«La recherche d'une meilleure intégration du développement
universitaire dans le développement local et régional ne
doit pas faire oublier que les étudiants, les personnels, les laboratoiressont
engagés dans une compétition mondiale.»
Schéma de développement de l'Université de Nantes,
1999-2004, p.32.
Si le système européen de crédit (ECTS) est une réforme
qui vise à rendre lisible les cursus étudiants - c'est-à-dire
les trajectoires de vie - et les diplômes universitaires pour accentuer
et rendre possible une mobilité des formations dans les territoires
européens de l'Empire, elle est surtout et avant tout ce qui va
permettre aux entreprises inscrites dans l'espace d'une métropole
régionale de capter pour leurs seuls profits et besoins les forces
sociales productives qui sont notamment formées à l'université.
Depuis le mouvement contre la réforme Devaquet en1986, il est devenu
plus ou moins rituel pour les syndicats de mobiliser les étudiants
sur «l'explosion du cadre national des diplômes». En
effet, ceux-ci, par leur reconnaissance dans les conventions collectives,
garantissent à ceux qui les possèdent un statut et un niveau
de rémunération. Les syndicats aiment aussi à évoquer
la menace toujours grandissante d'une privatisation des universités
qui, on ne peut que le reconnaître, mettrait fin à l'égalité
entre étudiants et instaurerait une disparité de financement
et de légitimité entre ces universités. Mais à
trop rester crisper sur ces discours ressassés, ceux-ci finissent
par manquer les véritables enjeux de ces réformes que nous
subissons. Loin de vouloir pointer les insuffisances de qui que se soit,
il nous semble important, si nous voulons mettre en place des stratégies
efficientes de résistances, que chacun prenne bien la mesure des
bouleversements en cours.
Cette analyse des transformations de l'université procède
par l'articulation de ce qui se trouve éparpiller, disperser dans
différents textes : le rapport Attali (1998), le schéma
de développement de l'Université de Nantes (1999-2004) et
la réforme ECTS de Lang-Ferry (2002). Ils constituent le programme
de notre avenir prochain. Sombre futur qui fait de nos existences collectives
et singulières de simples pièces pour une machine d'asservissement
économique. Entreprise qui nous insère dans les rivalités
inexpiables pour la domination d'un monde simplement perçu comme
vaste marché.
Ce qui suit entend donc dresser l'espace où cette bataille se déroule,
décrire rapidement ce qui déjà n'est plus (l'université
académique), esquisser ce que nous ne sommes pas encore (université
productive) et proposer les moyens d'un devenir autre qui reste encore
à tracer…
L'Université «Académique» ou ce que nous ne
sommes déjà plus…
L'université fonctionnait, jusqu'à une période récente,
comme une institution relativement fermée. Elle dispensait un savoir
académique, distribuait des diplômes, assignait des positions
aux individus, les sanctionnait socialement. L'extension de la durée
moyenne des études, la massification du secondaire puis du supérieur,
les transformations générales de l'organisation du travail
(organisation «post-fordistes») et la généralisation
du système productif à l'ensemble de la société,
ont assigné à l'Université une nouvelle place et
de nouvelles fonctions. L'ouverture de l'Université, comme celles
d'autres lieux d' «enfermement» (prison, hôpital, entreprise…),
a rendu caduque, et finalement stérile, toute analyse en terme
de secteur public et privé. Ce à quoi l'on assiste n'est
pas une privatisation de l'université mais la formation d'un nouvel
agencement entre les entreprises et l'Université au travers de
l'invention de nouveaux dispositifs où les relations et les frontières
respectives se recomposent.
L'Université Productive ou ce que nous sommes en train de devenir…
On prend généralement le prétexte pour appuyer la
construction de ces nouveaux dispositifs l'anxiété, réelle
ou imaginaire, des étudiants ou de leurs parents face à
un avenir professionnel incertain et un chômage avéré.
