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Lettre d’une tête froide
FABIENNE MESSICA


Lettre d’une tête froide
Lettre à Driss El Yazami, vice-président de la FIDH

Cher Driss,

Je t’écris à un moment où le cycle de violence au Proche-Orient est tel que rien ne semble pouvoir empêcher ce que certains qualifient de «guerre totale». Au regard de la gravité de la situation et du désespoir qui règne en Palestine et en Israël, les débats que nous avons eu en France depuis un an me paraissent de plus en plus dérisoires. C’est pourquoi je te prends à témoin de ces quelques observations à ceux que le conflit israélo-palestinien a jeté dans les affres identitaires, a mené à l’affrontement total, a conduit au repli, a confronté enfin à des questions sur l’origine même de l’humanité, sur une genèse bien entendu contradictoire.

Voilà plus d’un quart de siècle que nous discutons toi et moi ( toi, un «arabo-musulman» et moi, une «judeo-arabe») de ce conflit. Souvent en colère- toi contre les Arabes et moi contre les Juifs - mais sans oublier notre histoire et nos fidélités, nous avons suivi l’évolution des événements avec une même quête de justice. Nous nous sommes souvent plaints, pas toujours pour les mêmes raisons, des pesanteurs et des arrière-pensées qui minent le débat français. Ce débat nous paraissait obsessionnelle, autocentré, lourd de préjugés ancestraux ou enfermé dans des catégories de pensées ou des références historiques inadaptées. Pendant que des voix s’élevaient là-bas et exhortaient le monde d’agir dans la plus grande urgence, nous discutions ici de la genèse : par exemple, qu’est-ce qu’un peuple ? qu’est ce qu’une nation ? qu’est-ce que le sionisme ? etc... Ce conflit israélo-palestinien devenait ainsi le prétexte à un extraordinaire retour aux origines au sein de nations qui, au plan théorique, n’ont jamais résolu ces questions mais exigeaient un peu plus de clarté de la part des autres.
Aujourd’hui, alors qu’une logique implacable de tueries et de destruction s’abat sur le peuple palestinien et décime des civils israéliens, le tumulte des mots continue ici à envahir nos esprits, à brouiller le débat, à réduire à néant nos efforts.
Immigration, exil, islam, question juive

Venant d’ailleurs, vivant en France, nous avons tous deux en commun le fait de ne pas être pour cette société ce qu’on appelle une évidence. Ainsi, lorsque nous entendons parler du «problème» de l’immigration ou de la «question» juive, chacun de nous récuse les implicites de telles formulations. Imprégnés de l’universalisme des droits de l’homme, héritiers de l’anti-fascisme, de l’anti-totalitarisme et de l’anti-colonialisme, nous savons en effet que toute identité est composite et nous ne voyons, dans l’immigration ou dans l’exil, ni un problème, ni une question.
Mais, nous l’avons souvent constaté, celui qui pose le problème ou la question se positionne lui-même comme une évidence. Il nous serait sans doute facile d’interroger la culture dominante ou majoritaire, d’en montrer l’étrangeté, de montrer comment elle s’arroge le monopole de l’universalisme. Quoiqu’il en soit, tu as pu le constater toi-même:la question du sionisme entraîne des discussions sur la définition du judaïsme, puis d’un peuple, d’une religion,d’une culture, etc... Et invariablement, la réponse «ni, ni», ce n’est ni un peuple, ni une nation, ni seulement une religion, ni une seule culture, nous conduit à un paradoxe : ou bien ce qui existe n’existe pas puisqu’il y a bien des juifs mais ils ne sont juifs sur aucun plan, on ne peut pas caractériser leur judaïté ; ou bien, tout cela n’est qu’une illusion : ils croient qu’ils sont juifs ou ce sont les autres qui le croient. Jamais personne ne s’est demandé si les catégories dont nous disposons pour définir la nation ou le peuple avaient jamais eu la moindre réalité dans l’histoire.
Ainsi, au lieu de dénoncer la négation du peuple palestinien, on sous-entend que ce qui fonde l’Etat d’israël, une forme d’identité juive et sa volonté de construction nationale, est un mythe.On voit bien comment cette négation de l’être contribue à sa fermeture. Quant au peuple palestinien, jeté dans cette histoire et devenu protagoniste et victime d’un drame qui s’est joué ailleurs, il entend aujourd’hui que ses droits soient reconnus et dissociés de la question juive. Le sionisme lui-même n’est peut-être plus vraiment le problème du peuple palestinien. Chacun sait que les Palestiniens et les Israéliens devront vivre côte à côte et que le sionisme est dépassé: il s’est réalisé dans une nation. Cette nation, pas plus que les autres, n’est la finalité, ou la fin de l’histoire mais l’état d’une situation. Elle doit se stabiliser pour laisse naître à ses côtés l’Etat palestinien. En revanche, il existe bien une situation coloniale et un colonialisme israélien. Les Palestiniens ne luttent donc pas contre le sionisme pour arracher leurs droits mais contre l’Etat israélien et ses pratiques coloniales.

