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Texte publé en 2007 à la demande de l'auteur, Gilbert GUSTINE, qui n'a pas
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2007-02-24 .
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Ph C
L'Homme naît, vit et meurt et, durant les années qu'il
passe sur cette terre, il ne connaîtra que quelques rares
instants de bonheur, qui illumineront sa vie sans jamais parvenir
à compenser les soucis, les désillusions, l'anxiété
et les maux qui l'accableront le reste de son existence.
Ceux qui souffrent éprouvent un profond sentiment d'injustice
:
"Qu'ai-je fait pour mériter le malheur qui me frappe,
qu'ai-je fait pour justifier la rigueur avec laquelle le destin
s'acharne contre moi ?"
Les pages qui suivent voudraient répondre à cette
question et leur apporter, sinon une consolation, du moins une conception
de la destinée humaine leur permettant de mieux supporter
leur sort.
Durant des siècles, l'Humanité, dans son besoin désespéré
de protecteurs contre les maux de l'existence, a créé
à l'image de l'homme les dieux qui peuplèrent les
panthéons égyptien, grec et romain, le Dieu des religions
juive, chrétienne et musulmane.
C'est eux qui régissaient le monde, c'est eux qui régissaient
la destinée humaine, c'est eux seuls qui pouvaient nous protéger
du malheur.
L'esprit humain se dégage lentement de cette illusion et
nous vivons actuellement LE CREPUSCULE DES DIEUX.
Si la Nature a horreur du vide, l'esprit humain l'a davantage encore
et l'Homme, ayant besoin de croire en quelque chose, se raccroche
toujours à l'illusion qui le berça si longtemps.
D'où la lente agonie des religions existantes, la montée
de l'intégrisme, la floraison des sectes.
Et pourtant, L’'Etre Suprême est là, devant
nous.
Ce n'est pas Dieu, création de l'esprit humain, que nul
n'a vu, ne voit et ne verra jamais.
Ce n'est pas Dieu, à l'esprit trop humain, capable, comme
le dernier d'entre nous, de colère et de rancune.
Ce n'est pas Dieu, bien fatigué par le long usage qu'en
on fait les Eglises pour tenter de régenter le Monde en son
nom, car celui qui le créa, le submergea, fit s'ouvrir la
mer, n'est plus capable aujourd'hui d'empêcher la ruine de
son sanctuaire ou la maladie de celui qui se prétend son
représentant sur Terre.
Cet Etre suprême, nous n'aurons jamais à croire en
lui, car il existe, car nous le voyons à chaque instant de
notre vie, car nous en faisons partie.
C'est L'UNIVERS, éternel et infini, dont les lois régissent
tout ce qui est, fut et sera, dont les lois régissent à
chaque instant notre vie, nos actions, notre destinée.
Quand, tentant de comprendre l'Univers, nous suivons le déroulement
de ses phénomènes, nous découvrons immédiatement
sa vérité première : par l'enchaînement
des causes et des effets, chaque phénomène est la
conséquence nécessaire d'un phénomène
précédent et détermine aussi rigoureusement
le phénomène suivant.
C'est LE DETERMINISME UNIVERSEL, qui régit tout ce qui est,
fut et sera.
A l'instant où je frappe ces lignes, je ne pouvais être
ailleurs que là où je suis, je ne pouvais avoir d'autres
pensées que celles que m'impose mon cerveau à cette
seconde précise, je ne pouvais trouver d'autres mots pour
les exprimer que ceux que vous lisez actuellement.
Ce déterminisme absolu, c'est lui qui régit LA DESTINEE
HUMAINE, non pour notre bonheur ou notre malheur, dont l'Univers
n'a cure, mais pour que chacun de nous concourre, comme chaque goutte
d'eau de la mer, comme chaque grain de sable du désert, à
l'Harmonie Universelle.
Telles sont les idées que nous développerons maintenant
selon le plan suivant :
LE CREPUSCULE DES DIEUX
Le phénomène religieux
La peur humaine
L'ère du sorcier
La naissance des dieux
Les religions de la Terre
Le polythéisme
Le monothéisme
La religion du Ciel
Nul n'est prophète en son pays
Le triomphe du Christianisme
La trahison du Christianisme
Survivance des religions
Echec de l'athéisme négatif
L'Etre suprême
L'UNIVERS
L'Univers, être suprême
Nature de l'Univers
L'Univers est éternel
- La conservation de la matière
- La soi-disant expansion de l'Univers
- Le Big bang
- Succès de la théorie du Big bang
- L'illusion de l'expansion de l'Univers
- L'Univers est éternel
L'Univers est infini
- L'Univers des philosophes
- Les observations astronomiques
- Le paradoxe d'Oberts
- La courbure de l'espace
- L'Univers est infini
L'Univers est régi par des lois immuables
LE DETERMINISME UNIVERSEL
L'enchaînement nécessaire des causes et des effets
Les deux principes d'organisation de l'Univers
Apparition de la Vie
Vie et Déterminisme
Négation du Libre Arbitre
Déterminisme et Fatalisme
LA DESTINEE HUMAINE
L'Homme n'est que matière
Les deux mondes de la vie
Le monde des actions
- Nos actions sont déterminées
- L'irresponsabilité humaine
- Acta est fabula
- La fraternité retrouvée
Le monde des sensations
- Les sensations physiques
- Les sensations intellectuelles
- Les sensations du passé
- Les sensations du futur
- L'espoir
- Le désespoir
- La peur du lendemain
- L'illusion des stoïciens
- L'erreur de Montaigne
- Le pire n'est pas toujours sûr
- Bonheur et malheur
L'Idéal
- Vivre pour un idéal
- Idéal et évolution
- Idéal et révolution
- Idéal et bonheur
La Mort
CONCLUSION
LE CREPUSCULE DES DIEUX
Le phénomène religieux
Le poète latin Stace a, dans un vers fameux, donné
avec la concision propre au génie romain l'explication du
phénomène religieux :
PRIMUS IN ORBE DEOS FECIT TIMOR
(Dans le monde, c'est la peur qui créa la première
les dieux)
La peur humaine
Depuis qu'il est apparu sur Terre, l'Homme a peur. Il sait qu'à
tout moment le malheur peut fondre sur lui.
Le progrès et la civilisation ont changé l'objet
de cette peur, mais n'ont pu et ne pourront jamais la faire disparaître.
L'Homme primitif avait peur, peur des bêtes féroces
qui l'entouraient, peur du tonnerre, peur de la maladie, peur de
la mort.
L'Homme d'aujourd'hui a peur, peur du chômage, peur de l'avenir,
peur du cancer, peur de la mort.
De même que l'enfant, lorsqu'il a peur, se réfugie
dans les bras de ses parents, l'Homme chercha désespérément
une force qui put le protéger du malheur, comme le père
protège son enfant.
L'ère du sorcier
Il se trouva, dans la tribu primitive, quelqu'un qui comprit ce
besoin et sut en profiter : le sorcier.
Il vendit aux plus crédules des fétiches, des talismans,
des porte-bonheur, dont la puissance surnaturelle protégerait
du malheur ceux qui les posséderaient.
Ainsi naquit la première forme de superstition, qui traversa
les siècles.
Aujourd'hui encore, des commerçants sans scrupules proposent,
dans la Presse de bas étage, des croix miraculeuses et des
bijoux soi-disant magnétiques censés apporter le bonheur
à ceux qui les portent.
La naissance des dieux
Le porte-bonheur perd toute crédibilité quand celui
qui le porte voit néanmoins survenir les maux dont il était
censé le protéger.
L'esprit humain substitua donc à la protection d'un objet
qu'on achète celle d'un être tout-puissant dont on
achète la protection.
Si l'on a acheté celle-ci et que le mal que l'on craignait
survient néanmoins, l'on pourra toujours se dire qu'on ne
l'a pas payée assez cher, qu'on n'a pas satisfait suffisamment
à ses exigences.
Au sorcier et au porte-bonheur du premier âge se substituèrent
ainsi le prêtre et le dieu, celui-ci n'étant que la
forme immatérielle du porte-bonheur.
Les religions de la Terre
A l'origine, les religions eurent donc seulement pour but de promettre
à l'Homme une protection contre les maux dont il avait peur,
en contrepartie de sacrifices offerts au dieu protecteur, c'est-à-dire,
dans la pratique, de dons faits au prêtre qui prétendait
parler en son nom.
Nous les appellerons donc les religions de la Terre, car c'est
sur cette Terre, dans la vie terrestre, que le dieu apportait au
fidèle sa protection et, pourquoi pas, le bonheur.
Telles furent les religions chaldéenne, phénicienne,
grecque, romaine.
