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Police partout :
Si l'immigration est de tous les dossiers, cela est peut-être
lié à la boulimie sarkozienne de traiter tous les
sujets, mais c'est surtout dû au fait que l'immigration est
incontournable, qu'on la souhaite ou qu'on la rejette. Et si certains
ministres prennent ombrage de Sarkozy, ce n'est pas parce qu'ils
sont en désaccord avec Nicolas, mais parce qu'ils ont une
carrière politique à mener et qu'ils sont rivaux.
La loi sur l'entrée et le séjour : c'est la prérogative
du Ministère de l'Intérieur et un peu de la Justice.
Mais cette loi touche à la Diplomatie (les visas, le Droit
d'asile, la nationalité française), aux Finances (la
Douane plus sollicitée, les redevances exigée pour
les étrangers et les accueillants à la hausse), à
la construction européenne (l'espace Schengen), aux Affaires
sociales (le regroupement familial, la protection sociale, le code
du Travail), aux Transports (aéroports, ports, routes de
frontières) et même au Ministère de l'Industrie
et de la Recherche (car il y a mise en œuvre des techniques
de pointe du contrôle social pour tenter de contenir toute
cette misère du monde qui frappe à nos portes).
Un effort massif et général pour contenir une soi-disant
invasion et, après les lois sécuritaires LSQ de 2001
et LSI de 2002, une nouvelle étape vers une société
policière. Car à chaque loi sur l'immigration, ce
sont de nouveaux acteurs (des fonctionnaires, des maires, des employé-e-s
de la santé et des services sociaux) qui deviennent, parfois
malgré eux, des auxiliaires de police.
Dégoût :
Si Sarkozy joue son rôle avec zèle, François
Fillon, Ministre des affaires sociales, du travail et de l'emploi,
n'est pas en reste. D'après le journal l'Humanité
du 22 octobre, Fillon profite de la Journée du Refus de la
Misère (comme si la misère était tolérable
les 364 autres jours de l'année) pour déplorer que
l'afflux de demandeurs d'asile "affaiblit et vient saturer
les dispositifs prévus pour les personnes en grande difficulté"
et que, par conséquent, "freiner le flux d'entrée
des demandeurs d'asile est l'une des plus grandes urgences pour
préserver le système". Vous avez envie de vivre
dans ce système, vous ?
A propos de Fillon, sa réforme des retraites, ses mesures
pour diminuer l'indemnisation du chômage, ses mesures pour
précariser le travail, les choix budgétaires délaissant
l'habitat social, vont faire qu'il y aura de plus en plus de misère
en France (des retraité-e-s pauvres, des chômeuses/eurs
sans le sou, des personnes mal logées). Fillon, sous ses
airs de petit saint, prône une sorte de préférence
nationale de l'assistanat et de gestion de l'exclusion. Sans trouver
de solutions, pour les personnes exclues, d'où qu'elles viennent,
d'où qu'elles soient.
Tournées :
Chirac, de Villepin et Sarkozy rivalisent de déplacements
à l'étranger, où l'immigration tient toute
sa place, au même titre que les rapports de force politiques
et l'économie. Ainsi, la visite de Chirac au Maroc, le 9
octobre dernier, est ainsi commentée par le quotidien la
Tribune "La France veut faire du Maroc sa pièce maîtresse
sur l'échiquier euro-méditerranéen". Il
amène avec lui "de grosses pointures du monde des affaires
dont la liste évoque assez bien l'étendue des intérêts
hexagonaux dans le royaume". Et de citer de grandes sociétés
du BTP, du tourisme, de l'armement et de l'agro-alimentaire dont
les céréaliers de France. Bref, tout ce dont rêvent
les Marocain-e-s.
Il faut savoir qu'Européens et Américains ont des
visées commerciales sur le Maroc, Washington cherchant à
accélérer un accord de libre échange avec Rabat,
ce qui aurait notamment pour effet de déstabiliser l'agriculture
marocaine.
Source : la Tribune et Libération du 09/10/2003
Chirac toujours :
Si l'hypocrisie donnait des boutons, Chirac serait elephant-man.
Rien que pour le mois de novembre, deux faits méritent d'être
signalés, en lien avec la politique étrangère
de la France. Le 10 novembre, la France accueillait le premier forum
sur le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique
(Nepad), avec des représentants d'Etats africains et les
bailleurs de fonds institutionnels (FMI, Banque mondiale, OCDE et
OMC). Chirac, comme Mitterrand, affectionne les discours internationaux
pleins de bons sentiments, mais n'engagent que ceux qui y croient.
Et Chirac, dans son discours d'ouverture, d'appeler l'Afrique à
accroître ses efforts pour construire la paix, lutter contre
la "mauvaise gouvernance" et la corruption, afin de permettre
son développement. Chirac peut parler de corruption, lui
qui est un affairiste de premier plan et ne doit qu'à son
mandat présidentiel de ne pas être poursuivi; Chirac
peut parler de paix, lui qui, à chacun de ses voyages à
l'étranger, est entouré de VRP des industries françaises
d'armement.
Trois jours avant ce forum, le 7 novembre, Chirac recevait un autre
grand prédateur, Vladimir Poutine, nouveau tsar de toutes
les Russies, et coupable de génocide en Tchétchénie.
Qu'à cela ne tienne : Chirac a reçu Poutine avec des
"égards exceptionnels", poussant le tapis rouge
jusqu'à l'accompagner jusqu'à Orly. Histoire d'afficher
une nauséabonde "identité de vue".
(Source : Les Echos du 10 et du 12/11/2003)
Mini-Sommet de la Baule :
Au moment même où les Ministres de l'Intérieur
des cinq principaux pays européens (Allemagne, Espagne, Grande-Bretagne,
Italie et France) se réunissait pour prendre des décisions
sur les questions d'immigration et de lutte contre le terrorisme
et la grande criminalité, un nouveau drame se produisait
au large des côtes de la Sicile : 70 personnes d'origine somalienne
se sont noyées ou sont mortes de faim et de froid après
2 semaines passées sur la Méditerranée pour
tenter de rejoindre l'Italie au départ de la Libye.
Ce drame a conduit le Ministre italien de l'Intérieur à
réclamer plus de rigueur pour en finir avec ces "tragédies
humaines qui pèsent sur la conscience de l'Europe".
Mais tous ces regrets sont vite oubliés et le "réalisme"
consiste à multiplier les obstacles : ainsi, les cinq sinistres
de la Baule se sont mis d'accord pour stocker sur une puce collée
au visa les caractéristiques physiques du demandeur (empreintes
digitales et reconnaissance du visage). Ont été abordés
aussi les accords de réadmission dans leur pays d'origine
des personnes non admises dans l'espace Schengen. Le but des Ministres
du G5 est d'aller "plus vite et plus loin" dans les domaines
cités plus haut, l'immigration clandestine étant traitée
à égalité avec le terrorisme et la criminalité.
Nous aussi, nous avons mal à "la conscience de l'Europe".
(Source : le Figaro du 20/10/2003)
Hervé, le 14 novembre 2003.
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