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Origine : http://conflits.revues.org/index1555.html
Cultures & Conflits p. 5-14 55 | Prison et résistances
politiques.
La prison fonctionne comme un trou de mémoire. Dans le sillage
de Surveiller et Punir1, et parfois en démentant ou en nuançant
certaines de ses thèses, les historiens ont produit d’importants
travaux sur la naissance et les deux siècles d’existence
de l’institution pénitentiaire moderne comme mode de
pénalité2. Appuyant l’idée foucaldienne
selon laquelle la critique de la prison est consubstantielle de
son existence et qu’elle est marquée par les mêmes
répétitions, ils ont montré combien sont récurrentes
les dénonciations des effets néfastes de l’incarcération
: « Dès 1791, tout a été dit, ou presque,
sur la prison, ou plutôt contre la prison »3. Mais rien
n’y fait : à chaque crise, le « législateur
»4 redécouvre la prison et la puissance de ses logiques.
Il se livre ostensiblement à une prise de conscience «
authentique », comme s’il prenait réellement
la mesure des dommages sociaux générés par
l’enfermement. Le poids et les effets de l’architecture,
la misère des conditions d’existence, l’écrasement
du temps et de l’espace sont inlassablement rappelés.
La nature et les modalités de l’exercice de ce pouvoir
implacable ont maintes fois été décrites, détaillées,
démasquées. L’amnésie est sans doute
l’une des conditions de régénération
de la solution carcérale (« l’extrême solidité
de la prison, cette mince invention décriée pourtant
dès sa naissance »5), dont la force motrice tient paradoxalement
au constat récurrent de son échec, duquel elle tire
prétexte pour reconduire sa nécessité. Tout
se passe alors comme si cette institution n’avait pas d’histoire.
Plus grand encore demeure le silence sur ce qui se passe ou s’est
passé d’inhabituel derrière ces hauts murs.
Par définition, l’emprisonnement fonctionne selon le
principe d’une soustraction physique et symbolique de l’individu
du cours social ordinaire et de la visibilité publique. Reclus
et atomisé, il se trouve destitué de son droit à
l’action et à la parole. Il est ainsi soumis à
l’ordre de ce que Jacques Rancière définit comme
la « police » : un « ordre du visible et du dicible
qui fait que telle activité est visible et que telle autre
ne l’est pas, que telle parole est entendue comme du discours
et telle autre comme du bruit »6. La possibilité d’amorcer
des mouvements collectifs est réduite à l’extrême,
et leur actualisation constitue une menace pour l’ordre carcéral,
qu’il convient d’écraser, et/ou de rendre inaudible.
En ce qui concerne les sciences sociales, l’enquête
ethnographique a fait voir qu’une enceinte carcérale
n’est pas un univers immobile et froid, mais qu’elle
est au contraire un espace en tension perpétuelle dans lequel
se jouent de multiples manœuvres et transactions pour maintenir
un équilibre précaire entre « guerre »
et « paix »7. Une série de témoignages
publiés par des détenus souligne cet autre plan de
l’activité pénitentiaire, cette vie quotidienne
et informelle sous tension8. Les archives laissent également
parfois transpirer cet ordinaire extraordinaire, où un incident
peut devenir événement qui exige des écritures.
Pour le XIXème siècle, les archives du bagne de Cayenne
sont particulièrement riches en ce domaine et donnent à
voir la fréquence et l’intensité de ces grondements,
inscrits au centre de ces existences coupables9.
Du point de vue de l’opposition politique hostile à
l’ordre établi, la mise en détention marque
communément la fin du parcours, un coup d’arrêt
dans la lutte, quand elle ne consacre pas brutalement la défaite.
Or, en diverses circonstances de l’histoire contemporaine,
la prison a été retournée. Parce que lieu de
répression ou de discipline, elle a pu se muer un moment
en un espace de résistance, ou en point d’appui pour
une action militante extérieure. Ces épisodes de résistance
ont été pour partie étudiés par les
historiens du XIXème siècle. Des travaux, initiés
notamment par la Société d’Histoire de la Révolution
de 1848, se sont intéressés à la vie en détention
d’un certain nombre de figures ou de mouvements politiques
victimes de répression ; il s’agissait en définitive
de caractériser cette répression et d’en mesurer
les effets sur ses victimes10. L’emprisonnement était
donc étudié comme moment dans une trajectoire politique11.