La crise économique, avec les chocs pétroliers de 1973 et
1979, aurait, d'une certaine manière, entraîné l'université
à avoir des «dysfonctionnements d'orientation» et un
enseignement de savoirs inadaptés à son environnement économique
et social. La compétition internationale, plus âpre et plus
généralisée, ferait d'elle une extraordinaire fabrique
à chômeurs. Les étudiantes et les étudiants
voudraient donc être «professionnalisés» pour
éviter ce triste futur et commencer leur Plan Epargne Logement,
pour se marier et engendrer leur descendance. Les professeurs de leur
côté, oublieux de leurs intérêts corporatistes
et soucieux démocrates pour une fois, et une fois seulement, seraient
attentifs à ces demandes légitimes et accompagneraient volontiers
ces réformes essentielles. On ne peut qu'être amusé
en écoutant ces discours comiques et impudents. On peut, en effet,
trouver, au début des années 1970, la trace d'analyses,
en se donnant peu de peine, qui annoncent la disparition concertée
du «plein-emploi» et de l'Etat social avant qu'une soi-disant
«crise» économique ne vienne ébranler leurs
fondements [1].
Loin d'apaiser une sourde inquiétude, ce qui se prépare
et se met en place entends plutôt nous plonger dans les affres de
la «compétition mondiale» et ceci sans attendre notre
sortie de l'université.
La nouvelle mise au travail de la jeunesse
Tout le monde sait très bien qu'une grande majorité des
étudiants travaillent tout en suivant leurs études. Mais
cet état de fait reste la plupart du temps perçu comme une
conséquence du recul de l'Etat providence et de la massification
de la population étudiante (nombres d'étudiants venant maintenant
des couches moins aisées de la population doivent travailler pour
se payer leurs études). Si cela peut préoccuper certains
syndicats étudiants, cela est rarement relié avec les transformations
du système productif et de l'université. On en parle souvent
en terme d'égalité des chances, de conditions d'études
etc. Mais rarement est mis en avant le fait que ce phénomène
ne peut s'analyser qu'au travers de transformations plus profondes. Cette
mise au travail des étudiants est un élément central
de la nouvelle fonction de l'université. Il faut préciser
que les différentes réformes participent pleinement à
ce processus.
Le diplôme permettait de sanctionner la sortie de l'université
et constituait une sorte de clef pour entrer dans le monde de l'entreprise.
La mise au travail de cette jeunesse qui avait accès à l'université
avait donc lieu à la sortie des études et était quelque
chose en quelque sorte de programmé . Or aujourd'hui, notamment
avec la porosité de l'université et des entreprises, cette
séquensisation en temps de formation/temps de production ne peut
plus s'effectuer et la sanction du diplôme n'est plus la condition
d'entrée dans le monde productif. C'est ce que l'on appelle «la
crise du diplôme». Cela ne veut pas dire que le diplôme
ne servirait à rien, ou n'aurait plus d'utilité mais plutôt
qu'il n'a plus la même fonction dans la configuration sociale actuelle.
Le dispositif d'employabilité
Il se met donc au sein de l'université un ensemble de dispositifs
ayant pour but de mettre la population étudiante au travail. Contrairement
à ce qu'il a été, cette mise au travail ne se fait
plus en «bout de chaîne» de l'université mais
aux différents moments et situations de celle-ci. Les différentes
réformes tendent à segmenter le parcours universitaire selon
cette logique où des dispositifs d'employabilité sont développés
à chaque segment
On peut alors regarder les réformes successives de l'université
à partir du problème qui se pose au système actuel
: comment mettre la population étudiante au travail ? Quels dispositifs
doit-on développer afin de capturer cette intellectualité
de masse potentiellement si productive ? La nécessité d'inventer
de nouvelles machines n'est pas tant que cette population serait non-productive,
incompétente, mais bien plutôt quelle possède une
virtualité productive formidable qui ne correspond plus aux anciens
dispositifs, qui n'est pas «capturable» par ces même
agencements. Il faut alors développer, inventer d'autres mécanismes
qui permettent de trier les individus selon les «compétences»
dont le système économique a besoin.
Mais ces dispositifs n'interviennent plus à la marge de l'université
comme l'étaient les diplômes. Le nouvel agencement entre
l'université et les entreprises fait que ces dispositifs traversent
l'université et opèrent en quelque sorte de l'intérieur.
Cette mise au travail s'organise de différentes manières.
On peut examiner de plus près ces trois niveaux de travail en formation
ou de formation mise au travail.
On peut désigner ainsi ces trois niveaux en partant de l'organisation
actuelle de l'Université :
a) le DEUG-Kiabi/Mac Do ;
b) le diplôme professionnel-Tefal/Renault (future licence professionnelle
?) ;
c) la recherche innovante (futurs masters et doctorants ?).
a) Des entreprises, telles que Mc Do ou Décathlon, ont mis en place
des " contrats étudiants " à horaires variables
sur l'année qui requièrent une totale disponibilité
de l'étudiant, celui-ci devant se tenir au service de l'employeur.
