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Sexe et humanité en français contemporain
La production sémantique dominante
Claire Michard
L'Homme Revue française d'anthropologie

Origine : http://lhomme.revues.org/document8.html

Résumé

L'interprétation sémantique, en terme d'agentivité, des constructions discursives attribuées aux notions de femmes et d'hommes dans des textes d'anthropologues hommes, permet de faire l'hypothèse d'une mise en relation opposée des propriétés d'humanité et de sexe pour chaque notion. Cette hypothèse est ensuite confrontée aux analyses sémantiques du genre grammatical lorsqu'il s'applique aux termes désignant des humains. L'article conclut sur deux façons d'envisager le sens du genre : une appréhension positiviste, pour laquelle le sens est le décalque d'une définition de sciences naturelles et une appréhension matérialiste, pour laquelle le sens est le produit d'une manipulation idéologique de propriétés physiques, entraînée par un rapport de domination.

Texte intégral

L'observation des sociétés humaines et des langues donne lieu à des descriptions et des théorisations en anthropologie et en linguistique. Mais l'observation, la description et la théorisation sont toujours orientées par les effets mentaux des rapports sociaux inégalitaires, en particulier ceux de sexe parce qu'ils sont les moins reconnus, de la société des observateurs.

À partir de ces deux terrains d'analyse -- les discours anthropologiques décrivant et théorisant les sociétés et les discours linguistiques décrivant et théorisant le genre grammatical --, j'étudie les effets de la notion de sexe sur la notion d'humanité, selon que les objets de discours sont femmes ou hommes.

Linguiste de formation, j'utilise dans mon travail les moyens de la linguistique (théories, méthodes d'analyse et résultats), mais dans un cadre explicitement et radicalement sociologique. Ma démarche se situe donc à l'intersection d'une perspective énonciative en linguistique -- la moins enfermée dans une pseudo-autonomie du linguistique, tout du moins en théorie -- et d'une perspective sociologique matérialiste des rapports de pouvoir construisant les classes de sexe. Ce point de vue rompt avec l'essentialisme dominant de la « différence » des sexes et s'inscrit dans la critique de la connaissance entreprise par certains courants des mouvements de libération des femmes dès les années 70.

Puisque je m'efforce de traiter le langage comme une pratique sociale et non comme une émanation de la « nature humaine », ces analyses matérialistes s'intéressant aux rapports de pouvoir concrets et à leurs effets mentaux ont stimulé et organisé ma réflexion1. Autrement dit, ces travaux ne sont pas une annexe à mes analyses linguistiques mais ils leur servent d'ancrage. En particulier, les recherches de Colette Guillaumin sur l'idéologie naturaliste et celles de Nicole-Claude Mathieu sur la dissymétrie dans la conceptualisation des sexes en anthropologie m'ont offert, outre une théorisation du rapport social construisant les humains en « hommes » et en « femmes » que j'estime la mieux argumentée, des éléments pertinents pour envisager le statut de l'idéologique en sémantique linguistique.

La démarche commune à ces analyses est de ne penser l'idéologique ni comme une sphère autonome, à la limite sans rapport avec les structures matérielles -- les fameuses « mentalités » qui seraient toujours en retard de plusieurs métros sur les rapports concrets supposés devenus idylliques --, ni comme un reflet passif de ces structures. Ce courant de pensée considère que les rapports de pouvoir concrets exercés par les hommes sur les femmes 2produisent simultanément et nécessairement des effets idéologiques, psychiques, qui à leur tour, deviennent des éléments efficients de clôture, de réduction des potentialités humaines des femmes, c'est-à-dire deviennent des éléments constitutifs des rapports matériels, mais n'en sont pas l'origine3. Dans cette perspective, l'idéologique est la signification inconsciente, bien avant d'être une doctrine explicite, produite inéluctablement à l'intérieur de chaque système sémiotique, tant que le rapport de pouvoir n'est pas combattu-reconnu.

« L'effet idéologique n'est nullement une catégorie empirique autonome, il est la forme mentale que prennent certains rapports sociaux déterminés ; le fait et l'effet idéologique sont les deux faces d'un même phénomène. L'une est un rapport social où des acteurs sont réduits à l'état d'unité matérielle appropriée (et non de simples porteurs de force de travail). L'autre, la face idéologico-discursive, est la construction mentale qui fait de ces mêmes acteurs des éléments de la nature : des « choses » dans la pensée elle-même » (Guillaumin 1978a : 8).

Du point de vue linguistique, mon travail s'inscrit dans une perspective énonciative, pour laquelle le langage est conçu comme une activité de production et de reconnaissance de signification entre des énonciateurs4. L'approche formelle est donc focalisée sur l'étude et la représentation des mécanismes de production de signification. Cette approche ne sépare plus langue et usage de la langue en théorisant le fait que les conditions de mise en fonctionnement de la langue, notamment le sujet énonciateur et le moment de l'énonciation, sont inscrites dans la langue elle-même. L'inscription du sujet énonciateur dans le système linguistique a pour conséquence d'annuler l'illusion de transparence du langage et de neutralité de la langue. La relation entre un énoncé et l'événement extra-linguistique (au sens large, réel et imaginaire) auquel il réfère est vue comme toujours indirecte, médiatisée par les sujets : il n'y a pas d'énoncé sans point de vue sur ce qui est énoncé.

La représentation proposée des différents plans constitutifs des énoncés intègre deux lieux charnières entre l'extra-linguistique et le linguistique : les notions et les relations primitives, d'une part, et, d'autre part, la situation d'énonciation, composée du sujet énonciateur et du moment de l'énonciation.

Les notions sont des systèmes de représentation complexe de propriétés dites physico-culturelles (Culioli 1990), que je qualifie personnellement d'idéologico-physiques pour rendre compte du fait que l'idéologique est toujours premier parce qu'il sélectionne et organise les propriétés. Ce plan théorique est prévu pour permettre une articulation de la linguistique avec la psychologie cognitive, mais il est évident qu'il peut être défini en tant que plan d'ordre socio-cognitif.

De la même façon, au sujet énonciateur idéal, conçu comme une origine de coordonnées mathématiques, et défini comme humain, agent (du procès d'énonciation) et déterminé (par la situation d'énonciation), peut être adjointe une définition socio-idéologique en termes d'appartenance à la classe de sexe dominée ou à la classe de sexe dominante. Ce n'est évidemment pas le cas dans le modèle des opérations énonciatives, pas plus que dans aucun autre. Cependant, comparativement aux autres, ce cadre théorique prévoit son articulation avec d'autres disciplines.

Cet article traitera dans un premier temps des effets sémantiques de la notion de sexe sur la notion d'humain dans des textes d'anthropologues appartenant à la classe de sexe dominante. Il examinera ensuite deux manières d'envisager le rapport entre notion de sexe et notion d'humain dans l'analyse du genre grammatical en français. Il tentera, en conclusion, de dégager les caractéristiques théoriques et politiques de ces deux points de vue.

Notions de sexe et d'humanité

Le discours dominant en anthropologie

Je ferai tout d'abord quelques remarques à propos du discours dominant, des textes scientifiques, de la façon de les utiliser et de la méthode d'analyse. Le discours dominant sur les sexes est celui dont le sens est reconnu comme évident ; il est celui des membres de la classe de sexe dominante : ce sont les agents de l'appropriation matérielle qui sont les agents de l'idéologie sexiste, même si les patients de cette appropriation intériorisent cette idéologie naturaliste de façon plus ou moins contradictoire, tant qu'ils ne se sont pas reconnus sujets dominés, objets dans ce rapport de pouvoir. L'idéologie sexiste est exprimée sans contradiction par les membres de la classe de sexe dominante parce que, pour eux, il n'y a pas d'hétérogénéité entre être sujet à l'origine de ses pratiques et être sujet dans le rapport d'appropriation. Ce qui n'est pas le cas pour les membres de la classe de sexe dominée. Pour eux, la contradiction est permanente entre être sujet à l'origine de ses pratiques et être objet dans le rapport d'appropriation5.