Plusieurs travaux ont ainsi porté sur l’activité
politique de militants lors de leur incarcération. Ils s’inscrivaient
dans la perspective d’une histoire de la prison politique
notamment développée par Jean-Claude Vimont12. La
visée de ces recherches n’était pas tant d’examiner
les révoltes dont les prisons du XIXème siècle
avaient pu être le théâtre, que d’analyser
comment pour chaque groupe de politiques entrant en détention,
l’emprisonnement s’était accompli et avait été
vécu13.
La prison a été constituée, dans des contextes
particuliers, en sujet et en objet de lutte collective, et non pas
seulement individuelle, devons-nous immédiatement ajouter.
On sait en effet depuis les travaux d’Erving Goffman14 que
les institutions totales sont le lieu d’une multitude d’
« adaptations » et de dérangements opérés
par ceux qui y séjournent. Ces révoltes individuelles
qui prennent parfois dans les prisons la forme d’actes d’automutilation
corporelle et de suicides sont des actions contre l’institution
carcérale. On doit cependant se demander si ces actes individuels
de révolte ne sont pas le produit de l’institution,
non seulement parce que la prison les génère, mais
aussi parce qu’ils participeraient de son bon fonctionnement
social. Aussi, voudrions-nous dans ce numéro explorer quelques
uns de ces moments singuliers où l’incarcération
a été détournée et pensée collectivement
par les prisonniers comme un levier, un instrument d’engagement
et de mobilisation politiques. Il s’agit d’étudier
sous cet angle les articulations entre l’intérieur
et l’extérieur. En effet, si les rapports entre les
politiques pénitentiaires et le politique comme événement
commencent à être mieux connus15, ces épisodes
de politisation de et dans la prison restent largement dans l’ombre.
Quelques travaux de recherche ont certes été menés
sur la répression politique et l’usage fait de l’enfermement
par les gouvernants, mais rares sont les travaux qui cherchent à
décrire précisément et à caractériser
les mouvements de résistance qui se développent en
détention ou autour d’elle16. En d’autres termes,
les luttes autour de la prison n’ont guère été
travaillées comme une scène à part entière
du politique, où se produisent, s’importent et s’adaptent
des modes d’action génériques (c’est-à-dire
initialement valables pour le « dehors ») et spécifiques.
Si le mot est polysémique, c’est en un sens précis
que ces résistances peuvent être qualifiées
de « politiques », dès lors qu’elles troublent
les partages établis par la police : « La politique
existe lorsque l’ordre naturel de la domination est interrompu
par l’institution d’une part des sans-part (…)
La politique est d’abord le conflit sur l’existence
d’une scène commune, sur l’existence et la qualité
de ceux qui sont présents »17.
Dans une perspective généalogique, donc critique,
ce numéro propose d’aborder ces luttes à partir
d’un ensemble de cas étrangers et français au
cours du siècle qui vient de se clore. Il ne s’agit
pas seulement d’exhumer ces moments de résistance pour
eux-mêmes, dans un simple souci d’érudition,
mais aussi de contribuer à rendre compte des modalités
diverses de lutte qui y furent à l’œuvre, la multiplicité
des instruments de combat qu’elles ont su inventer et des
actions qu’elles purent développer dans chaque contexte
géographique et historique particulier. Il s’agit ici
d’abord de restituer des singularités sans céder
trop hâtivement à la tentation de les subsumer sous
des modèles généraux. C’est aussi, dans
un premier temps, une manière d’éviter l’
« illusion étiologique » pointée par Michel
Dobry : la tendance à rabattre l’explication des crises
sur leurs origines, leurs causes, leurs conditions d’émergence18.
