Origine : http://www.rue89.com/2011/12/26/fouilles-controles-didentite-amendes-10-choses-savoir-227693
« Vos papiers s'il vous plait », « Rangez vous
sur le côté », « Videz vos poches »...
La loi, l'ordre, la sécurité, le code de la route
: on nous rabâche tellement nos devoirs qu'on en oublie nos
droits. Voilà neuf choses que nous ne sommes pas toujours
obligés de faire.
1 Seul un policier ou un gendarme peut exiger vos papiers
« Vos papiers s'il vous plait » « Vous d'abord
! » Police municipale, contrôleurs SNCF et RATP ou agents
de sécurité ne sont pas habilités à
faire un contrôle d'identité, sauf flagrant délit
d'infraction. Ils peuvent vous demander une pièce d'identité,
mais rien ne vous oblige à la leur fournir.
Cependant, s'ils font du zèle, ils ont le droit de vous
retenir (sans contact) jusqu'à l'arrivée de la police
judiciaire qui, elle, y est habilitée. Pour le reste, lorsqu'il
s'agit bien de la gendarmerie et de la police nationale, on ne peut
déroger à un contrôle d'identité.
Comme on peut le lire sur Service-public.fr, il en existe trois
types :
* le contrôle judiciaire, « lié aux recherches
ou poursuites d'infraction »
* le contrôle dans le cadre de la convention de Schengen,
qui « permet de vérifier le respect de l'obligation
de détention, port et présentation des titres et documents
obligatoires »
* le contrôle administratif, dont le but est de « prévenir
toute atteinte à l'ordre public » : il peut avoir lieu
dans une rue ou une gare et concerner toute personne, quel que soit
son comportement.
Autrement dit, les gendarmes et les policiers peuvent vous demander
vos papiers en toute occasion.
2 On n'est pas obligé d'avoir sa carte d'identité
sur soi
Avoir en permanence sur soi sa carte d'identité nationale
n'est pas obligatoire. Cependant, tout individu doit pouvoir justifier
de son identité à tout moment.
Faute de carte d'identité, on peut présenter un passeport,
un permis de conduire, un état civil, un livret de service
militaire, un visa, une carte de séjour, une carte professionnelle,
ou encore une carte vitale, voire même un témoignage.
Les forces de l'ordre peuvent quand même se réserver
le droit de faire une vérification d'identité, particulièrement
si il n'y a pas de photo sur le document.
Que ce soit au poste ou sur place, une vérification d'identité
ne peut pas dépasser quatre heures, pendant lesquelles on
peut prévenir le procureur de la République, un avocat,
un témoin, ou sa grand-mère.
Enfin, seul un ordre du juge d'instruction ou du procureur autorise
la prise de photo et/ou d'empreintes. A noter, en accord avec l
»article 78-3 du code de procédure pénale, si
vous n'êtes l'objet d'aucune enquête, votre vérification
d'identité ne doit pas être fichée et tous les
éléments, procès verbal compris, doivent être
détruits dans les six mois.
Sachez que toute vérification d'identité donne lieu
à un procès verbal. Si vous n'êtes pas d'accord
avec ses termes, vous n'êtes pas obligé de le signer
et pouvez faire appel à un avocat pour porter plainte pour
voie de faits.
3 Ne fouille pas qui veut comme il veut
Même lors d'un contrôle d'identité dans les
règles, les fouilles ne sont pas autorisées au delà
de la palpation dite « de sécurité ».
Donc, hormis vous palper par dessus les vêtements de la tête
au pied, on n'a pas le droit de vous vider les poches ou de fouiller
votre sac : pour cela, il faut une commission rogatoire signée
par un juge ou un ordre du procureur de la République.
Comme l'indique Me Claire Boutaud de la Combe, avocat en droit
pénal et droit routier :
« Seuls les officiers de police judiciaire sont habilités
à effectuer des fouilles corporelles, lesquelles ne sont
pratiquées qu'en cas d'infraction flagrante ou, en cas d'enquête
préliminaire, avec l'accord exprès de la personne.
L'officier qui opère la fouille doit être du même
sexe que la personne et la fouille doit être faite dans un
commissariat ou une gendarmerie. »
Ladite « fouille corporelle » a pour but le retrait
de tout objet dans les vêtements et dans les bagages à
main ou pour constater des traces sur le corps.
