L’idée de sexuation
Remise en question par les avancées récentes de la génétique,
la bicatégorisation des sexes s’est vu supplanter en physiologie
par le modèle d’une différenciation sexuelle allant
du plus mâle au plus femelle. Malgré ces graves démentis,
la science persiste à rechercher des marqueurs positifs exclusivement
masculins Par Hélène Rouch, biologiste, Cedref, université
Paris-VII.
N’importe quelle femme née avant 1950 vous dira que l’événement
majeur des sciences biologiques et médicales pour sa génération
aura été la « découverte » de la pilule.
La mise sur le marché d’une contraception orale chimique
(autorisée aux Etats-Unis en 1960, en France en 1967) a radicalement
changé la vie des femmes, du moins de celles pour qui il était
encore temps. Elles avaient enfin la possibilité, en tout cas
dans les pays occidentaux, de contrôler leur fécondité
de façon efficace et non aléatoire. Elles accédaient
du coup à un moyen simple et peu coûteux d’échapper
à la peur d’une grossesse non désirée (et
à sa solution difficile, l’avortement) et de pouvoir décider
du moment de leur maternité : bref, la pilule leur permettait
de dissocier la sexualité de la procréation. Les rapports
entre les hommes et les femmes en ont été évidemment
changés puisque, jusque-là, la contraception reposait
pour l’essentiel sur la bonne volonté et/ou l’habileté
masculines. La pilule a permis aux femmes de ne plus accepter que leur
sexe soit réductible à la fonction reproductive (ce qu’il
n’a jamais été pour les hommes), qu’elles
ne soient de « vraies » femmes qu’en devenant mères.
Simone de Beauvoir écrivait dans Le Deuxième Sexe, en
1949 (donc avant la mise au point de la contraception orale) : «
Si en tant qu’épouse, elle n’est pas un individu
complet, elle le devient en tant que mère [mais] c’est
une mystification de soutenir que la femme devient par la maternité
l’égale concrète de l’homme. » Elle
dénonçait un discours social qui reprenait le discours
scientifique sur la distinction des sexes dans la reproduction et divisait
ainsi l’humanité en deux genres jouant des rôles
différents et inégaux, censés êtres justifiés
par des différences biologiques.
Le problème, c’est que ces différences biologiques
elles-mêmes sont loin de se ranger en deux catégories aussi
distinctes qu’on le voudrait. Pour les distinguer, on recourt
toujours à la reproduction sexuée ; mais il s’est
avéré que la sexuation d’un individu est si complexe
(elle va des gènes au corps entier et du corps physique au corps
comportemental), que l’entreprise de stricte bicatégorisation
en devient proprement fictionnelle.
Le sexe résiste donc à la bicatégorisation. Les
embryologistes et les physiologistes, cherchant à comprendre
les mécanismes de la différenciation du sexe au cours
du développement, s’en sont donné à coeur
joie depuis le début du siècle : sur les poulets et leurs
embryons, sur les grenouilles et leurs têtards, sur les lapines
et leurs embryons... en se rapprochant de l’espèce humaine
sur laquelle on ne peut tout de même pas expérimenter.
Les castrations, greffes et autres injections d’hormones provoquent
à volonté - ou presque - des inversions de sexe, partielles
ou totales, provisoires ou définitives. Si ces travaux ont décrit
au passage les mécanismes de l’hermaphrodisme et de l’intersexualité,
ils ont montré aussi que les sexes mâle et femelle ne constituent
que les états terminaux et fonctionnels (sur le plan reproductif)
d’un processus admettant de nombreux états intermédiaires.