Sans nier le caractère multidimensionnel du conflit, sans nier l’importance des représentations, il reste qu’un débat centré non sur les faits mais sur le traitement des faits, non sur l’objet du conflit mais sur les subjectivités, évite soigneusement le véritable sens du conflit. Pourquoi ?
Ceux qui soutiennent les Palestiniens assument-ils pleinement le soutien à une revendication nationale ? Ne regarde t-on pas plutôt ces deux peuples comme deux tribus menant une guerre dépassée pour un Etat-nation (l’un existant déjà), bref comme deux formes d’anormalité ? Tout dans ce conflit national, territorial et identitaire serait donc anormal, tout pourrait alimenter la machine à fantasmes, à rêves et à cauchemars, d’une société qui se prétend elle parfaitement civilisée.

Le tumulte des mots
Plusieurs fois, tu as souligné à juste titre que la culpabilité liée au génocide des Juifs en Europe, jouait constamment contre les Palestiniens. Je remarquais pour ma part qu’en même temps, le besoin de déculpabilisation conduisait à une diabolisation du sionisme, justifiant a posteriori les crimes commis envers les Juifs dans la civilisation des Lumières. Par ailleurs, la culpabilité de certains Juifs, ulcérés à l’idée d’avoir à assumer, en tant que Juifs, l’oppression des Palestiniens, a produit bien des dérives. Cette culpabilité venant parfois d’anti-sionistes déclarés témoigne d’un paradoxe : car il faut être «sioniste», considérer Israël comme le pays des Juifs pour se sentir «en tant que Juif», coupable de ses crimes.
Des communautés qui n’ont pas de tradition étatique peinent à assumer les responsabilités d’un État même si elles vivent ailleurs. Soit elles se considèrent comme la mère de cet État dont l’existence est vitale pour elles, soit au contraire elles jugent cette existence même insupportable et ce, au nom de l’idée qu’elles se font de la judaïté. Cette culpabilité traverse douloureusement de nombreux Juifs. Ils accusent l’Etat d’Israël de parler et d’agir en leur nom. Mais se référant à l’éthique juive, ils sont incapables de sortir d’un paradoxe identitaire et passent leur temps à affirmer que ce sont eux les héritiers de cette histoire, éthique et culture. Dans leur majorité, les Judéo-arabes restés longtemps éloignés des différents sionismes, sont totalement étrangers à cette culpabilité et à la forme caractéristique d’anti-sionisme se réclamant de l’éthique juive. Ce qui fait d’eux d’ailleurs pour une grande part de naïfs et méprisés nationalistes.