La fouille peut nécessiter que la personne retire ses vêtements
et que les cavités internes du corps soient examinées.
Dans ce cas, un médecin est appelé pour effectuer
l'examen.
Tous les policiers ne sont pas de la police judiciaire, vous êtres
en droit de demander sa carte à un agent. Manifestations,
douanes et plan Vigipirate font exception car elles tombent sous
le joug de l'action préventive.
Bon à savoir. A l'aéroport, les agents de sécurité
dépendent d'organismes privés. La loi ne les autorise
qu'à opérer une inspection visuelle de vos bagages.
Ils ne peuvent les fouiller qu'avec votre consentement.
Enfin, toute fouille doit donner lieu à un procès
verbal. Si vous n'êtes pas d'accord avec ses termes, vous
n'êtes pas obligé de le signer et pouvez faire appel
à un avocat pour porter plainte.
4 La fouille d'une voiture est réglementée
Comme pour la fouille corporelle, la fouille du véhicule
nécessite une commission rogatoire et doit être faite
par un officier de la police judiciaire.
Aussi, la fouille du véhicule doit être effectuée
en présence du conducteur ou du propriétaire du véhicule.
Sans commission rogatoire, une fouille peut se faire dans deux cas
de figure :
s'il existe « une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner
» qu'un des occupants a commis ou tenté de commettre
un crime ou délit flagrant ;
pour « prévenir une atteinte grave à la sécurité
des personnes et des biens », ce qui élargit beaucoup
le champ des possibilités. Reste que, sans autorisation du
conducteur ou commission rogatoire, la fouille est illégale.
Toutefois, la police peut exiger de contrôler votre roue
de secours, et donc vous faire ouvrir votre coffre sans commission.
Les zones de frontières et les postes de douane font là
aussi exception.
Bon à savoir. D'après l »article 78-2-2 du
code de procédure pénale, le véhicule ne peut
être immobilisé que le temps strictement nécessaire
au déroulement de la fouille.
Une fois la fouille réalisée, si elle n'est pas concluante,
les forces de l'ordre doivent vous laisser partir. Me Claire Boutaud
de la Combe avocat en droit pénal et droit routier précise
:
« L'article L.233-2 du code de la route dispose : “le
fait pour tout conducteur de refuser de se soumettre à toutes
vérifications prescrites concernant son véhicule ou
sa personne est puni de trois mois d'emprisonnement et de 3 750
euros d'amende.”
Toutefois, ce texte ne permet pas aux officiers de police judiciaire
de procéder à la fouille du véhicule. Ce texte
leur permet uniquement de vérifier si le véhicule
est en règle et si le conducteur est apte à conduire.
»
5 On est en droit de refuser un scanner corporel sans être
interdit de vol
La finalité de départ à beau être sécuritaire,
les armes ne sont pas les seules mises à nu par le scanner
corporel. Prothèses, implants, parties génitales,
formes...
Tout y passe. A ce délicat flirt avec la protection de la
vie privée s'ajoute que certains appareils utilisent les
rayons X, dont les effets sur la santé soulèvent beaucoup
de questions.
Comme l'indique Me Olivier Proust, avocat aux barreaux de Paris
et de Bruxelles,
« La Commission Européenne a procédé
à une brève période d'essai de ces dispositifs
(les premier scanners on été installés en France
en 2010), avant d'adopter de nouvelles règles d'encadrement
entrés en vigueur en Décembre 2011 et applicables
aux pays de l'Union. »
Les rayons X seront donc interdits dans les aéroports de
l'Union européenne et le règlement stipule que le
passager doit être parfaitement informé des conditions
d'utilisation des scanners et du dessein de leur utilisation.
D'après le projet de rapport déposé en février
2011 et adopté en novembre par la commission européenne,
les images du scanner doivent être anonymes, ne doivent pas
être conservées, copiées ou imprimées.
Aussi, et surtout, si le passager ne souhaite pas passer au scanner
corporel, il doit alors être soumis à un autre type
de contrôle comme la palpation et le détecteur de métaux.
On ne peut donc pas vous refuser l'accès au vol dans les
aéroports de l'Union européenne.