Cette réduction se fait notamment au détriment d’une
description potentiellement riche des dynamiques des crises elles-mêmes,
dont le cours est par nature incertain et ne saurait se résumer
en quelques déterminations structurelles. La présentation
de ces cas d’étude, divers autant par leur genèse
que par leurs implications et leurs effets, fournit néanmoins
une palette d’expériences situées qui peuvent
servir de matériaux pour engager des montées en généralité
et élaborer des hypothèses théoriques sur ce
que veut dire « résister » à la discipline
carcérale. Les travaux de Foucault sont dans cette perspective
d’une grande utilité ; le concept de « résistance
» qu’il propose permet d’esquisser une véritable
typologie de ces processus. Il y a en effet des résistances
individuelles, et d’autres collectives ; il y a les résistances
comme affrontements à l’intérieur de jeux de
pouvoir bien rôdés, et les résistances qui refusent
le jeu lui-même19.
Sous ce rapport, ces quelques éléments visent à
donner consistance à cette analyse du pouvoir qui cherche
à le saisir par la résistance. Appréhender
le pouvoir sous l’angle de ces pratiques, c’est concevoir
celles-ci comme des opérateurs de description, d’explicitation
et de clarification, des « catalyseurs chimiques » qui
permettent de cerner plus précisément les mécanismes
et points d’appui par lesquels transitent différents
modes d’exercice du pouvoir20. Les violences ainsi mises à
jour s’avèrent aussi bien directes que diffuses, elles
déploient leurs forces tant sur les corps que sur les représentations,
elles fonctionnent à l’injonction mais aussi au non-dit.
Au regard de cette complexité, il semble par exemple un peu
court de dire que l’ordre carcéral s’alimente
exclusivement du secret et de la dissimulation, par opposition à
une visibilité unitaire et forcément bénéfique.
La question de la publicité constitue autant un problème
qu’une solution, et ce qui est montré ne mérite
pas moins l’attention que ce qui est caché. L’analyse
des rapports entre prison et publicité fait face à
des régimes du visible ambivalents qui sont toujours non
des états, mais des champs de force : « Depuis le XVIIIème
siècle, en effet, la visibilité sociale a fonctionné
comme principe de limitation des pratiques de gouvernement –
la publicité étant le moyen d’assurer la protection
des individus –, mais également comme principe d’une
technologie gouvernementale rationnelle – la publicité
devenant alors le moyen de maximiser l’efficacité du
pouvoir au moindre coût »21.
Les pratiques de résistance22 s’opposent-elles ou,
à l’inverse, s’articulent-elles aux pratiques
du pouvoir ? Foucault s’est très tôt confronté
à ce double paradoxe. Tout d’abord, c’est dans
les espaces sociaux où la contrainte est supposée
la plus forte, où l’exercice du pouvoir semble le plus
contraignant que Foucault est allé rechercher les indicateurs
d’une résistance possible. Dans sa préface au
livre de Bernard Cuau sur l’affaire Mirval, Foucault invoque
la nécessaire résistance de « la vérité
» face aux violences institutionnelles23. Ensuite, il ne fait
pas des oppositions, des critiques, des contestations ou des révoltes
violentes une entrave à l’exercice de la domination
; au contraire, il inverse le regard à leur endroit et incite
à les envisager comme des pratiques qui fonctionnent, indépendamment
de leurs intentions premières, comme des facteurs contribuant
à sa consolidation. Il déclare en 1977 à propos
du panoptique : « Il faut, cela étant, analyser l’ensemble
des résistances au panoptique en termes de tactique et de
stratégie, en se disant que chaque offensive d’un côté
sert de point d’appui à une contre-offensive de l’autre
côté »24. C’est en 1973, dans le cadre
de sa réflexion sur « les illégalismes populaires
» et la constitution de la société punitive
que la notion de résistance prend chez Foucault un sens spécifique.
Le resserrement des liens de propriété, ou plutôt
le nouveau statut de la propriété terrienne et sa
nouvelle exploitation transforme en délits nombre d’illégalismes
installés. Foucault voit dans cette nouvelle gestion des
illégalismes la pénalisation de résistances
populaires aux nouvelles législations – en particulier
les codes forestiers du début du XIXème siècle25.