Si les hommes et les femmes partagent plus ou moins complètement la même idéologie, cela n'a donc pas du tout le même sens et implique une dissymétrie de la conscience pour les membres de chaque classe de sexe, ainsi que l'a analysé Nicole-Claude Mathieu (1985 : 176), qui démontre l'inanité de l'idée de « consentement » des dominé(e)s à la domination :

« Pour les opprimé(e)s, une position de classe objective ne donne pas une seule forme de conscience. Il n'y a donc pas, concernant les rapports de sexe, la « position de conscience » des hommes et la position de conscience des femmes, mais la position des hommes (avec variantes plus ou moins subtiles) et les positions des femmes. Il y a un champ de conscience structuré et donné pour les dominants, et de toute façon cohérent face à la moindre menace contre leur pouvoir ; et diverses modalités de fragmentation, de contradiction, d'adaptation ou de refus... plus ou moins (dé)structurées de la part des dominé(e)s, modalités dont l'appréhension semble particulièrement malaisée pour un dominant. »

Et, plus loin :

« Il semble bien que les rapports d'oppression basés sur l'exploitation du travail et du corps se traduisent par une véritable anesthésie de la conscience inhérente aux limitations concrètes, matérielles et intellectuelles, imposées à l'opprimé(e), ce qui exclut qu'on puisse parler de consentement » (ibid. : 230).

Pour résumer, si on veut étudier l'idéologie sexiste « dans toute sa splendeur », ce sont les textes d'auteurs hommes qu'il faut analyser.

Le discours anthropologique appartient au registre scientifique, il prétend par conséquent à l'objectivité, au traitement identique des sexes et au contrôle sur son énonciation. Dès les années 70, Christine Delphy (1970, 1974) et Nicole-Claude Mathieu (1971, 1973, 1977) ont montré qu'il n'en était rien. La production massive de l'idéologie sexiste, là où le questionnement attentif des évidences fait partie de la définition de la pratique, montre que c'est la norme sémantique, le sens courant à propos des sexes qui est à l'¤uvre dans le discours dominant en sciences sociales et que, du point de vue des sexes, celui-ci est aussi peu scientifique que le discours de la rue ou des médias.

La remise en cause, par les anthropologues et les sociologues appartenant à la classe de sexe dominée, du trucage conceptuel et langagier dans le discours scientifique concernant les sexes, s'inscrit dans le courant d'autocritique de la science né avec 1968. Elle représente des enjeux théoriques et politiques fondamentaux dans la transformation des connaissances et de la société.

En outre, du point de vue méthodologique, les textes anthropologiques sont des terrains intéressants pour une analyse comparative : en effet, malgré l'importante élimination discursive des femmes, certains passages, par exemple ceux qui traitent de la division socio-sexuée du travail, per- mettent de développer une analyse linguistique comparative pertinente. Lorsqu'on décrit les activités de subsistance exécutées par chaque sexe, ces activités sont habituellement désignées par des verbes ayant des propriétés linguistiques semblables. Il n'y a donc aucune contrainte d'ordre linguistique à les construire différemment en fonction du sexe des agents sociaux.

Enfin, une dernière remarque, également d'ordre méthodologique : mon objectif est de cerner le plus profondément possible les formes linguistiques de l'idéologie sexiste et non d'étudier les caractéristiques linguistiques du discours scientifique. J'utilise par conséquent les textes d'anthropologues comme terrain et non comme objet d'analyse.

C'est un bon terrain d'analyse : les textes sont assez longs et ont une unité, il est par conséquent possible de repérer les formes répétitives et le réseau d'oppositions formelles caractérisant les énoncés sur les femmes et sur les hommes. L'interprétation sémantique de ces oppositions formelles permet ensuite de montrer l'impact de ce sens sur le raisonnement explicite des auteurs.

La méthode d'analyse repose sur l'idée (fondée sur l'observation des langues) que certaines propriétés des notions jouent sur la construction des énoncés, et tout particulièrement les propriétés relevant de la catégorie de l'animation : non-animé, animé non-humain, animé humain. C'est donc par l'analyse des constructions syntaxiques et énonciatives que l'on peut atteindre ces propriétés. Par conséquent, je considère que les termes lexicaux matérialisant, signifiant, les notions de femme et d'homme n'ont que des traits sémantiques potentiels et que ce sont les types de détermination linguistique des énoncés à l'intérieur desquels ils sont insérés qui leur attribuent des traits sémantiques réels.

Si, lexicalement, « femme » et « homme » (et leurs substituts dans un texte) sont des termes ayant les propriétés potentielles : animé humain, agent, et ce particulièrement dans le domaine examiné de la division socio-sexuée du travail, ces propriétés ne seront actualisées, construites, que dans certains énoncés par certains choix linguistiques6.

Énoncés descriptifs

A. Détermination linguistique des relations de base notion homme-procès (processus) et notion femme-procès (processus).

a) Thématisation de la notion déclencheuse du procès par une structure active opposée à la thématisation de la notion sur laquelle porte le procès par une structure passive ou pronominale.

Description des hommes dans ce que l'auteur estime être leur lieu d'activité :

«...ils l'investissent effectivement, obligés qu'il sont de l'explorer avec minutie pour en exploiter systématiquement toutes les ressources » [I] (Clastres 1966 : 15)7.

Aux verbes à la voix active, s'ajoutent la détermination avec minutie et la proposition à valeur de finale pour en exploiter systématiquement toutes les ressources, construisant explicitement la notion homme comme humain, agent.

Description des femmes dans ce que l'auteur estime être leur lieu d'activité :

« Au pôle opposé, le campement offre au chasseur la tranquillité du repos et l'occasion du bricolage routinier, tandis qu'il est pour les femmes le lieu où s'accomplissent leurs activités spécifiques et se déploie une vie familiale qu'elles contrôlent largement » [II] (ibid).

b) Détermination maximum par subordination de procès opposée à la détermination minimum par coordination de procès :

« L'agriculture par exemple relève autant des activités masculines que féminines, puisque, si en général les femmes se consacrent aux semailles, au sarclage des jardins et à la récolte des légumes et céréales, ce sont les hommes qui s'occupent de préparer le lieu des plantations en abattant les arbres et en brûlant la végétation sèche » [III] (ibid. : 14).

« Outre que leur revient la fonction décisive pour des nomades du transport des biens familiaux, les épouses des chasseurs fabriquent la vannerie, la poterie, les cordes des arcs ; elles font la cuisine, s'occupent des enfants, etc. » [IV] (ibid. : 15).

« Mais, en raison du type d'économie à quoi est suspendue l'existence de la tribu, les vrais maîtres de la forêt sont les chasseurs : ils l'investissent effectivement, obligés qu'ils sont de l'explorer avec minutie pour en exploiter systématiquement toutes les ressources » [I] (ibid.).

Dans un style plus abstrait, les procès signifiant les activités des femmes (agriculture et élevage des cochons) et des hommes (production de sel) peuvent apparaître tous trois sous la forme de noms. Mais si la structure discursive élimine les agents femmes, elle fait apparaître les agents hommes au moyen des propositions relatives qui déterminent doublement « production considérable d'un sel végétal » :

« L'économie repose sur une agriculture de tubercules (igname, patate douce) très efficace, sur l'élevage des cochons et sur une production considérable d'un sel végétal qu'ils cristallisent par évaporation et qui leur sert d'échange contre tout ce qui fait défaut sur leur territoire, les pierres pour faire des outils, les capes d'écorce, les bois durs pour fabriquer des arcs » [V] (Godelier 1976 : 271).

c) Modalisation déplaçant l'assertion d'une relation de type notion déclenchant un processus vers une relation de type notion qualifiée par un état, opposée à la modalisation renforçant l'assertion d'une relation de type notion déclenchant un processus (construction de la prise en charge) :

« L'agriculture par exemple relève autant des activités masculines que féminines, puisque, si en général les femmes se consacrent aux semailles, au sarclage des jardins et à la récolte des légumes et céréales, ce sont les hommes qui s'occupent de préparer le lieu des plantations en abattant les arbres et en brûlant la végétation sèche » [III] (Clastres 1966 : 14).