Telle fut la religion égyptienne, car la momie n'était
qu'une façon de se cramponner à la vie le jour où
celle-ci devait prendre fin, la vie d'outre-tombe qu'un simple prolongement
de l'existence terrestre.
Le polythéisme
La protection du dieu étant imaginaire et donc totalement
inefficace, le polythéisme fournissait à ses échecs
un alibi commode.
Comme il était matériellement impossible de sacrifier
également à tous les dieux du panthéon égyptien,
chaldéen, grec ou romain, il était toujours possible,
quand la protection d'un dieu s'avérait inefficace et que,
malgré les sacrifices faits sur ses autels, le malheur survenait,
d'imputer celui-ci à la jalousie d'un autre dieu, mécontent
d'avoir été oublié.
C'est ainsi que, durant des siècles, le paganisme permit
aux hommes d'obtenir de la religion ce qu'ils en attendaient - et
qui est d'ailleurs tout ce qu'elle peut leur donner - l'illusion
d'une protection contre les maux de l'existence.
Le monothéisme
Le monothéisme - qui faillit triompher en Egypte quand Aménophis
IV tenta de substituer aux dieux du panthéon égyptien
Aton, personnification du Soleil - triompha en Palestine quand le
peuple juif finit par adorer Jéhovah comme dieu unique.
Le monothéisme bouleversa toutes les conceptions religieuses.
Au départ, le principe est le même : on adore Jéhovah,
on sacrifie sur ses autels et, en contrepartie, on attend de lui
sa protection contre les maux de l'existence, le bonheur terrestre.
A l'arrivée, le résultat est très différent.
Le romain qui, malgré un sacrifice fait à Neptune,
voyait sa famille décimée par la peste ou se retrouvait
ruiné, pouvait toujours imputer son malheur à Mercure
ou à Mars, auquel il n'avait pas suffisamment sacrifié,
ou qu'il avait offensé d'une façon qu'il ignorait
encore, mais que le prêtre saurait parfaitement lui expliquer.
Pour le juif qui adorait Jéhovah et avait observé
tous les commandements de la Loi, le malheur devenait inexplicable.
Jéhovah n'était-il pas tout puissant ? Ne lui avait-il
pas adressé toutes les prières qu'il était
tenu de lui faire, ne lui avait-il pas obéi scrupuleusement
?
Si les historiens s'accordent à voir dans le monothéisme
un progrès sur le polythéisme, il faut reconnaître
qu'il résout beaucoup moins bien le problème du malheur
de l'Homme.
La religion du Ciel
C'est ici qu'apparaît le Christianisme qui ouvrit une nouvelle
phase dans l'histoire religieuse de l'Humanité.
Jésus fut le plus grand et le plus humain de tous les prophètes
qui crurent apporter en Palestine la parole de Dieu.
Il ne fut qu'un prophète - comme le sera après lui
Mahomet - et les derniers mots qu'il prononça sur la croix,
rapportés textuellement dans les Evangiles de Matthieu et
de Marc :
ELI, ELI, LAMMA SABACTHANI
(Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?)
sont bien ceux d'un homme qui croyait apporter aux hommes la parole
de Dieu et ne comprend pas que celui-ci l'ait laissé crucIfier.
Dans son amour, dans sa pitié pour les hommes, il ne parvint
pas à concilier la toute-puissance de Dieu et le malheur
humain.
Il crut alors en un autre monde, un monde invisible, immatériel,
un monde de joie et de félicité où les justes
entreraient après leur mort : le Royaume des Cieux.
C'est là, non dans notre monde, que Dieu donnerait, après
leur mort, le bonheur à ceux qui auraient observé
ses commandements.
La religion du Ciel se substitua ainsi aux religions de la Terre.
Nul n'est prophète en son pays
La vie de Jésus vérifia ce proverbe.
La religion juive était la religion d'un peuple, la religion
des enfants d'Abraham.
C'est à eux - et à eux seuls - que Jéhovah
avait promis le royaume de la Terre.
Jésus ouvrait le royaume des Cieux à tous les hommes,
fussent-ils samaritains, grecs ou romains.
Aux yeux des pharisiens, il apparut comme un renégat, un
peu comme aurait été considéré le français
qui, à la veille de 1914, se serait déclaré
citoyen du monde.
Courbés sous le joug de Rome, ils ne comprenaient pas qu'un
juif puisse ouvrir les portes du royaume des Cieux à un centurion
romain.
Cette trahison le cloua sur la croix.
Sa prédication ne pénétra pas le peuple juif.
L'historien Josèphe, quant il écrivit quarante ans
après sa mort l'Histoire du peuple juif, ne parle pas de
Jésus.
En tant que pharisien, il considère que ses disciples et
lui n'avaient pas à figurer dans l'Histoire d'un peuple dont
ils s'étaient eux-mêmes exclus.
Le triomphe du Christianisme
Par contre, la nouvelle religion allait se répandre comme
une traînée de poudre dans le monde romain.
Au temps des Césars, le monde était devenu le monde
du malheur. En haut, le despotisme, parfois la folie. En bas, l'esclavage.
Partout, l'oppression, la corruption, la décadence.
Pour tous, de l'esclave peinant sous le fouet au patricien tremblant
devant les caprices de Caligula, la religions de la Terre avaient
fait faillite en y promettant un bonheur impossible.
La religion du Ciel devint, et devait rester durant des siècles,
le grand espoir des hommes en ouvrant après leur mort, dans
un monde meilleur, le royaume des Cieux à tous ceux qui auraient
été justes et bons ici-bas.
La trahison du Christianisme
Le Christianisme ayant conquis l'empire romain, Constantin s'appuya
sur lui quand, en 312, il le disputa à Maxence.
Sous ses successeurs, le Christianisme devint religion d'Etat,
l'évêque de Rome le second personnage de l'empire.
Quand l'empire romain s'effondra, l'évêque de Rome,
devenu le Pape, profita de la puissante organisation de l'Eglise,
calquée sur celle de l'Empire, pour transformer le message
de charité et d'amour apporté au monde par Jésus
en un système théocratique qui, durant tout le Moyen-Âge,
prétendra régenter l'Europe.
Persécutée à l'origine, l'Eglise devint persécutrice,
en pourchassant et en faisant livrer aux flammes par le bras séculier
tous ceux qui se réclamaient de l'esprit de Jésus
pour oser rêver d'un monde meilleur, ou, tout simplement,
dénoncer la corruption qui la gangrenait : cathares, vaudois,
hussites, protestants connurent, tour à tour, la persécution,
l'inquisition, le bûcher.
Elle poursuivit sans merci tous ceux qui, dans la recherche de
la vérité s'écartaient des dogmes qu'elle s'était
donnée et qui n'avaient rien à voir avec l'enseignement
de Jésus.
En 1600, elle brûla Giordano Bruno, père de la philosophie
moderne.
En 1633, elle contraignit le grand Galilée à s'agenouiller
devant elle pour abjurer "l'erreur et l'hérésie
du mouvement de la Terre".
Quand le grand souffle de la Révolution Française
apporta au monde les mots "Liberté, Egalité,
Fraternité", la Papauté s'identifia à
l'Ancien Régime.
Quand, au XIX ème siècle, l'esprit de progrès
réclama et obtint la liberté de conscience, la Papauté
osa condamner, dans le "Syllabus" et l'encyclique "Quanta
cura", ce pour quoi les premiers chrétiens avaient donné
leur vie.
Aujourd'hui, fort heureusement, la Papauté ne régente
plus le monde, comme elle prétendit si longtemps le faire.
Le Vatican n'est plus que le siège d'une vaste multinationale.
Trônant sous des lambris dorés derrière une
haie de gardes déguisés en hallebardiers d'opérette,
l'on s'y réclame toujours de celui qui consolait les humbles
assis autour de lui sous les oliviers de Judée.
Dans des shows itinérants, le Pape se conduit en messager
de Dieu sur la Terre... et montre à tous qu'il n'y croit
pas en faisant plus confiance aux vitres blindées de sa "papamobile"
qu'à sa toute-puissance pour le protéger d'un éventuel
attentat.
Survivance des religions
Avec les progrès de la Science, le triomphe de la Raison,
aucune religion ne peut plus naître.
Depuis l'Islam, depuis quatorze siècles, aucune religion
n'est née.
Les religions agonisent lentement.
Dès qu'il a atteint un certain stade dans son développement
intellectuel, l'Homme se rend compte à quel point l'idée
de Dieu est absurde.
SI Dieu existe, pourquoi ne le voit-on pas ?
Si Dieu est tout-puissant, pourquoi le malheur, pourquoi la souffrance,
pourquoi la misère ?
Et les hommes montrent bien qu'ils n'y croient plus en se conduisant,
en fait, comme s'il n'existait pas.
Rares sont cependant ceux qui osent se dire athées.
