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"ON NE NAIT PAS FEMME, ON LE DEVIENT !"
Sciences et Avenir
Dossier -- FEVRIER 2000 -- N° 1


L’idée de sexuation
Remise en question par les avancées récentes de la génétique, la bicatégorisation des sexes s’est vu supplanter en physiologie par le modèle d’une différenciation sexuelle allant du plus mâle au plus femelle. Malgré ces graves démentis, la science persiste à rechercher des marqueurs positifs exclusivement masculins Par Hélène Rouch, biologiste, Cedref, université Paris-VII.
N’importe quelle femme née avant 1950 vous dira que l’événement majeur des sciences biologiques et médicales pour sa génération aura été la « découverte » de la pilule. La mise sur le marché d’une contraception orale chimique (autorisée aux Etats-Unis en 1960, en France en 1967) a radicalement changé la vie des femmes, du moins de celles pour qui il était encore temps. Elles avaient enfin la possibilité, en tout cas dans les pays occidentaux, de contrôler leur fécondité de façon efficace et non aléatoire. Elles accédaient du coup à un moyen simple et peu coûteux d’échapper à la peur d’une grossesse non désirée (et à sa solution difficile, l’avortement) et de pouvoir décider du moment de leur maternité : bref, la pilule leur permettait de dissocier la sexualité de la procréation. Les rapports entre les hommes et les femmes en ont été évidemment changés puisque, jusque-là, la contraception reposait pour l’essentiel sur la bonne volonté et/ou l’habileté masculines. La pilule a permis aux femmes de ne plus accepter que leur sexe soit réductible à la fonction reproductive (ce qu’il n’a jamais été pour les hommes), qu’elles ne soient de « vraies » femmes qu’en devenant mères.
Simone de Beauvoir écrivait dans Le Deuxième Sexe, en 1949 (donc avant la mise au point de la contraception orale) : « Si en tant qu’épouse, elle n’est pas un individu complet, elle le devient en tant que mère [mais] c’est une mystification de soutenir que la femme devient par la maternité l’égale concrète de l’homme. » Elle dénonçait un discours social qui reprenait le discours scientifique sur la distinction des sexes dans la reproduction et divisait ainsi l’humanité en deux genres jouant des rôles différents et inégaux, censés êtres justifiés par des différences biologiques.

Le problème, c’est que ces différences biologiques elles-mêmes sont loin de se ranger en deux catégories aussi distinctes qu’on le voudrait. Pour les distinguer, on recourt toujours à la reproduction sexuée ; mais il s’est avéré que la sexuation d’un individu est si complexe (elle va des gènes au corps entier et du corps physique au corps comportemental), que l’entreprise de stricte bicatégorisation en devient proprement fictionnelle.

Le sexe résiste donc à la bicatégorisation. Les embryologistes et les physiologistes, cherchant à comprendre les mécanismes de la différenciation du sexe au cours du développement, s’en sont donné à coeur joie depuis le début du siècle : sur les poulets et leurs embryons, sur les grenouilles et leurs têtards, sur les lapines et leurs embryons... en se rapprochant de l’espèce humaine sur laquelle on ne peut tout de même pas expérimenter. Les castrations, greffes et autres injections d’hormones provoquent à volonté - ou presque - des inversions de sexe, partielles ou totales, provisoires ou définitives. Si ces travaux ont décrit au passage les mécanismes de l’hermaphrodisme et de l’intersexualité, ils ont montré aussi que les sexes mâle et femelle ne constituent que les états terminaux et fonctionnels (sur le plan reproductif) d’un processus admettant de nombreux états intermédiaires.

Parallèlement, les endocrinologues et les biochimistes ont dû abandonner l’idée, conforme à la bicatégorisation anatomique du sexe, qu’il n’y avait que deux hormones sexuelles (une mâle et une femelle), produites par des organes spécifiques (le testicule et l’ovaire) ayant une fonction spécifique (la différenciation sexuelle). On s’est aperçu que les ovaires et les testicules produisent les deux types d’hormones, que les glandes surrénales les fabriquent également, qu’oestrogènes et androgènes sont très voisins sur le plan chimique et dérivent du même métabolisme. On a découvert, avec une certaine stupeur, que sur le plan hormonal, mâles et femelles - hommes et femmes - ne se distinguent que par le rapport entre ces hormones. Le sexe, ainsi défini à partir des taux hormonaux, se répartit en réalité selon un continuum qui va du plus mâle au plus fe- melle. Mais la bicatégorisation, sans doute parce qu’elle est rassurante, est toujours rétablie par la pratique médicale qui ramène ces taux, très variables suivant les individus et les âges, à des taux moyens représen-tant des entités « homme » et « femme », en négligeant la variabilité hormonale individuelle.