« Donc aux activités les plus complexes et les plus diversifiées que les hommes vont assumer toute leur vie [...] Par contraste, les femmes, confrontées en permanence à des activités beaucoup moins diversifiées...» [VI] (Godelier 1976 : 283).

B. Déterminations nominales.

a) Dissymétrie de quantification des notions :

«Ê... chaque homme passe sa vie à chasser pour les autres...Ê» [VII] (Clastres 1966 : 21).

«Ê... elle place tous les hommes dans la même position l'un par rapport à l'autre » [ VIII] (ibid. : 22).

Ces constructions présentent la notion homme comme un ensemble composé d'éléments énumérables, c'est-à-dire comme une notion dénombrable, ce qui est l'une des caractéristiques des notions perçues comme animées. Il n'y a pas d'énoncés semblables pour la notion femme, qui n'est pas construite comme un ensemble composé d'éléments et qui reste de ce fait indifférenciée par rapport à l'animé et au non-animé8. On trouve même un énoncé opposant l'ensemble des hommes à la notion de femme, valeur purement qualitative (être femme) :

« Les hommes n'existent que comme chasseurs, et ils maintiennent la certitude de leur être en préservant leur arc du contact de la femme » [IX] (ibid. : 17).

b) Dissymétrie des désignations privilégiées pour chaque notion : noms d'agent opposés à noms relationnels (« épouse », « mère »), « femme » et nom d'instrument :

«...les épouses des chasseurs...» [IV] (ibid. : 15).

«... offre au chasseur... est pour les femmes...» [II] (ibid.).

« L'espace, pourrait-on dire, de la « banalité quotidienne », c'est la forêt pour les femmes, le campement pour les hommes : pour ceux-ci l'existence ne devient authentique que lorsqu'ils la réalisent comme chasseurs, c'est-à-dire dans la forêt, et pour les femmes lorsque, cessant d'être des moyens de transport, elles peuvent vivre dans le campement comme épouses et comme mères » [X] (ibid. : 16).

« Il est à peine nécessaire de souligner que l'arc, seule arme des chasseurs, est un outil exclusivement masculin et que le panier, chose même des femmes, n'est utilisé que par elles : les hommes chassent, les femmes portent » [XI] (ibid.).

On notera l'isomorphie entre détermination des notions femme et homme et détermination des objets qui leur sont associés.

c) Ordre quasi systématique de coordination des termes signifiant les notions de femme et d'homme : en premier, la notion homme, en second la notion femme, ordre reproduit dans l'ordination des textes, quand la notion femme n'est pas éliminée. La notion posée en premier est toujours la plus déterminée pour l'énonciateur, c'est-à-dire perçue comme la plus identifiable à lui-même. On constate en effet que les énumérations de notions perçues comme ayant les propriétés animé humain, animé non-humain, non-animé se font le plus souvent selon cet ordre. On dira plus spontanément Paul et le chien que le chien et Paul. Lorsque l'énumération concerne des animés humains, on constate également des ordinations privilégiées : les hommes et les femmes ; les garçons et les filles ; les frères et les s¤urs ; les parents et les enfants ; les médecins et les malades ; les professeurs et les élèves ; le maître et l'esclave... 9

On est en présence de l'expression d'un ordre décroissant de détermination par rapport à l'humanité (même ordination systématique de les hommes et les femmes, que les hommes et les chiens, les hommes et les voitures) en raison d'une relation de propriété masquée (les hommes et leurs femmes, les hommes et leurs chiens, les hommes et leurs voitures).

d) Référenciation intra-discursive des termes génériques : sur un texte entier, la loi générale est que les termes désignant un ensemble d'humains : peuple, classe d'âge, genre humain, etc., ne réfèrent aux femmes que s'ils réfèrent aux hommes. En conséquence, on observe fréquemment la référenciation exclusive aux hommes et jamais la référenciation exclusive aux femmes. La référenciation au groupe de sexe femelle est donc toujours indirecte : ce groupe est posé comme représentant de l'ensemble désigné, relativement, et uniquement relativement, au groupe de sexe mâle. Par contre, la référenciation au groupe de sexe mâle est toujours directe : ce groupe est posé comme représentant absolu de l'ensemble désigné.

Référenciation exclusive aux humains mâles

1. Construction référentielle « à distance » :

« Le langage peut n'être plus le langage sans pour cela s'anéantir dans l'insensé, et chacun peut comprendre le chant des Aché bien que rien ne s'y dise » [XII] (ibid. : 29).

Dans le texte, le chant dont il est question est celui des hommes aché.

« Par leur nature et leur fonction, ces chants illustrent en forme exemplaire la relation générale de l'homme au langage sur quoi ces voix lointaines nous appellent à méditer » [XIII] (ibid. : 28).

De façon identique à l'exemple précédent, les « voix lointaines » sont celles des hommes mâles.

2. Construction référentielle intra-énoncé :

« Il faut en effet souligner que, pour les Indiens, l'obligation de donner le gibier n'est nullement vécue comme telle, tandis que celle de partager l'épouse est éprouvée comme aliénation » [XIV] (ibid. : 26).

« Même si l'enfant est mort-né, les Baruya soupçonnent toujours leur femme d'avoir tué leur enfant » [XV] (Godelier 1976 : 285).

Ou bien :

« Le village entier partit le lendemain dans une trentaine de pirogues, nous laissant seuls avec les femmes et les enfants dans les maisons abandonnées » [XVI] (Lévi-Strauss 1936 : 283).

À l'opposé des termes éventuellement définis comme ambigus (polysémiques) : « Aché », « l'homme », « Indiens », « le village entier » 10(dont le sens est reconduit par « seuls » et « maisons abandonnées »), signifie univoquement, hors contexte discursif, l'ensemble des humains d'un village. Cet énoncé est un exemple de contradiction logique : le village entier est parti et une partie du village est restée.

Si on le lit attentivement, il ne peut supporter qu'une seule interprétation logique, qui est : « tous les hommes du village partirent le lendemain...», mais cette interprétation fait bon marché de la forme linguistique et par conséquent ne tient pas compte de ce qui est effectivement dit. Ce qui est dit en effet, c'est simultanément le sens collectif (tous les humains d'un village sont partis) et le contraire de ce sens (certains de ces humains sont restés). La référence spécifique de sexe (mâle) ne fait l'objet d'aucune prise en charge par l'énonciateur, elle est un effet en retour, une déduction logique à partir des deux propositions contradictoires. Expression générique (« le village entier ») et référence spécifique (mâle) ne sont donc pas sur le même plan du point de vue de l'assertion, seul le sens générique est asserté.

Si on prend la matière signifiante au sérieux, la seule paraphrase interprétative, pertinente linguistiquement est donc celle qui fait apparaître explicitement l'opération d'identification entre référent spécifique visé et expression de sens générique utilisée pour le désigner, soit une glose du type : tous les hommes du village que l'énonciateur signifie comme tous les humains du village, au moyen de l'expression métonymique « le village entier ».

Référenciation explicite aux deux sexes

« Une opposition très apparente organise et domine la vie quotidienne des Guayaki : celle des hommes et des femmes dont les activités respectives...» [XVII] (Clastres 1966 : 14).

Dans ce cas, le terme désignant un peuple réfère aux sexes de façon apparemment indifférenciée, ordre de la coordination excepté. Nous venons de voir que cet ordre canonique signifie un moins grand degré d'humanité et une relation de propriété masquée. Nous pouvons donc en déduire que lorsqu'un terme signifiant un ensemble d'humains réfère explicitement aux deux sexes, il le fait toujours de façon directe pour l'objet de discours homme et de façon indirecte pour l'objet de discours femme. L'expression celle des hommes et des femmes masque le sens sous-jacent formalisé par celle des hommes et de leurs femmes.

Pour synthétiser les résultats de l'analyse de l'idéologie sexiste dans le discours anthropologique dominant, je dirai qu'à l'intérieur d'un texte se mettent en place deux réseaux de détermination linguistique dissymétriques, modalisant, d'une part, la qualité de la relation entre notion de femme ou d'homme et procès désignant des activités et, d'autre part, l'ensemble des termes désignant chaque notion (les champs lexicaux).