La même conception est reprise à propos de l’anti-psychiatrie
en 1974 et de la résistance du malade à l’interprétation
médicale de ses discours et de ses comportements26. Plus
tard, il présente la médicalisation de sociétés
occidentales comme une tentative de réponse aux nouvelles
formes de résistance induites par le capitalisme montant
: « Lorsqu’on a eu peur aussi que des mouvements populaires
de résistance, ou d’inertie, ou de révolte viennent
bouleverser tout cet ordre capitaliste en train de naître,
alors il a fallu une surveillance précise et concrète
sur tous les individus, et je crois que la médicalisation
(…) est liée à cela »27.
C’est dans le chapitre intitulé « Méthode
» de La volonté de savoir que Foucault a présenté
de la façon la plus synthétique son cadre d’analyse
du pouvoir28. Son hypothèse la plus originale renverse le
regard traditionnel et prend à rebours les théories
qui depuis quatre siècles mettent au centre de leurs analyses
la puissance souveraine, puis celle de l’Etat. La loi ou une
domination perçue comme globale et unitaire ne sont pour
lui que des « formes terminales », c’est-à-dire
plutôt des résultantes que des causes29. Comprendre
les phénomènes de pouvoir suppose de saisir «
la multiplicité des rapports de force qui sont immanents
au domaine où ils s’exercent, et sont constitutifs
de son organisation »30. Ainsi les lieux de friction, les
affrontements, les conflits sont des phénomènes constants
qui contribuent autant à maintenir l’identité
et la cohérence des institutions qu’à les déstabiliser
et les mettre en cause. « La grille d’intelligibilité
du social » n’est pas à rechercher dans «
l’existence première d’un point central, dans
un foyer unique de souveraineté d’où rayonneraient
des formes des forces dérivées et descendantes »
; il est au contraire à repérer dans le « le
socle mouvant des rapports de force qui induisent sans cesse, par
leur inégalité, des états de pouvoir, mais
toujours locaux et instables ». Le mouvement est cependant
symétrique et chaque « avancée du pouvoir provoque
en retour un mouvement de résistance »31. En reprenant
une terminologie plus contemporaine, on peut dire que pour Foucault
les résistances participent de l’institutionnalisation
des pouvoirs à l’œuvre. Mais cela ne veut pas
dire qu’elle les légitiment : elles contribuent à
en redéfinir les frontières toujours mouvantes, à
déterminer à nouveau le cadre des affrontements, les
contours des arènes socio-politiques. La prison est ainsi
un lieu exemplaire de ces hétérotopies, ces «
espaces autres » dotés d’une assez grande stabilité
malgré la virulence des attaques dont ils sont régulièrement
l’objet32.
En outre, là où il y a pouvoir, il y a résistance.
Celle-ci n’est jamais dans un rapport d’extériorité,
en raison du caractère profondément relationnel des
rapports de pouvoir : « Ils ne peuvent exister qu’en
fonction d’une multiplicité de points de résistance
: ceux-ci jouent, dans les relations de pouvoir, le rôle d’adversaire,
de cible, d’appui, de saillie pour une prise »33. Les
points de résistance sont omniprésents, ce qui ne
veut pas dire opérants. Il ne faut pas, en tous cas, les
considérer comme « un contrecoup, la marque en creux
(…) un envers finalement toujours passif, voué à
l’indéfinie défaite (…) Elles sont l’autre
terme, dans les relations de pouvoir ; elle s’y inscrivent
comme l’irréductible vis à vis »34. C’est
pourquoi l’analyse des résistances, de leurs modalités
d’existence et de leur distribution, est partie intégrante
des relations de pouvoir. Mais ce travail présente des difficultés
particulières en raison du caractère particulièrement
mobile et transitoire de ces dynamiques, et parce que « l’essaimage
des points de résistance traverse les stratifications sociales
et les unités individuelles »35. Malgré ces
obstacles, cette entreprise de repérage et de traçage
est essentielle, car elle permet de repérer les lignes de
fragilité et de fracture et donc les points possibles de
changements structuraux : « C’est sans doute le codage
