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DE LA GRATUITÉ PARTIELLE À LA GRATUITÉ TOTALE
mouvements de précaires et anarchistes


Syndicat potentiel

DE LA GRATUITÉ PARTIELLE À LA GRATUITÉ TOTALE
mouvements de précaires et anarchistes

En France, le mouvement des chômeurs et précaires est riche en actions revendiquant la gratuité de certains biens et services. Actions en direction d'EDF-GDF pour réclamer la fin des coupures (autrement dit, si on ne peut pas payer, l'accès à l'électricité et au gaz doit être assuré) ; actions Transports Gratuits Voyageurs (réquisition de trains pour les déplacements massifs, refus de payer les billets -carte AC !) ; opérations "caddies" au cours desquels les précaires envahissent les grandes surfaces pour se réappropier des biens de consommations fondamentaux auxquels ils ne peuvent avoir accès ; actions contre la taxe d'habitation qui sont des ébauches de demandes de logements gratuits qui pourraient être financés par la taxe payée par les riches; etc. De même, en Italie, le Mouvement des invisibles regroupe des chômeurs et précaires dont les revendications portent sur la conquête d’un revenu qui se décline sur deux niveaux : d’une part, une partie monétaire (revenu d’existence) ; de l’autre, l’accès gratuit ou fortement réduit au logement, à la santé, à la formation permanente, aux transports et autres fluides (électricité, gaz, téléphone), à la culture et au divertissement. Leur revendication concerne également la liberté de circulation pour tous et donc la fermeture des Centres de détention administrative des Sans papiers. Certains précaires proches ou militants dans des collectifs anarchistes se sont spécialisés dans une revendication particulière.

Le Collectif sans ticket (Belgique) met en oeuvre la gratuité des transports et la liberté de circulation, c'est-à-dire :
1. La possibilité de voyager en groupe gratuitement lors de manifestations et autres événements.
2. La possibilité de voyager individuellement à des conditions accessibles aux plus précarisés de notre société.
3. L'ouverture d'un débat public sur la mobilité en général, celle de tous les sans comme des autres.

Différents squats s’inscrivant dans une filiation proudhonienne, visent à la généralisation du droit de possession sur le droit de propriété. Proudhon distingue en effet entre possession (le fait d'habiter un endroit) et propriété (posséder un logement en l’utilisant pour faire du profit). La possession ou usage est la source de création de biens. En effet, c’est l’usage d’une terre agricole qui permet de produire des légumes et c’est l’usage d’un bâtiment (et non sa propriété) qui en détermine l’utilité individuelle ou sociale. Une manifestation concrète de l’opposition entre possession et propriété se manifeste dans le cas de locaux en attente de locataires ou laissés vides en vue d’une spéculation immobilière.
Ainsi à Genève, en juin 1997, 2099 logements et environ 430 000 m2 de locaux artisanaux, industriels et commerciaux étaient laissés hors d’usage. Les squatters, dans l’incapacité financière de louer ces espaces ou refusant de le faire, outrepassèrent l’interdiction d’usage et occupèrent illégalement les locaux vacants. Dans un même esprit, le Mouvement des sans Terres au Brésil s’est développé pour mettre fin à une injustice : 1 % des propriétaires possèdent plus de 40 % des terres, mais n’en exploitent qu’à peine 15 %. Le reste - une surface équivalent à plusieurs pays européens réunis - étant conservés dans un but spéculatif. Parallèlement, plus de 10 millions de paysans ne possèdent toujours pas de terre, alors que la réforme agraire qui impose la redistribution des terres non exploitées est inscrite à la Constitution brésilienne de 1946.