Cette tentative de maintenir une stricte bicatégoristion s’est répétée avec la recherche de la détermination génétique du sexe. Dans l’espèce hu-maine, comme chez beaucoup de vertébrés, la différenciation sexuelle dépend, sur le plan génétique, d’une paire de chromosomes, semblables chez la femme (XX), différents chez l’homme (XY). Dans les années 50, les généticiens considéraient que le chromosome Y provoquait la transformation de l’ébauche de gonade en testicule. En son absence, cette ébauche évolue en ovaire : les femmes étaient donc considérées comme des non-Y, des non-hommes. Cette conception s’est trouvée confirmée ensuite par la découverte du gène SRY, absent sur les chromosomes X. Mais l’affaire s’est compliquée du fait qu’un certain nombre d’hommes sont en fait XX et ne portent donc pas le gène SRY, et qu’un certain nombre de femmes sont XY et portent un gène SRY. Ce n’est d’ailleurs pas la seule difficulté qui a amené les cytogénéticiens à penser que le sexe est en fait sous la dépendance d’une cascade de gènes dont certains se trouveraient sur le chromosome X et vraisemblablement sur d’autres chromosomes. A la diversité des formules chromosomiques possibles, qualifiées encore récemment dans les manuels d’« aberrations », s’ajoute celle de la diversité des gènes.

Pourquoi, au départ, cette simplification abusive qui faisait du chromosome Y le déterminant essentiel du sexe ? Ne serait-ce pas que les scientifiques, eux aussi, vivent dans une société où, écrit l’anthropologue Françoise Héritier, « pour comprendre la domination du masculin, il suffit de voir que la fécondité féminine [en] est la pierre de touche et non pas la différence sexuée proprement dite » ? En réponse, les biologistes importent, dans leurs orientations de recherche, une bicatégorisation qui, en valorisant le côté mâle-homme, justifie en retour la domination du genre masculin.

La contraception, si emblématique du mouvement d’émancipation des femmes, met-elle un terme à cette survalorisation du pôle masculin ? Avec une contraception féminine généralisée et prise en charge par les femmes elles-mêmes, qui libère leur sexualité de la procréation, c’est le lien du sexe à la reproduction qu’on commence à défaire. La pratique médicale de la contraception a réalisé cette déliaison en faisant du corps féminin un système hormonal dont il suffit de modifier le fonctionnement naturel.

Il y a à l’origine de la pilule, mise au point par Gregory Pincus aux Etats-Unis, une innovation conceptuelle, sinon majeure, et en tout cas décisive : les hormones sexuelles ne sont plus conçues comme des substances indispensables à la fertilité et pouvant, par défaut, entraîner la stérilité, mais au contraire comme des substances qui, ajoutées à un organisme fertile, provoquent une stérilité temporaire.
Une inversion analogue du fonctionnement biologique naturel, se retrouve avec les techniques de PMA (procréation médicalement assistée), notamment dans le cas de la FIVETE (fécondation in vitro et transfert embryonnaire). La FIVETE réalise un pas supplémentaire et décisif dans le processus qui dissocie la procréation de la sexualité. Tout en rendant inutile la sexualité des corps, la technique fait fonctionner ces corps comme producteurs de gamètes dans une proportion inverse de ce qu’ils produisent naturellement : pour la réussite de la fécondation artificielle, il faut non seulement que les ovaires produisent beaucoup d’ovocytes (ils sont stimulés en conséquence), mais aussi que ces ovocytes soient extraits de l’ovaire (cette ponction réalise une émission hors du corps, équivalente de celle, naturelle, des spermatozoïdes) ; à l’inverse, très peu de spermatozoïdes sont nécessaires et il devient même possible de n’en utiliser qu’un seul (comme l’ovocyte du cycle naturel) que l’on peut d’ailleurs aller prélever directement dans le testicule. Cela fait de la FIVETE (autre inversion) une des indications majeures de l’hypofertilité masculine, alors qu’elle était prévue, au départ, pour les cas de stérilité féminine due à une obstruction des trompes.

Finalement, à défaut des corps, ce sont les gamètes qui constituent les dernières expressions de la procréation bisexuée : ainsi, par ICSI (intracytoplasmic sperm injection), on injecte un spermatozoïde dans un ovule. Les scientifiques et les journalistes qui ont repris leurs propos ont qualifié cette méthode de « viol de l’ovule » (laissons-leur la responsabilité du choix de leurs termes).