L'ensemble des formes utilisées pour décrire les activités des femmes n'est pas homogène : si, le plus souvent, le lexique et la relation de base forment un schéma d'énoncé potentiellement agentif, les énoncés une fois construits n'actualisent pas cette agentivité potentielle ou même la contredisent. Les humains femelles ne sont pas construits discursivement en tant qu'agents, déclencheurs intentionnels (distanciés) d'une action, mais bien plutôt en tant qu'origines automatiques semblables aux machines, aux éléments naturels et aux animaux (ce sont des « causes », dans le registre des actants). Cette saisie des humains femelles en tant que non-agent -- et par conséquent en tant qu'humain problématique 11--, construite par la détermination verbale, est confirmée par la qualité de la détermination nominale : désignation privilégiée en tant que sexe et sexe dépendant (femme, épouse, mère)12, absence d'individuation et de construction d'un ensemble. Ce statut d'humain problématique, humain - non-humain en quelque sorte, est également construit par la référenciation intra-discursive des termes génériques qui exclut fréquemment le groupe de sexe femelle ou qui le pose toujours de manière indirecte, dépendant du groupe de sexe mâle.

À l'opposé, l'ensemble des formes utilisées pour décrire les activités des humains mâles jouent toutes dans le sens de leur construction discursive en tant qu'agents et par conséquent humains absolus. De façon cohérente, les déterminations nominales présentent les humains mâles en tant qu'agents et individus faisant partie d'un ensemble. Et l'attribution de l'humanité absolue à la seule notion homme fait fréquemment de cette dernière le référent caché des termes signifiant un ensemble d'humains.

Enoncés théoriques

Loin d'être un dérapage sémantique sans importance, la façon de parler des femmes et des hommes et de les énoncer comme humains relatifs ou humains absolus est le noyau dur de la signification qui sous-tend l'argumentation des auteurs. En effet, quel que soit le type de division socio-sexuée du travail, le travail accompli par les « humains relatifs », quand il n'est pas occulté ou « perdu » en cours de texte, sera toujours jugé de moindre qualité et de moindre importance pour la société décrite et plus comme des « occupations » que du travail13. Reprenons l'énoncé de Pierre Clastres (1966 : 14) cité supra :

« L'agriculture par exemple relève autant des activités masculines que féminines, puisque, si en général les femmes se consacrent aux semailles, au sarclage des jardins et à la récolte des légumes et céréales, ce sont les hommes qui s'occupent de préparer le lieu des plantations en abattant les arbres et en brûlant la végétation sèche. »

Ce fragment de discours a l'intérêt de concentrer en un seul énoncé l'effet des manières de dire sur une assertion théorique, « relever autant ». Dans la partie qui sert de preuve à cette assertion (introduite par « puisque »), la notion femme est mise en relation avec quatre procès de type processus (semer, sarcler, récolter légume, récolter céréale) et la notion homme avec trois, de type processus également (préparer, abattre, brûler). Dans l'énoncé construit (la façon de dire), l'enchaînement des procès pour la notion femme est de type juxtaposition, produisant une simple succession chronologique à l'intérieur de laquelle chaque procès est indéterminé par rapport aux autres. Par contre, les procès attribués à la notion homme sont en relation de subordination. Un procès est déterminé deux fois, détermination qui reconstruit un déroulement (début et fin) au procès « préparer » et qui attribue la propriété linguistique d'agent à la notion homme. Cette notion est en effet construite en tant que notion déclencheuse d'un procès qui a un début et une fin.

À l'inverse, la notion femme, potentiellement déclencheuse de procès de type processus au niveau notionnel, est présentée en tant que notion qualifiée par des états, en raison du type de repérage aspectuel caractéristique des énoncés scientifiques : énoncés désactualisés, de type définitoire. Ces énoncés sont ambivalents du point de vue aspectuel puisque des processus notionnels y sont construits comme des états (en dehors de tout déroulement). Mais pour la notion homme, le déroulement du procès « préparer » est signifié par la subordination des procès.

À cette première dissymétrie s'ajoute celle des modalités « se consacrer à »/«s'occuper de ». Dans le premier cas, la modalité déplace l'assertion de « faire quelque chose » à « donner son temps à », « se donner à », dans le deuxième on a affaire à une modalité de visée « prendre en charge », qui construit la notion comme origine volontaire d'un processus. Ces modalités jouent dans le même sens que l'opposition juxtaposition/subordination de procès pour ne pas présenter la notion femme en tant qu'agent, et par conséquent en tant qu'humain, et pour attribuer agentivité et humanité à la notion homme.

À cet ensemble d'oppositions s'ajoute celle relative à la focalisation « si en général... ce sont... qui » qui pèse sur la validité du jugement « relever autant ». Le premier membre de l'expression signifie « femmes » comme n'étant pas seul à valider la relation prédicative, tandis que le deuxième signifie « hommes » comme étant seul à valider cette relation (ce ne sont pas toujours les femmes qui... mais ce sont toujours les hommes qui...).

La mise en rapport de ces significations produites par les constructions grammaticales avec l'assertion théorique « L'agriculture relève autant des activités masculines que féminines », montre que c'est l'absence de construction de l'agentivité pour la notion femme opposée à l'emphase agentive pour la notion homme qui est la « preuve » du jugement d'équivalence. Cette équivalence est posée entre grande quantité d'activités sans qualité et petite quantité d'activités de grande qualité : une « preuve » du type « si les femmes passent beaucoup de temps à l'agriculture, ce sont les hommes les agriculteurs », jugement banal et caractéristique de la façon dominante de parler les rapports d'exploitation, et en particulier les rapports d'appropriation du corps en tant que machine-à-force-de-travail dans notre société (Guillaumin 1978a).

Le jugement théorique repose fondamentalement sur la façon de dire le travail des unes et des autres. Comme cette signification ne fait pas l'objet d'une formulation explicite, elle n'est en général pas perçue consciemment, et « autant » peut être interprété comme marquant une égalité de quantité de travail. La symétrie formelle à un certain niveau joue dans ce sens. Cette égalité est fausse d'un point de vue logique sur les procès de travail extra-linguistiques, mais elle est vraie du point de vue idéologique : le travail effectué par des humains appropriés n'est pas perçu comme du travail... ou, si on en croit l'énoncé suivant, est perçu comme le travail des propriétaires :

« Grâce aux outils d'acier, avec la même quantité de travail qu'autrefois, les hommes baruya ont pu défricher de plus grands jardins dans la forêt et produire davantage de tubercules, ce qui permit d'intensifier l'élevage des cochons » [XVIII] (Godelier 1976 : 289)14.

Remarquons que contrairement au point de vue courant sur le sexisme langagier, les énoncés précédemment analysés ne comportent pas de connotations péjoratives (au sens strict). La péjoration peut évidemment intervenir, en particulier lorsqu'il est question des relations entre les sexes. On observe à ce propos la construction de l'agentivité pour les femmes, et toujours mauvaise, malveillante, sans la moindre symétrie pour les hommes15. Mais en général, dans les textes scientifiques, les connotations péjoratives, au sens strict du terme, ne caractérisent pas les énoncés relatifs aux femmes. Et cependant les textes étudiés sont fortement sexistes16.

Du point de vue linguistique, le fait que les manières de dire (choix du lexique et ensemble des constructions grammaticales) soient déterminantes dans les jugements théoriques est un argument décisif pour considérer l'idéologique comme l'élément fondamental dans la construction du sens et non comme le parasitage ponctuel (les connotations péjoratives) d'un niveau neutre et au-dessus de tout soupçon.

Le sens de ces manières de dire (agent et humain/non-agent (cause), et sexe) peut alors s'interpréter comme l'expression directe, mais non assertée, de la pensée des sexes dans le rapport d'appropriation caractérisant la société des auteurs, c'est-à-dire la nôtre. Les propriétés d'humanité et de sexe ont des poids inverses pour les notions de femme et d'homme, et c'est ce qui entraîne les oppositions de détermination linguistique des énoncés : la notion d'homme est pleinement déterminée en tant qu'humain, tandis que celle de femme ne l'est pas ; les constructions discursives la placent du côté de l'animalité et des objets inanimés.

