
dissidente américaine, dite "institutionnaliste"
: on pense ici à Mitchell [Maucourant, 1998] ou à
Commons [Maucourant, 2001b] à qui les Cahiers d'Economie
politique ont récemment dédié un numéro
spécial dirigé par Alain Guéry.
5Cf. Maucourant [1997].
6 On pourra de la même façon contraster ceux des économistes
hétérodoxes, comme Y. Moulier-Boutang [1998] ou P.
Dockès, qui pensent pouvoir englober les coûts de transaction
et autres innovations théoriques dans un "nouveau paradigme",
avec ceux qui comme R. Herrera et C. Vercellone [2001] ne pensent
pas que ceci soit possible, voire souhaitable.
7 Ainsi, la théorie dite néo-institutionnelle de
l'entreprise, due à Williamson, considère que «
l'économie », qui n'est rien d'autre pour lui que le
seul système économique capitaliste, se compose de
" marchés " et de " hiérarchies "
selon des arbitrages subtiles et efficients. La nécessaire
critique de cette approche a été développée
en France par Gabrié et Jacquier [1994]. Marglin [1973] considère
au contraire que l'organisation hiérarchique du travail ne
répond pas à un besoin d'efficacité économique
mais à la volonté de " diviser pour régner
". Ce texte est une sorte de réfutation ex ante des
thèses de Williamson. Certes, celui-ci [Williamson, 1985,
p. 277] veut réfuter les arguments de Marglin, en s'opposant
plus généralement aux économistes " radicaux
" américains, comme Bowles et Gintis.
8 durant le colloque « Le Capital sans limite », Lyon,
Centre Walras, le 14 décembre, 2002.
9 Hutchison 1978, pp. 45, 19, 58 et p. 61n cité par Stanfield.
10 Ce n'est donc pas un hasard si Hayek [1993, p. 206, cité
par Vivel, 2000, p. 146] revendique l'urgence du combat idéologique
: « Si l'idéal de l'Etat de Droit est fermement enraciné
dans l'opinion publique, la législation et la juridiction
tendraient à s'en rapprocher de plus en plus. Mais si on
représente cet idéal comme irréalisable, voire
indésirable, et que le peuple cesse d'en réclamer
le respect, il disparaîtra bientôt ». Il est toutefois
évident que cette invocation à l'idéologie
contredit l'évolutionnisme patent de la pensée de
Hayek ! Une contradiction du même ordre a traversé
le marxisme. Pourquoi, en effet, lutter pour la révolution
puisque la théorie prédit son arrivée pour
des raisons qui ne dépendent pas de notre volonté
? Nous ne faisons évoquer que la célèbre justification
du réformisme dans le marxisme.
11 Polanyi [1944] note que les expressions du protectionnisme
sont diverses et n'émanent pas nécessairement de l'initiative
des groupes immédiatement concernés, comme le prouve,
en 1847, en Angleterre, la limitation à dix heures de la
journée de travail, oeuvre de " réactionnaires
éclairés " [p. 224]. À partir de 1870,
l'Europe continentale elle-même est touchée par un
" mouvement protectionniste général " qui
se traduit, notamment, par des « lois sur les fabriques, les
assurances sociales (...) les services médicaux, les services
publics » [p. 195]. Nota Bene : le mot de "protectionnisme"
utilisé dans la traduction peut sembler curieux. Mais, dans
l'édition anglaise, et ce n'est pas un hasard, Polanyi use
bien du mot "protectionism" pour désigner ce phénomène.
12 Comme l'écrivait Polanyi [1934-1946].
13 Il est de discutable, comme l'a souligné A. Guéry
dans cette journée du Capital Sans Limite, d'affirmer que
l'esclavage est « rationnel » en quelque façon
que ce soit ... sauf à adopter la Raison des Maîtres
! 14 Cité par Polanyi [1944].
15 C'est le sens précis que Polanyi donne à cette
expression.
16 Au sens de L. Dumont [1991, p. 38] qui reprend Maine.
17 « Le roi se proclame ici "empereur en son royaume".
Jamais rien de semblable n'est arrivé en terre allemande
» [Dumont 1991, p. 38].
18 Il est assez édifiant à cet égard de relire
l'analyse que L. Dumont fait des écrits de T. Mann autour
de 1914. L'Etat démocratique ne convient pas à l'Allemagne
soutient alors Mann [Dumont, 1991, p. 82]. Il ajoute [cité
par Dumont, pp. 83-84] : « Le peuple mondial de l'esprit [...]
aspirait à devenir un peuple mondial [...] Le peuple mondial
de la réalité, et s'il le fallait [...] au moyen d'un
percée violente ». Il est donc évident que les
discours sur l'essence du fait national devraient tenir compte de
certaines spécificités nationales.
