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Date: 13 Janvier 2004
Ecologie.
Selon l'institut Worldwatch, la frénésie de consommer
hypothèque l'avenir.
La planète passe à la caisse
Par Eliane PATRIARCA
mardi 13 janvier 2004
La libido du consommateur se porte bien : la frénésie
qui règne dans les magasins depuis l'ouverture des soldes,
la semaine dernière, suffit à le vérifier.
Mais est-ce une preuve de bonne santé ? De bonheur ? «Nous
sommes plus riches plus gros, mais pas beaucoup plus heureux»,
affirme, dans son rapport annuel sur «l'état de la
planète», le Worldwatch Institute, centre international
de recherches écologiques basé à Washington
(1). La consommation ne cesse d'augmenter dans les pays industrialisés,
ce qui met les hommes et la planète en danger, estime l'organisation.
Alarme.
«Jusqu'à maintenant, l'augmentation de la consommation
avait permis de répondre à des besoins de base et de
créer des emplois», mais «aujourd'hui, cet appétit
sans précédent attaque les systèmes naturels
dont nous dépendons», s'inquiète le président
de cet institut, Chris Flavin. Les niveaux croissants d'obésité,
d'endettement personnel, la course après le temps, et un environnement
dégradé : autant de signes pour le Worldwatch que la
consommation excessive diminue la qualité de vie.
L'exemple du modèle américain est probant. Aux Etats-Unis
aujourd'hui, selon le rapport, il y a plus de véhicules de
particuliers sur la route que de gens dotés d'un permis de
conduire ; la taille des réfrigérateurs a augmenté
de 10 % entre 1972 et 2001 ; les nouvelles maisons sont 38 % plus
grandes en 2000 qu'en 1975, bien que le nombre de personnes par foyer
ait diminué. Mais quand on demande aux Américains s'ils
sont heureux, on obtient l'exacte proportion de oui (un tiers) qu'en
1957, alors que leur revenu a doublé dans cet intervalle.
Si la consommation continue de croître dans les pays riches,
c'est qu'elle y est devenue une fin en soi, juge le rapport. Simultanément,
les dépenses de biens et de services augmentent rapidement
dans les pays en développement.
Environ, 1,7 milliard de personnes plus d'un quart de l'humanité
sont entrées dans la «classe consommateur», en
adoptant les standards d'alimentation, de transport et de modes de
vie jusque-là réservés aux pays riches (Europe,
Etats-Unis, Japon). Rien qu'en Chine, 240 millions de personnes ont
accédé ces dernières années au statut
de consommateurs, un nombre qui dépassera bientôt celui
des Etats-Unis.
Insupportable.
Cette augmentation globale de la consommation suit un rythme que la
planète ne peut supporter : pollution, déforestation,
destruction des ressources naturelles, dégradation des nappes
phréatiques en sont en effet le corollaire. Avec seulement
4,5 % de la population mondiale, les Etats-Unis sont ainsi responsables
de 25 % des émissions totales de gaz à effet de serre.
«Contrôler la consommation plutôt que laisser la
consommation nous contrôler» est un défi qu'il
serait fou de sous-estimer, avertit le directeur du Worldwatch Institute.
(1) www.worldwatch.org
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Déchets. Une étude britannique revient sur le
tri sélectif.
Le recyclage ne fait pas baisser le taux d'ordures
mardi 13 janvier 2004
« Le recyclage est une idée des grandes entreprises
pour éviter de remettre en cause notre mode de consommation.
» Florence Couraud, du Cniid recycler n'est pas forcément
écolo. S'il s'agit du seul souci environnemental du consommateur,
l'opération n'a aucun intérêt, affirme une étude
publiée par l'INCPEN (Industry Council for Packaging and
the environment), une organisation britannique spécialisée
dans le lien entre emballage et environnement. Prendre sa voiture
pour aller jeter ses bouteilles de vin, de bière ou de lait
en verre dans la benne à ordures destinée au recyclage
peut ainsi faire davantage de mal que de bien (à l'environnement)
si l'on prend en compte les litres d'essence nécessaires
pour faire ce trajet. Certes, cet exemple s'applique à la
Grande-Bretagne où le consommateur vit souvent loin du centre-ville
mais il peut être facilement généralisé
à d'autres pays d'Europe, et notamment à la France.
Bonne conscience.
«Le recyclage est une idée mise en place par les grandes
entreprises pour éviter de remettre en cause notre mode de
consommation. Il donne bonne conscience au consommateur qui, du coup,
n'hésite pas à acheter, et donc à jeter sans
compter», explique Florence Couraud, responsable des questions
de «production propre» au Cniid (Centre national d'information
indépendante sur les déchets). «En France, le
tri sélectif stagne un peu. Il faudrait davantage de pressions
et d'incitations.» L'enjeu est énorme.
Chaque Français produit près de 500 kg de déchets
par an. Et ce chiffre augmente régulièrement, comme
en Angleterre.
Solution.
Si l'on en croit l'étude de l'INCPEN, le faible engouement
pour le mariage et la hausse du nombre des familles recomposées
sont liés de près à l'augmentation des déchets.
Les célibataires produiraient en effet deux fois plus d'ordures
que les autres compte tenu de leur mode de vie (plats préparés,
portions individuelles, etc.). Dans ce contexte, le recyclage est
loin d'être la solution miracle. «Pour le verre, ça
va, c'est recyclable quasiment à l'infini. Le plastique, en
revanche, pose un vrai problème car ce n'est recyclable qu'une
seule fois. Après, cela devient un déchet dont on ne
sait plus quoi faire», explique Florence Couraud. La solution
envisageable tiendrait en quelques principes simples : moins consommer
ou utiliser des matériaux un peu plus écologiques. Ce
qui semble, dans l'un et l'autre cas, loin d'être gagné.
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