Lettre d’une tête froide
Lettre à Driss El Yazami, vice-président de la FIDH
Cher Driss,
Je t’écris à un moment où le cycle de violence
au Proche-Orient est tel que rien ne semble pouvoir empêcher ce
que certains qualifient de «guerre totale». Au regard de
la gravité de la situation et du désespoir qui règne
en Palestine et en Israël, les débats que nous avons eu
en France depuis un an me paraissent de plus en plus dérisoires.
C’est pourquoi je te prends à témoin de ces quelques
observations à ceux que le conflit israélo-palestinien
a jeté dans les affres identitaires, a mené à l’affrontement
total, a conduit au repli, a confronté enfin à des questions
sur l’origine même de l’humanité, sur une genèse
bien entendu contradictoire.
Voilà plus d’un quart de siècle que nous discutons
toi et moi ( toi, un «arabo-musulman» et moi, une «judeo-arabe»)
de ce conflit. Souvent en colère- toi contre les Arabes et moi
contre les Juifs - mais sans oublier notre histoire et nos fidélités,
nous avons suivi l’évolution des événements
avec une même quête de justice. Nous nous sommes souvent
plaints, pas toujours pour les mêmes raisons, des pesanteurs et
des arrière-pensées qui minent le débat français.
Ce débat nous paraissait obsessionnelle, autocentré, lourd
de préjugés ancestraux ou enfermé dans des catégories
de pensées ou des références historiques inadaptées.
Pendant que des voix s’élevaient là-bas et exhortaient
le monde d’agir dans la plus grande urgence, nous discutions ici
de la genèse : par exemple, qu’est-ce qu’un peuple
? qu’est ce qu’une nation ? qu’est-ce que le sionisme
? etc... Ce conflit israélo-palestinien devenait ainsi le prétexte
à un extraordinaire retour aux origines au sein de nations qui,
au plan théorique, n’ont jamais résolu ces questions
mais exigeaient un peu plus de clarté de la part des autres.
Aujourd’hui, alors qu’une logique implacable de tueries
et de destruction s’abat sur le peuple palestinien et décime
des civils israéliens, le tumulte des mots continue ici à
envahir nos esprits, à brouiller le débat, à réduire
à néant nos efforts.
Immigration, exil, islam, question juive
Venant d’ailleurs, vivant en France, nous avons tous deux en commun
le fait de ne pas être pour cette société ce qu’on
appelle une évidence. Ainsi, lorsque nous entendons parler du
«problème» de l’immigration ou de la «question»
juive, chacun de nous récuse les implicites de telles formulations.
Imprégnés de l’universalisme des droits de l’homme,
héritiers de l’anti-fascisme, de l’anti-totalitarisme
et de l’anti-colonialisme, nous savons en effet que toute identité
est composite et nous ne voyons, dans l’immigration ou dans l’exil,
ni un problème, ni une question.
Mais, nous l’avons souvent constaté, celui qui pose le
problème ou la question se positionne lui-même comme une
évidence. Il nous serait sans doute facile d’interroger
la culture dominante ou majoritaire, d’en montrer l’étrangeté,
de montrer comment elle s’arroge le monopole de l’universalisme.
Quoiqu’il en soit, tu as pu le constater toi-même:la question
du sionisme entraîne des discussions sur la définition
du judaïsme, puis d’un peuple, d’une religion,d’une
culture, etc... Et invariablement, la réponse «ni, ni»,
ce n’est ni un peuple, ni une nation, ni seulement une religion,
ni une seule culture, nous conduit à un paradoxe : ou bien ce
qui existe n’existe pas puisqu’il y a bien des juifs mais
ils ne sont juifs sur aucun plan, on ne peut pas caractériser
leur judaïté ; ou bien, tout cela n’est qu’une
illusion : ils croient qu’ils sont juifs ou ce sont les autres
qui le croient. Jamais personne ne s’est demandé si les
catégories dont nous disposons pour définir la nation
ou le peuple avaient jamais eu la moindre réalité dans
l’histoire.
