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L'histoire et la critique d'art à l'épreuve du féminisme
Nadine Plateau
Abrys,études féministes
numéro 3, janvier / juillet 2003

Résumé

Les trois textes présentés dans cet article ont en commun de proposer de nouvelles approches théoriques afin de repenser le discours sur l’art. En quête de signifiants capables de libérer l’imaginaire collectif du tout-puissant phallus et mobilisant à cet effet savoirs et engagement féministe, leurs auteures font émerger de nouvelles figurations susceptibles de faire pression sur le symbolique. Chacune de ces lectures est cependant singulière : Griselda Pollock déchiffre dans les œuvres de femmes ce que les codes dominants occultent, soit les traces d’un sujet producteur de culture ; Mieke Bal comble les vides qui trouent les discours dominants et retrouve dans des œuvres d’artistes masculins l’expérience refoulée des femmes tandis que Rosi Braidotti ajoute une différence au cyberféminisme. Enfin, ces trois théoriciennes témoignent d’une insistance tactique sur le «féminin» qui procède à la fois d'une stratégie de visibilisation et d'une position critique, seules capables de dire les femmes et de faire exister leurs œuvres dans l'espace de la culture en transformant celle-ci.
Au lieu d'apparaître comme un sous-problème mineur, marginal, ridiculement provincial, greffé sur une discipline sérieuse et établie, ladite question des femmes pourrait devenir un catalyseur, un outil intellectuel qui permettrait de vérifier les présupposés «naturels», fournirait un modèle à d'autres types de questionnements internes et se rattacherait à son tour aux modèles mis en place dans d'autres domaines par d'autres approches radicales. (Nochlin, 1993: 202-203; souligné par moi) Dans cet extrait d'un texte célèbre, paru dans une revue d'art américaine d'avant-garde, l'historienne de l'art Linda Nochlin esquissait de manière prophétique ce qui allait se révéler comme le projet le plus fécond de la réflexion féministe dans le domaine des arts plastiques. C'était en 1971. Le mouvement des femmes ébranlait alors le monde occidental par sa remise en question radicale de l'ordre patriarcal et du discours qui le légitime. La colère féministe ne pouvait que s'en prendre au domaine de la culture, perçu dès l'origine comme un espace de codage de la différence sexuelle et dès lors comme un enjeu de la libération des femmes. Décoloniser le regard, le débarrasser des représentations figées et contraignantes du féminin, libérer l'imaginaire, inventer de nouvelles histoires pour raconter les femmes, tels étaient les rêves des pionnières. Depuis, l'histoire et la critique d'art féministes dont ne sont connues, à l'échelle internationale, que celles qui se sont développées dans les pays anglo-saxons ou ont été traduites en anglais, ne cessent de pousser plus loin la critique et l'analyse du double sexisme du monde de l’art et du discours sur l’art. Nous voilà trente ans plus tard et force est bien de constater que s'il est devenu acceptable de concéder l'existence d'un problème sociologique de sous-représentation des femmes dans le monde de l'art, par contre, l'impressionnant corpus féministe a peu pesé sur les savoirs constitués. «Ce n'est pas du côté de l'émission mais de la réception que le langage des femmes est en souffrance» notait Françoise Collin (Collin, 1992:14). L'exclusion la plus tenace, la plus subtile aussi, est celle qui aujourd'hui écarte encore les femmes du pouvoir de formuler avec les hommes le discours sur l'art.