Dans tous les cas, nous avons constaté l’extraordinaire pathos que ce conflit pouvait révéler. Et à vrai dire, ce n’était pas toujours la question identitaire, juive, arabe, musulmane ou chrétienne (eh oui, aussi!) qui était en jeu mais également le rapport de cette société à sa propre histoire, à Vichy, au colonialisme, à l’universalisme et aux identités. En ce sens, les affrontements entre Juifs et Arabes en France ne témoignent pas seulement de la permanence d’obscures solidarités identitaires. Ils sont aussi l’héritage de la destruction par le colonialisme des liens entre Juifs et Arabes en Algérie, et dans les protectorats de Tunisie et du Maroc.Ils résultent aussi d’un double échec : celui de l’intégration sociale des enfants de l’immigration et de l’intégration culturelle des Juifs issus du monde colonial.
C’est cette histoire récente qui explique le puissant soutien qu’apportent majoritairement à Israël les Juifs venus des pays colonisés. Ce soutien se traduit par un «nationalisme communautaire» mais le qualifier de «sionisme» est impropre. Rien n’est plus étranger aux judéo-arabes que les différents courants sionistes et les cultures, sociétés et systèmes politiques qui les ont engendrés. Ainsi, ce conflit lointain a t-il pour effet de réactiver de vieilles plaies: le génocide des Juifs en Europe, les mémoires de Vichy, les mémoires coloniales. Sans compter enfin les messianismes et imaginaires religieux dont s’auréole Jérusalem.

Réinscrire le conflit dans sa dimension territoriale
C’est ainsi qu’un conflit lointain, territorial et national, dans lequel s’affrontent deux peuples dont l’existence réelle est en jeu donne lieu à un débat dont la prétention est d’embrasser toute l’histoire de l’humanité et l’espace -monde. Pourtant, seul le Dieu de Spinoza pourrait d’un seul regard saisir l’histoire de l’humanité et du monde.

Seul ? Pas tout à fait. Nous disposons en France de puissants intellectuels qui nous livrent des explications historiques totales (des origines à nos jours) et/ou mondiales (complots impérialistes, lobbies juifs ou arabes, intérêts stratégiques, banquiers, etc.). Ces intellectuels parviennent parfois même, par le jeu d’amalgames divers, à nous fournir une explication totale à la fois au plan historique et mondial.
Qu’il s’agisse d’intellectuels pro-palestiniens ou pro-israéliens, leurs arguments sont tissés si serrés qu’il est impossible d’en dénouer les fils. Il n’y a, en réalité, qu’un seul fil, une seule obsession : s’en saisir, c’est donc hériter de toute la pelote. On pourrait qualifier ce type d’argumentation qui consiste à juxtaposer des éléments de catégories différentes pour créer une accumulation, un effet de quantité, de masse ou de massue, de nouveau sophisme. Ces intellectuels de mauvaise foi, tout entiers pétris de mépris et de haine pour leurs adversaires, ce sont eux qui font le débat aujourd’hui dans ce pays. Tous placent dans le soutien à la cause toute leur identité et leur explication du monde. Tous tissent leur affaire de telle manière qu’on ne saurait faire entrer une aiguille dans le tricot. Tous ne débattent qu’avec ceux qui sont d’accord avec eux. Tous se targuent du caractère multidimensionnel du conflit pour transformer ce qui se joue localement entre Israéliens et Palestiniens, en simple résultante d’une problématique infiniment plus vaste.

La théorie de l’ennemi
Au bout du compte, les Palestiniens et les Israéliens, en tant que sujets de liberté, sont soigneusement escamotés. Pour certains pro-israéliens, les Palestiniens ne seraient que le jouet des islamistes ou des antisémites. Pour certains pro-palestiniens, Israël n’est que le bras armé des États-Unis, donc l’instrument des impérialistes. Bien entendu chacun apporte au profit de sa thèse un faisceau de preuves, au demeurant variées, qui vont de la citation d’articles ou d’ouvrages à des informations aux sources plus ou moins douteuses ou totalement inconnues. Que ces thèses ne soient finalement qu’une variante de la réduction de tout événement, et de tout conflit, soit au conflit Nord-Sud (les Palestiniens sont alors le Sud et les Israéliens le Nord ou l’impérialisme), soit au conflit de civilisation (les Juifs et les Israéliens étant alors embarqués dans une lutte contre les barbares islamistes), montre à quel point la théorie selon laquelle c'est l’ennemi qui détermine notre engagement politique, a triomphé. L’essentiel de cette théorie, nous la devons pourtant à de grands théoriciens de l’extrême-droite allemande comme le juriste Carl Schmitt. Pour Carl Schmitt, le politique se définit par l’ennemi et l’humanisme, la démocratie, tout ce qui se définit comme procédant d’un amour de l’homme et de sa liberté est négation du politique.
Cette théorie signifie que notre engagement politique n’est pas structuré par la solidarité (donc la liberté, l’augmentation de notre être par les autres) mais par la haine. Cette haine est naturellement associative : nous haïssons nos ennemis et ceux dont les intérêts sont, à un moment donné, ceux de nos ennemis. Ce raisonnement conduit à des alliances stratégiques avec les ennemis de nos ennemis.

