" Définition de l'opprimé" par Christiane
Rochefort
" L'oppresseur n'entend pas ce que dit son opprimé comme langage
mais comme un bruit. C'est la définition de l'oppression [....]
L'oppresseur qui fait le louable effort d'écouter (libéral
intellectuel) n'entend pas mieux.
Car même lorsque les mots sont communs, les connotations sont radicalement
différentes. C'est ainsi que de nombreux mots ont pour l'oppresseur
une connotation-jouissance, et pour l'opprimé une connotation-souffrance.
Ou : divertissement-corvée. Ou loisir-travail. Etc. Aller donc
causer sur ces bases."
Christiane Rochefort, " Définition de l'opprimé"
dans la présentation de la traduction française de SCUM
MANIFESTO de Valérie SOLANAS. (Paris, La nouvelle société,
1971), citation transmise par Françoise de Lyon.
Les rapports
sociaux de sexe
"Seule une analyse en termes de rapport sociaux de sexe permet de
prendre en considération la diversité des rapports sociaux
qui structurent la société et leurs interactions. La société
est à la fois organisée par des rapports de classes, de
« race » (ceux nés de la colonisation) de genre (sexe
social). Ces rapports construisent l’ensemble du champ social. Recherche
du profit et maintien de la division du travail entre les sexe se conjuguent
pour perpétuer l’oppression dont les conditions de réalisation
se modifient, aussi bien en fonction de l’évolution même
des structures de production que de la lutte collective des femmes."
Josette Trat sociologue, extrait d'un article paru dans le journal Rouge
(édité par la LCR), n° 195, le13 Janvier 2002.
Le genre,
sexe social, par Christine Delphy
Question du journal Rouge : "Dans votre dernier livre, vous affirmez
que « le genre crée le sexe ». Qu’entendez-vous
par là ?"
C. Delphy : "Le genre, c’est ce que l’on pourrait
appeler le « sexe social », c’est à dire tout
ce qui est social dans les différences constatées entre
les femmes et les hommes, dans les divisions du travail ou dans les caractères
qu’on attribue à l’un ou l’autre sexe. Comme on
a constaté qu’ils varient d’une société
à l’autre (la division du travail n’est pas la même,
les femmes faisant dans certaines société ce que les hommes
font dans d’autres), on en a conclu qu’il y avait un aspect
variable des sexes, un aspect construit socialement que l’on appelle
le « genre ».
Ma théorie que je partage avec d’autres, est que l’ensemble
de ce que font les femmes et les hommes, et ce qui paraît spécifique
à chaque sexe, est en fait entièrement social. C’est
cette division du travail entre deux population , et plus généralement
cette division faite entre deux parties de la population, de façon
absolue - tant dans la pratique que dans le discours -, qui conduit à
percevoir ces deux classes - ou castes (il y a des éléments
des deux systèmes dans le système du genre)- comme deux
sous-espèces différentes en tout ; et c’est bien là
le but recherché, car cela justifie absolument la division du travail
hiérarchique et la hiérarchie tout court. L’établissement
de deux classes de population nécessite qu’on trouve des traits
physiques qui puissent servir à les distinguer, et évidemment
on les trouve : il n’est pas difficile des faire des « catégories
« physiques » de gens. Pour autant , les traits physiques
dits de « sexe » ne sont pas en eux-mêmes plus importants
que d’autres traits physiques qui distinguent chaque individu de
tous les autres. Mais comme ceux là marquent - et justifient dans
l’idéologie - une différence sociale fondamentale,
ils prennent une importance démesurée dans les cultures
patriarcales.
Le mouvements différentialistes pensent que la différence
la plus importante entre les humains, c’est la différence
dite sexuelle, et qu’à cette différence correspondent
des différences de tempérament, de psychologie, d’aptitudes
qu’il faut valoriser de la même manière lorsqu’il
s’agit des hommes et des femmes. Comme s’il s’agissait
d’une espèce différente ou d’une culture différente.
C’est une approche que l’on pourrait dire multiculuralistes.
Si adaptait ce schéma à la lutte des classes, dans le courant
différentialiste on voudrait rendre les ouvriers plus heureux,
tandis que dans le courant constructiviste on voudrait abolir les classes."
Propos recueillis par Pauline Terminière. Extrait d'un article
paru dans le journal Rouge, édité par la LCR, au début
Mars 2002 dans la rubrique « Champ libre ».
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