L'événement artistique international qui a marqué l'année 2002, la Documenta XI à Kassel en Allemagne, me paraît significatif à cet égard. L'exposition comptait un bon quart d'artistes femmes, certaines d'entre elles bien visibles et même à l'honneur, par exemple au Fredericianum. Ceci constitue certes un progrès par rapport aux premières Documentas, à nuancer toutefois car ce pourcentage ne correspond pas à la participation croissante des artistes femmes au monde de l'art depuis les années soixante. Les textes du catalogue, par contre, ne semblent pas avoir accusé réception de la réflexion féministe comme en témoigne la quasi absence de références bibliographiques à des auteurs non masculins. Et pourtant, dans une interview accordée à Art Press, Okwui Enwezor, commissaire de cette manifestation, affirmait s’intéresser aux «nouvelles interprétations des conditions dans lesquelles se tient le discours artistique», vouloir «briser le carcan du discours mondialiste en y englobant de nombreux interlocuteurs et créer les conditions d'un nouvel espace formel de production» (Griffin, 2002: 25). Déclarations infirmées par sa contribution au catalogue de la manifestation. Ce texte illustre malheureusement trop bien la difficulté d'un intellectuel, a priori susceptible de s'intéresser aux formes nouvelles de la critique, d'intégrer les théories féministes dans sa réflexion. A Kassel, les femmes n'étaient plus «off the record» comme vingt ans plus tôt, le domaine de l'art contemporain avait été élargi par l'intégration de thèmes et de formes de productions culturelles jusque là peu présents dans ce champ (le quotidien, la politique, le documentaire), mais le changement de paradigme auquel appelait Linda Nochlin ne s'est pas produit. Et pourtant, tel sera le point de vue que je défendrai ici, la «question des femmes», rebaptisée par la suite en fonction des diverses appartenances politiques et filiations intellectuelles, reste comme aux premiers jours potentiellement révolutionnaire à condition de ne pas renoncer à ce qui est au fondement des féminismes, la dénonciation de l'oppression et de l'exploitation des femmes réelles et la lutte pour leur libération. Ce n'est qu'en respectant cette exigence que cette question peut nourrir la réflexion et mettre à l'épreuve les disciplines qui ont pour objet d'étude le champ des arts plastiques. Empruntant au philosophe anglais J.L. Austin l'idée du «performative speech act», Peggy Phelan faisait remarquer que la critique d'art féministe fonctionne comme un énoncé performatif, comme une déclaration qui suppose à tout le moins une volonté de produire des effets, de faire en disant (Phelan, 2001:20). Des historiennes et critiques en arts plastiques dont les écrits constituent aujourd’hui la matrice disciplinaire féministe dans ce domaine, se sont engagées dans un combat qui se veut utile aux femmes. Il s'agissait pour elles de renverser des barrières, de détruire des préjugés, de démystifier les discours mais aussi de créer des espaces de liberté pour les femmes. C'est ce sens de la responsabilité politique envers les femmes, ce désir de vouloir changer le monde, quelque modeste que soit le niveau de l'intervention, qui sous-tend les trois textes analysés ci-dessous. Optimistes et positives à travers leur critique impitoyable du sexisme de notre culture, Griselda Pollock, Mieke Bal et Rosi Braidotti y mobilisent de façon exemplaire leur savoir et leur engagement féministes pour nous proposer de nouvelles approches permettant de repenser l'art et le discours sur l'art.

Le regard matriciel
«Il n'y a pas d'ailleurs en dehors de l'espace du discours»
(Pollock,1996:71)
Le discours sur l'art est le lieu du combat pour Pollock. Le mot combat n'est pas exagéré car il s'agit bien pour elle d'occuper, c'est-à-dire de conquérir, un espace qualifié d'idéologique. Dès ses premiers travaux, elle choisit d'intervenir sur ce terrain-là. Le désormais célèbre «Old Mistresses» écrit avec Roszika Parker (Parker & Pollock, 1981) se démarquait alors radicalement de la majorité des recherches féministes antérieures et même contemporaines. Celles-ci prenaient pour objet les artistes femmes oubliées ou méconnues, retraçaient leurs vies et décrivaient leurs œuvres en s'appuyant sur l'iconographie et en faisant usage des concepts classiques de l'histoire de l'art (qualité, grand art, originalité, innovation etc.) sans pour autant remettre en cause les critères de jugement. Critiquer la litanie des grands artistes (Broude & Garrard, 1982), la compléter, corriger l'histoire de l'art, rétablir la vérité en lui apportant un ajout, c'était, c'est toujours, une entreprise menée par celles et ceux qui veulent élargir le discours (Broude & Garrard,1992), faire reculer ses frontières pour y accueillir l'apport des femmes. Face à ce courant réformiste, dont il ne faut négliger ni l'apport de nouveaux matériaux pour ré-écrire l'histoire ni l'impact sur le grand public, Roszika Parker et Griselda Pollock proclament la nécessité de critiquer l'exclusion des femmes de l'histoire de l'art «en tant que pratique idéologique institutionnalisée qui contribue à reproduire le système social par les images et les interprétations du monde qu'il offre» (Parker & Pollock, 1981:169; ma traduction). Projet ambitieux à la mesure du tort causé aux femmes, à toutes les femmes, par la vision patriarcale qui informe l'art et le discours sur l'art. Projet auquel la lecture marxiste de l'histoire sociale de l'art ainsi que les thèses postmodernes influencées par la linguistique et la psychanalyse fourniront les outils critiques indispensables. L'engagement féministe nourrit fondamentalement la réflexion de Pollock depuis plus de vingt ans. «J'essaie, dit-elle, de produire un discours qui fonctionne dans l'intérêt des femmes devant vivre sous le signe de la position sociale et psychique de la féminité» (Pollock, 1994:87). L'historienne veut rendre les œuvres des artistes femmes visibles, lisibles et pertinentes ce qui impose une nouvelle approche théorique. Dans un article intitulé «Modernity and the spaces of femininity» (Pollock, 1988), elle relit les tableaux de Berthe Morisot et Mary Cassatt, deux peintres appartenant au groupe des impressionnistes. Optant résolument pour un point de vue féministe et une approche interdisciplinaire complexe qui mobilise l’histoire, la sociologie, la sémiotique et la psychanalyse, Pollock choisit deux axes pour examiner ce que ces artistes peignent et comment elles peignent: l’espace et le regard. L'analyse récuse les jugements esthétiques portés sur leurs œuvres. Non, Morisot et Cassatt ne sont pas des peintres de deuxième rang, non leurs tableaux ne souffrent pas de déficiences, non, elles ne pratiquent pas un art «féminin» joli, intime. Ce sont deux artistes qui, de même que l’immense majorité des artistes femmes avant elles, représentent les lieux qui leur étaient accessibles: espaces privés (le salon, la salle à manger, la chambre, le balcon, la véranda), et espaces des loisirs bourgeois (la promenade, le théâtre).