Si on refuse de reconnaître le rapport social d'appropriation construisant les sexes dans notre société, il est facile, et fréquent, de s'échapper dans les structures sociales des sociétés décrites pour justifier l'origine des dissymétries linguistiques.

Ce faisant, on invalide les observations suivantes : les phénomènes relevés sont répétitifs, quelles que soient les sociétés décrites et les positions théoriques des auteurs ; ils concernent aussi bien le discours banal que le discours savant sur notre propre société ainsi que le discours savant sur les sociétés ethnologisées. Ce n'est donc ni une organisation sémantique individuelle, propre à certains auteurs, ni l'effet du rapport social de sexe de la société extérieure à l'anthropologue, mais la norme sémantique des rapports de sexe de notre société.

En outre, renvoyer la cause du discours sexiste en anthropologie à l'effet de la structure sociale des sociétés décrites, c'est du point de vue théorique, concevoir le sémantique comme un décalque neutre de la réalité extra-linguistique et les anthropologues comme des magnétophones enregistrant les sociétés qui parleraient d'elles-mêmes. C'est la négation de l'inscription des énonciateurs, construits socio-idéologiquement dans leurs discours.

Enfin, il est injustifiable que dans un texte scientifique une classe de sexe disparaisse de la société décrite et soit construite comme non-agent de ses pratiques, quelle que soit la relation sociale qui définisse les sexes dans cette société. Objectivement, un humain dominé est toujours un humain, et quel que soit le point de vue de l'observateur sur les rapports sociaux de sexe de la société étudiée, il n'y a pas de raison extérieure à sa propre structuration idéologique pour ne pas traiter discursivement les deux sexes selon les mêmes critères17.

Ainsi que l'écrit Nicole-Claude Mathieu (1987 : 604), à propos du discours ethnologique et de la question de l'autre :

« À la définition et à la connaissance des femmes comme groupe minoritaire (donc « autre » d'une certaine manière), s'opposent :

I. - d'une part, des frontières externes, qui concernent la définition de la société globale. Ces frontières externes incluent l'Autre-femme dans le Même, le Soi d'une société, et du même coup l'invisibilisent ;

II. - d'autre part, des limites internes dans l'analyse du fonctionnement d'une société. Ces limites internes excluent l'Autre-femme, et l'invisibilisent également.

C'est que « la femme » est pour l'ethnologue (homme ou femme) à la fois l'autre de l'Autre et l'autre du Soi -- l'Autre absolue. C'est que le Soi comme l'Autre désignent un sujet (l'autre, pour l'ethnologue, est l'autre sujet que moi), mais un sujet de référence, celui qui représente la totalité sociale -- et ce sujet s'avère masculin dans presque toutes les sociétés, et particulièrement les nôtres, qui produisent le discours de la science. »

Aussi les femmes en tant que groupe minorisé et opprimé ne sauraient-elles être prises comme sujet de référence, même lorsqu'on parle de groupes minorisés. »

Notions de sexe et d'humanité

Genre grammatical et référents humains en linguistique

Si l'analyse des formes discursives entraînées par les notions de femme et d'homme dans le discours anthropologique dominant n'est pas centrée sur le genre grammatical, elle le rencontre cependant. De façon explicite, lors de l'analyse de la référenciation intradiscursive aux groupes de sexe par les termes génériques masculins et de façon implicite pour l'ensemble des termes lexicalisant les notions de femme et d'homme, termes qui sont en français, dans la majorité des cas, de genre féminin ou masculin. De plus, il n'est pas invraisemblable de penser que les poids inverses de la notion de sexe par rapport à la notion d'humanité, selon que les humains dont on parle sont femmes ou hommes, vont se retrouver dans les signifiés du genre lorsqu'ils concernent les substantifs désignant les humains.

Cependant, en linguistique, de façon générale, la conception sémantique du genre pour les référents humains de chaque sexe symétrise trait d'humanité et trait de sexe. La contradiction entre les effets dissymétriques de la notion de sexe sur la notion d'humanité pour les notions d'homme (humain absolu) et de femme (humain relatif et sexe) dans le discours dominant en anthropologie -- et dans le discours dominant tout court -- et la détermination symétrique de la notion d'humanité par le sexe dans l'analyse sémantique du genre lorsqu'il concerne les humains (humain mâle / humain femelle) est ce qui a déterminé mon analyse des conceptions sémantiques du genre en linguistique18.

Le point de vue le plus répandu en linguistique, dite générale19, considère en effet que l'opposition sémantique de base, entre masculin et féminin référant aux humains, est symétrique : le masculin signifie mâle et le féminin femelle. À cette valeur première du masculin signifiant le sexe, s'ajoute une valeur dite générique. Ce masculin générique est défini extensionnellement, comme pouvant référer, s'appliquer, à des humains femelles (professeur, docteur par exemple). Dans cette optique, le masculin générique est une valeur sémantique secondaire, séparée de la valeur spécifique /mâle/ posée comme fondamentale.

Si l'opposition formelle entre masculin et féminin est fréquemment conçue comme corrélation entre un genre marqué (le féminin) et un genre non-marqué (le masculin)20, cette structuration reste vide de sens. L'absence de signification attribuée à ce type de relation est la conséquence directe du privilège accordé au formel désembrayé de tout investissement sémantique. Cela permet d'analyser formellement le genre pour tous les substantifs d'une langue, qu'ils désignent des notions perçues comme non-animé, animé non-humain ou humain.

Dans cette perspective, le sexe biologique est codé par le genre grammatical : on parle d'ailleurs couramment à ce propos de « genre naturel » ou de « genre vrai ». Les dissymétries sémantiques entre féminin et masculin, lorsqu'elles sont signalées, toujours de façon anecdotique, sont renvoyées à des raisons sociales, extra-linguistiques par pétition de principe, et la structuration proprement linguistique (opposition entre un genre marqué et un genre non-marqué) est traitée comme purement formelle, n'ayant pas de signification, et relevant de l'organisation générale de la langue. La définition zoologique des référents est le sens du genre.

La linguistique occulte le sens proprement linguistique du genre pour les termes référant aux humains au prix d'une contradiction fondamentale pour une discipline qui se veut formelle, à juste titre. Ce n'est pas le type de relation structurant la catégorie grammaticale qui détermine le sens, pas plus que les propriétés référentielles du masculin et du féminin (l'application étendue du masculin, neutralisant l'opposition de sexe, et restreinte du féminin, s'appliquant strictement aux femmes) mais les propriétés physiques des référents (l'« extra-linguistique objectif »).

L'illusion de symétrie fondamentale entre les valeurs sémantiques du masculin et du féminin est entraînée par la méconnaissance et du rapport de pouvoir construisant les classes sociales de sexe, et de son effet sur les notions socio-cognitives de sexe et d'humanité, dont nous avons vu qu'elles sont appréhendables dans les discours, la langue mise en fonctionnement. Dans cette optique positiviste, il n'y a pas d'écart entre conceptualisation proprement linguistique des référents (c'est-à-dire idéologique) et définition zoologique de ceux-ci. Le sens du genre est un décalque d'une classification de sciences naturelles.

Si, au contraire, on part du principe qu'aucun trait physique n'est spontanément significatif et qu'il ne prend de valeur sémiotique qu'à l'intérieur d'une relation sociale de domination, et si on tient compte des effets sémantiques analysés dans la première partie de cet article, on est en droit de faire l'hypothèse que les notions d'humanité et de sexe sont d'ordre socio-cognitif et qu'elles ne sont pas structurées de la même façon pour les référents socio-sexués. La structuration est logique pour les représentants de la classe de sexe dominante : humain en tant que notion définissante, mâle en tant que notion qualifiante. Par contre, la structuration est irrationnelle pour les représentants de la classe de sexe dominée : femelle est la notion définissante, humain est la notion qualifiante. Ce type de structuration notionnelle classe les femelles humaines à l'intérieur des femelles animales.