stratégique de ces points de résistance qui rend possible
une révolution, un peu comme l’Etat repose sur l’intégration
institutionnelle des rapports de pouvoir ». Foucault fait
ici le lien avec sa réflexion générale sur
la gouvernementalité et sa rupture avec les conceptions transcendantes
: il est temps de se débarrasser des figures du Prince et
du Léviathan, pour aborder les stratégies immanentes
qui tissent les rapports de force. Dans un de ses derniers textes
(1984) la notion de résistance prend une place centrale dans
les processus de changement : « Je n’ai pas voulu dire
que nous étions toujours piégés, mais, au contraire,
que nous sommes toujours libres. Enfin, bref, qu’il y a toujours
la possibilité de transformer les choses (…) s’il
n’y avait pas de résistance, il n’y aurait pas
de rapports de pouvoir. Parce que tout serait simplement une question
d’obéissance. Dès l’instant où
l’individu est en situation de ne pas faire ce qu’il
veut, il doit utiliser les rapports de pouvoir. La résistance
vient donc en premier, et elle reste supérieure à
toutes les forces du processus ; elle oblige, sous son effet, les
rapports de pouvoir à changer. Je considère donc que
le terme de « résistance » est le mot le plus
important, le mot-clef de cette dynamique»36.
Mus par des préoccupations et des problématiques
propres, par des auteurs provenant de différentes disciplines,
les textes présentés dans ce numéro sont volontairement
hétérogènes dans leur forme comme leur contenu.
A la charnière du XIXème et du XXème siècle,
l’histoire de Vera Figner illustre le cas de la prise de parole
comme pratique de résistance, de l’autobiographie comme
dénonciation de la répression politique dans le système
pénitentiaire de la Russie tsariste (P. Artières).
La prison franquiste donne à voir les enjeux de la catégorisation
de la dissidence politique, et la primauté d’un enfermement
qui vise à plier et transformer les détenus, et en
fin de compte à dissoudre leur identité (R. Vinyes).
Plus tard, la brèche ouverte par l’après-68
donne naissance, dans de nombreux pays, à des entreprises
critiques et à des actions militantes radicales. En France,
le Groupe d’Information sur les Prisons (GIP) se fixe le projet
de faire savoir publiquement et de dénoncer l’exercice
d’un pouvoir « intolérable » (G. Salle).
C’est une manière de lutter contre l’opacité
qui semble inhérente au système carcéral, à
ce moteur du secret mis en relief par un épisode méconnu,
l’ « affaire Mirval » au milieu des années
1970 (F. Boullant). Durant la même décennie, dans le
contexte de la guérilla urbaine en Allemagne, le cas de la
« réclusion révolutionnaire » expérimentée
par les détenus de la Rote Armee Fraktion a constitué
la prison comme une véritable arène de conflit entre
le groupe révolutionnaire et l’Etat, offerte au jugement
des tiers (D. Linhardt). Le cas des Black Panthers aux Etats-Unis
est abordé au travers d’un document, un texte militant
de janvier 1970. Près de nous enfin, un entretien avec Paolo
Persichetti, intellectuel italien extradé par un effet de
rémanence des « années de plomb » qui
dépeint la situation actuelle des droits politiques dans
les prisons italiennes, fait apparaître ces épisodes
de lutte collective comme des fragments révolus du passé
(A. Brossat).
Notes
1 Foucault M., Surveiller et Punir. Naissance de la prison, Paris,
Gallimard, 1975.
2 Perrot M., Les ombres de l’histoire. Crime et châtiment
au XIXème siècle, Paris, Flammarion, 2001 ; Petit
J.G., Ces peines obscures. La prison pénale en France 1780-1875,
Paris, Fayard, 1990 ; O’Brien P., Correction ou châtiment.
Histoire des prisons en France au XIXème siècle, Paris,
PUF, 1988.
3 Petit J.G., op. cit., p. 54.
4 C’est par raccourci qu’on évoque cette entité
fictive et désincarnée de la théorie libérale,
qui recouvre l’existence de communautés savantes en
concurrence pour l’imposition de la pénalité
légitime. Ces « communautés épistémiques
» sont prises dans des rapports changeants, entre intimité
et conflictualité, avec les représentants élus
(Lascoumes P., Poncela P., Réformer le Code pénal.