Exclues de l'espace masculin du flâneur de Baudelaire (le café, le bar, le bordel, la rue), elles ne fréquentaient aucun des lieux où s'apprenaient alors les formes de conscience et de représentation de la modernité. Et pourtant, soutient Pollock, Morisot et Cassatt nous disent la modernité dans leur œuvre à partir de leur position de femmes et dans les espaces confinés qui leur sont imposés. Pas plus que leurs collègues, elles ne respectent la perspective classique, mais à leur manière en créant par exemple des phénomènes de compression et d'immédiateté à l'avant-plan de la toile résultant de points de vue inhabituels. Non seulement elles organisent différemment l'espace, fait remarquer l'auteure, mais elles ont aussi un regard différent de celui de leurs contemporains. Pollock compare La loge où Renoir offre une femme au regard du spectateur à un tableau intitulé A l'opéra dans lequel Cassatt représente une femme de profil, observant activement la scène à l’aide de jumelles. Ainsi, l'œuvre n'est pas seulement le reflet ou le produit de la différence sexuelle, elle est aussi le lieu de production et de négociation de cette différence: Cassatt situe dans son tableau une femme en position de sujet, position différente de celle d'objet qui lui est d'ordinaire attribuée par l'œuvre masculine. A ce titre, les femmes impressionnistes produisent, comme les hommes, la culture dans laquelle elles vivent. Il a fallu pour arriver à cette conclusion que Pollock déchiffre dans les œuvres ce qu'elle appellera plus tard les «inscriptions dans le féminin» les traces déposées dans l’œuvre par l’inconscient de l’artiste, ces éléments non perçus et indicibles dans le discours patriarcal. Ce travail de déchiffrement aboutit alors incontournablement à la nécessité de redéfinir la modernité en intégrant le regard de l'artiste féminin dans l’histoire. Il ne s'agit donc pas seulement de compléter le grand récit à l'aide de nouvelles histoires mais de transformer ce discours afin de créer une autre vision. Dans une contribution intitulée «Inscriptions in the Feminine», (Pollock, 1996), Pollock poursuit la recherche d'un discours sur l'art qui signifierait les femmes comme sujet et leur accorderait le statut de productrice de culture. Elle y propose, à titre d’intervention féministe dans l’histoire de l’art, de lire la production esthétique avec «le regard matriciel» que lui inspire l’œuvre de Bracha Lichtenberg Ettinger. Pour cette artiste et psychanalyste féministe, la matrice est un signifiant à l'égal du Phallus, un symbole qui permet de donner du sens, de faire apparaître dans le langage une série d'éléments actifs dans l'imaginaire des sujets femmes. On comprend l'intérêt de Pollock pour cette nouvelle ressource sémiotique, elle qui, de même qu'Irigaray et Cixous, plaide pour que l'on invente de «nouveaux signifiants de manière à générer un système de significations pour permettre à l'imaginaire féminin et à la symbolique féminine d'être vraiment partie prenante de notre culture qui aujourd'hui exile les femmes» (Pollock, 1996:75; ma traduction). La matrice est le signifiant qui manquait dans un monde entièrement dominé par le Phallus pour rendre compte des traces de l'altérité féminine, pour lire ces inscriptions dans le féminin qui surgissent dans la folie, les rêves et les œuvres des femmes.