Confronté aux maux de la vie, face au malheur qui peut fondre
sur lui à tout instant, aujourd'hui comme aux premiers âges
de l'humanité, l'Homme n'a pas changé. Il a toujours
aussi peur de la vie, aussi peur de la mort.
Il cherche toujours un protecteur, une puissance surnaturelle,
dont il puisse acheter la protection par ses prières.
Tel est Dieu, imposture pour la raison, réconfort pour ceux
qui ont peur de la vie, réconfort pour ceux qui ont peur
de la mort et qui, s'accrochant à la vie, espèrent,
tel l'égyptien d'autrefois, la continuer dans l'au-delà.
Ainsi s'explique la survivance de la religion qui, aujourd'hui
comme jadis, n'est au fond qu'un remède contre la peur humaine,
qu'un tranquillisant, qu'un opium, pour reprendre l'expression de
Marx qui n'eut tant de succès que parce qu'elle était
si vraie.
Devant la survivance des religions, nous pourrions nous borner
à hausser les épaules, en déplorant la crédulité
humaine.
Ce faisant, nous manquerions à notre devoir envers les autres
hommes, qui souffrent encore aujourd'hui des impostures dont l'Humanité
demeure victime
TANTUM POTUIT RELIGIO SUADERE MALORUM
(Tant la religion a pu susciter de maux)
comme disait déjà, il y a plus de vingt siècles,
le grand poète latin, le grand philosophe romain Lucrèce,
qui sera plus d'une fois notre guide dans la suite de cet exposé.
D'une part, en effet, ceux qui ont conscience de posséder
la vérité ont le devoir de la faire partager.
D'autre part, les religions profitent du désarroi de la
Société devant les maux qui l'accablent aujourd'hui
pour tenter de faire croire aux hommes que leurs malheurs actuels
- qui prouvent l'inexistence d'un Dieu soi-disant tout puissant
et infiniment bon - sont précisément dus au fait qu'ils
ne respectent plus ses commandements.
C'est l'intégrisme, par lequel les religions tentent de
ramener la Société, de gré ou de force, sous
leur coupe.
Nous avons le devoir de l'en protéger en dénonçant
leurs impostures.
Ne le faisant pas, nous aurions sur les mains un peu du sang qu'elles
font couler partout où elles opposent les hommes les uns
aux autres, partout où le fanatisme de ceux qu'elles égarent
prétend imposer par la force des doctrines que la Raison
rejette.
Il est donc du devoir des athées de propager la vérité
à laquelle ils sont parvenus.
Mais comment ?
Echec de l'athéisme négatif
Les athées ont rédigé, publié, diffusé
depuis des années des milliers d'écrits répétant
- preuves à l'appui - que Dieu n'existe pas, dénonçant
- preuves à l'appui - l'imposture des religions.
Cette forme d’Athéisme - que nous appellerons Athéisme
négatif, car il se borne finalement à nier - n'est
pas parvenu, malgré tout le talent de ceux qui s'y sont consacrés,
à ébranler les religions.
Et c'est normal.
L'Homme a besoin de croire en quelque chose. Il a besoin d'une
explication du monde dans lequel il vit, d'une consolation face
aux maux de la vie, d'un espoir face à la mort. Les religions
les lui fournissent. L'Homme préfère se raccrocher,
même s'il doute chaque jour davantage de leurs enseignements,
aux illusions par lesquelles elles le bercent que se retrouver soudain
sans rien à croire.
La mort des religions, comme la naissance des sectes, le prouvent
également.
La mort des religions, d'abord.
Aucune religion n'est morte de sa mort naturelle, si l'on peut
dire, ceux qu'elle abusait se rendant compte un jour de l'absurdité
de ses dogmes et cessant d'y croire.
Les religions ne meurent que le jour où une autre foi -
religion ou philosophie - les remplace, apportant à l'Homme
des réponses plus satisfaisantes aux questions que son esprit
se pose, un réconfort plus profond face à sa peur
de la vie, à sa peur de la mort.
Osiris, Jupiter et Odin ne sont pas morts de vieillesse. Ils sont
morts tués par Dieu ou Allah.
Et ceux-ci vivront, pour le malheur des hommes, jusqu'à
ce qu'une autre foi vienne, à son tour, apporter à
leurs questions, à leur angoisse, des réponses plus
satisfaisantes que celles que leur apporte la Bible ou le Coran.
La naissance des sectes, ensuite.
Quand les religions existantes cessent de répondre aux attentes
de l'Homme, les sectes naissent, une secte étant une religion
en puissance, ou, si l'on préfère, une religion étant
une secte qui a réussi.
D'où la prolifération actuelle des sectes, dont beaucoup
- sinon toutes - donnent lieu aux plus sordides escroqueries, des
gourous sans scrupules abusant de la crédulité des
néophytes pour leur soutirer l'argent qu'ils sont prêts
à offrir à leur nouvelle Eglise avec la même
ferveur que celle des premiers chrétiens au temps où
le Christianisme n'était, lui aussi, qu'une secte.
Cette prolifération doit être, pour nous autres athées,
la preuve qu'un athéisme purement négatif ne saurait
répondre à l'attente de l'Homme.
Ceux qui entrent dans une secte ont été, un instant,
des athées comme nous. L'espace d'un instant, ils ont cessé
de croire à leur religion, ils ont cessé de croire
aux impostures dont leur Eglise les berçaient.
Mais ils n'ont pas trouvé dans cette absence de croyance
la réponse aux questions que leur esprit se posait, la sérénité
face aux angoisses de l'existence, le réconfort leur permettant
de supporter la peur de la vie, la peur de la mort.
Cette réponse, cette sérénité, ce réconfort,
ils les ont alors demandés aux sectes, comme il y a vingt
siècles nos ancêtres déçus du paganisme
les demandaient à Mithra, à Cybèle...ou à
Jésus.
Pour tirer notre prochain de l'emprise des religions, pour le tirer
des griffes des sectes, il est donc de notre devoir de lui fournir
une explication du monde lui permettant de supporter avec sérénité
les maux de l'existence, de supporter cette peur de la vie, cette
peur de la mort.
Il est de notre devoir de lui apprendre l'Univers.
L'Etre Suprême
Oui, il y a un Etre Suprême, éternel et infini, qui
régit toute chose, qui nous a créés, et auquel
nous rendrons, à notre mort, tout ce qu'il nous aura donné
l'espace de notre vie.
Ce n'est pas Dieu, création de l'esprit humain, que nul
n'a vu, ne voit et ne verra jamais... et pour cause.
Ce n'est pas Dieu, créé à notre image, et
capable comme le dernier d'entre nous de colère et de rancune.
Ce n'est pas Dieu, bien fatigué par le long usage qu'en
ont fait les Eglises pour tenter de régenter le monde en
son nom, car celui qui le créa, le submergea, fit s'ouvrir
la mer n'est plus capable, aujourd'hui, d'empêcher la ruine
d'un sanctuaire ou la maladie de celui qui se prétend son
représentant sur Terre.
Cet Etre Suprême, nous n'aurons jamais à croire en
lui, car il existe, car nous le voyons à chaque instant de
notre vie, car nous en faisons partie.
C'est l'Univers, éternel et infini, dont les lois régissent
tout ce qui est, fut et sera, dont les lois régissent à
chaque instant notre vie, nos actions, notre destinée.
L'UNIVERS
L'Univers, être suprême
Quand, par une belle nuit d'été, on lève les
yeux vers le ciel et que l'on y voit des centaines d'étoiles,
les contingences humaines reprennent alors leur place normale. L'on
songe en effet que chaque étoile est un soleil comme le nôtre,
autour duquel gravitent des planètes.
Sur certaines d'entre elles, la Vie s'est développée,
la pensée est apparue, des civilisations sont nées.
Ces mondes, nous ne les voyons pas, nos plus puissants télescopes
n'ont pu à ce jour les découvrir.
Et pourtant, nous sentons bien qu'ils existent, comme notre monde,
aussi réels, aussi présents que lui.
Vu de ces planètes, notre Soleil n'est plus, à son
tour, qu'une imperceptible étoile. Notre Terre n'est plus
visible, l'Humanité a disparu.
L'Astronomie nous apprend que les centaines d'étoiles que
nous voyons dans le ciel ne sont, à leur tour, qu'un coin
perdu parmi les cent milliards d'étoiles constituant notre
Galaxie.
Nos plus puissants télescopes ont découvert, à
des distances se chiffrant en millions d'années-lumière,
des milliers de galaxies comme la nôtre.
Combien de millions, de milliards de galaxies plus lointaines n'ont
encore jamais été vues dans nos télescopes,
ne le seront sans doute jamais.