Mais où est passé l’architecte ?, Paris, PUF,
1998).
5 Foucault M., Surveiller et Punir, op. cit., p. XX.
6 Rancière J., La Mésentente. Politique et philosophie,
Paris, Galilée, p. 52.
7 Chauvenet A., « Guerre et paix en prison », Les cahiers
de la sécurité intérieure, vol. 31, 1998, pp.
91-100. Parmi les travaux récents d’inspiration ethnographique,
voir notamment Chantraine G., Au-delà des murs. Trajectoires
et expériences en maison d’arrêt, Paris, PUF,
2004 ; Le Caisne L., Prison. Une ethnologue en centrale, Paris,
Odile Jacob, 2000 ; Rostaing C., La relation carcérale. Identités
et rapports sociaux dans les prisons de femmes, Paris, PUF, 1997.
8 Citons entre autres les écrits d’Albertine Sarrazin,
les ouvrages de Serge Livrozet et Jacques Lesage de la Haye pour
les années 1970, ou encore le récent texte de Laurent
Jacqua, La Guillotine carcérale. Silence, on meurt, Paris,
Nautilus, 2003.
9 Nous renvoyons ici pour exemple au récit d’un prisonnier
de droit commun, Camille Honoré Petitjean, qui dans son autobiographie
rapporte notamment une révolte en 1900 sur le bateau qui
conduisait les bagnards en Guyane (A ce sujet, voir Artières
P., Le livre des vies coupables, Paris, Albin-Michel, 2000, pp.
315-356).
10 Voir en particulier le volume de la Société d’Histoire
de la Révolution de 1848 et des Révolutions du XIXème
siècle, Répression et prisons politiques en France
et en Europe au XIXème siècle, Paris, Créaphis,
1990.
11 Voir par exemple Rude F., « Les insurgés d’avril
1834 à Clairvaux et à Doullens » et Huard R.,
« Une détention et sa chronique : les communards de
la maison centrale de Nîmes (1871-1874) in Répression
et prison politiques, op. cit., respectivement pp. 205-221 et pp.
223-235.
12 Vimont J-C., La Prison politique en France (XVIIIème-XXème
siècle), Paris, Anthropos, 1993.
13 Pour le XIXème siècle, peu de sources sont disponibles
pour écrire l’histoire des révoltes. Voir sur
ce point : Artières P., « La prison en procès.
Les Mutins de Nancy (1972) » in Vingtième siècle.
Revue d’histoire, n°70, avril-juin 2001, pp. 57-70.
14 Goffman E., Asiles. Etudes sur la condition sociale des malades
mentaux, Paris, Minuit, 1990 [1968].
15 Voir les contributions réunies dans Artières P.,
Lascoumes P. (dir.), Gouverner, enfermer. La prison, un modèle
indépassable ?, Paris, Presses de Sciences Po, 2004.
16 Les repères bibliographiques établis par Philippe
Combessie démontrent cette lacune (Combessie P., Sociologie
de la prison, Paris, La Découverte, 2001).
17 Rancière J., La Mésentente. Politique et philosophie,
op. cit., pp. 31 et 49.
18 Dobry M., Sociologie des crises politiques, Paris, FNSP, 1992,
notamment pp. 48 et s.
19 Foucault M., « La philosophie analytique de la politique
», Dits et Ecrits, t. 2, Paris, Gallimard, 1994, n°232,
p. 543.
20 Dreyfus H., Rabinow P., Michel Foucault. Un parcours philosophique,
Paris, Gallimard, 1984 (en particulier le chapitre X, « Questions
et réponses », pp. 293-321).
21 Senellart M., Les arts de gouverner : du régiment médiéval
au concept de gouvernement, Paris, Seuil, 1995, p. 283. Rappelons
l’ambivalence inhérente au panoptique benthamien, conçu
comme le vecteur parachevé à la fois d’une transparence
et d’une surveillance totales.