D'autre part, la matrice est aussi le lieu de la gestation et d'une relation de la mère à l'enfant dont les féministes ont eu raison de souligner qu'elle n'est pas tant une expérience de fusion qu'une expérience singulière d'altérité. C'est dans ce sens que Lichtenberg Ettinger fait de la matrice un symbole de la relation intersubjective dans laquelle deux sujets s’éprouvent l'un l'autre, se reconnaissent comme différents et se transforment mutuellement (Pollock, 1996:78). Une telle expérience de «distance-dans-la-proximité» ou de «co-émergence dans la différence» (Pollock, 1996: 79) diffère radicalement de celle qui confronte un individu à l'autre, un sujet à un objet dans un rapport de pouvoir inégal. Le regard matriciel devient alors une autre manière de voir par opposition au regard phallique, ce regard de la maîtrise, de la domination fondé sur un système binaire d'oppositions toujours hiérarchisées. Si le regard matriciel, de même que la matrice d'ailleurs, a partie liée avec le féminin, il n'est pas propre aux femmes. Ce concept est un symbole neutre qui, ajoute Pollock, peut aussi renvoyer à notre expérience de l'œuvre d'art. Ce regard attentif quasi amoureux n'est pas neuf car des hommes comme des femmes l'ont porté sur des œuvres, ce qui est neuf, par contre, et là réside le mérite de Pollock et Lichtenberg-Ettinger, c'est de l'avoir nommé, d'avoir coulé cette «rencontre émouvante avec l'inquiétant autre» (Pollock, 1996: 80) dans des mots évoquant le féminin, bref de faire entendre dans le discours ce «féminin» refoulé, présent tant chez les hommes que chez les femmes. Pollock apporte, à mon sens, une contribution intéressante non pas à la question rabâchée de la création des femmes (Pourquoi n'y a-t-il pas eu de grands artistes femmes, pourquoi y en a-t-il si peu etc.) mais à la question de savoir comment rendre compte théoriquement de cette réalité séculaire de la création des femmes. La métaphore du viol a servi plus d'une fois à symboliser l'acte créatif dans notre culture occidentale. Qu'il s'agisse de l'expérimentation scientifique telle que la décrivait Francis Bacon au XVIIe siècle ou de l'art de la peinture raconté par Kandinsky au XXe, la nature ou la toile sont le corps de la femme, l'objet du désir, le lieu de la transgression, en un mot, la condition même de la création. Et voilà que, légère, ouverte, généreuse une métaphore féminine vient enfin conjurer cette image délétère secrétée par les fantasmes angoissés des hommes. Avec le regard matriciel, Pollock désocculte la position de sujet et d'auteur des artistes femmes. Le recours à ce concept s'inscrit dans la logique de sa démarche qui dès les premiers travaux rend problématique le rapport de l'art au genre et ne cessera de mettre le discours à l'épreuve de la «question des femmes ». Une insistance tactique, précise-t-elle, «sur la différence sexuelle pour casser stratégiquement les systèmes de pouvoir qui agissent explicitement et parfois de manière latente sur le genre en tant qu'axe de hiérarchie et de pouvoir» (Pollock, 1996: 70; souligné par moi).

La lecture hystérique
A la fin de son texte sur les inscriptions dans le féminin, Pollock se demandait ce que serait une lecture matricielle d'un texte artistique. Il m'est apparu que l'historienne de l'art Mieke Bal répondait à cette question en l'anticipant, dans un ouvrage écrit en langue néerlandaise et intitulé «Verkrachting verbeeld. Seksueel geweld in cultuur gebracht» (Bal, 1988). Titre que l'on peut traduire de la manière suivante: «Le viol représenté. La violence sexuelle dans la culture», le terme «représenté» ayant en néerlandais le double sens de «mis en images» et d'«inventé» au sens de «fabulé» Bal y propose une «lecture hystérique» de l'œuvre d’art que je qualifierai de politiquement engagée d'un point de vue féministe. Elle épouse, en effet, complètement le point de vue de l'hystérique. Celle que l’on ne croit pas, accusée de fabuler, qui tente de convaincre qu’elle souffre et n’y arrive pas. D'emblée, la similitude avec les femmes violées dont les féministes contemporaines ont recueilli les témoignages, saute aux yeux. Ce n'est pas par hasard: le choix de Bal pour la figure de l'hystérique s'enracine dans sa solidarité avec les femmes en chair et en os, celles qui dominées, exploitées, brutalisées sont réduites au silence dans la vie réelle. Bal se met donc à la place de l'hystérique, s'identifie à elle en imagination: «On ne s'identifie plus à une vision objectifiante. On se met au centre de la scène et on éprouve ce qui se passe.» (Bal; 1988:32; ma traduction). Elle prend l'hystérique à la lettre, ou plus exactement comme on le verra plus loin, au signe. Une position qui va lui permettre de nommer ce que les femmes vivent lorsqu'elles sont forcées dans la posture de l'hystérie parce qu'elles ne disposent pas des ressources symboliques minimales qui leur permettraient de gérer leur vie psychique. En effet, Bal mobilise à la fois son savoir féministe (sur la sexualité, les rapports de force entre les sexes, la condition sociale des femmes) et l'analyse historique et littéraire pour élaborer un outil théorique. Celui-ci rejoint tant dans l'image évoquée -l'hystera, mot grec dont dérive le terme utérus- que par sa dimension symbolique, le regard matriciel prôné par Pollock. La lecture hystérique exclut tout rapport hiérarchisé entre une personne qui regarde (sujet) et une personne regardée (objet), elle suppose au contraire une relation d'égalité, d'empathie où un sujet rejoint un autre sujet. Active et créative, cette lecture met à nu la misogynie de nos modes de connaissance et d'interprétation. Ainsi, Bal se livre à l'étude de deux tableaux de Rembrandt représentant le suicide de Lucrèce. Celle-ci fait partie de la galerie des grandes héroïnes de l'histoire de l'art dont les hauts faits ont frappé l'imagination de générations de femmes et d'hommes.