Ainsi, au lieu de dénoncer la négation du peuple palestinien,
on sous-entend que ce qui fonde l’Etat d’israël, une
forme d’identité juive et sa volonté de construction
nationale, est un mythe.On voit bien comment cette négation de
l’être contribue à sa fermeture. Quant au peuple
palestinien, jeté dans cette histoire et devenu protagoniste
et victime d’un drame qui s’est joué ailleurs, il
entend aujourd’hui que ses droits soient reconnus et dissociés
de la question juive. Le sionisme lui-même n’est peut-être
plus vraiment le problème du peuple palestinien. Chacun sait
que les Palestiniens et les Israéliens devront vivre côte
à côte et que le sionisme est dépassé: il
s’est réalisé dans une nation. Cette nation, pas
plus que les autres, n’est la finalité, ou la fin de l’histoire
mais l’état d’une situation. Elle doit se stabiliser
pour laisse naître à ses côtés l’Etat
palestinien. En revanche, il existe bien une situation coloniale et
un colonialisme israélien. Les Palestiniens ne luttent donc pas
contre le sionisme pour arracher leurs droits mais contre l’Etat
israélien et ses pratiques coloniales.
Sans nier le caractère multidimensionnel du conflit, sans nier
l’importance des représentations, il reste qu’un
débat centré non sur les faits mais sur le traitement
des faits, non sur l’objet du conflit mais sur les subjectivités,
évite soigneusement le véritable sens du conflit. Pourquoi
?
Ceux qui soutiennent les Palestiniens assument-ils pleinement le soutien
à une revendication nationale ? Ne regarde t-on pas plutôt
ces deux peuples comme deux tribus menant une guerre dépassée
pour un Etat-nation (l’un existant déjà), bref comme
deux formes d’anormalité ? Tout dans ce conflit national,
territorial et identitaire serait donc anormal, tout pourrait alimenter
la machine à fantasmes, à rêves et à cauchemars,
d’une société qui se prétend elle parfaitement
civilisée.
Le tumulte des mots
Plusieurs fois, tu as souligné à juste titre que la culpabilité
liée au génocide des Juifs en Europe, jouait constamment
contre les Palestiniens. Je remarquais pour ma part qu’en même
temps, le besoin de déculpabilisation conduisait à une
diabolisation du sionisme, justifiant a posteriori les crimes commis
envers les Juifs dans la civilisation des Lumières. Par ailleurs,
la culpabilité de certains Juifs, ulcérés à
l’idée d’avoir à assumer, en tant que Juifs,
l’oppression des Palestiniens, a produit bien des dérives.
Cette culpabilité venant parfois d’anti-sionistes déclarés
témoigne d’un paradoxe : car il faut être «sioniste»,
considérer Israël comme le pays des Juifs pour se sentir
«en tant que Juif», coupable de ses crimes.
Des communautés qui n’ont pas de tradition étatique
peinent à assumer les responsabilités d’un État
même si elles vivent ailleurs. Soit elles se considèrent
comme la mère de cet État dont l’existence est vitale
pour elles, soit au contraire elles jugent cette existence même
insupportable et ce, au nom de l’idée qu’elles se
font de la judaïté. Cette culpabilité traverse douloureusement
de nombreux Juifs. Ils accusent l’Etat d’Israël de
parler et d’agir en leur nom. Mais se référant à
l’éthique juive, ils sont incapables de sortir d’un
paradoxe identitaire et passent leur temps à affirmer que ce
sont eux les héritiers de cette histoire, éthique et culture.
Dans leur majorité, les Judéo-arabes restés longtemps
éloignés des différents sionismes, sont totalement
étrangers à cette culpabilité et à la forme
caractéristique d’anti-sionisme se réclamant de
l’éthique juive. Ce qui fait d’eux d’ailleurs
pour une grande part de naïfs et méprisés nationalistes.
Dans tous les cas, nous avons constaté l’extraordinaire
pathos que ce conflit pouvait révéler. Et à vrai
dire, ce n’était pas toujours la question identitaire,
juive, arabe, musulmane ou chrétienne (eh oui, aussi!) qui était
en jeu mais également le rapport de cette société
à sa propre histoire, à Vichy, au colonialisme, à
l’universalisme et aux identités. En ce sens, les affrontements
entre Juifs et Arabes en France ne témoignent pas seulement de
la permanence d’obscures solidarités identitaires. Ils
sont aussi l’héritage de la destruction par le colonialisme
des liens entre Juifs et Arabes en Algérie, et dans les protectorats
de Tunisie et du Maroc.Ils résultent aussi d’un double
échec : celui de l’intégration sociale des enfants
de l’immigration et de l’intégration culturelle des
Juifs issus du monde colonial.