Elles n'en existent pas moins, aussi réelles, aussi présentes
que l'étaient Uranus, Neptune ou Pluton durant les siècles
où les hommes, ne les voyant pas, en ignoraient l'existence.
Parvenu à ce stade, l'esprit humain pénètre
alors, et alors seulement, la vérité première
: la Terre a disparu, et avec elle l'Homme et ses problèmes,
le Soleil a disparu, notre Galaxie même a disparu.
Seule existe l'immensité sans bornes, sans limites, l'Infini,
l'Etre Suprême : l'Univers.
Nature de l'Univers
L'Univers est éternel.
L'Univers est infini.
L'Univers est régi par des lois immuables.
La Science constate chaque jour que l'Univers est régi par
des lois rigoureuses. Son objet, sa raison d'être, sont de
les découvrir.
Lois de la Physique, lois de la Chimie, que la Science a formulées
et qui, par leur exactitude, nous démontrent chaque jour
que nous vivons dans un monde où règne une harmonie
que nous constatons sans pouvoir la comprendre.
La Science, par contre, qui réclame des preuves concrètes
à l'appui de ses affirmations, n'ose encore dire si l'Univers
est éternel ou non, s'il est ou non infini. Beaucoup d'esprits
scientifiques sont encore dépassés par l'idée
d'infini dans l'espace, d'infini dans le temps, de même que
l'ordinateur s'affole devant une division par zéro.
L'Univers n'en est pas moins éternel et infini, ainsi que
nous le montre la Raison.
L'UNIVERS EST ETERNEL
La conservation de la matière
Au XVIII ème siècle, Lavoisier jeta les bases de
la Chimie en posant le principe de la conservation de la Matière
: rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Dix-huit siècles avant Lavoisier, Lucrèce, dans son
"De Natura Rerum", énonçait déjà
ce principe, vérité à laquelle Epicure était
parvenu par son seul génie :
NIL DE NILO FIERI POSSE
(Rien ne peut sortir du néant)
AUT POSSUNT AD NILUM QUAEQUE REVERTI
(Ni rien ne peut retourner au néant)
OMNIA COMMUTAT NATURA ET VERTERE COGIT
(La Nature transforme tout et l'oblige à se recycler)
Le principe de la conservation de la matière implique nécessairement
l'éternité de l'Univers.
Puisque la matière qui le constitue n'a jamais pu être
créée de rien, elle a donc toujours existé.
L'Univers est donc éternel.
Vérité simple, évidente, lumineuse, base de
toute philosophie.
Vérité dérangeante, vérité hérétique,
ruine de toutes les religions.
Si l'Univers est éternel, aucun Dieu, aucune puissance métaphysique
ne l'a jamais créé.
Toutes les religions ont toujours fait de leurs dieux les créateurs
de l'Univers.
Le principe de la conservation de la matière, en affirmant
l'éternité de l'Univers, le nie. La Genèse
n'est plus qu'une fable. Toutes les religions s'écroulent
comme des châteaux de cartes et il ne reste plus qu'à
rouler leurs dieux, avec Renan, dans le linceul de pourpre où
dorment les dieux morts
Laplace pourra répondre, à ceux qui lui demandaient
quelle place il assignait à Dieu dans sa magistrale "Exposition
du Système du Monde" : "Dieu ? ; Je n'ai pas besoin
de cette hypothèse !"
La soi-disant expansion de l'Univers
Au siècle dernier, des astronomes remarquèrent que
la lumière émise par les galaxies les plus lointaines
présente, lors de son analyse spectrographique, les mêmes
caractéristiques que celle émise, sur Terre, par les
objets s'éloignant de nous à très grande vitesse.
Ils établirent, en outre, une corrélation entre cette
anomalie et l'éloignement des galaxies : plus la galaxie
était lointaine, plus l'anomalie était importante,
et donc plus la galaxie s'éloignait de nous à grande
vitesse.
L'Univers cessait d'avoir la majestueuse stabilité qu'admettaient
jusque là les astronomes : il était "en expansion".
Ainsi allait naître la théorie du "Big Bang"
qui jouit, aujourd'hui encore, d'un succès bien immérité.
Le "Big bang"
Dès l'instant où l'on admet que l'Univers est en
expansion, l'on est tenté de rechercher où se trouvaient,
il y a cinq, dix ou quinze milliards d'années, les galaxies
dont nos télescopes nous indiquent aujourd'hui l'emplacement
qu'elles occupaient il y a cinq cent millions d'années -
ou davantage - compte tenu du temps mis par leur lumière
pour parvenir jusqu'à nous.
De même qu'en remontant les rayons d'une roue de bicyclette
en partant de la jante on parvient au moyeu, de même, en parcourant
en sens inverse la trajectoire que les galaxie sont supposées
avoir parcourue durant les milliards d'années qu'aurait duré
leur course dans l'espace, l'on peut déterminer un point
central où toutes les galaxies - c'est-à-dire toute
la matière de l'Univers - auraient dû se trouver regroupées,
sous une forme difficilement imaginable, il y a de cela 15 milliards
d'années, âge que cette théorie assigne à
l'Univers.
Quant au mécanisme les ayant propulsées à
la place où nous les voyons aujourd'hui dans nos télescopes,
rien de plus simple : il suffit d'imaginer une gigantesque explosion
qui aurait projeté en tous sens la matière originelle,
de même que l'explosion d'une bombe projette ses éclats
dans toutes les directions.
Cette explosion originelle, nul ne peut, bien entendu, l'expliquer
ni l'imaginer.
L'on a seulement pu la désigner sous le nom de "Big
bang", dont la traduction française "Grand Boum"
permet d'apprécier à sa juste valeur toute la rigueur
scientifique.
Succès de la théorie du "Big bang"
Jamais dans l'Histoire de la Science une théorie aussi absurde
n'aura connu un tel succès.
Théorie absurde : si toute la matière de l'Univers
s'était effectivement trouvée concentrée en
un point à l'origine de celui-ci, l'attraction y aurait été
telle qu'aucune force n'aurait jamais pu la disperser dans l'espace.
L'Astronomie nous offre, à des échelles incommensurablement
plus modestes, l'exemple de telles concentrations de matière
: ce sont les "Trous noirs", ainsi nommés parce
que l'attraction y est telle que la lumière elle-même
ne peut s'en échapper.
Comment expliquer, comment imaginer même, l'explosion qui
aurait permis à la matière de s'en échapper
et l'aurait projetée à des distances astronomiques
(au sens propre du terme) pendant quinze milliards d'années
?
A moins d'admettre, comme le soutiennent certains adeptes du "Big
Bang" pour esquiver cette objection, que l'Univers n'avait
que la dimension d'un atome à la seconde où il eut
lieu, la matière n'étant pas encore "créée".
De qui se moque-t-on ?
Et l'on ne peut que s'étonner qu'une théorie aussi
absurde que celle du "Big Bang" soit devenue aujourd'hui
la conception "officielle" en Astronomie, au point que
celui qui la réfuterait serait vilipendé comme hérétique
ou ignoré comme attardé.
Pourquoi ce succès ?
Les Astronomes qui ont échafaudé la théorie
du "Big Bang" sont, pour la plupart, des américains.
En Amérique, la Bible demeure le Livre par excellence :
celui sur lequel le Président prête serment lors de
son investiture, le témoin lors de son audition par le Tribunal.
La croyance en Dieu fait partie intégrante du conformisme
américain, au point qu'il est difficile de faire la part
entre la foi sincère et la dévotion affectée
de Tartuffe, dans un pays où elle constitue un certificat
de civisme et donc la condition sine qua non de toute réussite
sociale.
Y soutenir que l'Univers est éternel, c'est nier la Genèse
et donc se proclamer athée. C'est se voir mis à l'index,
marginalisé et, il n'y a pas si longtemps encore, suspecté
d'être un dangereux communiste.
Croire - ou feindre de croire - au "Big Bang", c'est
satisfaire l'opinion publique en reniant Laplace, en avouant "Dieu
? J'ai besoin de cette hypothèse."
Le "Big bang", en effet, ne pourra jamais être
une hypothèse scientifique sérieuse : c'est le retour
au "Fiat lux !"
Seul un Dieu, en effet, pourrait appuyer sur le détonateur
et propulser ainsi tout l'Univers dans l'infini de l'espace. Toutes
les Eglises l'ont donc accueilli avec soulagement, ce qui explique
son succès dans un pays où elles demeurent exceptionnellement
influentes.
L'illusion de l'expansion de l'Univers
Au Moyen-âge, les hommes voyaient les étoiles glisser
lentement de l'Est à l'Ouest entre le crépuscule et
l'aube.
D'où la conclusion immédiate - et parfaitement logique
- que les étoiles tournaient autour de la Terre, centre du
Monde.