Et pour cause, Lucrèce, modèle de l'épouse vertueuse dans la Rome antique, se suicide après avoir été violée. Mais Rembrandt, pas plus que les autres peintres ayant choisi ce thème, ne met en scène le viol, évacuant par là, souligne Bal, la réalité même du crime. Toute l'analyse de l'historienne consiste, grâce au travail de l'imagination, à restituer dans sa totalité le drame partiellement dépeint dans les tableaux. La lecture hystérique s'intéresse davantage à la rhétorique de l'image qu'au récit qu'elle illustre, davantage aux silences, absences et occultations qu'aux signes explicites que sont les mots car les signes implicites permettent de re-présenter l'irreprésenté. Dans une démarche proche du déchiffrement effectué par Pollock, Mieke Bal cherche, dans le texte d'un peintre, la parole des femmes avec pour ressource les figures de style de la littérature. Première figure de style, la métaphore qui met le suicide à la place du viol, permet à Bal de dénoncer le déni du vécu de la victime car «lorsqu'une image prend la place d'une expérience, l'expérience disparaît de la vue» (Bal, 1988: 27) et le déplacement de la responsabilité de la mort de Lucrèce de l'auteur du crime vers la victime. Ce n'est plus Tarquin qui détruit Lucrèce, c'est celle-ci qui se tue. Deuxième figure de style, la métonymie qui fait du suicide la conséquence du viol, fait revenir dans la narration la responsabilité du côté du criminel. Enfin, troisième figure de style, la synecdoque qui pose le suicide comme une partie de l'ensemble du récit, oblige ainsi d'interpréter le geste de Lucrèce comme dépendant de sa position de victime. Grâce à cette «rhétorique inventive», en réalité beaucoup plus complexe que dans l'évocation qui précède, Bal réintroduit donc, dans le récit de l’événement tragique peint par Rembrandt, le viol non représenté et fait revenir sur la scène le violeur qui en avait été effacé. «Il fait partie de la signification même du tableau bien qu'il soit invisible.» (Bal, 1988: 29). La lecture hystérique, sorte de poétique imaginative, repose, selon Bal, sur l'imagination visuelle qui permet de voir plus que ce que voit ou montre l'auteur de la représentation. «L’invention, conclut-elle, n’est ainsi plus une arme contre les femmes -tu as inventé tout cela- elle devient une arme culturelle pour les femmes» (Bal, 1988:38). C'est ici que le travail scientifique de Bal rejoint son engagement politique pour les femmes réelles. Toute sa démonstration éclaire la responsabilité de la culture qui met au centre de la représentation la partie fabulée du récit pour mieux refouler l'expérience des femmes et contribue par là à maintenir la violence à l'encontre des femmes A travers le regard de sollicitude de Pollock et Bal, l'artiste, son œuvre et aussi la création font sens et même sens nouveau. Mais … Et si cela ne suffisait pas… Et si nous avions simplement glissé d'un pôle signifiant à un autre, du phallus à la matrice, sans changer de décor? Ne peut-on quitter la scène biologique et ses accessoires, les organes de reproduction? Pouquoi faut-il que le signifiant pour l’imaginaire féminin nous rabatte explicitement sur la maternité? N'existe-t-il pas d’autres métaphores pour symboliser la création artistique?

Dans son étude sur le couple de femmes dans l'art, Marie-Jo Bonnet voit dans l'éros féminin, l'image même de la création artistique. Elle montre que l'amour entre femmes a été invisibilisé dans l'art occidental, soit qu'on l'ignore tout simplement (antiquité romaine), soit qu'il soit travesti sous la figure du mythe, de l'allégorie ou pire instrumentalisé dans les scènes de harem (XIXe). Mais de la fécondité spirituelle du couple de femmes, de l’espoir «d’engendrer l’enfant intérieur et d’orienter leur désir vers l’Esprit.» (Bonnet, 2002:34) dont témoignent les plus anciennes icônes de la visitation, nous ne trouvons plus d'images dans notre culture. Or, ajoute Bonnet, l'enjeu de la représentation de l'éros féminin n’est pas seulement esthétique mais symbolique car il «commande en dernière instance l’accès des femmes à la fonction instituante» (Bonnet, 2002:16). En d’autres termes, «l’entre femmes», le désir féminin est potentiellement créateur en ce qu’il pose, fait exister, rend visible, un lieu à partir duquel les femmes participeront à la définition de la cité. Exit la matrice. La création s'est libérée du carcan hétérosexuel mais elle reste prisonnière de la métaphore de la procréation. C'est alors qu'interviennent de nouvelles féministes qui vont sortir la création de ses associations séculaires avec la maternité. Refus du féminin? Rébellion contre les mères? Révolution dans la création?