L'opposition fondamentale entre propriétés définissantes des notions d'homme et de femme, dont je fais l'hypothèse qu'elle correspond à l'opposition des signifiés du genre, est par conséquent : humain/femelle et le genre dit masculin est toujours générique du point de vue du sens humain, quelle que soit son extension, tandis que le féminin ne l'est jamais (Michard 1991). En conséquence, lorsqu'un terme masculin (désignant une population, une classe d'âge, le genre humain) tracte avec lui, par déduction, la référence au sexe mâle, ainsi que nous l'avons vu à propos du discours anthropologique, cela ne l'empêche nullement d'avoir /humain/ comme signifié premier ; il n'est un « faux générique » que du point de vue référentiel.

La définition idéologique de la classe de sexe dominée par le sexe et de la classe de sexe dominante par l'humanité, qui est le sens fondamental du genre (le sens fondamental de la corrélation entre un genre marqué et un genre non-marqué) est également la caractéristique du sexisme langagier : la catégorisation naturaliste, raciste, de la classe de sexe dominée, son marquage comme sexe. De ce point de vue il n'y a par conséquent jamais aucune symétrie entre sens du genre dit masculin et sens du genre féminin, et il n'y a pas à proprement parler de « genre masculin », (Guillaumin 1978a, 1984 ; Wittig 1985).

L'effet cognitif (idéologique) du rapport de pouvoir est ainsi posé au niveau fondamental du processus de symbolisation : la mainmise sur les humains femelles entraîne pour eux la sélection et la manipulation symboliques du trait de sexe : d'attribut accidentel il devient définissant essentiel21.

Du point de vue linguistique, cette analyse socio-sémantique (et non zoo-sémantique) semble pouvoir expliquer de façon unifiée beaucoup de phénomènes analysés à propos du genre. Elle motive idéologiquement la loi formelle de l'accord au masculin pluriel de termes féminins et masculins : accord au « genre » général ; elle donne un sens à la dérivation des féminins à partir des masculins22: différenciation du général ; elle permet de comprendre les dérapages sémantiques des termes féminins par rapport à leurs homologues formels masculins et d'envisager la péjoration qui y est attachée comme une conséquence du sens de base du féminin : femelle ; elle est cohérente avec le fonctionnement référentiel des termes génériques : le « genre » général ne peut référer de façon autonome, directe, à ce qui est conçu comme humain relatif (femelle de l'humain).

Si l'on raisonne à partir de la structure entre marqué et non-marqué de façon cohérente, semblable au raisonnement fait en phonologie ou en morphologie, de même que la corrélation de marque oppose en phonologie ou en morphologie deux éléments à partir d'un seul trait existant ou n'existant pas, la corrélation de marque en sémantique oppose deux valeurs sémantiques à partir d'un seul trait sémantique existant ou n'existant pas, c'est-à-dire que dans le cas du genre, c'est le sexe qui est le trait sémantique pertinent et qui oppose mention de sexe/hors mention de sexe23. Et c'est bien parce que le signifié premier du masculin ne pose rien quant au sexe qu'il est capable de référer à des humains hors mention de sexe. C'est bien aussi parce que le signifié de sexe est premier pour le féminin qu'il est incapable de référer à des humains hors mention de sexe.

Or définir par le sexe (ou tout autre trait physique) un seul des deux membres de l'opposition, équivaut inéluctablement à signifier des humains d'une autre sorte, des humains indifférenciés par rapport à l'animalité.

Enfin, c'est cette opposition sémantique fondamentale (humain/ femelle) qui sous-tend le sens des oppositions de structures syntaxico-énonciatives entraînées par les notions d'homme et de femme : agent/ cause (humain/animal), analysées dans la première partie de cet article24.

À ma connaissance, la représentation sémantique de l'opposition entre un genre marqué et un genre non-marqué : humain/sexe (femelle), n'apparaît dans aucun ouvrage linguistique, pas même chez Roman Jakobson, bien qu'il pose le trait femelle comme trait pertinent de l'opposition. Par contre, l'opposition sémantique de genre, symétrisée par les linguistes, est fréquemment traitée à partir d'un seul des traits sémantiques de sexe, à la forme positive ou négative. Puisque dans cette perspective, l'opposition est pensée comme une relation entre des contradictoires (on ne peut être mâle et femelle, mais on ne peut être ni mâle ni femelle), pour laquelle, le négatif de l'un des termes implique le positif de l'autre, le choix entre les deux traits est logiquement indifférent. Et, par pur hasard, c'est /mâle/ qui est choisi, entraînant la représentation de /femelle/ comme /-mâle/. Quelques critiques (par exemple Key 1975 ; Penelope 1990) 25s'insurgent contre la notation métalinguistique en + et - mâle, notation qui correspond très exactement à la pensée des femelles comme mâles castrés. Mais, si le choix de /femelle/ comme repère de l'opposition peut nous faire plaisir, d'une part, il ne change rien à la symétrie postulée entre sexe et humanité signifiée par le genre et, d'autre part, il contredit la réalité socio-idéologique et langagière pour laquelle si, en tant qu'humains appropriés, nous sommes sexe (femelle), en conséquence, mais en conséquence seulement, nous ne possédons pas le sexe (mâle).

On peut en effet faire l'hypothèse qu'à l'intérieur du rapport d'appropriation construisant les classes de sexe, la notion de sexe est manipulée idéologiquement à deux niveaux : au niveau fondamental du rapport entre sexe et humanité, le sexe est la marque symbolique de la classe de sexe appropriée (propriété symbolisant la classe des femmes : le sexe)26. Cette assignation de la moitié du genre humain à l'animalité entraîne simultanément et inéluctablement l'accaparement de l'humanité par l'autre moitié. C'est le sens du fonctionnement dissymétrique du genre grammatical, ainsi que celui des dissymétries discursives présentant la notion homme comme agent et la notion femme comme cause.

Dans la logique de cette opposition idéologique, la notion de sexe est manipulée une deuxième fois, mais en tant qu'opposition des sexes. Seuls les dominants, possèdent, entre autres, des attributs physiques remarquables, et par conséquent, au lieu d'avoir un sexe, (comme tout le monde), ils possèdent le sexe (mâle). Corrélativement, les dominées sont perçues et définies comme ne possédant pas le sexe27. Le discours dominant sur la sexualité serait un bon exemple linguistique de cette deuxième manipulation.

Dans la première relation, la notion de sexe conceptualise la classe des femmes et signifie sa naturalisation. De avoir un sexe, on passe à être sexe (femelle). Dans le deuxième, le sexe, de notion qualifiante relative devient notion qualifiante absolue, mais reste qualifiante. On passe de avoir un sexe à avoir le sexe (mâle).

Point de vue positiviste ou matérialiste en sémantique

Ces deux conceptions de l'expression du sexe et de l'humanité en français correspondent de manière générale à deux façons d'envisager le sémantique, c'est-à-dire de penser le rapport entre extra-linguistique et linguistique28.

Pour la première conception, il n'y a pas de rapport social de domination des hommes sur les femmes et, de toute façon, le sens linguistique échappe aux effets des rapports de domination. Chaque groupe de sexe est conçu comme existant en soi, à partir de caractéristiques physico-biologiques. Ces caractéristiques sont spontanément significatives : d'elles découle automatiquement le sens du genre (humain mâle/humain femelle). Propriétés physiques et sens linguistique sont homogènes. C'est le point de vue positiviste classique en linguistique29.

Pour cette appréhension essentialiste, à fondement zoologique (le naturel étant le garant de l'« objectivité »), le genre signifie donc les sexes de façon symétrique par rapport à l'humanité, quels que soient les démentis à cette symétrie. À cette opposition symétrique se superpose une structuration formelle dissymétrique. Le genre est donc défini simultanément par une opposition sémantique symétrique, fondée sur une classification de sciences naturelles, et par une structure formelle dissymétrique de langue qui n'a pas de sens (l'opposition entre un genre marqué et un genre non-marqué). Plus précisément, c'est le sens relationnel de cette dissymétrie qui est escamoté : le fait que le masculin soit le genre non-marqué et ait une valeur sémantique générique est vu comme sans effet sur le sens du genre féminin.