Parallèlement, les endocrinologues et les biochimistes ont dû
abandonner l’idée, conforme à la bicatégorisation
anatomique du sexe, qu’il n’y avait que deux hormones sexuelles
(une mâle et une femelle), produites par des organes spécifiques
(le testicule et l’ovaire) ayant une fonction spécifique
(la différenciation sexuelle). On s’est aperçu que
les ovaires et les testicules produisent les deux types d’hormones,
que les glandes surrénales les fabriquent également, qu’oestrogènes
et androgènes sont très voisins sur le plan chimique et
dérivent du même métabolisme. On a découvert,
avec une certaine stupeur, que sur le plan hormonal, mâles et
femelles - hommes et femmes - ne se distinguent que par le rapport entre
ces hormones. Le sexe, ainsi défini à partir des taux
hormonaux, se répartit en réalité selon un continuum
qui va du plus mâle au plus fe- melle. Mais la bicatégorisation,
sans doute parce qu’elle est rassurante, est toujours rétablie
par la pratique médicale qui ramène ces taux, très
variables suivant les individus et les âges, à des taux
moyens représen-tant des entités « homme »
et « femme », en négligeant la variabilité
hormonale individuelle.
Cette tentative de maintenir une stricte bicatégoristion s’est
répétée avec la recherche de la détermination
génétique du sexe. Dans l’espèce hu-maine,
comme chez beaucoup de vertébrés, la différenciation
sexuelle dépend, sur le plan génétique, d’une
paire de chromosomes, semblables chez la femme (XX), différents
chez l’homme (XY). Dans les années 50, les généticiens
considéraient que le chromosome Y provoquait la transformation
de l’ébauche de gonade en testicule. En son absence, cette
ébauche évolue en ovaire : les femmes étaient donc
considérées comme des non-Y, des non-hommes. Cette conception
s’est trouvée confirmée ensuite par la découverte
du gène SRY, absent sur les chromosomes X. Mais l’affaire
s’est compliquée du fait qu’un certain nombre d’hommes
sont en fait XX et ne portent donc pas le gène SRY, et qu’un
certain nombre de femmes sont XY et portent un gène SRY. Ce n’est
d’ailleurs pas la seule difficulté qui a amené les
cytogénéticiens à penser que le sexe est en fait
sous la dépendance d’une cascade de gènes dont certains
se trouveraient sur le chromosome X et vraisemblablement sur d’autres
chromosomes. A la diversité des formules chromosomiques possibles,
qualifiées encore récemment dans les manuels d’«
aberrations », s’ajoute celle de la diversité des
gènes.
Pourquoi, au départ, cette simplification abusive qui faisait
du chromosome Y le déterminant essentiel du sexe ? Ne serait-ce
pas que les scientifiques, eux aussi, vivent dans une société
où, écrit l’anthropologue Françoise Héritier,
« pour comprendre la domination du masculin, il suffit de voir
que la fécondité féminine [en] est la pierre de
touche et non pas la différence sexuée proprement dite
» ? En réponse, les biologistes importent, dans leurs orientations
de recherche, une bicatégorisation qui, en valorisant le côté
mâle-homme, justifie en retour la domination du genre masculin.
La contraception, si emblématique du mouvement d’émancipation
des femmes, met-elle un terme à cette survalorisation du pôle
masculin ? Avec une contraception féminine généralisée
et prise en charge par les femmes elles-mêmes, qui libère
leur sexualité de la procréation, c’est le lien
du sexe à la reproduction qu’on commence à défaire.
La pratique médicale de la contraception a réalisé
cette déliaison en faisant du corps féminin un système
hormonal dont il suffit de modifier le fonctionnement naturel.
Il y a à l’origine de la pilule, mise au point par Gregory
Pincus aux Etats-Unis, une innovation conceptuelle, sinon majeure, et
en tout cas décisive : les hormones sexuelles ne sont plus conçues
comme des substances indispensables à la fertilité et
pouvant, par défaut, entraîner la stérilité,
mais au contraire comme des substances qui, ajoutées à
un organisme fertile, provoquent une stérilité temporaire.