Cela permet à l'entreprise de disposer d'un volant de main-d'oeuvre
hyperflexible pour restructurer ses coûts productifs. L'étudiant
constitue alors une force de travail spécifique ayant une place
spécifique dans l'organisation de la production.
Notons que ce type d'emploi requiert une flexibilité similaire
à celle qu'impose l'organisation de l'étude en modules semestriels
qui existe déjà par endroits. Par exemple à Rennes
où, par la mise en place d'un système avec disciplines "
majeure " et " mineure", une réorientation est possible
en cours d'année sans " perte de temps ".
Notons enfin que c'est pour l'étudiant l'occasion de faire l'apprentissage
du " savoir-être " désormais indispensable : c'est
en décors réels qu'il pourra s'entraîner, sous l'oeil
de ses supérieurs, aux nouveaux exercices des qualités immatérielles
de la force de travail : curiosité, aptitude à communiquer,
etc.
b) Le diplôme professionnel (préparé dans les Instituts
Universitaires Professionnels) fait apparaître le caractère
productif du travail fourni dans le cadre de la formation elle-même.
Non seulement, comme on le verra plus loin pour les ECTS, les groupes
d'entreprise participent à l'élaboration des programmes
et interviennent directement dans l'enseignement, mais aussi, les entreprises
bénéficient des études de projets menées par
les étudiants qui, parce qu'elles sont pour eux partie prenante
de la formation, ne sont pas payées.
La prise en charge par les étudiants eux-mêmes de leur formation,
alors même que pendant ce temps ils produisent de la richesse, est
un outil (matériel) essentiel de maintien d'une domination dans
le travail. Pour donner un exemple de cette production de richesse non
rémunérée : à l'IUP d'Evry-Val d'Essonne,
les étudiants en deuxième année planchent en TD sur
des " cas concrets " ; ainsi, on a pu leur faire réaliser
une étude de montage robotisé des serrures de portière
Renault, ainsi que la mise au point d'un système de pesage électronique
pour Tefal.
c) Enfin il faut évoquer les projets de recherche pris en charge
par les enseignants-chercheurs à l'université. L'université
Villeneuve d'Ascq développe plus de 65 % du potentiel scientifique
régional. Quelques exemples d'" innovations villeneuvoises
", à travers des projets de transfert de technologies à
dimension européenne ou mondiale.
Donc il y a bien une dissolution de la frontière entre le monde
du travail et l'université. La formation est un temps de production
et réciproquement. La distinction entre travailleur et étudiant
se brouille, s'estompe, sous la montée de la sollicitation généralisée
de la disposition à l'apprentissage, à la formation "
tout au long de la vie "...
La mise en visibilité des parcours de formation
En ce sens il nous faut comprendre la mise en visibilité et en
lisibilité [2] de nos parcours de formation, et plus généralement
de nos trajectoires de vie, comme ce qui va permettre aux entrepreneurs
de capturer les forces productives qui traversent notamment les étudiantes
et les étudiants. Se bâtir un «profil» c'est-à-dire
un ensemble de compétences constituées par une trajectoire,
un cursus lié à un style de vie, c'est somme toute se construire
en fonction des attentes des entreprises, suivant les possibilités
qu'offrent les bassins d'emploi. C'est cela être employable. C'est
pour cela que les entreprises ont besoin de connaître précisément
les trajectoires estudiantines. C'est ce que leur permet effectivement
les lois Lang-Ferry puisque qu'aux diplômes sera ajouter «une
annexe descriptive dite «supplément au diplôme»
afin d'assurer, dans le cadre de la mobilité internationale, la
lisibilité des connaissances et aptitudes acquises [3]».
Cette logique des compétences traverse les manières de se
former. En effet, le but est d'être sa propre entreprise et de se
vendre sur le marché du travail. On se doit de devenir le produit
qui doit trouver sa demande, c'est-à-dire incorporer les attentes
des entreprises. On voit donc se dégager un mouvement circulaire
entre l'intériorisation, par chacun, de son orientation dans la
formation comme " choix de vie " et la lisibilité des
contenus de savoir tournée vers les besoins des entreprises. Il
y a alors une complémentarité entre cet auto-contrôle,
qui nous traverse et nous divise, et les dispositifs de filtrage chargés
de rendre visibles et lisibles les compétences cumulées.