Combien de siècles et de peine a-t-il fallu pour leur faire
comprendre que la Terre n'était qu'un grain de poussière
dans l'Univers et que s'est seulement parce qu'elle tournait sur
elle-même qu'il semblait tourner autour d'elle.
Huit siècles plus tard, la même illusion recommence.
L'astronome, en braquant son spectrographe sur les galaxies les
plus lointaines, constate que la lumière qu'elles émettent
présente les mêmes caractéristiques que celle
émise sur Terre par les objets s'éloignant de nous
à grande vitesse.
Il constate, en outre, que cela est vrai dans toutes les directions,
quelque soit la constellation dans laquelle se situent ces galaxies.
Il en déduit, avec la même logique que l'homme du
Moyen-âge, que l'Univers est en expansion.
Il ne remarque pas assez, toutefois, que, puisque toutes les galaxies
fuient également dans toutes les directions, la Terre - ce
grain de poussière perdu dans l'Univers - se retrouve à
nouveau au centre de celui-ci, au point où le "Big bang"
est supposé lui avoir donné naissance il y a de cela
quinze milliards d'années.
La Terre à nouveau centre de l'Univers ?
N'est-ce pas là une raison suffisante pour se demander si
l'expansion de l'Univers n'est pas, elle aussi, une illusion, comme
le fut autrefois sa rotation autour de la Terre?
En Astronomie, comme en tout autre domaine, les solutions les plus
simples sont toujours les meilleures. Le célèbre clown
Grock déchaînait le rire en s'efforçant de rapprocher
son piano du tabouret sur lequel il était assis...alors qu'il
lui aurait été si facile de rapprocher le tabouret
du piano.
Plutôt que supposer que l'Univers entier tourne autour de
la Terre, il fut plus simple d'admettre que la Terre tourne tout
simplement sur elle-même.
Plutôt que supposer l'Univers en expansion, il est beaucoup
plus simple d'admettre que la lumière reçue des galaxies
les plus lointaines est légèrement différente
de celle reçue du Soleil, qu'elle présente le même
spectre que celle émise sur Terre par des objets d'éloignant
de nous à très grande vitesse.
Dans les deux cas, en effet, sa vitesse est moindre - très
légèrement moindre, mais moindre quand même
- que sa vitesse normale.
La lumière émise par un objet s'éloignant
de nous à très grande vitesse nous parvient à
une vitesse diminuée de la vitesse d'éloignement de
cet objet.
La lumière reçue d'une galaxie située à
deux cent millions d'années-lumière est une lumière
fossile, émise au temps où les dinosaures traînaient
encore leur masse pesante dans les marécages herbeux, au
temps où les ptérodactyles étendaient encore
dans le ciel leurs grandes ailes de chauve-souris.
La lumière est, comme toutes choses, matière et,
comme telle, soumise à l'attraction universelle, ainsi que
le prouve sa capture dans les "Trous noirs", la déviation
de la lumière des étoiles lorsqu'elle passe à
proximité de la Lune.
Il est donc normal - c'est le contraire qui serait étonnant
- que la lumière reçue d'une galaxie située
à deux cent millions d'années-lumière nous
parvienne, du fait des attractions, si faibles soient-elles, dont
elle fut l'objet durant deux cent millions d'années à
une vitesse diminuée de l'incidences des innombrables attractions
qui la freinèrent durant son voyage jusqu'à nous.
Cela explique que son spectre soit semblable à celui des
objets s'éloignant de nous à très grande vitesse.
Certes, la Science exige toujours des preuves, et l'on ne peut
prouver cette "fatigue" de la lumière, pour reprendre
l'expression des rares astronomes qui soutinrent cette théorie
à l'encontre des partisans du "Big bang".
La Raison veut que nous croyons davantage à ce phénomène
facilement explicable qu'à une prétendue expansion
de l'Univers, supposant à son origine un grand Boum dont
la cause et le mécanisme demeureront toujours parfaitement
incompréhensibles... sauf, bien entendu, pour les religions,
trop heureuses d'y voir un retour à un divin "Fiat lux
!"
Le jour où les progrès de l'Astronomie auront permis
de démontrer que la soi-disant expansion de l'Univers n'est
qu'une illusion dûe à la fatigue de la lumière,
la postérité rendra à ceux qui le soutiennent
aujourd'hui le même hommage que celui qu'elle rend à
Galilée pour le courage avec lequel il soutint la vérité
contre les préjugés de son époque.
A l'éternel de la Bible - que nul n'a jamais vu ... et pour
cause - la Raison substitue le seul et véritable Eternel,
l'Univers, que chacun de nous peut contempler chaque soir en levant
les yeux vers le ciel étoilé.
L'UNIVERS EST INFINI
L'Univers des philosophes
Dès l'Antiquité, alors que les hommes n'apercevaient
encore dans le ciel nocturne que les astres visibles à l'oeil
nu, les philosophes étaient parvenus à la conception
que le Monde que nous connaissons n'était pas unique, mais
qu'il y en avait d'autres dans l'Univers, en quantité innombrable.
Lucrèce résuma cette conception dans deux vers célèbres
du "De Natura Rerum" :
TERRAMQUE ET SOLEM, LUNAM, MARE, COETERA QUAE SUNT
(La Terre, le Soleil, la Mer et toutes les autres choses qui existent)
NON ESSE UNICA, SED NUMERO MAGIS INNUMERABILI
(Ne sont pas uniques, mais existent en quantité innombrable)
Au XVII ème siècle, Pascal reprendra cette conception
d'un Univers infini dans cette splendide définition :
Le Monde est une sphère dont le centre est partout et la
circonférence nulle part.
Cette conception d'un Univers infini est confirmée tant
par les observations astronomiques que par la notion même
d'Espace.
Les observations astronomiques
Depuis Galilée, depuis l'invention de la première
lunette, l'Homme dispose d'instruments de plus en plus puissants
pour observer le ciel.
Depuis quatre cents ans, le grossissement de nos lunettes, de nos
télescopes, ne cesse d'augmenter.
Depuis quatre cents ans, le nombre d'étoiles et de galaxies
que nous découvrons grâce à eux s'accroît
dans la même proportion.
En se basant sur cette constatation, rien n'indique que l'Univers
ait une limite.
Tout laisse penser qu'il est infini.
La notion d’Espace
L'Univers occupe tout l'Espace, lequel est, par définition,
infini. Si l'on veut fixer une limite à l'Univers, il faut
nécessairement que quelque chose le limite.
Ce quelque chose, s'il existait, ferait encore partie de l'Univers.
Le paradoxe d'Oberts
Au XIX ème siècle, l'astronome Oberts contesta que
l'Univers soit infini en se basant sur l'aspect du ciel nocturne.
Si l'Univers est infini, disait-il, pas un seul point du ciel devrait
demeurer noir, puisque de chaque point de la voûte céleste
devrait nous parvenir la lumière d'une galaxie.
Le ciel nocturne devrait être éblouissant, ce qui
n'est manifestement pas le cas. Cette conception, excusable à
l'époque, est, bien entendu, complètement fausse.
Les étoiles sont séparées les unes des autres
par des distances sans commune mesure avec leur diamètre.
On l'a illustré par l'exemple suivant : si on donnait à
une étoile la taille d'une prune, l'étoile la plus
proche d'elle se situerait à une distance moyenne de 1.000
km.
Qu' y a-t-il, maintenant, dans l'espace séparant nos deux
prunes, dans l'espace interstellaire ?
Le vide, certes, mais pas tout à fait le vide.
Chaque mètre cube de cet espace renferme quelques molécules,
qui, malgré cette raréfaction extrême de la
matière, n'en représentent pas moins, au niveau de
l'Univers, une masse considérable, équivalant approximativement
à la masse totale des étoiles.
Cette masse obscure, car n'émettant aucune lumière,
trouble déjà la lumière reçue des étoiles
de notre Galaxie.
Quant à la lumière reçue des galaxies les
plus lointaines, elle ne nous parvient plus, étant totalement
occultée par cette matière qui finit par former, sur
des distances se chiffrant en millions d'années-lumière,
un véritable écran.
Un jour viendra où, malgré de nouveaux progrès
dans la puissance de nos télescopes, des zones de l'espace
demeureront perpétuellement obscures.
Ce jour-là, nous n'aurons pas atteint la limite de l'Univers.
Nous aurons atteint la limite de la vision terrestre.
La courbure de l'Espace
L'esprit scientifique n'aime pas l'infini, qui le dépasse
et le dérange.
Aussi, puisque l'Univers occupe tout l'Espace, a-t-il cherché
à ce que l'Espace lui-même soit fini.
Il suffit pour cela d'admettre une "courbure de l'Espace"
qui, finalement, le réduit à une immense sphère,
comme dans la définition de Pascal.