C’est cette histoire récente qui explique le puissant soutien
qu’apportent majoritairement à Israël les Juifs venus
des pays colonisés. Ce soutien se traduit par un «nationalisme
communautaire» mais le qualifier de «sionisme» est
impropre. Rien n’est plus étranger aux judéo-arabes
que les différents courants sionistes et les cultures, sociétés
et systèmes politiques qui les ont engendrés. Ainsi, ce
conflit lointain a t-il pour effet de réactiver de vieilles plaies:
le génocide des Juifs en Europe, les mémoires de Vichy,
les mémoires coloniales. Sans compter enfin les messianismes
et imaginaires religieux dont s’auréole Jérusalem.
Réinscrire le conflit dans sa dimension territoriale
C’est ainsi qu’un conflit lointain, territorial et national,
dans lequel s’affrontent deux peuples dont l’existence réelle
est en jeu donne lieu à un débat dont la prétention
est d’embrasser toute l’histoire de l’humanité
et l’espace -monde. Pourtant, seul le Dieu de Spinoza pourrait
d’un seul regard saisir l’histoire de l’humanité
et du monde.
Seul ? Pas tout à fait. Nous disposons en France de puissants
intellectuels qui nous livrent des explications historiques totales
(des origines à nos jours) et/ou mondiales (complots impérialistes,
lobbies juifs ou arabes, intérêts stratégiques,
banquiers, etc.). Ces intellectuels parviennent parfois même,
par le jeu d’amalgames divers, à nous fournir une explication
totale à la fois au plan historique et mondial.
Qu’il s’agisse d’intellectuels pro-palestiniens ou
pro-israéliens, leurs arguments sont tissés si serrés
qu’il est impossible d’en dénouer les fils. Il n’y
a, en réalité, qu’un seul fil, une seule obsession
: s’en saisir, c’est donc hériter de toute la pelote.
On pourrait qualifier ce type d’argumentation qui consiste à
juxtaposer des éléments de catégories différentes
pour créer une accumulation, un effet de quantité, de
masse ou de massue, de nouveau sophisme. Ces intellectuels de mauvaise
foi, tout entiers pétris de mépris et de haine pour leurs
adversaires, ce sont eux qui font le débat aujourd’hui
dans ce pays. Tous placent dans le soutien à la cause toute leur
identité et leur explication du monde. Tous tissent leur affaire
de telle manière qu’on ne saurait faire entrer une aiguille
dans le tricot. Tous ne débattent qu’avec ceux qui sont
d’accord avec eux. Tous se targuent du caractère multidimensionnel
du conflit pour transformer ce qui se joue localement entre Israéliens
et Palestiniens, en simple résultante d’une problématique
infiniment plus vaste.
La théorie de l’ennemi
Au bout du compte, les Palestiniens et les Israéliens, en tant
que sujets de liberté, sont soigneusement escamotés. Pour
certains pro-israéliens, les Palestiniens ne seraient que le
jouet des islamistes ou des antisémites. Pour certains pro-palestiniens,
Israël n’est que le bras armé des États-Unis,
donc l’instrument des impérialistes. Bien entendu chacun
apporte au profit de sa thèse un faisceau de preuves, au demeurant
variées, qui vont de la citation d’articles ou d’ouvrages
à des informations aux sources plus ou moins douteuses ou totalement
inconnues. Que ces thèses ne soient finalement qu’une variante
de la réduction de tout événement, et de tout conflit,
soit au conflit Nord-Sud (les Palestiniens sont alors le Sud et les
Israéliens le Nord ou l’impérialisme), soit au conflit
de civilisation (les Juifs et les Israéliens étant alors
embarqués dans une lutte contre les barbares islamistes), montre
à quel point la théorie selon laquelle c'est l’ennemi
qui détermine notre engagement politique, a triomphé.
L’essentiel de cette théorie, nous la devons pourtant à
de grands théoriciens de l’extrême-droite allemande
comme le juriste Carl Schmitt. Pour Carl Schmitt, le politique se définit
par l’ennemi et l’humanisme, la démocratie, tout
ce qui se définit comme procédant d’un amour de
l’homme et de sa liberté est négation du politique.