En entrant dans la boîte noire de la fécondation interne, peut-être a-t-on ouvert la boîte de Pandore. Il faut si peu de sexe pour faire un embryon, qu’il serait bien tentant de faire sans... Et on l’a fait : Dolly, née en février 1997, est une brebis clonée. En bref, et schématiquement, un ovocyte d’une brebis X a été énucléé, son noyau a été remplacé par le noyau d’une cellule mammaire d’une brebis Y, et l’oeuf ainsi formé a été replacé dans l’utérus d’une brebis Z qui, après la gestation, a mis bas Dolly, qui est devenue la star des médias. Dolly est le clone - elle est la reproduction exacte de l’ensemble des caractères héréditaires dus au génome - de la brebis Y qui a fourni le noyau, donc son patrimoine génétique. La performance, qui n’est pas mince, a consisté à faire s’exprimer dans l’ovocyte un noyau qui avait perdu sa totipotence, et donc à la lui faire retrouver pour que l’oeuf donne un embryon.

Il s’agit bien ici de reproduction asexuée. Théoriquement, cela signifie que la reproduction (qui mérite enfin bien son nom de répétition du même) n’a plus besoin des deux sexes ; elle se suffit d’un seul individu dont le sexe même importe peu puisqu’il n’a plus besoin de l’autre. Encore faut-il préciser qu’en l’état actuel des choses, ce sexe insignifiant est nécessairement féminin, puisqu’un ovocyte reste indispensable pour obtenir un oeuf puis un embryon. De même que, comme dans les PMA, un utérus reste également indispensable pour la gestation. De moins en moins de sexe, de plus en plus de technique, voilà qui a hanté les discours et délires éthico-médiatiques qui ont suivi l’annonce d’un clonage dont on a prédit, un peu hâtivement, l’extension rapide à l’humain (en confondant, au passage, le clonage embryonnaire à des fins thérapeutiques avec le clonage reproductif). Mais qui a pensé à souligner que, pour l’instant du moins, il faudrait prélever des ovocytes (pour fabriquer Dolly, un millier d’ovocytes ont été nécessaires) et assurer les gestations (pour Dolly, treize brebis porteuses pour vingt-neuf embryons) ? Qu’il faudrait donc trouver des femmes pour cela ? Des femmes dont on aurait besoin du corps à défaut du sexe ? Et qu’il faudrait qu’elles acceptent?

La contraception est le premier maillon d’une logique de maîtrise de la reproduction mettant en place de nouvelles techniques qui éliminent progressivement le sexe ; la pensée scientifique qui les soutient en devient étonnamment postmoderne : après la disparition du sujet, la disparition du sexe...

Les créatifs des agences publicitaires, qui ne manquent ni d’idées, ni de fantasmes, savent sentir l’air du temps. Témoin cette publicité télévisée pour Bouygues Telecom : un couple de jeunes mariés, elle encore vêtue de sa robe et de ses voiles, commencent leurs ébats amoureux quand soudain elle se lève du lit, va vers la salle de bains, et son époux la voit, de dos, uriner DEBOUT ! Le commentaire en voix off vante les avantages de l’absence d’engagement... La confusion des genres devient le prolongement, au plan social, de la déliaison entre sexualité et reproduction. Ce spot passait entre les deux épisodes du feuilleton « X-Files » - « La vérité est ailleurs » - sur la chaîne M6. Allons plus loin dans la signification du message : le sexe serait un artefact, il ne serait plus que représentation et n’aurait de vérité que comme marchandise. La vérité serait-elle aussi que, dans le mariage, la femme est une marchandise dont la qualité serait de donner des enfants comme le rappelait Françoise Héritier ?

Tant de science pour une vérité presque aussi vieille que l’humanité...