En ce cas, l'Univers serait fini, limité de toutes parts
par la courbure de l'Espace.
En même temps, il demeurerait infini, car nous pourrions
le parcourir éternellement sans rencontrer ses limites, de
même qu'un avion pourrait faire indéfiniment le tour
de la Terre.
Seulement, nous repasserions par les mêmes points et retrouverions,
à des milliards d'années-lumière, la Terre
que nous croirions avoir quittée à jamais.
C'est possible, mais ce n'est qu'une hypothèse.
L'Univers est infini
En attendant qu'on puisse prouver le contraire, nous admettrons
donc que l'Univers est infini.
Sur le plan philosophique, l'infini de l'Univers n'est pas aussi
primordial que son éternité.
Si l'Univers n'était pas éternel, il faudrait expliquer
sa création, ce qui nous replongerait en pleine métaphysique
et nous entraînerait dans des hypothèses aussi invérifiables
qu'irrationnelles.
Si l'Espace est effectivement courbe, sa courbure ne nous pose
pas le moindre problème métaphysique.
L'UNIVERS EST REGI PAR DES LOIS IMMUABLES
La Science n'étant pas encore en mesure de prouver que l'Univers
est éternel et infini, nous avons dû le faire pour
elle, en substituant à la vérité scientifique,
basée sur l'expérience, la vérité philosophique,
basée sur la raison.
Que l'Univers soit régi par des lois, voila qui est certes
beaucoup plus surprenant, en impliquant l'organisation de la Matière,
en supposant avec Virgile que
MENS AGITAT MOLEM
(L'esprit anime la matière)
Et pourtant nous n'aurons pas même à tenter de le
prouver, car la Science l'a fait depuis des siècles : c'est
là l'objet de la Physique, de la Chimie, de la Biologie et
chacun connaît aujourd'hui grâce à elles les
lois qui régissent l'Univers pour assurer son harmonie permanente.
Nous n'en dirons donc rien
*
LE DETERMINISME UNIVERSEL
L'enchaînement nécessaire des causes et des effets
Notre esprit ne peut comprendre l'organisation de l'Univers, qui
le dépasse et le dépassera toujours par son infinie
complexité.
Il peut toutefois la reconnaître chaque jour dans l'enchaînement
nécessaire des causes et des effets, qui régit tous
les phénomènes conformément aux lois physiques
et chimiques.
Chaque phénomène a nécessairement une cause.
Aucun phénomène ne se produit fortuitement. Il résulte
toujours d'un phénomène qui le précède.
Prenons pour exemple une pierre qui se détache du sommet
d'une montagne.
Jamais aucune pierre ne s'est détachée "par
hasard" du sommet d'une montagne.
Ce phénomène a toujours une cause.
Le froid de la nuit a transformé en glace l'eau de pluie
qui s'était infiltrée la veille dans une fissure du
rocher. En se dilatant, la glace a fait éclater le rocher
et en a détaché un fragment.
Dans la journée, la chaleur du soleil a fait fondre la glace.
La pierre, n'étant plus soudée au rocher par celle-ci,
tombe dans le vide conformément aux lois de la pesanteur.
Cet enchaînement de trois phénomènes :
- le froid a transformé l'eau de pluie en glace
- la dilatation de la glace a fait éclater la roche
- le soleil a fait fondre la glace constitue la cause nécessaire
du quatrième : la chute de la pierre.
Réciproquement, ce quatrième phénomène
est la conséquence nécessaire des trois premiers :
ceux-ci s'étant produits, la pierre ne pouvait pas ne pas
se détacher de la montagne.
Le terme "hasard" n'a pas de sens et ne dissimule que
notre ignorance des causes des phénomènes. Tout ce
qui se produit devait nécessairement se produire.
Si l'on nous demande maintenant où la pierre va tomber,
nous répondrons que nous n'en savons rien.
Si nous connaissions avec précision le poids de la pierre,
sa forme, son centre de gravité, le relief de la montagne,
la direction et la force du vent, etc... Nous pourrions calculer
avec une précision absolue le point précis où
s'arrêtera sa chute.
Les lois de la Physique, reflet de l'organisation de l'Univers,
le détermine inéluctablement.
Les deux principes d'organisation de l'Univers
Cet exemple nous permet de poser ainsi les deux principes d'organisation
de l'Univers :
Premier principe : tout phénomène a une cause, dont
il est lui-même la conséquence nécessaire. Il
ne pouvait pas ne pas se produire.
Deuxième principe : tout phénomène se produit
conformément aux lois physiques et chimiques qui régissent
la Matière. S'il ne pouvait pas ne pas se produire, il ne
pouvait pas non plus se produire autrement qu'il s'est produit.
Le déterminisme de l'Univers
Parvenus à ce stade, nous découvrons soudain - comme
le voyageur qui, parvenu à un col, voit s'ouvrir devant lui
un nouvel horizon - une vérité qui constituera, avec
l'éternité de l'Univers, les deux bases de notre philosophie
: le Déterminisme Universel.
Tout ce qui se produit dans l'Univers devait nécessairement
se produire, et se produire exactement comme il s'est produit.
L'organisation de l'Univers, c'est le déterminisme absolu.
Apparition de la Vie
Avec la pierre qui se détache du sommet de la montagne,
nous restons dans le domaine de la Matière.
Supposons maintenant que la pierre ait une volonté, une
possibilité d'action, qu'elle se cramponne à la montagne,
qu'elle tente de freiner sa chute en s'agrippant aux aspérités
de la parois... En un mot, qu'elle devienne vivante.
Ainsi se pose le problème de la Vie, qui constitue et constituera
toujours la grande interrogation de la philosophie.
S'il n'y avait dans l'Univers que la matière inanimée,
rien n'empêcherait de le concevoir, comme nous le faisons,
comme un engrenage infini soumis inexorablement aux lois physiques
et où tout se produit nécessairement comme il devait
se produire. Mais voici qu'apparaît maintenant la Vie, c'est-à-dire
une petite partie de matière, certes, mais mue par une volonté
propre, qu'elle provienne des simples réactions biologiques
du protozoaire ou, à l'autre extrémité de l'échelle,
de l'intelligence humaine.
Vie et déterminisme
Un déterminisme absolu nous est apparu comme le principe
d'organisation de l'Univers.
Chaque phénomène résulte d'un enchaînement
nécessaire de causes et d'effets. Il ne pouvait pas ne pas
se produire, ni se produire autrement qu'il s'est produit.
En va-t-il autrement pour les êtres vivants ?
Prenons ceux-ci dans leur plus haute expression : l'Homme.
A chaque instant, il nous semble que nous décidons librement
de nos actions et que notre existence échappe ainsi au déterminisme
qui régit la matière inanimée.
Pure illusion.
Nos actions sont, certes, commandées par notre cerveau,
mais comment celui-ci fonctionne-t-il ?
Le fonctionnement de notre cerveau est conditionné par trois
facteurs :
- la conformation de ses lobes, facteur congénital
- les données de notre mémoire
- le sang qui l'irrigue et lui apporte, comme à tout autre
organe de notre corps, les éléments indispensables
à son fonctionnement.
La conformation des lobes de notre cerveau est déterminée
par notre hérédité et notre développement
physique.
Les données de notre mémoire sont déterminées
par notre existence passée.
Quant au sang qui l'irrigue, sa composition est déterminée
par notre alimentation et notre métabolisme.
A chaque instant, nos pensées, que nous croyons libres,
sont donc déterminées par des facteurs matériels
qui les conditionnent, les orientent, les dirigent, nous les imposent
telles qu'ils les ont déterminées.
Nos décisions, fruits de nos pensées, sont donc,
elles aussi, déterminées.
Nos actions - et plus généralement les actions de
tous les êtres vivants - sont donc déterminées
aussi rigoureusement que la chute d'une pierre qui se détache
du sommet d'une montagne.
Ainsi s'explique que la Vie ait sa place dans l'organisation de
l'Univers, régie par un déterminisme absolu.
A l'instant où je frappe ces lignes, je ne pouvais être
ailleurs que là où je suis. Je ne pouvais pas avoir
une autre conception des choses que celle que j'ai en ce moment.
Je ne pouvais trouver d'autres mots pour l'exprimer que ceux que
vous lisez actuellement.
Négation du Libre Arbitre
Nombreux sont ceux qui soutiennent que l'Homme décide de
ses actes en toute liberté, selon ce qu'on est convenu d'appeler
le "Libre Arbitre", conception selon laquelle l'Homme,
pleinement maître de sa pensée, décide souverainement
de ses actions et en porte donc la responsabilité.
C'est la conception des Eglises et des philosophies, et cela s'explique
facilement.