Cette théorie signifie que notre engagement politique n’est
pas structuré par la solidarité (donc la liberté,
l’augmentation de notre être par les autres) mais par la
haine. Cette haine est naturellement associative : nous haïssons
nos ennemis et ceux dont les intérêts sont, à un
moment donné, ceux de nos ennemis. Ce raisonnement conduit à
des alliances stratégiques avec les ennemis de nos ennemis.
Par ailleurs, nous savons bien que, comme l’écrivait Pascal,
le droit a besoin de la force mais quand la force s’empare du
droit, c’est pour elle-même. Ce qui signifie que quand le
droit est défendu par la force, par exemple au moment de la guerre
du Golfe, la puissance poursuit bien entendu en même temps son
propre intérêt qui est d’augmenter sa domination.
Cette contradiction n’est pas dépassable en soi et c’est
une banalité de dire que telle puissance n’agit que par
intérêt, sous-couvert de droit. Mais un tel constat ne
condamne pas le droit à l’impuissance car il ne faut pas
sous-estimer la force de la justice et les contradictions qu’elle
engendre au sein de la puissance. Une guerre au nom du droit comporte
un élément d’autolimitation de la force. Notons
qu’aujourd’hui, les Etats-Unis ne se réclament plus
de la justice ou du droit mais d’une lutte entre le bien et le
mal, ce qui leur permet de s’exonérer de toute limitation.
Ceux qui souffrent des mots
Ceux qui contestent cette suprématie et dressent comme les Etats-Unis,
l’inventaire de leurs ennemis associés à l’impérialisme,
s’égarent malheureusement dans une imitation faible des
pouvoirs qu’ils dénoncent. Combien de fois, c’est
cet égarement et non l’accélération des événements
au Proche-Orient qui nous a contraint à prendre position comme
si, ce qui se jouait, ce n’était pas la vie et la liberté
de gens réels, mais l’agitation de symboles et la façon
dont ils agissent dans notre société.
Combien de fois, a t-il fallu aussi écouter - que dis-je ? soigner
- des gens qui souffraient à la place de ceux qui souffrent là-bas
? Ils souffraient de quoi ? Ils souffraient de mots. Ils souffraient
de mots au lieu d’être en colère quand ces mots étaient
injustes. Ils souffraient de mots ou des symboles qu’ils mettaient
derrière ces mots...
Ceux qui s’identifient
Il a fallu ensuite discuter avec ceux qui s’identifient aux victimes
palestiniennes, ceux qui s’identifient aux Juifs, ceux qui s’identifient
à la fois aux victimes palestiniennes et aux victimes du génocide
juif en Europe. Nous avons pu voir qu’ici, les gens souffraient
vraiment de ce conflit mais par projection, sans jamais entendre les
messages qui nous parvenaient de là-bas.
Car la solidarité, ce n’est pas s’identifier, ni
faire «un» avec la victime: c’est être avec
elle. La propension à s’identifier à la victime
et à la réduire à cette seule condition, comporte
une négation de sa liberté. Ainsi, ceux qui prétendent
comprendre les kamikases au nom du désespoir des Palestiniens,
nient leur liberté. Soustraire la victime à sa responsabilité,
c’est la réduire à celle seule condition de victime,
c’est l’expliquer par la seule injustice. Or la victime
est porteuse d’une exigence de justice à laquelle elle
ne peut, par conséquent, se soustraire elle-même.
Pourquoi il faut «banaliser» ce conflit
Ces différents modes d’identification ne conduisent pas
seulement à un aveuglement des parties qui s’affrontent
sur les idées mais ils conduisent à un traitement «hors
normes» du conflit israélo-palestinien.
Pourtant, s’il est une chose que les protagonistes du conflit
réclament, c’est bien la banalisation du conflit. Pour
les Palestiniens, l’Etat d’Israël doit être traité
comme n’importe quel État et il doit être soumis
aux règles du droit international. Mais cette banalisation n’est
pas seulement profitable à la cause palestinienne. Traiter l’Etat
d’Israël comme n’importe quel État, c’est
aussi reconnaître pleinement son existence.