Le cyberféminisme différemment
«Les Cyborgs ont davantage partie liée avec la régénération et se méfient de la matrice reproductrice comme de toute sorte de naissance» (Haraway 1991:181; ma traduction) L'image cyborg (1) proposée par Donna Haraway dans son célèbre «Cyborg Manifesto» nourrit aujourd'hui une génération de jeunes féministes que les théories et pratiques des militantes des années septante et quatre-vingts laissent désemparées face au monde effrayant et fascinant du XXIe siècle. Un monde, en train de passer «d'une société organique industrielle à un système d'information polymorphe - du 'tout est travail' au 'tout est jeu', jeu mortel» (Haraway 1991: 161; ma traduction), un monde en voie d'être soumis à ce que Haraway appelle «l'informatique de la domination». Face à cette réalité politique, économique et sociale, Haraway construit son mythe cyborg. Un mythe, par définition, ne porte de vérité que parce qu'il est transmis -c'est-à-dire traduit et trahi- à chaque fois dans une version singulière. C'est ainsi que l'être baptisé cyborg (abréviation de cybernétique organisme) produit du sens à travers la pluralité des récits se déroulant dans le nouveau paysage technoscientifique à l'ère des révolutions digitales et technobiologiques. La caractéristique de cette figure emblématique est d'opérer la fusion du vivant et de la machine. Les frontières entre les organismes vivants (nature) et les humains (culture) se sont effondrées, quant aux machines, déjà «elles sont nous, nos processus, un aspect de notre incarnation» (Haraway 1991: 180). Ironique, subversif, balayant les oppositions et les contradictions dans un irrésistible élan vital, le mythe cyborg ouvre à la joie, au plaisir désormais non coupable d'aimer la machine, de jouir de son savoir sur la machine. Le manifeste d'Haraway ouvre donc une nouvelle voie pour penser notre rapport au monde car au-delà du brouillage des limites entre le corps organique et l'artefact technologique, ce sont d'autres dichotomies qui s'écroulent, celles qui opposent le corps et l'esprit, le sexe et le genre. Ainsi s'explique sans doute le succès de la métaphore cyborg auprès d'une génération élevée dans l'évidence de la construction sociale du sexe. Nourries de la queer theory qui proclame l’indécidabilité du genre, ces jeunes femmes revendiquent de pouvoir, tout à loisir, glisser librement d’un pôle à l’autre du continuum du genre. A leurs yeux, le rêve utopique d'Haraway «d’un monde monstrueux dépourvu de sexes» (Haraway 1991: 181) apparaît comme une libération et comme un formidable outil d'empowerment. La question de la femme, comme la formulait Nochlin, celle de la différence sexuelle, qui guidait Pollock, seraient-elles désormais obsolètes?

Comment concevoir alors une réflexion et une pratique fidèles à ce qui nourrit la force contestataire et dissidente des féminismes: le vécu des femmes, leurs expériences intimes, tout ce qui était considéré comme relevant du personnel avant que le mouvement des femmes l'eut déclaré politique? Rosi Braidotti apporte, me semble-t-il, une réponse dans un texte intitulé en anglais «Cyberfeminism with a difference» que l'on a traduit, en en restreignant le sens, par «Cyberféminisme différemment» (Braidotti, 2001). En effet, le titre anglais utilise le mot différence et renvoie à la différence sexuelle, le champ d'investigation et de lutte féministe. Il évoque aussi le grand débat entre le féminisme de l'égalité et celui de la différence. Braidotti avait à l'époque opté pour ce dernier en estimant que l'affirmation de la différence était une priorité par rapport à la réalisation de l'égalité. Quant au mot cyberféminisme, Braidotti n'en donne pas de définition. Elle utilise le terme pour désigner des activistes féministes présentes dans la culture et les médias dont les Riot Girls et les Guerilla Girls, ces iconoclastes, ces contestataires avec lesquelles on la sent en sympathie. Elle prend acte de la rébellion des filles en colère contre les hommes et aussi contre leur mères, celles qui ne veulent plus de ces matrices et revendiquent de pouvoir habiter des sexes (des corps) multiples, celles qui narcissiques et battantes, sinon phalliques, veulent conquérir le cyberespace pour y faire mieux que les hommes. Braidotti possède une remarquable capacité d'enregistrer les faits de notre monde en mutation, de les soumettre à une critique serrée et d'en saisir les potentialités à exploiter pour les femmes. Il en va ainsi de sa position face à nos sociétés post-industrielles: elle dénonce la brutalité de la transnationalité du capital et de la tiersmondisation du monde, elle note le métissage ethnique croissant à un moment de montée du racisme et de la xénophobie et postule pourtant une «alliance nouvelle et perversement féconde de la technologie et de la culture » (Braidotti, 2001: 41). Loin d'être une attitude d'acceptation facile de phénomènes qui s'imposent par le pouvoir de l'argent ou de la mode, la positivité de Braidotti est exigeante: il faut changer de perspective, abandonner la technophobie au profit d'une approche plus technophile car, ajoute-t-elle, «le facteur technologique doit être considéré comme proportionnel et intimement lié à l'humain.» (Braidotti, 2001: 41) Braidotti parie donc pour le cyberféminisme … mais avec une différence. La différence sur laquelle Braidotti insiste, tactiquement comme dirait Pollock, c'est la différence sexuelle qu'il faut penser à partir de son enracinement dans le réel. A plusieurs reprises dans le texte, elle rappelle qu'en dépit du discours sur le brouillage des genres et les potentialités infinies de l'informatique, l'écart ne cesse de croître entre les sexes comme d'ailleurs entre le Tiers monde et les pays industrialisés. Il suffit de passer, comme elle le fait, les productions high tech du monde postmoderne au peigne fin du genre pour se rendre compte que les cybercorps des médias américains exaltent la blanchitude et la féminité la plus traditionnelle et que le cyberimaginaire, tout empêtré dans les stéréotypes sexuels, manifeste une indigence navrante. Braidotti souligne le fossé «entre les promesses de la Réalité Virtuelle, du cyberespace et la qualité de ce qu'ils offrent» et elle conclut: «Par conséquent, il me semble qu'à court terme cette nouvelle frontière technologique va intensifier l'écart entre les sexes et augmenter leur polarisation.