Les unes comme les autres prétendent donner des leçons
à l'Homme sur la façon dont il doit se conduire.
Que deviendraient leurs leçons si l'Homme pouvait leur répondre
:
"Tout ce que vous dites est très beau et peut-être
très vrai, mais j'agis conformément à ce que
mon cerveau m'ordonne de faire, celui-ci étant régi
par les lois physiques et chimiques qui conditionnent, à
chaque seconde, les ondes qu'il émet et que vous appelez
pensée."
Les Eglises proclament donc le Libre Arbitre de l'Homme et Bossuet
écrivit, en réponse aux Jansénistes, un "Traité
du Libre Arbitre" qui demeure une de ses formulations les plus
fameuses.
Sans Libre Arbitre, en effet, comment condamner le pécheur
?
Les philosophes en font le postulat de leurs systèmes, car,
si l'Homme n'a pas la liberté de choisir sa conduite, que
deviennent les leçons de Platon ou les impératifs
catégoriques de Kant ?
Le Déterminisme nie cette prétendue liberté
de choix.
Les lois physiques et chimiques de l'Univers régissant le
fonctionnement du cerveau humain avec la même rigueur qu"elles
régissent le fonctionnement de notre coeur ou de notre foie,
nos pensées, ondes émises par notre cerveau, sont
déterminées aussi rigoureusement que notre rythme
cardiaque ou la sécrétion de notre bile.
Nos pensées étant déterminées, nos
décisions et donc nos actions le sont également.
Revenons à cette belle nuit d'été où,
levant les yeux vers le ciel, nous avons compris dans le scintillement
vertigineux des étoiles que l'Univers est tout et que l'Homme
n'est rien, rien qu'une particule infime de celui-ci, obéissant
aux lois qui le régissent éternellement, comme leur
obéissent la course des galaxies, l'orbite des planètes,
la dérive des continents, l'évolution des espèces,
la floraison des végétaux.
Dans un tel Univers, serait-il logique, serait-il rationnel que
l'Homme - cette infime partie d'un Tout dont nous percevons l'harmonie
éternelle sans pouvoir la comprendre - puisse seul agir à
sa guise ?
Déterminisme et Fatalisme
Le Déterminisme aboutit à la même conclusion
que le Fatalisme : tout, dans l'Univers, se déroule nécessairement
comme il devait se dérouler. Chaque évènement
se produit à l'instant et au lieu où il devait se
produire et se produit tel qu'il devait se produire.
Le Déterminisme est donc un Fatalisme, mais il est beaucoup
plus que lui.
Le Fatalisme n'explique pas pourquoi il en est ainsi. Il attribue
le fait que les choses sont ce qu'elles sont et ne pourraient être
autrement à une entité aussi vague qu'imaginaire :
le Destin.
Mais qu'est-ce que le Destin ?
Dans la pensée antique, le Destin n'était que la
volonté des dieux, et cette conception est passée
dans le Christianisme sous le nom de Providence divine.
L'Islam est si profondément teinté de fatalisme,
toute chose se déroulant selon la volonté d'Allah,
qu'on ne peut prononcer son nom sans que l'écho réponde
:
C'était écrit !"
Le Déterminisme explique rationnellement, par l'enchaînement
nécessaire des causes et des effets que chacun vérifie
chaque jour, pourquoi les choses se produisent comme elles se produisent
et n'auraient pu se produire autrement.
Le Fatalisme - et c'est là le seul grief que les moralistes
aient jamais pu lui faire - nous endormirait dans l'inaction, l'Homme
se disant : "Réflexion faite, je ne ferai rien aujourd'hui
et me recouche, les choses devant nécessairement se dérouler
comme elles se dérouleront, que j'y participe ou non !"
Une telle décision suppose le Libre Arbitre, la liberté
de choix entre agir ou ne pas agir.
Le Déterminisme n'admet pas le Libre Arbitre, le fonctionnement
de notre cerveau nous dictant chacune de nos actions, comme il dicta
jadis, à Alexandre, César ou Napoléon, chacune
des leurs.
Si vous l'appelez Fatalisme, il sera difficile de dire, après
ces trois exemples, qu'il engendre l'inaction !
LA DESTINEE HUMAINE
L'Homme n'est que matière
Tout en l'Homme est matière, et la pensée, dont nous
sommes si fiers, n'est qu'une onde cérébrale créée
par la combustion de la matière.
La combustion est le phénomène primordial de l'Univers,
transformant la matière en ondes.
Frottez sur le grattoir une allumette, assemblage de phosphore,
de soufre et de bois. Une flamme jaillit, transformant la matière
inerte qui constituait l'allumette en ondes lumineuses. Le phosphore,
le soufre et le bois sont devenus soleil, émettant comme
lui lumière et chaleur.
Alors que la combustion de la matière inanimée est
accidentelle, la combustion de la matière animée est
permanente, continue. Cette lente combustion constitue à
proprement parler la Vie, transformation incessante de la matière
inanimée - les aliments - en matière animée,
les cellules végétales, animales, humaines.
Cette combustion crée des ondes. Les combustions cellulaires
de notre cerveau donnent naissance aux ondes cérébrales.
Ainsi naît la pensée, ultime transformation de la matière.
Certains ont cru pouvoir isoler la pensée de la matière,
en ont fait une entité à part, l'ont même opposé,
sous le nom d'esprit, à la matière.
Partant de là, ils sont même allés plus loin,
en en faisant une abstraction immatérielle, l'âme,
qui, prisonnière du corps durant l'existence, se séparerait
de lui au jour de la mort pour continuer, dans un "au-delà"
imaginaire, sa propre existence.
Autant vouloir séparer la lumière et la chaleur d'une
flamme de la matière qu'elle consume, la musique qui charme
nos oreilles des vibrations de l'air dues aux cuivres et aux cordes.
Le jour de notre mort, tout disparaît en nous, dans la dissociation
des atomes éternels dont nous ne sommes que l'assemblage
éphémère.
Avec la mort, nous devenons poussière. En s'exprimant ainsi,
les religions entendaient humilier l'Homme, en opposant à
la prétendue éternité de leurs dieux la vanité
précaire de l'existence humaine.
Avec la mort, nous ne redevenons pas matière, car nous ne
pouvons redevenir ce que nous n'avons jamais cessé d'être.
Ce qui fut notre corps reprend seulement sa place dans le cycle
éternel de l'Univers auquel chaque atome de notre être
a appartenu, appartient et appartiendra.
Ouvrons notre main, regardons sa paume, demandons nous où
se trouvait, il y a deux mille ans, chacun des atomes qui la constituent.
Cet atome de carbone appartenait à un chêne de la
grande forêt hercynienne. Cet atome de sodium, à la
mer brumeuse baignant les côtes de Bretagne. Cet atome d'azote,
à un épi de blé balancé par le vent
sous le ciel bleu de Sicile...
Assemblage éphémère d'atomes éternels,
nous les rendons au jour de notre mort à l'Univers auquel
ils appartiennent, auquel ils n'ont jamais cessé d'appartenir.
Ils continueront alors leur cycle éternel, passant d'un
corps à l'autre conformément aux lois physiques et
chimiques, dans l'enchaînement sans fin des causes et des
effets.
Un jour, dans cinq ou dix milliards d'années - demain à
l'échelle de l'Univers - la matière de notre système
solaire, désintégrée dans l'explosion finale
de celui-ci, tourbillonnera à nouveau dans l'espace infini.
Un jour, un nouveau Soleil renaîtra de ce tourbillon.
Ce jour-là, la matière de notre corps actuel deviendra
Soleil. Ce jour-là, nous deviendrons Soleil.
En attendant, il faut vivre.
Les deux mondes de la vie
Notre vie se déroule dans deux mondes parallèles
que nous ne distinguons pas l'un de l'autre, tant ils sont intimement
mêlés : le monde des actions et le monde des sensations.
Le monde des actions
Le monde des actions est un monde réel et continu.
A chaque instant, nous agissons, même quand nous dormons,
car dormir, c'est encore agir.
Comme la révolution des planètes autour du Soleil,
comme la mer qui ronge le pied de la falaise, comme le vent qui
soulève le sable du désert, nos actions contribuent
en permanence, sans que nous en ayons conscience, à l'Harmonie
Universelle.
C'est pourquoi elles obéissent nécessairement aux
mêmes lois que celles qui régissent la course des planètes,
le mouvement des vagues, la direction des vents. C'est pourquoi
elles sont ce qu'elles sont et n'auraient pu être autrement,
étant inexorablement régies par l'enchaînement
des causes et des effets.
Le monde des actions ne connaît qu'un temps : le présent.
Quand nous agissons, nous n'agissons pas hier ou demain. Nous agissons
aujourd'hui, à l'instant présent.