Une inversion analogue du fonctionnement biologique naturel, se retrouve
avec les techniques de PMA (procréation médicalement assistée),
notamment dans le cas de la FIVETE (fécondation in vitro et transfert
embryonnaire). La FIVETE réalise un pas supplémentaire
et décisif dans le processus qui dissocie la procréation
de la sexualité. Tout en rendant inutile la sexualité
des corps, la technique fait fonctionner ces corps comme producteurs
de gamètes dans une proportion inverse de ce qu’ils produisent
naturellement : pour la réussite de la fécondation artificielle,
il faut non seulement que les ovaires produisent beaucoup d’ovocytes
(ils sont stimulés en conséquence), mais aussi que ces
ovocytes soient extraits de l’ovaire (cette ponction réalise
une émission hors du corps, équivalente de celle, naturelle,
des spermatozoïdes) ; à l’inverse, très peu
de spermatozoïdes sont nécessaires et il devient même
possible de n’en utiliser qu’un seul (comme l’ovocyte
du cycle naturel) que l’on peut d’ailleurs aller prélever
directement dans le testicule. Cela fait de la FIVETE (autre inversion)
une des indications majeures de l’hypofertilité masculine,
alors qu’elle était prévue, au départ, pour
les cas de stérilité féminine due à une
obstruction des trompes.
Finalement, à défaut des corps, ce sont les gamètes
qui constituent les dernières expressions de la procréation
bisexuée : ainsi, par ICSI (intracytoplasmic sperm injection),
on injecte un spermatozoïde dans un ovule. Les scientifiques et
les journalistes qui ont repris leurs propos ont qualifié cette
méthode de « viol de l’ovule » (laissons-leur
la responsabilité du choix de leurs termes).
En entrant dans la boîte noire de la fécondation interne,
peut-être a-t-on ouvert la boîte de Pandore. Il faut si
peu de sexe pour faire un embryon, qu’il serait bien tentant de
faire sans... Et on l’a fait : Dolly, née en février
1997, est une brebis clonée. En bref, et schématiquement,
un ovocyte d’une brebis X a été énucléé,
son noyau a été remplacé par le noyau d’une
cellule mammaire d’une brebis Y, et l’oeuf ainsi formé
a été replacé dans l’utérus d’une
brebis Z qui, après la gestation, a mis bas Dolly, qui est devenue
la star des médias. Dolly est le clone - elle est la reproduction
exacte de l’ensemble des caractères héréditaires
dus au génome - de la brebis Y qui a fourni le noyau, donc son
patrimoine génétique. La performance, qui n’est
pas mince, a consisté à faire s’exprimer dans l’ovocyte
un noyau qui avait perdu sa totipotence, et donc à la lui faire
retrouver pour que l’oeuf donne un embryon.
Il s’agit bien ici de reproduction asexuée. Théoriquement,
cela signifie que la reproduction (qui mérite enfin bien son
nom de répétition du même) n’a plus besoin
des deux sexes ; elle se suffit d’un seul individu dont le sexe
même importe peu puisqu’il n’a plus besoin de l’autre.
Encore faut-il préciser qu’en l’état actuel
des choses, ce sexe insignifiant est nécessairement féminin,
puisqu’un ovocyte reste indispensable pour obtenir un oeuf puis
un embryon. De même que, comme dans les PMA, un utérus
reste également indispensable pour la gestation. De moins en
moins de sexe, de plus en plus de technique, voilà qui a hanté
les discours et délires éthico-médiatiques qui
ont suivi l’annonce d’un clonage dont on a prédit,
un peu hâtivement, l’extension rapide à l’humain
(en confondant, au passage, le clonage embryonnaire à des fins
thérapeutiques avec le clonage reproductif). Mais qui a pensé
à souligner que, pour l’instant du moins, il faudrait prélever
des ovocytes (pour fabriquer Dolly, un millier d’ovocytes ont
été nécessaires) et assurer les gestations (pour
Dolly, treize brebis porteuses pour vingt-neuf embryons) ? Qu’il
faudrait donc trouver des femmes pour cela ? Des femmes dont on aurait
besoin du corps à défaut du sexe ? Et qu’il faudrait
qu’elles acceptent?