"Nous sommes revenu-e-s à la métaphore guerrière, mais elle prend place dans le monde réel, pas dans l'hyper-espace de la masculinité abstraite. Et ses protagonistes ne sont pas des images numériques mais les agents sociaux réels des contextes urbains post-industriels.» (Braidotti, 2001:52; souligné par moi). Le souci des femmes réelles, de leur vécu, qui signifie l'engagement de Braidotti à leurs côtés, légitime, à mon sens, l'accent mis sur la différence sexuelle, celle-ci devenant une sorte de garde-fou pour ne pas céder à la tentation de s'envoler hors de son corps, de son âge, de son sexe, de sa classe, de sa race. La volonté féministe que les femmes deviennent sujet de leur histoire n'abolit pas le corps. Braidotti propose le concept de «embodied subjectivity», qui me semble le mieux traduit par subjectivité incarnée car l'adjectif «incarné» renvoie à l'acte de se faire chair et à défaut du mot -comme en anglais- il contient donc l'idée du corps. L'originalité du concept consiste ici à donner au corps un sens qui permette de concevoir le fait historique de sa dénaturalisation: « il est plus adéquat de parler de notre corps en termes d'incarnation c'est-à-dire de corps multiples et d'ensemble de positions incarnées. L'incarnation signifie que nous sommes des sujets en situation» (Braidotti, 2001:43). Notre corps ne nous contraint plus à un genre, Braidotti offre aux rebelles la possibilité théorique de «traiter la féminité comme une option, comme une série de poses disponibles» (Braidotti, 2001:54).

Ce qu'elles ont fait d'ailleurs … sans l'attendre. Utiliser la technologie pour libérer l'imaginaire collectif du phallus, tel est, aux yeux de Braidotti, l'enjeu ultime du cyberféminisme. Alors que Pollock et Bal travaillaient à théoriser une lecture non sexiste des productions artistiques, Braidotti, interpellée par le monde post-moderne et par les «grrrls» qui ruent dans les brancards, met l'accent sur les apories du cadre théorique. Elle se met alors à l'écoute des écrivaines de science-fiction, des plasticiennes utilisant les nouveaux médias et d'autres artistes du web parce qu'elles ont imaginé de nouvelles stratégies bien avant qu'un discours philosophique ne soit capable de les formuler. Reprenant les termes du courant théorique et artistique qui fait de la féminité une mascarade et du genre une performance, Braidotti reconnaît dans leurs interventions la politique de la parodie. Celle-ci suppose, cela va de soi, la maîtrise des codes dominants, sans laquelle il est impossible de jouer, d'imiter et par conséquent de subvertir les règles de l'assignation au féminin. Plus fondamental, la politique de la parodie naît de la colère et vise le rire, non seulement le rire qui libère la spectatrice, le spectateur de représentations conventionnelles aliénantes mais plus profondément celui de l'artiste, le rire des femmes dont Jo Anna Isaak célèbre le pouvoir révolutionnaire et la dimension de jouissance collective (Isaak, 1999). Toutefois, ajoute Braidotti, «la parodie ne peut être porteuse de pouvoir politique qu'à condition d'être soutenue par une conscience critique qui vise à la subversion des codes dominants» (Braidotti, 2001:46; souligné par moi). Pas de mimesis sans conscience critique. Braidotti n'aborde pas ici le fondement de cette conscience critique mais il me semble logique de le situer dans ce que Pollock nommait la responsabilité politique de travailler à la libération des femmes, dans ce qu'elle-même appelle faire la différence.