BETISIER

Elle ne se pense pas sans lui
La parution du Deuxième Sexe en 1949 a été saluée en ces termes par l’écrivain Julien Benda dans La Nef : « On cherche ce que veulent dire ces seins pointés à allaiter, ces flancs faits pour recevoir, ces formes faites pour troubler, s’ils ne sont pris et fécondés. [...] L’homme se pense sans la femme. Elle ne se pense pas sans l’homme. » On ne s’étonnera pas que l’idée d’une contraception féminine généralisée n’ait été acceptée qu’avec réticence, voire vive résistance, par les instances masculines qui détenaient le pouvoir scientifique, médical, politique et religieux. En voici pour preuve quelques citations datant de l’époque où, entre 1955 et 1967 (date de la loi Neuwirth portant sur la modification de la loi de 1920 pour ce qui concernait la contraception), les opposants à la libéralisation de la contraception firent feu de tout bois. Une des stars de la zoologie française, le professeur Grassé, clama sa réprobation : « C’est une tendance hitlérienne que de prôner la pilule anticonceptionnelle. » Le professeur Chauchard ne fut pas moins outrancier : « La pilule est une monstruosité digne du meilleur des mondes. »

Le Conseil de l’ordre, instance créée sous le régime de Vichy et qui, en 1942, avait fait de l’avortement un crime contre la sûreté de l’Etat, déclara en 1962 que le médecin n’avait « aucune responsabilité à assumer dans l’appréciation des moyens anti-conceptionnels. » Le Parti communiste redouta un affaiblissement de la classe ouvrière ; Jeannette Vermeersch déclara au Palais Bourbon, en 1956, que la contraception était « une manoeuvre rétrograde du capitalisme pour diminuer la combativité des masses ouvrières ". Les mentalités évoluent évoluent lentement : il s'agit toujours de renvoyer et de limiter les femmes à leur rôle reproductif. Le professeur Maurice Auroux, déclarait encore en 1994 : "En fait, dans la fonction de reproduction, on peut dire schématiquement que l'ovocyte attend le spermatozoïde tout comme, dans la sexualité, la femme attend l"homme !".


ORIGINES PHILOSOPHIQUES

Entre unisexisme et misogynie
Dans La Fabrique du sexe, Thomas Laqueur soutient que deux conceptions du sexe ont toujours coexisté, celle d’un sexe unique et celle faisant apparaître les deux sexes comme radicalement différents.

Dans la première conception, qui remonte à l’Antiquité, il n’y a qu’un seul sexe, le masculin, représenté par ses organes génitaux externes bien visibles. Pour Aristote, les rôles sociaux des hommes et des femmes, aussi bien que leurs corps, sont des vérités naturelles qui n’ont pas besoin d’être justifiées. Si les sexes sont différents et opposés, surtout dans la génération où le mâle apporte le principe créateur et la femelle la matière, ce n’est pas par leur anatomie (considérée comme plus ou moins semblable, les organes féminins étant les équivalents internes des organes masculins) qu’Aristote fonde l’infériorité de la femme par rapport à l’homme mais par une hiérarchie naturelle. Pour Galien, grand médecin et savant anatomiste du iie siècle, les organes génitaux de la femme ne sont que le modèle inversé des organes masculins (il voit les ovaires comme des testicules, l’utérus comme un scrotum, le vagin comme un pénis), mais qui n’ont pas atteint un degré de perfection égal à celui des organes masculins par manque de chaleur vitale chez la femme. Il les compare aux yeux d’une taupe : les yeux de la taupe, ne s’ouvrant pas et ne lui permettant pas de voir, font de celle-ci un animal inférieur aux autres, de même que les organes génitaux féminins, en ne faisant pas saillie à l’extérieur, signent l’imperfection des femmes.

Ce modèle « unisexe » dit Laqueur, dans lequel le sexe féminin est vu comme l’état inachevé du sexe masculin (avec plus ou moins de spécificité, notamment dans sa matrice « baladeuse » rendue responsable de l’hystérie), est le modèle dominant jusqu’à la fin du xviie siècle. Le xviiie siècle va faire apparaître les deux sexes comme radicalement opposés, plus différents qu’inégaux : on cesse de prendre les ovaires pour des testicules femelles, on trouve son nom au vagin, on ne pense plus la menstruation comme un moyen d’évacuer un trop plein d’humeurs. Bien entendu, on peut voir là les progrès de la science et notamment de l’anatomie (encore qu’il faudra attendre le milieu du xixe siècle pour comprendre ce qu’est l’ovocyte, « l’oeuf », dans l’ovaire et commencer à appréhender les mécanismes de la fécondation, puis le xxe pour comprendre la physiologie de la reproduction). Le xixe, avec l’essor du capitalisme et l’enrichissement de la bourgeoisie, entérinera cette conception en mettant les femmes dans les usines et/ou en les enfermant dans les maisons, et insistera, discours de la physiologie et des médecins de l’époque à l’appui, sur une différence biologique des sexes qui infériorise les femmes. On le voit, deux conceptions opposées du sexe finissent par amener au même résultat. Ce n’est pas la science seule qui fait l’histoire, comme ce n’est pas le seul contexte historique qui fait la science, mais ils se sont assez bien soutenus jusqu’à notre fin de siècle pour préserver la supériorité masculine.