Nous voyons cette logique à l'oeuvre dans les réformes Lang-Ferry.
L'important n'est peu-être plus le diplôme, le niveau atteint,
mais plutôt le parcours, la singularité des connaissances
et aptitudes acquises et leurs valeurs possibles dans un bassin d'emploi.
Ainsi la réforme ECTS rend possible la validation du trajet effectué
sans que pour autant celui-ci corresponde à un titre (diplôme
national) ou à un grade [4]. Ceci entérine le passage d'une
organisation du travail basée sur les qualifications, qui sont
reconnues par le droit du travail et les conventions collectives, à
celle en termes de compétences, qui évalue l'employabilité.
Par ailleurs, des formations interdisciplinaires sont préconisées
pour la constitution des filières de licences professionnelles
[5] dans les décrets et arrêtés de l'ECTS. Ceci pour
former les personnes à différentes activités et postes
dans les entreprises. Cette ouverture des filières sur d'autres
savoirs, bien loin de nous servir, de correspondre à nos désirs,
risquent bien plus de servir à augmenter seulement les capacités
productives attendues par les entreprises. L'interdisciplinarité
a cette fonction de mélanger les savoirs pour ensuite les redistribuer
en terme de compétence. C'est le savoir lui-même qui se flexibilise
en vue d'une adaptation aux nouvelles dispositions productives requises
(polyvalence, initiative, motivation…)
La segmentation des formations
Cette lisibilité des parcours est accentuée notamment par
une segmentation des formations. En effet, cette segmentation permet de
saisir la cohérence des études. Elles seront organisées
en parcours types de formations [6] : Un premier niveau de 180 crédits
du système européen de crédits correspondant au grade
de licence professionnelle, un deuxième niveau de 300 crédits
au nom de master qu'il est possible de poursuivre si on a le souhait et
l'aptitude mais surtout s'il y a cohérence avec le parcours déjà
suivi. Les mêmes grades et niveau de crédits sont attribués
pour la filière recherche (grade licence recherche pour 180 crédits.
Grade master pour 300 crédits). Entre ces deux types de cursus,
professionnel et recherche, bien entendu il est difficile, sinon impossible
[7] de faire des passerelles, car les suivis d'orientation et de réorientation
seront là pour assurer une traçabilité et cohérence
forte des parcours de formation [8].
D'autre part, «La demande d'habilitation (…) précise
en particulier les objectifs de formation, l'organisation des parcours
en crédits européens et l'articulation des unités
d'enseignement entre elles, leurs contenus, leurs modalités pédagogiques,
les volumes de formation correspondants aux enseignements et à
l'encadrement pédagogique, les passerelles prévues, les
modalités de validation des parcours, le cas échéant
les conditions spéciales d'admission [9]. S'agissant des renouvellements
d'habilitation, la demande explicite les résultats obtenus, les
réalisations pédagogiques et les taux de réussite
observés [10]». Nous voyons par-là que les formations,
et surtout leur pérennisation, sont conditionnées par le
taux de réussite et surtout l'intégration des étudiants
dans le monde du travail. D'autant plus que la prospection est primordiale
pour anticiper les mutations du marché du travail. Les formations
devront alors répondre à l'état à un moment
donné du marché du travail, à ses attentes et besoins.
C'est ainsi que «les représentants du monde professionnel
concernés par les objectifs de formation des parcours sont associés
à la procédure d'évaluation [11]». Le but recherché
est de savoir si les formations et les compétences développées
chez les étudiants correspondent bien aux attentes des entreprises.
Si les perspectives des entrepreneurs se modifient, cela entraînera
une rectification des savoirs dispensés dans ces formations. En
ce sens, les demandes de réhabilitation des filières de
cette université productive devront s'appuyer sur les suivis de
cohortes et des enquêtes d'insertion [12] que prônent les
ECTS. On peut largement estimer que ce qui s'opère dans ces orientations
de traçabilité des étudiants, c'est la programmation
du devenir de ces multitudes, par le modelage continu de leurs singularités
en compétences. Ceci afin de constituer les publics adéquats
aux motivations attendues des entreprises.
Par ces quelques exemples, nous voyons alors que les ECTS actualisent
l' inscription de l'université dans un bassin d'emploi dans une
volonté de capter une part de notre puissance productive en la
modelant en vue d'une compétition économique généralisée.