L'occupation des terres, que le Mouvement des paysans sans terre veille soigneusement à distinguer de l'invasion des terres, s'effectue lorsque les négociations concernant les expropriations légales de terres non cultivÈes ont ÈchouÈ lors des discussions préliminaires avec les partenaires officiels. De nuit, des dizaines ou des centaines de paysans sans terre s'installent sur des terres laissées en friche. Le plus souvent, ils arrivent dans de vieux camions et prennent possession de la terre. Ils édifient en quelques heures des campements de fortune dans lesquels ils s'installent au nez et à la barbe des autorités qui ne peuvent plus alors que constater ce qui devient un état de fait. En 1995, 140 000 familles étaient installées sur 7 millions d'hectares légalement expropriés. Les réflexions et les propositions de généralisation de la gratuité, d’une gratuité inconditionnelle devant être appliquée à l’ensemble de nos conditions de vie, sont effectuées par certains groupes anarchistes (gratuité de la nourriture, gratuité des transports, du logement, de l'habillement, des biens, de la nourriture, de la santé, de l'éducation, de la culture, des énergies, etc.). La gratuité se place en effet directement en opposition à la logique marchande. Elle seule peut réellement et durablement garantir l'égalité économique et sociale et la meilleure satisfaction des besoins des individus. C’est “un mode organisé de répartition des richesses " (L’anarchisme aujourd'hui, un projet pour la révolution sociale, éditions du Monde libertaire), lorsqu’il est couplé à l’autogestion généralisée de la société. " L'égalité c'est la gratuité.

À la question, quelle serait la revendication immédiate qui permettrait de donner (voire de re-donner) un sens libertaire au service public ? La réponse est rapide et claire : la gratuité. Les anarchistes le disent depuis le début, il n'y a pas de liberté pour les individus sans égalité. Il n'y a pas non plus d'égalité des droits sans égalité sociale. Or, dans le cadre du système capitaliste, la gratuité est la seule garantie d'égalité sociale. Seulement tout a un coût. Le rôle du service public est donc de socialiser ces coûts au bénéfice de ceux qui ne peuvent payer. À nous d'imposer aux bénéficiaires du capitalisme (les entreprises) qu'ils payent pour tous les usagers " (Fédération Anarchiste,145 rue Amelot, 75011 Paris). Pour mettre en application la lutte contre la propriété privée et le système capitaliste, des groupes anarchistes temporaires - les Black Blocs - effectuent des actions de luttes directes lors des Grandes Messes de l’administration. Ces groupes, refusant le réformisme ou le lobbying pratiquent une désobéissance civile active et l'action directe contre la propriété privée des multinationales et autres entreprises. “Dans un système fondé sur la recherche du profit, notre action est la plus efficace quand nous nous attaquons au porte-monnaie des oppresseurs.

La dégradation de la propriété, comme moyen stratégique d'action directe, est une méthode efficace pour remplir cet objectif. Ce n'est pas juste une théorie... c'est un fait. " Communiqué de l'Anti-Statist Black Bloc, Philadelphie, 9 août 2000. Un magasin pillé, c'est un ensemble de gens qui prennent ce dont ils ont besoin là cela se trouve, en court-circuitant le processus marchand, en niant la valeur marchande des objets pour leur reconnaître une valeur utilitaire. C'est l'affirmation de la gratuité contre le commerce, du vol comme mode de protestation politique et moyen de vivre décemment dans un monde où rien n'est accessible sans argent, pas même la satisfaction de ses besoins vitaux. Un mur tagué est vu comme un petit espace urbain ré-approprié, comme brèche dans la ville uniforme, blanche et immaculée. C'est une attaque contre les surfaces grises, mornes et asceptisées. Une façade devient alors un lieu d'expression vivant et coloré, donnant la parole à ceux et celles qui en sont d'ordinaire dépourvu-e-s. L'impact visuel d'un slogan écrit sur un mur à la bombe rivalise avec celui du panneau publicitaire, de l'affiche officielle ou du spot télé qui s'imposent comme uniques modes d'information et d'expression. Ces moments d'action contribuent à la création momentanée de situations où tout semble possible, où l'ordre bascule, où la ville semble réappropriée, " libérée " en certains points. Ces " zones autonomes temporaires " laisse entrevoir aux gens le fait qu'autre chose est possible.


le lien d'origine :
http://syndicatpotentiel.free.fr/gr2.html