6 La police ne peut entrer chez vous sans autorisation
« Ouvrez c'est la police ! » Oui, et alors ? Comme
pour la fouille, sans commission rogatoire ou flagrant délit,
pas de perquisition sans votre accord.
Mais la perquisition prévoit aussi d »autres contraintes.Elle
doit être faite en votre présence, ou en présence
d'un témoin. Doit aussi être présent un officier
de police judiciaire et la police ne peut en aucun cas commencer
une perquisition entre 21 heures et 6 heures du matin (sauf affaire
de stupéfiants).
Même en cas de tapage nocturne, la police n'a pas le droit
de pénétrer dans votre domicile.
Bon à savoir. Si on trouve chez vous des armes ou des stupéfiants,
même si ce n'est pas l'objet de la perquisition, c'est un
flagrant délit. Comme pour une fouille, une perquisition
doit donner lieu à un procès verbal.
Si vous n'êtes pas d'accord avec ses termes, vous n'êtes
pas obligé de le signer et pouvez faire appel à un
avocat pour porter plainte pour voie de fait ou violation de domicile.
7 A vélo, trottinette ou en tracteur ? On ne peut
pas vous retirer des points de permis
Tous égaux face au guidon. Par le simple principe d'égalité
face à la loi, il n'y a pas de raison pour que les cyclistes
détenteurs du permis de conduire soient plus pénalisés
qu'un cycliste sans permis pour une même infraction commise
à vélo.
Me Claire Boutaud de la Combe avocat en droit pénal et droit
routier explique :
« Le Conseil d'Etat a rappelé dans deux arrêts
du 8 décembre 1995 qu'il ne pouvait y avoir de retrait de
points sur un permis de conduire que pour les infractions commises
par des conducteurs de véhicules pour la conduite desquels
un permis de conduire est exigé, exception faite des contraventions
commises par d'autres personnes, notamment par des passagers, lesquels
ne sont pas nécessairement titulaires d'un permis de conduire.
»
Donc, en vélo, en cyclomoteur, au volant d'une voiture sans
permis, ou même sur un tracteur agricole, on ne peut pas vous
retirer de points. Bien sûr, personne n'est dispensé
d'amende.
« Si toutefois des points étaient malencontreusement
retirés du permis du cycliste verbalisé, il conviendrait
de faire un recours gracieux envoyé en recommandé
avec accusé de réception auprès du ministre
de l'intérieur, Fichier national des permis de conduire,
Place Beauvau, 75800 Paris »
Bon à savoir. En cas de responsabilité dans un grave
accident, ou de prise de guidon en état d'ébriété,
un juge peut décider d'une suspension de permis de conduire,
voire d'une annulation.
8 Le stage de récupération des points n'est
pas toujours obligatoire
S'il existe des cas de stages obligatoires, notamment dans le cadre
du permis probatoire (trois ans après obtention, ou deux
si conduite accompagnée), le stage de récupération
des points est fondamentalement volontaire et peut être effectué
tous les ans, explique Me Claire Boutaud de la Combe. Ce stage permet
de récupérer quatre points.
Pour un titulaire d'un permis probatoire à six points, le
stage n'est obligatoire qu'en cas de perte de trois points ou plus.
Il permet dans ce cas notamment de demander un remboursement de
l'amende après réalisation.
Les stages de récupération des points ne sont pas
à confondre avec des stages de sensibilisation à la
sécurité routière qui sont eux obligatoires
car ordonnés par décision de justice et ne permettent
pas de récupérer de points.
9 Attention, faire respecter ses droits peut avoir un coût
Faire respecter ses droits c'est bien, mais attention, ne le faites
pas n'importe comment ni quand. Réclamer la présence
d'un officier de police judiciaire pour prouver votre identité
(point 1) peut vous coûter de précieuses heures.
Refuser de signer un PV (point 3) peut vous coûter de l'argent.
Un avocat comme Me Bouteau de La Combe, peut facturer 200 euros
de l'heure à 3 000 euros d'honoraires forfaitaires, prix
augmentant avec l'ancienneté et la réputation du juriste.
Reste que vous pouvez toujours choisir de vous défendre
seul, ou faire appel à l'aide juridictionnelle.
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