La contraception est le premier maillon d’une logique de maîtrise
de la reproduction mettant en place de nouvelles techniques qui éliminent
progressivement le sexe ; la pensée scientifique qui les soutient
en devient étonnamment postmoderne : après la disparition
du sujet, la disparition du sexe...
Les créatifs des agences publicitaires, qui ne manquent ni d’idées,
ni de fantasmes, savent sentir l’air du temps. Témoin cette
publicité télévisée pour Bouygues Telecom
: un couple de jeunes mariés, elle encore vêtue de sa robe
et de ses voiles, commencent leurs ébats amoureux quand soudain
elle se lève du lit, va vers la salle de bains, et son époux
la voit, de dos, uriner DEBOUT ! Le commentaire en voix off vante les
avantages de l’absence d’engagement... La confusion des
genres devient le prolongement, au plan social, de la déliaison
entre sexualité et reproduction. Ce spot passait entre les deux
épisodes du feuilleton « X-Files » - « La vérité
est ailleurs » - sur la chaîne M6. Allons plus loin dans
la signification du message : le sexe serait un artefact, il ne serait
plus que représentation et n’aurait de vérité
que comme marchandise. La vérité serait-elle aussi que,
dans le mariage, la femme est une marchandise dont la qualité
serait de donner des enfants comme le rappelait Françoise Héritier
?
Tant de science pour une vérité presque aussi vieille
que l’humanité...
BETISIER
Elle ne se pense pas sans lui
La parution du Deuxième Sexe en 1949 a été saluée
en ces termes par l’écrivain Julien Benda dans La Nef :
« On cherche ce que veulent dire ces seins pointés à
allaiter, ces flancs faits pour recevoir, ces formes faites pour troubler,
s’ils ne sont pris et fécondés. [...] L’homme
se pense sans la femme. Elle ne se pense pas sans l’homme. »
On ne s’étonnera pas que l’idée d’une
contraception féminine généralisée n’ait
été acceptée qu’avec réticence, voire
vive résistance, par les instances masculines qui détenaient
le pouvoir scientifique, médical, politique et religieux. En
voici pour preuve quelques citations datant de l’époque
où, entre 1955 et 1967 (date de la loi Neuwirth portant sur la
modification de la loi de 1920 pour ce qui concernait la contraception),
les opposants à la libéralisation de la contraception
firent feu de tout bois. Une des stars de la zoologie française,
le professeur Grassé, clama sa réprobation : « C’est
une tendance hitlérienne que de prôner la pilule anticonceptionnelle.
» Le professeur Chauchard ne fut pas moins outrancier : «
La pilule est une monstruosité digne du meilleur des mondes.
»
Le Conseil de l’ordre, instance créée sous le régime
de Vichy et qui, en 1942, avait fait de l’avortement un crime
contre la sûreté de l’Etat, déclara en 1962
que le médecin n’avait « aucune responsabilité
à assumer dans l’appréciation des moyens anti-conceptionnels.
» Le Parti communiste redouta un affaiblissement de la classe
ouvrière ; Jeannette Vermeersch déclara au Palais Bourbon,
en 1956, que la contraception était « une manoeuvre rétrograde
du capitalisme pour diminuer la combativité des masses ouvrières
". Les mentalités évoluent évoluent lentement
: il s'agit toujours de renvoyer et de limiter les femmes à leur
rôle reproductif. Le professeur Maurice Auroux, déclarait
encore en 1994 : "En fait, dans la fonction de reproduction, on
peut dire schématiquement que l'ovocyte attend le spermatozoïde
tout comme, dans la sexualité, la femme attend l"homme !".