Par ailleurs, nous savons bien que, comme l’écrivait Pascal, le droit a besoin de la force mais quand la force s’empare du droit, c’est pour elle-même. Ce qui signifie que quand le droit est défendu par la force, par exemple au moment de la guerre du Golfe, la puissance poursuit bien entendu en même temps son propre intérêt qui est d’augmenter sa domination. Cette contradiction n’est pas dépassable en soi et c’est une banalité de dire que telle puissance n’agit que par intérêt, sous-couvert de droit. Mais un tel constat ne condamne pas le droit à l’impuissance car il ne faut pas sous-estimer la force de la justice et les contradictions qu’elle engendre au sein de la puissance. Une guerre au nom du droit comporte un élément d’autolimitation de la force. Notons qu’aujourd’hui, les Etats-Unis ne se réclament plus de la justice ou du droit mais d’une lutte entre le bien et le mal, ce qui leur permet de s’exonérer de toute limitation.

Ceux qui souffrent des mots
Ceux qui contestent cette suprématie et dressent comme les Etats-Unis, l’inventaire de leurs ennemis associés à l’impérialisme, s’égarent malheureusement dans une imitation faible des pouvoirs qu’ils dénoncent. Combien de fois, c’est cet égarement et non l’accélération des événements au Proche-Orient qui nous a contraint à prendre position comme si, ce qui se jouait, ce n’était pas la vie et la liberté de gens réels, mais l’agitation de symboles et la façon dont ils agissent dans notre société.
Combien de fois, a t-il fallu aussi écouter - que dis-je ? soigner - des gens qui souffraient à la place de ceux qui souffrent là-bas ? Ils souffraient de quoi ? Ils souffraient de mots. Ils souffraient de mots au lieu d’être en colère quand ces mots étaient injustes. Ils souffraient de mots ou des symboles qu’ils mettaient derrière ces mots...

Ceux qui s’identifient
Il a fallu ensuite discuter avec ceux qui s’identifient aux victimes palestiniennes, ceux qui s’identifient aux Juifs, ceux qui s’identifient à la fois aux victimes palestiniennes et aux victimes du génocide juif en Europe. Nous avons pu voir qu’ici, les gens souffraient vraiment de ce conflit mais par projection, sans jamais entendre les messages qui nous parvenaient de là-bas.
Car la solidarité, ce n’est pas s’identifier, ni faire «un» avec la victime: c’est être avec elle. La propension à s’identifier à la victime et à la réduire à cette seule condition, comporte une négation de sa liberté. Ainsi, ceux qui prétendent comprendre les kamikases au nom du désespoir des Palestiniens, nient leur liberté. Soustraire la victime à sa responsabilité, c’est la réduire à celle seule condition de victime, c’est l’expliquer par la seule injustice. Or la victime est porteuse d’une exigence de justice à laquelle elle ne peut, par conséquent, se soustraire elle-même.

Pourquoi il faut «banaliser» ce conflit
Ces différents modes d’identification ne conduisent pas seulement à un aveuglement des parties qui s’affrontent sur les idées mais ils conduisent à un traitement «hors normes» du conflit israélo-palestinien.
Pourtant, s’il est une chose que les protagonistes du conflit réclament, c’est bien la banalisation du conflit. Pour les Palestiniens, l’Etat d’Israël doit être traité comme n’importe quel État et il doit être soumis aux règles du droit international. Mais cette banalisation n’est pas seulement profitable à la cause palestinienne. Traiter l’Etat d’Israël comme n’importe quel État, c’est aussi reconnaître pleinement son existence.
Depuis la guerre du Liban, tous ceux qui, en Israël, sont favorables à une solution juste à ce conflit ont réclamé un traitement normal pour leur État. Lorsqu’en 1982, le général israélien Matty Peled aujourd’hui décédé et Ury Avnery, le fondateur et leader de Gush Shalom, avaient fermement condamné l’invasion du Liban par l’armée israélienne, ils ne réclamaient rien d’autre. Dans le même esprit, tous deux avaient fait acte publiquement de contacts établis clandestinement depuis plusieurs années avec l’O.L.P.