Depuis la guerre du Liban, tous ceux qui, en Israël, sont favorables
à une solution juste à ce conflit ont réclamé
un traitement normal pour leur État. Lorsqu’en 1982, le
général israélien Matty Peled aujourd’hui
décédé et Ury Avnery, le fondateur et leader de
Gush Shalom, avaient fermement condamné l’invasion du Liban
par l’armée israélienne, ils ne réclamaient
rien d’autre. Dans le même esprit, tous deux avaient fait
acte publiquement de contacts établis clandestinement depuis
plusieurs années avec l’O.L.P.
La rupture du consensus dans la société israélienne
et le dialogue avec l’OLP auraient dû marquer une étape
et modifier aussi les représentations. Elle permettait aux Palestiniens
de se déprendre au moins partiellement d’un soutien anti-impérialiste
et tiers-mondiste pour lequel leur lutte de libération nationale
n’était qu’un aspect marginal bien qu’emblématique.Pour
ceux qui soutenaient Israël en toutes circonstances, ne voyant
dans ce pays que le symbole de la question juive elle aussi éternelle
et elle aussi «mondiale»), il devenait également
possible de distinguer un État et ses actes, des solidarités
communautaires. Ce fut d’ailleurs le cas pour le mouvement des
associations laïques juives de gauche qui entamèrent une
série de manifestations contre la guerre du Liban.
Encore une fois pour Israël, cette banalisation n’a pas que
l’ aspect «négatif» de mettre fin à
une forme d’exception. Parce qu’il détient le monopole
de la violence légitime (armée, police) tout État
est bien entendu comptable de son usage, ce qui met fin pour Israël
à toute forme de privilège. Mais le fait d’être
traité comme un État normal implique aussi une pleine
reconnaissance. Un État banal n’a pas à justifier
de son existence ou à répondre du caractère certes
mythique - mais c’est le cas pour toute nation - de la construction
de son identité nationale. De plus, à l’intérieur
de cet État, la contestation et la critique du pouvoir acquièrent
une légitimité morale. Or aujourd’hui en Israël,
s’il est permis légalement de critiquer le pouvoir, toute
critique est condamnée sur le plan moral et jugée comme
une trahison. Ainsi les défenseurs inconditionnels de l’Etat
d’Israël parce qu’il refusent la normalisation de cet
État, sont en réalité des adversaires des libertés
citoyennes en Israël. Ils refusent à ce peuple, au nom de
leur soutien, sa pleine liberté.
Un enjeu pour la démocratisation dans la région
La solidarité inconditionnelle avec l’Etat d’Israël
au nom de «l’exception» se retourne donc contre les
Israéliens. Non seulement, elle soumet la société
israélienne à une autocensure et contribue à nier
les libertés démocratiques mais elle traduit implicitement
une non-reconnaissance de l’existence et de la pleine réalisation
de cet Etat-nation. En effet, c’est seulement dans des situations
intermédiaires comme celle des Palestiniens vivant aujourd’hui
en territoires «occupés autonomes» ou celle des Kurdes
vivant en territoires autonomes irakiens que la responsabilité
d’un État ne saurait être pleine et entière
: l’Etat-nation n’ayant pas dans ces deux cas acquis une
existence réelle, les structures étatiques ou gouvernementales,
si développées soient-elles, ne détiennent pas
encore le monopole de l’usage légitime de la force. En
mouvement, la nation qui n’existe pas légalement déborde
les structures étatiques et ne peut se reconnaître dans
un ordre légal qui ne la reconnaît pas. Est-ce à
dire que l’Etat est garant de la démocratie ? Sûrement
pas, mais son existence le soumet à une légalité
et à une justice internationale.
Un second argument plaide en faveur de la banalisation de l’Etat
d’Israël. Quiconque est attentif, non seulement au droits
des Palestiniens de vivre dans un État libre, souverain et viable
mais également à l’évolution de la région
et à celle des régimes arabes, est bien conscient que
cette banalisation constitue un enjeu pour la démocratisation
dans cette région.
Sans cette banalisation, il n’y aura pas non plus d’Etat
palestinien «banal». Pas de nations dans des frontières,
pas d’échanges ni de construction commune, pas d’autre
paix qu’une paix armée ou celle des cimetières.
Fabienne Messica.
Le lien d'origine : http://france.attac.org/
Le site d'où vient ce texte : http://france.attac.org/
MESSICA FABIENNE
Animatrice du comité SICO (Solidaires des Israëliens Contre
l'Occupation) Membre du Cedetim
01/10/2002...
Contact pour cet article : mailto:julien.aitec @ globenet.org