POUR EN SAVOIR PLUS
The Control of Fertility, de Gregory Pincus, N.Y. and London Academic Press, 1965.
Le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir, Gallimard, 1949.
Transmettre la vie à l'aube du xxie siècle, Dossiers Documentaires, Inserm/Nathan, 1994.
Copies conformes, d’A.Kahn et F.Papillon, Nil Editions, 1998.
La Reproduction chez les mammifères et l'homme, sous la direction de C.Thibault et M.C Levasseur, Ellipses, 1991.
Contraception : contrainte ou liberté, sous la direction d’E. Baulieu, F. Héritier, H. Léridon, Odile Jacob, 1999.
Beyond the Natural Body, de Nelly Oudshoorn, Routledge, 1994.
La Fabrique du sexe, de Thomas Laqueur, Gallimard, 1992.
Un siècle d’antiféminisme, sous la direction de Christine Bard,Fayard, 1999.


PHYSIOLOGIE DU SEXE

GLOSSAIRE
Hermaphrodisme : présence à l’état fonctionnel, des organes des deux sexes.
Hormone : substance sécrétée dans le sang par une glande endocrine ; une hormone sexuelle est fabriquée par l’ovaire ou le testicule.
Intersexualité : présence chez un individu d’organes génitaux (internes et externes) mâles et femelles qui soit coexistent séparément, soit se présentent sous une forme intermédiaire ; l’origine en est en général un défaut de différenciation des gonades pendant la vie foetale.
Totipotence : terme appliqué aux cellules embryonnaires non encore différenciées capables de se développer en un organisme entier.

La différenciation sexuelle
Les ébauches des gonades sont d'abord indifférenciées chez le foetus. A partir de la huitième semaine, suivant que le foetus est XX ou XY, elles vont se transformer en ovaires ou en testicules. A proximité de ces ébauches et des reins primitifs, les canaux de Wolff et de Müller s'ouvrent dans la cavité générale.

Dans le cas XX, où l'ébauche devient ovaire, les canaux de Wolff dégénèrent tandis que les canaux de Müller donnent les trompes, l'utérus et le vagin. Dans le cas XY, où l'ébauche devient testicule, celui-ci développe des tubes (dits séminifères car à partir de la puberté s'y fera la spermatogenèse) et un tissu interstitiel situé entre les tubes. Des cellules particulières des tubes séminifères, les cellules de Sertoli, élaborent l'hormone anti-müllerienne qui fait régresser les canaux de Müller. Le tissu interstitiel fabrique de la testostérone qui provoque, elle, la transformation des canaux de Wolff en canaux déférents et en glandes annexes. La testostérone entraîne également le développement des organes génitaux externes à partir d'ébauches superficielles en pénis, face inférieure de celui-ci et scrotum (ébauches qui se développent peu chez la femme pour donner le clitoris, les petites et les grandes lèvres).

Dans l'ovaire, l'ovogenèse (formation des ovocytes) commence dès la période foetale et, à la naissance, environ un million d'ovocytes, à l'intérieur de leurs follicules, vont entrer en quiescence (une bonne partie dégénère pendant l'enfance). A la puberté, ils reprennent une maturation qu'un seul ovocyte par cycle achèvera. Les cellules des follicules, puis du corps jaune sécrètent alors oestrogènes (responsables de l'apparition des caractères sexuels secondaires) et progestérone.

Le testicule, au repos depuis la naissance, reprend son activité à la puberté en initiant la spermatogenèse (formation des spermatozoïdes) et en séc- rétant de nouveau de la testostérone responsable des caractères sexuels secondaires. Se superposent donc dans cette évolution de la différenciation sexuelle (présentée très schématiquement ici) des niveaux génétique, anatomique, hormonal, et enfin comportemental, ce dernier se libérant très largement, dans l'espèce humaine, de son déterminisme hormonal. C’est le critère anatomique (présence ou absence du pénis et du scrotum) qui, à la naissance, décide de l’attribution du sexe. Les anomalies génétiques éventuelles (moins de 0,2 % de cas) ne sont pas toujours repérables à ce stade, elles se préciseront lors de la puberté. Les dérèglements hormonaux sont plus fréquents, avec des conséquences variables sur la fertilité et les caractères sexuels secondaires.


Sciences & Avenir N°HS 121

Le lien d'origine http://www.sciencesetavenir.com/hs_121/page82.html