La culture, un champ de force
Les textes présentés ci-dessus ont été abordés de manière non critique car il s'agissait pour moi d'en extraire la moëlle féministe et de faire ressortir l'énergie et la capacité innovatrice de trois théoriciennes attelées à ce travail urgent qui vise à faire émerger de nouvelles figurations afin de faire pression sur le symbolique. Bien que chacune de ces lectures soit profondément singulière, elles participent de la même volonté de rendre visible le lieu du tort fait aux femmes. Pollock déchiffre dans les œuvres ce que les codes dominants occultent, Bal comble les vides qui trouent ces discours tandis que Braidotti ajoute une différence au cyberféminisme. J'ai souligné chez chacune l'insistance tactique sur le féminin, qu'il soit envisagé comme la question des femmes, défini comme une catégorie du discours ou inclus dans le concept d'incarnation. Cette insistance procède à la fois d'une stratégie de visibilisation et d'une position critique, seules capables de dire les femmes et de faire exister leurs œuvres dans l'espace de la culture en transformant celle-ci. Parlant de la pratique littéraire, Marcelle Marini formulait ainsi les conséquences de cette opération: «La critique féministe aurait donc pour fonction de rompre l'unité apparente de la culture dite commune, en imposant la présence et la valeur des œuvres produites par les femmes, même peu nombreuses: la culture apparaît alors pour ce qu'elle est, un champ de force où il y a des vainqueurs et des vaincues, mais pas des totalement présentes et des totalement absentes.» (Marini, 1992: 146; souligné par moi). On ne peut exprimer plus crûment la violence des rapports de pouvoir entre les sexes dans l'espace symbolique. Il m'apparaît que dans le contexte actuel de l'art contemporain, cette lutte des sexes risque bien de s'exacerber car l'enjeu est de taille. On sait que, dans le passé, les œuvres s’évaluaient en fonction de la qualité du dessin, de la composition, de la perspective, du modelé etc. Aujourd'hui, par contre, les critères de jugement bien définis font défaut et c’est au coup par coup que les objets sont nommés art, le critique et l’historien jouant ici un rôle crucial. Notons au passage l'étonnante capacité des hommes à maintenir leurs privilèges puisque voilà qu’au moment où les femmes se retrouvent théoriquement à égalité - elles bénéficient du même enseignement et investissent les mêmes espaces- bref au moment où elles accèdent à tout ce qui formait, inspirait et nourrissait les artistes, les règles changent: l'œuvre d'art ne se juge plus sur le savoir-faire, la technique, autant de compétences désormais accessibles aux femmes, elle est définie par le discours. On mesure dès lors l'énormité de la responsabilité qui incombe à la critique féministe. Quant à moi, je parierai pour le mouvement irréversible enclenché et porté par les féministes qui, dans le désespoir ou la jubilation, mettent à l'épreuve l'histoire et la critique d'art. Non pas pour remplacer ce discours par un autre tout aussi totalisant mais pour laisser advenir ce dont rêve Haraway, une «hétéroglose puissante et infidèle» (Haraway, 1991: 181).


Notes 1. J'ai choisi cette formule afin de ne pas donner de genre grammatical au terme cyborg, l'article «the» ou «a» n'étant pas genré en anglais.


Références

Bal, Mieke. 1988. Verkrachting verbeeld. Seksueel geweld in cultuur gebracht, Utrecht: H&S.

Bonnet, Marie-Jo. 2000. Les deux amies. Essai sur le couple de femmes dans l'art, Paris: Editions Blanche.

Braidotti, Rosi. 2001. «Le cyberféminisme différemment», IN Rassel, Laurence (dir. Pub.), Cyberfeminisme, Bruxelles.

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Pollock, Griselda. 1996. «Inscriptions in the Feminine», in De Zegher, Catherine (dir. Pub..). Inside the Visible, an elliptical traverse of the 20th century art, MIT Press.
Notice biographique

Nadine Plateau ,actuellement présidente de Sophia, réseau belge de coordination des études féministes et rédactrice en chef de sa revue éditoriale qui recense les publications et enseignements en études féministes et de genre en Belgique. Spécialisée dans le domaine “enseignement et genre”, coordinatrice de recherches sur le sujet “études féministes et féminisme” & “études féministes et emploi” ; auteur de “L’école au féminin”, édité par l’Université des femmes et d’articles sur ce thème dans différentes revues dont “Chronique Féministe”. Intérêt pour la question “art et genre” : organisation de séminaires, tables rondes sur ce thème ; collaboration au numéro consacré aux femmes artistes de “Sextant”, revue du GIEF de l’Université Libre de Bruxelles (n° 11, 1999) et au numéro sur les arts plastiques de la revue Cahiers marxistes (n° 221, mars avril 2002); contribution sur le sujet “Femmes et arts plastiques” dans le Dictionnaire des femmes en Belgique (à paraître).
Le lien d'origine : http://www.unb.br/ih/his/gefem/labrys3/web/fran/plateau2.htm