En définitif, nous pouvons dire que les ECTS concrétisent
le processus circulaire suivant : ouverture de l'université sur
le monde de l'entreprise et le bassin d'emploi dans lequel elle est implantée,
attention et vigilance des entreprises à l'intellectualité
de masse produite à l'intérieur de cette université
qui devient productive. La lisibilité accrue des parcours est l'opération
de mise en valeur des singularités des étudiants. Cette
opération permet la capture possible des compétences en
vue de leur asservissement au système productif actuel. Ce qui
fait de nous enfin de compte moins des étudiants que des travailleurs
précaires intellectuels. Nous avons vu alors que les frontières
entre formation et temps d'études se dissolvent. La formation,
en tant qu'elle fait partie de la machine productive, est en elle-même
productive. Elle n'est plus un temps séparé, d'ailleurs
les idées de formation continue, «tout au long de la vie»,
sont là pour nous en convaincre. Se former, pour ceux qui nous
gouvernent, c'est se remettre en phase avec leurs attentes.
Ces métamorphoses impliquent alors un renouvellement des axes de
luttes jusqu'alors envisagées.
1 - Il est vain de s'accrocher aux débris de l'université
des «Héritiers». Mieux vaut aller, le couteau entre
les dents, à l'abordage de l'université productive pour
y prendre la salle des machines, et la dévier vers des contrées
plus rayonnantes. Nous avons par ces transformations la possibilité
historique et inédite de multiplier nos forces par la jonction
avec ceux qui subissent les mêmes logiques et qui possèdent
une puissance similaire : chômeurs, précaires et salariés.
Il est nécessaire de lutter, dans un premier temps, pour la reconnaissance
de notre appartenance à la sphère productive.
2 - Il importe aussi de construire des stratégies contre ce nouveau
système de contrôle qui s'établit par la mise en place
d'un dispositif d'évaluation de compétences. La productivité
de ce travail immatériel ne se situe pas dans la possession de
compétences individuelles qui ne sont que des potentialités.
Cette puissance productive réside dans leur mise en perspective
et en réseau dans des collectifs. Les compétences sans leur
mise en relations ne sont rien. Elles n'existent que collectivement. C'est
en ce sens qu'il importe de lutter contre l'ineptie de la notion de compétence,
de mérité individuel, pour promouvoir une intelligence collective,
un «intellect général», une coopération
sociale qui passe à l'existant, qui s'actualise en situation. Toute
tentative de définition de compétence acquise par l'entreprise
ou l'université vise et a pour effet de nous séparer de
ce que l'on peut en nous individualisant et de placer toute production,
toute création sous la surveillance et la vérification de
cette figure hybride qu'est l'université-entreprise.
3 - Comme il est impossible, dès lors, d'établir la part
de chacun dans le procès de production, il importe de garantir
un revenu pour toutes et tous. Pour que cesse cette rivalité qui
oppose les individus entre eux et traverse chacun, le divisant en lui-même.
Le revenu garanti est alors la conséquence des axes de luttes précédemment
citées et la condition de leur effectuation.
NB : Les analyses précédentes s'inspirent de différents
textes :
Le rapport Attali,
le schéma de développement de l'Université de Nantes
(1999-2004)
et les textes concernant les ECTS (le décret du 8 avril 2002 intitulé
«SANCTION DES ETUDES -
Application au système français d'enseignement supérieur
de la construction de l'Espace européen de l'enseignement supérieur»,
l'arrêté du 23 avril 2002 intitulé «étude
universitaires conduisant au grade de licence»,
et l'arrêté du 25 avril 2002 relatif au diplôme national
de master),
Dix thèses sur l'université productive,
Post-scriptum sur les sociétés de contrôle de Deleuze
(1990 L'autre Journal),
et de nombreux documents nantais d'analyses sur l'université :
le rapport Attali et le schéma de développement (1999),
Pour une Université Libre (compte-rendu et analyse d'une rencontre
entre des entreprises et la filière LEA) (2000),
Transformations de l'Université (2000),
La mise au travail de la jeunesse (2001)…
Pour celles et ceux qui s'intéressent à ces questions vous
pouvez vous rendre sur les sites suivants :
http://www.legifrance. gouv.fr
pour le droit,
et pour nourrir la pensée :
http://www.ecn.org/cqs/ ;
http://www.samizdat.net ;
http://vacarme.eu.org
[1] «Depuis une dizaine d'années, nous sortons de plus
en plus du Welfare State, c'est-à-dire, d'une certaine économie
plus ou moins contrôlée par l'Etat et dont l'objectif social
le plus souvent proclamé est le plein emploi. Quand il y a du
travail pour tous et que la mystique de la croissance est admise, l'économique
peut être le mode de contrôle générale de
la société. Avec l'ouverture des frontières, la
formation d'entreprises multinationales, l'insistance sur les capacités
concurrentielles, etc., le plein emploi n'est absolument plus à
la base du credo économique : non seulement le chômage
s'accroît, mais des phénomènes comme l'excédent
d'instruction par rapport à ce que demande la production ou les
innombrables «nuisances» sociales manifestent une sorte
de décollement de l'économique par rapport au social.