ORIGINES PHILOSOPHIQUES
Entre unisexisme et misogynie
Dans La Fabrique du sexe, Thomas Laqueur soutient que deux conceptions
du sexe ont toujours coexisté, celle d’un sexe unique et
celle faisant apparaître les deux sexes comme radicalement différents.
Dans la première conception, qui remonte à l’Antiquité,
il n’y a qu’un seul sexe, le masculin, représenté
par ses organes génitaux externes bien visibles. Pour Aristote,
les rôles sociaux des hommes et des femmes, aussi bien que leurs
corps, sont des vérités naturelles qui n’ont pas
besoin d’être justifiées. Si les sexes sont différents
et opposés, surtout dans la génération où
le mâle apporte le principe créateur et la femelle la matière,
ce n’est pas par leur anatomie (considérée comme
plus ou moins semblable, les organes féminins étant les
équivalents internes des organes masculins) qu’Aristote
fonde l’infériorité de la femme par rapport à
l’homme mais par une hiérarchie naturelle. Pour Galien,
grand médecin et savant anatomiste du iie siècle, les
organes génitaux de la femme ne sont que le modèle inversé
des organes masculins (il voit les ovaires comme des testicules, l’utérus
comme un scrotum, le vagin comme un pénis), mais qui n’ont
pas atteint un degré de perfection égal à celui
des organes masculins par manque de chaleur vitale chez la femme. Il
les compare aux yeux d’une taupe : les yeux de la taupe, ne s’ouvrant
pas et ne lui permettant pas de voir, font de celle-ci un animal inférieur
aux autres, de même que les organes génitaux féminins,
en ne faisant pas saillie à l’extérieur, signent
l’imperfection des femmes.
Ce modèle « unisexe » dit Laqueur, dans lequel le
sexe féminin est vu comme l’état inachevé
du sexe masculin (avec plus ou moins de spécificité, notamment
dans sa matrice « baladeuse » rendue responsable de l’hystérie),
est le modèle dominant jusqu’à la fin du xviie siècle.
Le xviiie siècle va faire apparaître les deux sexes comme
radicalement opposés, plus différents qu’inégaux
: on cesse de prendre les ovaires pour des testicules femelles, on trouve
son nom au vagin, on ne pense plus la menstruation comme un moyen d’évacuer
un trop plein d’humeurs. Bien entendu, on peut voir là
les progrès de la science et notamment de l’anatomie (encore
qu’il faudra attendre le milieu du xixe siècle pour comprendre
ce qu’est l’ovocyte, « l’oeuf », dans
l’ovaire et commencer à appréhender les mécanismes
de la fécondation, puis le xxe pour comprendre la physiologie
de la reproduction). Le xixe, avec l’essor du capitalisme et l’enrichissement
de la bourgeoisie, entérinera cette conception en mettant les
femmes dans les usines et/ou en les enfermant dans les maisons, et insistera,
discours de la physiologie et des médecins de l’époque
à l’appui, sur une différence biologique des sexes
qui infériorise les femmes. On le voit, deux conceptions opposées
du sexe finissent par amener au même résultat. Ce n’est
pas la science seule qui fait l’histoire, comme ce n’est
pas le seul contexte historique qui fait la science, mais ils se sont
assez bien soutenus jusqu’à notre fin de siècle
pour préserver la supériorité masculine.
POUR EN SAVOIR PLUS
The Control of Fertility, de Gregory Pincus, N.Y. and London Academic
Press, 1965.
Le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir, Gallimard, 1949.
Transmettre la vie à l'aube du xxie siècle, Dossiers Documentaires,
Inserm/Nathan, 1994.
Copies conformes, d’A.Kahn et F.Papillon, Nil Editions, 1998.
La Reproduction chez les mammifères et l'homme, sous la direction
de C.Thibault et M.C Levasseur, Ellipses, 1991.
Contraception : contrainte ou liberté, sous la direction d’E.
Baulieu, F. Héritier, H. Léridon, Odile Jacob, 1999.