La rupture du consensus dans la société israélienne et le dialogue avec l’OLP auraient dû marquer une étape et modifier aussi les représentations. Elle permettait aux Palestiniens de se déprendre au moins partiellement d’un soutien anti-impérialiste et tiers-mondiste pour lequel leur lutte de libération nationale n’était qu’un aspect marginal bien qu’emblématique.Pour ceux qui soutenaient Israël en toutes circonstances, ne voyant dans ce pays que le symbole de la question juive elle aussi éternelle et elle aussi «mondiale»), il devenait également possible de distinguer un État et ses actes, des solidarités communautaires. Ce fut d’ailleurs le cas pour le mouvement des associations laïques juives de gauche qui entamèrent une série de manifestations contre la guerre du Liban.

Encore une fois pour Israël, cette banalisation n’a pas que l’ aspect «négatif» de mettre fin à une forme d’exception. Parce qu’il détient le monopole de la violence légitime (armée, police) tout État est bien entendu comptable de son usage, ce qui met fin pour Israël à toute forme de privilège. Mais le fait d’être traité comme un État normal implique aussi une pleine reconnaissance. Un État banal n’a pas à justifier de son existence ou à répondre du caractère certes mythique - mais c’est le cas pour toute nation - de la construction de son identité nationale. De plus, à l’intérieur de cet État, la contestation et la critique du pouvoir acquièrent une légitimité morale. Or aujourd’hui en Israël, s’il est permis légalement de critiquer le pouvoir, toute critique est condamnée sur le plan moral et jugée comme une trahison. Ainsi les défenseurs inconditionnels de l’Etat d’Israël parce qu’il refusent la normalisation de cet État, sont en réalité des adversaires des libertés citoyennes en Israël. Ils refusent à ce peuple, au nom de leur soutien, sa pleine liberté.

Un enjeu pour la démocratisation dans la région
La solidarité inconditionnelle avec l’Etat d’Israël au nom de «l’exception» se retourne donc contre les Israéliens. Non seulement, elle soumet la société israélienne à une autocensure et contribue à nier les libertés démocratiques mais elle traduit implicitement une non-reconnaissance de l’existence et de la pleine réalisation de cet Etat-nation. En effet, c’est seulement dans des situations intermédiaires comme celle des Palestiniens vivant aujourd’hui en territoires «occupés autonomes» ou celle des Kurdes vivant en territoires autonomes irakiens que la responsabilité d’un État ne saurait être pleine et entière : l’Etat-nation n’ayant pas dans ces deux cas acquis une existence réelle, les structures étatiques ou gouvernementales, si développées soient-elles, ne détiennent pas encore le monopole de l’usage légitime de la force. En mouvement, la nation qui n’existe pas légalement déborde les structures étatiques et ne peut se reconnaître dans un ordre légal qui ne la reconnaît pas. Est-ce à dire que l’Etat est garant de la démocratie ? Sûrement pas, mais son existence le soumet à une légalité et à une justice internationale.

Un second argument plaide en faveur de la banalisation de l’Etat d’Israël. Quiconque est attentif, non seulement au droits des Palestiniens de vivre dans un État libre, souverain et viable mais également à l’évolution de la région et à celle des régimes arabes, est bien conscient que cette banalisation constitue un enjeu pour la démocratisation dans cette région.
Sans cette banalisation, il n’y aura pas non plus d’Etat palestinien «banal». Pas de nations dans des frontières, pas d’échanges ni de construction commune, pas d’autre paix qu’une paix armée ou celle des cimetières.

Fabienne Messica.


Le lien d'origine : http://france.attac.org/

Le site d'où vient ce texte : http://france.attac.org/

MESSICA FABIENNE
Animatrice du comité SICO (Solidaires des Israëliens Contre l'Occupation) Membre du Cedetim
01/10/2002...

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