19 Cf. Dumont [1991, pp. 38-39].
20 Pour reprendre une expression de Polanyi.
21 Polanyi [1935] écrit à ce sujet : « Dans
son discours de Düsseldorf, que nous avons déjà
mentionné, Hitler déclare que la cause principale
de la crise actuelle est l'incompatibilité totale du principe
d'égalité démocratique en politique et du principe
de propriété privée des moyens de production
en matière de vie économique ; en effet, (selon Hitler
[NDT]) « la démocratie en politique et le communisme
en économie sont fondés sur des principes analogues
».
22 Comme en témoigne de facto l'ouvrage bien connu de R.
Reich [1991, p. 34 sq.].
23 Cf. Mulot [2002].
24 Le "capitalisme mondial", décrit par C. A.
Michalet [1976], suppose un cosmopolitisme qui en réalité
n'existe pas dans le Capital.
25 P. Dockès [2002, p. 15] s'oppose ainsi à la "
'vulgate' schumpeterienne", forme de "technocentrisme"
selon lequel la « révolution technologique est (...)
le principe essentiel, seul déterminant ».
26 Ces Turbo-Bécassine et Cyber-Gédéon qui
peuplent le monde, à peine satyrique, dépeint voilà
quelques années par G. Châtelet [1998].
27 Une critique stimulante des travaux récents de L. Boltanski
est faite par C. Gautier [2001].
28 cf. Aglietta et ali. [1991].
29 Le concept d'impérialisme serait donc à rejeter
au profit de celui de "l'Empire" qui ne désignerait,
semble-t-il, pas un Etat ou une nation en particulier mais une forme
de gouvernement.
30 Le parallèle que dresse par ailleurs G. Corm [1989, p.
152 et p. 157] entre le sionisme et le wahhabisme, qui est une façon
de « nationalisme musulman » à la séoudienne,
est très suggestif. Nul hasard à ce que ces deux forces
politiques aient été utilisées par l'Occident
comme moyen de ses desseins. La conséquence du « grand
jeu » occidental au Moyen-Orient a été de contribuer
gravement à bloquer les évolutions bien réelles
qui menaient à la modernité. Le cas du Liban actuel
est exemplaire de ce fait ; les structures actuelles de son Etat
actuel montrent à quel point il y a une bifurcation catastrophique
relativement à la voie qui s'esquissait dans les années
1960. Cf. A. Dagher [2002].
31 Le projet d'une "République européenne"
selon A. Caillé et A. Insel [2002, p. 152] est assez silencieux
sur cette question. C'est en soulignant une proximité supposée,
fort générale, entre les Etats-Unis et les Etats européens
que l'on comprend mieux l'oubli de cette question de la laïcité.
Plus : les auteurs parlent de l'emprise sur les "représentations
sociales" du "nationalisme" [p. 169-170], qu'on suppose
être une quelconque forme d'attachement au fait national dont
la caractéristique serait d'empêcher un vouloir vivre
ensemble "supranational" : mais quelle conception de la
nation a décidé cela ? Pourquoi ces auteurs stigmatisent-ils
l'idée de nation, ou ne la pense tout simplement pas, tout
en affirmant que "les effets de l'internationalisation sont
globalement positifs, ceux de la mondialisation globalement négatifs
?" [p. 150] Veulent-ils un internationalisme sans les nations
? Enfin, dans une formule ambiguë, qui étonnera tant
de gens parmi les peuples du monde, de Cuba à l'Irak en passant
par le Liban, les auteurs soutiennent que les Etats-Unis "ont
conquis des titres imprescriptibles à la reconnaissance de
tous les peuples du monde" et que leur culture est fondée
sur un idéal "démocratique, humaniste et pluraliste"
si proche des peuples européens. Soit. Mais cet idéal
démocratique des Américains n'a de sens que dans leur
Etat et n'a pas de rapport avec une certaine vision du continent
européen qui a dépassé souvent la référence
à la tolérance pour en venir à la laïcité.
Il est vrai que celle-ci est menacée à l'heure qu'il
est par des formes de relativisme très adaptées aux
pulsions du marché transnational. Il faut noter, toutefois,
le jugement courageux et sévère qu'A. Caillé
et A. Insel portent sur le "droit-de-l'hommisme" incantatoire
comme paravent du projet d'un marché transnational, leur
refus de l'insupportable double standard policy défendue
par les "américanophiles" néolibéraux
et leur critique du discours curieux selon lequel "la seule
nation ayant titre à exister en tant que telle (...) la seule
politique possible (...) ce sont la nation, la culture et la politique
américaines" [p. 153]. Mais alors il faut être
conséquent et accepter l'idée que l'idéologie
de l'élite américaine va au-delà d'une défense,
bien circonscrite, de la démocratie et que le gouvernement
américain est un vecteur d'un projet fort éloigné
des souhaits de nombre de peuples.
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