Beyond the Natural Body, de Nelly Oudshoorn, Routledge, 1994.
La Fabrique du sexe, de Thomas Laqueur, Gallimard, 1992.
Un siècle d’antiféminisme, sous la direction de
Christine Bard,Fayard, 1999.
PHYSIOLOGIE DU SEXE
GLOSSAIRE
Hermaphrodisme : présence à l’état fonctionnel,
des organes des deux sexes.
Hormone : substance sécrétée dans le sang par une
glande endocrine ; une hormone sexuelle est fabriquée par l’ovaire
ou le testicule.
Intersexualité : présence chez un individu d’organes
génitaux (internes et externes) mâles et femelles qui soit
coexistent séparément, soit se présentent sous
une forme intermédiaire ; l’origine en est en général
un défaut de différenciation des gonades pendant la vie
foetale.
Totipotence : terme appliqué aux cellules embryonnaires non encore
différenciées capables de se développer en un organisme
entier.
La différenciation sexuelle
Les ébauches des gonades sont d'abord indifférenciées
chez le foetus. A partir de la huitième semaine, suivant que
le foetus est XX ou XY, elles vont se transformer en ovaires ou en testicules.
A proximité de ces ébauches et des reins primitifs, les
canaux de Wolff et de Müller s'ouvrent dans la cavité générale.
Dans le cas XX, où l'ébauche devient ovaire, les canaux
de Wolff dégénèrent tandis que les canaux de Müller
donnent les trompes, l'utérus et le vagin. Dans le cas XY, où
l'ébauche devient testicule, celui-ci développe des tubes
(dits séminifères car à partir de la puberté
s'y fera la spermatogenèse) et un tissu interstitiel situé
entre les tubes. Des cellules particulières des tubes séminifères,
les cellules de Sertoli, élaborent l'hormone anti-müllerienne
qui fait régresser les canaux de Müller. Le tissu interstitiel
fabrique de la testostérone qui provoque, elle, la transformation
des canaux de Wolff en canaux déférents et en glandes
annexes. La testostérone entraîne également le développement
des organes génitaux externes à partir d'ébauches
superficielles en pénis, face inférieure de celui-ci et
scrotum (ébauches qui se développent peu chez la femme
pour donner le clitoris, les petites et les grandes lèvres).
Dans l'ovaire, l'ovogenèse (formation des ovocytes) commence
dès la période foetale et, à la naissance, environ
un million d'ovocytes, à l'intérieur de leurs follicules,
vont entrer en quiescence (une bonne partie dégénère
pendant l'enfance). A la puberté, ils reprennent une maturation
qu'un seul ovocyte par cycle achèvera. Les cellules des follicules,
puis du corps jaune sécrètent alors oestrogènes
(responsables de l'apparition des caractères sexuels secondaires)
et progestérone.
Le testicule, au repos depuis la naissance, reprend son activité
à la puberté en initiant la spermatogenèse (formation
des spermatozoïdes) et en séc- rétant de nouveau
de la testostérone responsable des caractères sexuels
secondaires. Se superposent donc dans cette évolution de la différenciation
sexuelle (présentée très schématiquement
ici) des niveaux génétique, anatomique, hormonal, et enfin
comportemental, ce dernier se libérant très largement,
dans l'espèce humaine, de son déterminisme hormonal. C’est
le critère anatomique (présence ou absence du pénis
et du scrotum) qui, à la naissance, décide de l’attribution
du sexe. Les anomalies génétiques éventuelles (moins
de 0,2 % de cas) ne sont pas toujours repérables à ce
stade, elles se préciseront lors de la puberté. Les dérèglements
hormonaux sont plus fréquents, avec des conséquences variables
sur la fertilité et les caractères sexuels secondaires.
Sciences & Avenir N°HS 121
Le lien d'origine http://www.sciencesetavenir.com/hs_121/page82.html