22 Longtemps utilisée par Foucault au sens d’un obstacle
épistémologique, la notion de résistance prend
un tout autre contenu à partir de l’expérience
du GIP et de sa réflexion sur les illégalismes dans
ses cours de 1973. Sur la première conception, voir Dits
et écrits, t.1, Paris, Gallimard, 1994, pp. 149, 267 ; t.2,
op. cit., pp. 54-55. Sur la seconde, « La société
punitive », Dits et écrits, t. 2, op. cit., n°131,
pp. 467 et s.
23 Foucault M., « Une mort inacceptable », Dits et
écrits, t.3, Paris, Gallimard, 1994, pp. 7-9. Lire aussi
dans ce volume la contribution de F. Boullant.
24 Foucault M., « L’œil du pouvoir », Dits
et écrits, t.2, op. cit., n°195, p. 206.
25 « La société punitive », op. cit.,
p. 467.
26 Foucault M., « Le pouvoir psychiatrique », Dits
et écrits, t. 2, op. cit., n° 163, p. 684.
27 Foucault M., « Le pouvoir, une bête magnifique »,
Dits et écrits, t. 3, op. cit., n°212, p. 374.
28 Foucault M., La volonté de savoir, Paris, Gallimard (collection
« Tel »), 1976, pp. 121-135. Sauf mention contraire,
les citations qui suivent en sont issues.
29 Les réticences de Foucault à traiter tel quel
de l’Etat procèdent de l’idée que partir
de l’Etat et de la souveraineté serait une mauvaise
manière de poser les problèmes. Deleuze a insisté
sur le fait que la mise en évidence du diagramme disciplinaire
s’attache à restituer la prolifération des rapports
de pouvoir qui, s’ils investissent l’Etat, le débordent
pour se loger dans une infinité de lieux sociaux. En récusant
la conception de l’Etat comme source, en concevant l’Etat
comme une « forme terminale », il s’agit de penser
plutôt les processus d’étatisation : voir Deleuze
G., Foucault, Paris, Minuit, 1986, notamment p. 82.
30 Foucault M., La volonté de savoir, op. cit.
31 « Le pouvoir, une bête magnifique », op. cit.,
p. 382.
32 Foucault M., « Des espaces autres », Dits et écrits,
op. cit., t. 4, n° 360, p. 752 et s.
33 Foucault M., La volonté de savoir, op. cit.
34 Foucault M., ibid.
35 Ibid.
36 Foucault M., « Sexe, pouvoir et la politique de l’identité
», Dits et écrits, op. cit., t. 4, n°358, p. 741.
Philippe Artières, Pierre Lascoumes et Grégory Salle
, « Prison et résistances politiques.
Le grondement de la bataille », Cultures & Conflits, 55,
automne 2004, [En ligne], mis en ligne le 08 janvier 2010.
URL : http://conflits.revues.org/index1555.html.
Auteurs
Grégory Salle
Grégory Salle est doctorant en science politique à
l’IEP de Paris. Achève actuellement une thèse,
sous la direction de Pierre Lascoumes, portant sur les conditions
de la force et de la légitimité de l’institution
carcérale à l’épreuve d’événements
historiques, à partir de cas d’étude allemand
et français
Articles du même auteur
La biopolitique dans le plus simple appareil [Ce document sera
publié en ligne en texte intégral en 06 mars 2012]
Paru dans Cultures & Conflits, 78 – Biopolitique et gouvernement
des populations, été 2010
Mettre la prison à l’épreuve.
Le GIP en guerre contre l’ « Intolérable »
[Texte intégral]
Paru dans Cultures & Conflits, 55 – Prison et résistances
politiques., automne 2004
Pierre Lascoumes
Pierre Lascoumes est directeur de recherche CNRS - Cevipof - IEP
Paris
Philippe Artières
Philippe Artières est chargé de recherche au CNRS
(LAHIC-UMR2558). Il a publié avec Pierre Lascoumes (dir.),
Gouverner, enfermer. La prison, un modèle indépassable
? (Paris, Presses de Sciences Po, 2004)
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