Donc il faut contrôler ou faire exister le social indépendamment,
par des moyens propres, et non pas à travers l'économie
qui va de son côté. Entre la production et la population
le fossé se creuse. Un nouveau terrain de débats et de
conflits apparaît. L'issue peut être aussi bien plus de
contrôle que plus d'autonomie». Esprit, n°413 : Normalisation
et Contrôle social, avril-mai 1972, pp678-703.
[2] Ce que le schéma de développement de l'Université
de Nantes (1999-2004) avait partiellement réalisé et la
réforme ECTS de Lang-Ferry de 2002 finalise définitivement.
[3] Article 2 alinéa 4 du décret du 8 avril 2002 intitulé
«Sanction des études- Application au système français
d'enseignement supérieur de la construction de l'Espace européen
de l'enseignement supérieur»
[4] Article 28 arrêté du 23-04-02 , (…) un dispositif
spécial de compensation peut être mis en oeuvre qui permette
à l'étudiant d'en bénéficier à divers
moments de son parcours et, notamment, lorsqu'il fait le choix de se
réorienter, d'effectuer une mobilité dans un autre établissement
d'enseignement supérieur français ou étranger ou
d'interrompre ses études. Ce dispositif a pour but de permettre
à un étudiant qui le souhaite en fonction de son projet
personnel d'obtenir à divers moments de son parcours un bilan
global de ses résultats et d'obtenir ainsi la validation correspondante
en crédits européens.
[5] Article 4 arrêté su 23-4-02 «(…) Les universités
peuvent également organiser des parcours visant de nouveaux objectifs,
soit au niveau de la licence, soit au niveau intermédiaire. À
ce titre :1) Elles élaborent des formations qui, soit proposent,
dans un champ disciplinaire, des contenus nouveaux, soit articulent
de façon innovante plusieurs disciplines et notamment des formations
bidisciplinaires ou pluridisciplinaires.
[6] Article 2 et 3, ibidem, par exemple mais cela revient dans d'autres
articles
[7] Rien dans les textes n'évoque cette possibilité de
passerelles entre parcours recherche et professionnelles.
[8] Article 19 de l'arrêté du 23-4-02 «(…)Dans
les conditions définies par le conseil des études et de
la vie universitaire et approuvées par le conseil d'administration,
chaque étudiant doit bénéficier d'un dispositif
d'accueil, de tutorat d'accompagnement et de soutien pour faciliter
son orientation et son éventuelle réorientation, assurer
la cohérence pédagogique tout au long de son parcours
et favoriser la réussite de son projet de formation.
[9] Ces dispositions semblent être là pour expliciter concrètement
la formation, pour une meilleure lisibilité.
[10] Article 9 de l'arrêté du 23-04-02.
[11] Article 10 de l'arrêté du 23-04-02.
[12] Article 21 l'arrêté 23-4-02 «(…)L'université
met en place les procédures prévues à l'article
précédent en prenant en compte les données
quantitatives et qualitatives émanant des divers dispositifs
d'évaluation qui la concernent : rapport du Comité national
d'évaluation des établissements publics à caractère
scientifique, culturel et professionnel, données statistiques
comparatives, enquêtes d'insertion, de suivi de cohortes.»
Source/auteur : Des étudiants précaires Jeudi 24 octobre
2002
Ce texte est paru dans No Pasaran de Décembre 2002 et sur
http://www.samizdat.net
No copyright, tous les droits de reproduction, de modification et de diffusion
sont libres.
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