Le traitement a-sémantique de la corrélation de marque, cache et rend inoffensive la catégorisation naturaliste au fondement du sens du genre féminin et sa conséquence : le sens général humain du genre « masculin ». En effet, lorsque ce type d'opposition structure des formes linguistiques (paradigmes lexicaux ou morphologiques) référant à des humains, elle ne peut pas ne pas avoir de sens. En outre, de nombreux travaux ont montré qu'on retrouve cette dissymétrie, sous forme discursive, non grammaticalisée, pour signifier d'autres rapports de domination30.

Le genre grammatical n'est pas indispensable pour marquer la classe de sexe dominée, mais quand il existe, cette catégorisation est inscrite dans la langue. Ainsi que Monique Wittig (1985) le remarque, le genre est l'unique marque grammaticale qui réfère à un groupe opprimé.

Quant à la représentation « métalinguistique » en + et - à partir du trait sémantique /mâle/, elle formalise l'effet idéologique second de la position sociale de dominants des mâles : la surévaluation du sexe mâle (le sexe) qui, dans l'optique d'une opposition symétrique entre termes contradictoires, en fait le repère, et implique la définition corrélative du sexe femelle comme non-sexe mâle. Mais si cette représentation est juste idéologiquement -- au niveau de l'opposition entre les traits de sexe, le seul envisagé en général --, elle n'est évidemment pas justifiée de ce point de vue mais présentée comme une simple commodité technique, sans signification. Cette notation correspond donc bien à l'un des effets idéologiques du rapport de pouvoir mais n'est pas reconnue comme telle.

L'appréhension positiviste ne rend compte ni de l'usage effectif de la langue en discours, ni de la structure formelle de genre en langue. Elle cache la dissymétrie fondamentale de la structure cognitive et sémantique du genre dans une vue naturaliste symétrisée. Elle reconduit ainsi l'idéologie sexiste (la catégorisation des humains femelles en tant que sexe) en la voilant d'une fausse symétrie. C'est d'ailleurs sur cette fausse symétrie que sont fondés les souhaits de « féminisation » de la langue.

Pour la deuxième façon de concevoir notion de sexe, notion d'humanité et langage, les sexes sont conceptualisés comme classes construites par une relation d'exploitation spécifique : une relation d'appropriation du corps (Guillaumin 1978a). Ce rapport de pouvoir, qui a nécessairement des effets cognitifs, demeure le centre à partir duquel se développe l'analyse. Dans cette relation, le sexe devient le signe de la classe de sexe appropriée et la catégorie du genre qui oppose sémantiquement humain à femelle est le produit idéologique intrinsèque du rapport d'appropriation. C'est le point de vue critique matérialiste, essentiellement développé en France, et aux États-Unis par Monique Wittig, par exemple dans sa très belle analyse politique, philosophique et de critique littéraire : « The Mark of Gender » (1985). Dans cette perspective, naturel et sémantique sont hétérogènes, le langage est considéré comme pratique politique et le sens comme point de vue idéologique sur les référérents socio-sexués.

Dans l'appréhension matérialiste du sens, les notions de sexe et d'humanité sont conçues comme des notions idéologiques, contingentes, historiquement variables31.

Le genre est alors analysé comme le modèle de la catégorisation naturaliste, raciste, inscrite dans la langue, et en conséquence, la théorie de la marque a toujours une pertinence sémantique pour les référents humains. À l'opposé d'une autre position féministe, qui réfute la valeur générique du masculin en ne relevant que son défaut référentiel et qui n'analyse pas le féminin comme signifiant fondamentalement femelle, dans l'optique matérialiste, le sens générique du « masculin » (humain) existe bel et bien, c'est même son sens fondamental et le genre féminin est bien le genre marqué sémantiquement : sexe.

Pour la critique matérialiste, le défaut référentiel des génériques est un effet du rapport de domination qui ne remet pas en cause le sens générique du masculin. La capacité référentielle générique est biaisée, réduite, mais elle existe parce que le sens la permet. Tandis que le sens du féminin : femelle, est générique du point de vue du sexe et ne peut référer qu'à l'ensemble des femelles (animales-humaines). Le sens du féminin ne permet pas l'accès à l'humain général.


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Olsen, Mark

1991 « Gender Representation and Histoire des Mentalités : Language and Power in the Trésor de la langue française », Histoire et mesure 6 (3-4) : 349-373.

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Plaza, Monique

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1992 The Straight Mind and Other Essays. New York, Harvester Wheatsheaf.


Notes

1 Voir les publications de Noëlle Bisseret, Colette Capitan, Christine Delphy, Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu, Monique Plaza, Paola Tabet, Monique Wittig.

2 Ces rapports concrets sont bien mesurables et ils sont mesurés : ainsi, d'après les statistiques données à la conférence des Nations unies de Copenhague en 1980, la moitié femelle de l'humanité mondiale assure 2/3 de l'ensemble des heures de travail, perçoit 1/10e du revenu mondial et possède moins de 1 % de la propriété. D'où l'on déduit que la moitié mâle de l'humanité n'assure qu'un tiers de l'ensemble des heures de travail mais accapare 9/10e du revenu mondial et 99 % de la propriété. Ainsi que l'écrit Colette Guillaumin (1984), ce n'est pas un trait anatomique qui définit la masculinité mais un trait sociologique : la possession. Pour une analyse détaillée de ce trait, voir Guillaumin (1978a et 1978b).

3 « On ne proclame l'infériorité que d'un groupe déjà réduit en esclavage ou en dépendance, on ne proclame l'impureté que d'un groupe dont, déjà, on a exclu la présence, on ne proclame la faiblesse que d'un groupe que déjà on a réduit (par le confinement, l'interdiction de circuler, l'interdiction de posséder) à l'impuissance physique » (Guillaumin 1981c : 35).

4 Linguistique des opérations énonciatives ; cf. en particulier les travaux d'Antoine Culioli, de Catherine Fuchs et de Pierre Le Goffic.

5 Sur les effets de l'oppression dans la conscience des opprimé(e)s, voir Bisseret (1974, 1975), Delphy (1977), Guillaumin (1978a, 1978b, 1979, 1992a) et, tout particulièrement Mathieu (1985).

6 Pour un exposé détaillé de la méthode et de l'analyse, voir Michard & Ribéry (1982, 1985).

7 Toutes les italiques dans les citations sont de moi (C.M.).

8 À l'animé est associée la propriété dénombrable, tandis que le non-animé relève du dénombrable : « trois livres », « vingt chaises » ou de l'indénombrable : on ne dit pas « deux blancheurs », « trois argents ».

9 Yakov Malkiel (1959), dans une étude sur les groupes nominaux composés de deux noms à l'ordre irréversible, est l'un des rares linguistes -- même peut-être le seul -- à avoir travaillé sur le type de paires nominales qui nous intéressent ici et à avoir affirmé que ces paires sont ordonnées selon la hiérarchie des valeurs inhérente à la structure d'une société.

10 « Le village entier » est une figure métonymique qui prend la valeur d'un collectif. Les collectifs sont des termes au singulier désignant un ensemble, pour ce qui nous intéresse, d'humains. « Société », « tribu », « bande », « groupe » sont des collectifs. Manifestement le genre formel est parfaitement arbitraire par rapport à ces termes et la valeur générique n'est pas associée au masculin. On pourrait fort bien trouver « la bande entière partit le lendemain... nous laissant seuls avec les femmes...». Ce qui est intéressant, c'est que du point de vue sémantique, un terme désignant un ensemble d'humains, en principe composé de femmes et d'hommes, quel que soit son genre formel, se comporte du point de vue de sa référenciation intra-discursive aux sexes, exactement de la même façon que les masculins désignant des ensembles d'humains ou l'humain en général.

11 Linguistiquement parlant, c'est l'agentivité qui sépare la notion d'humain de celle d'animal. Pour un exposé détaillé des tests objectivant la notion d'agent, voir Michard & Ribéry (1982 : 22-31).

12 Parmi une foule d'exemples de l'énonciation des femmes en tant que sexe, opposée à celle des hommes en tant qu'acteurs sociaux, en voici quelques-uns extraits de discours variés : « Le violoncelliste Mtislav Rostropovitch et sa femme sont privés de la citoyenneté soviétique » (Le Monde, 17 mars 1978). « Sa femme » est la cantatrice Galina Vichnevskaïa. « Les cadres supérieurs, les petits patrons, les agriculteurs et les femmes », énoncé canonique en sociologie. « Francis Poulenc et Wanda » (émission à France Musique au début des années 80). « Wanda » est Wanda Landowska. L'utilisation du prénom, opposée à celle du nom patronymique a le même effet d'immersion des femmes dans la classe des femelles (les animaux domestiques n'ont pas jusqu'à présent de nom patronymique mais un appellatif, qui peut d'ailleurs être un prénom). Tandis que le nom patronymique individualise juridiquement, il détermine la personne en tant que personne sociale. Outre le mépris, la pratique du prénom pour les seules femmes est très efficace pour qu'elles ne laissent pas de trace dans le monde social, en particulier intellectuel, artistique, politique : savez-vous qui sont Jacques, Alain, Pierre, Paul, Maurice...? (Sur la transparence des femmes, voir Guillaumin 1978c).

13 Catherine Viollet (1987, 1988, 1991), à partir d'un terrain d'analyse très différent du mien, des conversations entre adolescents des deux sexes, met en évidence le fonctionnement hétérogène de la notion travail : un premier domaine référant au travail rémunéré, à l'extérieur, est construit comme relevant de la notion travail à part entière, tandis que le deuxième domaine, référant au travail non-rémunéré, à domicile, est construit comme instable, tantôt relevant et tantôt ne relevant pas de la notion. Elle observe également l'énonciation obsessionnelle de la notion femme en tant que sexe, liée à l'énonciation de la notion homme par des termes de métier.

14 Je rappelle que ce sont les femmes qui cultivent les tubercules et élèvent les cochons.

15 Pour une analyse détaillée de cette deuxième manipulation de l'agentivité, voir Michard (1988).

16 Colette Guillaumin argumente contre la définition du racisme par la péjoration dans l'ensemble de son travail ; pour un article centré sur cette question, voir Guillaumin (1983).

17 Sur la question de l'effet sur la pensée des auteurs de la structure sociale de sexe de leur société et/ou des sociétés autres décrites, voir Mathieu (1971, 1985, 1987).

18 Pour une analyse détaillée, voir Michard (à paraître, 2000).

19 Voir, par exemple, Brunot (1965), Corbett (1991), Culioli (1968), Dubois (1965), Hjelmslev (1956), Jespersen (1964, 1971), Joly (1975), Leeman (1989), Meillet (1948), Violi (1987).

20 Le concept de marque vient de la phonologie : une série marquée et une série non-marquée opposent des phonèmes possédant les mêmes caractéristiques articulatoires sauf une. Par exemple, seul le voisement (la vibration des cordes vocales) oppose b à p, d à t, g à k. Dans certains contextes phonétiques, l'opposition est neutralisée et seul le phonème ne possédant pas le trait pertinent (le phonème non-marqué) apparaît. Cela entraîne une plus grande fréquence du phonème non-marqué que du phonème marqué. Du point de vue du genre, la corrélation de marque est fondée sur la dérivation morphologique des féminins à partir des masculins (un élément morphologique en plus) et, syntaxiquement, sur la neutralisation de l'opposition dans certains contextes : accord au masculin pluriel de termes féminins et masculins.

21 L'identification privilégiée des humains de sexe femelle par le sexe et des humains de sexe mâle par des caractéristiques individuelles est également démontrée par les résultats d'expériences en psychologie cognitive ; voir à ce sujet Hurtig & Pichevin (1991). Par contre, les travaux très à la mode sur les catégorisations cognitives, initiés aux États-Unis par Eleanor Rosch, et leurs prolongements en sémantique, non seulement sont muets sur la structuration cognitive de la catégorie « humain » (alors que de nombreux travaux critiques sur les groupes d'humains catégorisés comme moins humains que d'autres existent...) mais redoublent la naturalisation des processus symboliques : la catégorisation cognitive étant pensée comme le produit de l'interaction entre propriétés intrinsèques des objets et systèmes perceptifs naturels des humains, le tout éventuellement assaisonné de sauces culturelles, postulant toujours l'homogénéité sociale des groupes de sexe dans chaque culture. Une analyse statistique sur le Trésor de la langue française (Olsen 1991) confirme la thèse du sexe comme caractérisant les seules femmes, thèse argumentée depuis plus de vingt ans par Colette Guillaumin et Nicole-Claude Mathieu. À partir du balayage d'un gros corpus de littérature du xviie au xxe siècle, l'auteur conclut que le sexe est un phénomène essentiellement femelle et que l'on est en présence d'un seul genre défini culturellement.

22 Si cette loi est contestable d'un point de vue formel en synchronie (comment justifier la dérivation du féminin par rapport au masculin de : lectrice/lecteur, par exemple ?), elle est vraie statistiquement en diachronie. Voir Khaznadar (1989) au sujet de la remise en cause de la dérivation du féminin à partir du masculin.

23 C'est le point de vue de Roman Jakobson (1939, 1959) à propos de la définition de la marque sémantique du genre. Je n'ai pas signalé cette conception parce qu'elle n'est pas reprise dans la linguistique contemporaine. L'intérêt de l'analyse de Jakobson réside dans la qualité de l'argumentation, sa parfaite cohérence entre définition sémantique et définition formelle de la marque, ainsi que dans la séparation que cette analyse effectue entre classification de sciences naturelles et classification de langue. Pour une analyse détaillée, voir Michard (1996).

24 D'autres arguments linguistiques soutenant la thèse du masculin comme genre général (humain) et du féminin comme genre spécifique (femelle) sont donnés dans Michard (1996).

25 Pour une bibliographie commentée des travaux critiques aux États-Unis et en République fédérale allemande, voir Michard & Viollet (1991).

26 «...lorsqu'une classe appropriée est constituée et cohérente -- et donc caractérisée par un signe symbolique constant -- l'idée de nature se développe et se précise, accompagnant la classe dans son ensemble et chacun de ses individus de la naissance à la mort », écrit C. Guillaumin (1978b : 12), et elle précise qu'un signe symbolique constant est « une marque arbitraire revouvelée qui assigne sa place à chacun des individus comme membre de la classe », cela peut être la forme du sexe, la couleur de la peau... Voir également Guillaumin (1977).

27 Pour ce que j'appelle la « phallobsession », comme conséquence et non pas comme cause de la position sociale des hommes, voir Plaza (1977, 1984) et Guillaumin (1984).

28 Le repérage de ces systèmes de pensée doit beaucoup à Guillaumin 1979, 1981a et 1981b ; à Mathieu 1985, 1989 ; à Pheterson 1995, 1996 ; à Plaza 1984 ; et à Wittig 1980a, 1982.

29 Que la notion de sexe soit vue comme notion physique interprétée par les cultures (une notion « physico-culturelle ») ne change rien au fond de mon propos : la représentation sémantique symétrisée du genre grammatical est toujours la même.

30 Sur le racisme, voir Guillaumin (1972a, 1972b, 1977, 1981c, 1983).

31 Je renvoie aux travaux de Colette Capitan (1987, 1988, 1993, 1996) qui montrent que la Révolution française n'ayant été que sectorielle, il convient de la poursuivre. L'abolition de la condition servile par les révolutionnaires a en effet fait accéder un grand nombre d'hommes (mâles) à la propriété d'eux-mêmes, à la liberté et par conséquent à l'humanité politique dont ils étaient exclus dans l'Ancien Régime. Par contre, les hommes qui ont fait ce travail révolutionnaire de penser la séparation des droits de propriété sur les choses des droits de propriété sur les personnes, en ont gardé les bénéfices pour eux-mêmes et en même temps ont accaparé les bénéfices du système féodal en y enfermant les femmes. Au nom de la Nature, ils les ont interdites de toute activité de citoyen et ont décrété leur statut de mineur entre 1792 et 1794. La mise en acte politique de cette idée de Nature, née des Lumières, a consolidé l'oppression des femmes en cherchant à en dissimuler la violence.


Pour citer cet article

Claire Michard, Sexe et humanité en français contemporain. La production sémantique dominante,
L'Homme, 153 - Observer Nommer Classer, 2000

Origine http://lhomme.revues.org/document8.html