Le monde des sensations
Le monde des sensations est un monde imaginaire et discontinu.
Monde imaginaire, il n'existe que dans notre esprit.
Un homme vient de mourir. Son coeur a cessé de battre, son
cerveau de penser.
Dans la réalité des choses, il n'y a désormais
qu'un corps inerte, dont la décomposition rendra à
l'Univers les atomes dont il n'était que l'assemblage éphémère.
Le défunt laisse un fils, une épouse, un père.
Leur douleur, leur chagrin, n'existe que dans leur pensée,
dans leur imagination.
Le monde des sensations est un monde discontinu.
Quand nous dormons, il disparaît Quand nous agissons, il
s'estompe et peut même finir par disparaître.
Cet homme vient de perdre son enfant.
Donnez lui un problème à résoudre, un travail
délicat ou difficile à exécuter.
Celui-ci absorbera toute sa pensée. Il en oubliera, dans
la tension d'esprit nécessaire pour résoudre le problème
ou effectuer le travail, le chagrin qui le rongeait.
La douleur physique elle-même s'estompe et pourra disparaître
dans le feu de l'action : chacun connaît l'histoire véridique
du soldat qui, blessé durant un combat, ne s'en rendit compte
que celui-ci fini.
Alors que le monde des actions ne connaît qu'un temps, le
présent, le monde des sensations connaît non seulement
le présent - par le plaisir et la douleur - mais également
le passé - par le souvenir, le regret ou le remord - et le
futur - par l'espoir et la peur.
LE MONDE DES ACTIONS
Nos actions sont déterminées
L'Homme n'étant que matière, ses pensées,
ses décisions, ses actions sont, à chaque instant,
déterminées par les lois physiques et chimiques qui
régissent l'Univers dans l'enchaînement nécessaire
des causes et des effets.
Beaucoup n'accepteront jamais cette idée, persuadés
qu'ils en sont maîtres, et l'expérience quotidienne
semble leur donner raison.
Celui qui joue au Loto et coche les chiffres 34, 48, 4, 12, 23
et 9 à l'impression d'être pleinement libre dans le
choix de ces chiffres.
Si ce choix lui apporte une fortune qui changera sa vie, il aura
la conviction d'en avoir, lui et lui seul, changé le cours.
Qu'en est-il réellement ?
La sortie lors du tirage des boules portant ces numéros
sont, nul ne le contestera, régie exclusivement par les lois
de la Physique.
Compte tenu de leurs positions initiales lorsqu'elles furent introduites
dans l'appareil, de l'impulsion qu'elles reçurent, des trajectoires
qui en résultèrent, ce sont les boules portant ces
numéros - et elles seules - qui devaient nécessairement
sortir lors du tirage.
Par contre, le choix de ceux-ci par le parieur parait libre. Mais
l'était-il vraiment ?
A la seconde précise où il cochait chaque numéro,
son choix était déterminé par le jeu des neurones
de son cerveau, déterminé lui même par les lois
de la Biologie.
Pour qu'il coche le 47 au lieu de cocher le 48, il eut fallu que
ce jeu fût différent. Pouvait-il l'être ? Non,
car l'enchaînement des causes et des effets voulait que les
neurones de son cerveau, à l'instant où il cochait
le numéro 48, fonctionnent nécessairement comme ils
le firent.
Le choix des numéros par la parieur et la sortie de ces
mêmes numéros lors du tirage sont donc déterminés
aussi rigoureusement l'un que l'autre, l'un par les lois de la Biologie,
l'autre par les lois de la Physique, tous deux par l'enchaînement
nécessaire des causes et des effets.
Ces deux phénomènes distincts se produisent séparément
dans deux domaines différents. C'est leur conjonction qui
changera la vie du parieur en lui apportant la fortune.
Certains introduisent ici la notion de hasard, en disant que c'est
un hasard si les numéros qui sortent lors du tirage sont
ceux que l'on a choisis. D'où le nom de jeux de hasard donné
aux loteries.
D'autres, plus rigoureux, préfèrent parler de probabilité
et calculeront que l'on a une chance sur quatorze millions de voir
sortir au Loto les six numéros que l'on a cochés.
En réalité, il n'y a ni hasard, ni probabilité.
Le même déterminisme, qui régit le choix des
numéros par le parieur et la sortie des boules lors du tirage,
régit la conjonction des deux phénomènes. Le
gagnant devait nécessairement gagner, les perdants devaient
nécessairement perdre.
Le Déterminisme Universel régit la destinée
humaine aussi rigoureusement que la rotation de la Terre ou les
mouvements de la mer.
L'Homme n'est pas maître de ses décisions, celles-ci
étant la résultante de ses pensées, elles-mêmes
conditionnées par le fonctionnement de son cerveau, régi,
comme toute matière, par les lois de l'Univers et l'enchaînement
nécessaire des causes et des effets.
N'étant pas maître de ses décisions, il n'est
pas maître de ses actions.
L'on ne pourra jamais le prouver scientifiquement et beaucoup continueront
à le nier. Seule, ici encore, la Raison nous en convainc.
Dans un monde où la matière inanimée est régie
par des lois immuables, serait-il rationnel que la matière
animée - animal ou Homme - agisse seule à sa guise
?
N'est-il pas plus logique de la croire soumise aux mêmes
lois, régie par le même déterminisme, concourant
de la même façon à l'Harmonie Universelle ?
L'irresponsabilité humaine
Un nuage noir apparaît à l'horizon. Il crève
sur nos têtes en précipitant des milliers de grêlons.
La loi de la pesanteur régit leur chute, l'enchaînement
des causes et des effets détermine leur point d'impact. Beaucoup
roulent dans l'herbe. Certains coupent des fleurs, détruisent
des treilles, cassent des carreaux.
Dira-t-on qu'il y a des "bons" grêlons, des "méchants"
grêlons ? Non, car ce serait absurde, nul d'entre eux n'étant
responsable de sa trajectoire, de son point de chute.
Les grêlons, ce sont les hommes. Leurs points de chute, leurs
actions.
De même qu'il n'y a ni "bons" grêlons, ni
"méchants" grêlons, il n'y a ni bons, ni
méchants. Il n'y a que des hommes qui agissent chacun comme
le fonctionnement de son cerveau le contraint d'agir et ne sont
pas plus responsables de leurs actes que les grêlons n'étaient
responsables, pris individuellement, des dégâts qu'ils
causaient.
A chaque instant, chacun agit comme il estime devoir agir, car,
sinon, il n'agirait pas ainsi. Et s'il estime devoir agir comme
il le fait, c'est que les neurones de son cerveau en décident
ainsi. Nul n'est donc responsable de ses actes.
Un extrémiste, pour affirmer ses idées, pose une
bombe qui tue dix passants.
Il crut devoir le faire et a donc agi selon sa conscience, si l'on
entend par ce terme la pensée qui nous dicte une action.
Il se considère comme un soldat qui combat pour une juste
cause.
Pour ceux qui la soutiennent comme lui, c'est un héros.
Pour le Pouvoir, c'est un terroriste, un criminel. Pour l'opinion
publique, c'est quarante cinq secondes aux Informations télévisées.
Pour la postérité, s'il est arrêté et
condamné, et que la cause qu'il défendait triomphe,
ce sera un martyr.
Pour nous, ce n'est que l'agent d'un acte devant nécessairement
se produire au lieu et à l'heure où il s'est produit.
Ce n'est, comme nous, qu'un acteur de cette grande pièce
que nous sommes contraints de jouer notre vie durant, non pour notre
plaisir, mais parce que nos actions, toutes nos actions, quelles
qu'elles soient, sont nécessaires à l'Harmonie Universelle
pour une raison que nous ne comprendrons jamais.
Acta est fabula
Les derniers mots de l'empereur Auguste sur son lit de mort furent
:
ACTA EST FABULA
(La pièce est terminée)
Comparant sa vie à une pièce de théâtre
où il tenait seulement un rôle, celui d'un empereur.
Aucune comparaison n'est plus vraie, plus profonde.
Nous sommes tous, en réalité, de simples acteurs
d'une pièce éternelle, dans laquelle chacun de nous
tient un rôle qui lui est assigné par l'enchaînement
des causes et des effets, qui fait que chacun de nous est comme
il est - et ne pouvait être autrement - et veut que chacun
de nous agisse comme il agit - et ne pourrait agir autrement.
A la différence toutefois de vrais acteurs, personne ne
nous a distribué le texte de la pièce, dont nous ignorerons
toujours le dénouement.
Ce n'est pas même une improvisation, car nous ne sommes maîtres
ni de ce que nous ferons, ni de ce que nous dirons.
Seul un souffleur, le Déterminisme Universel, nous dicte
à chaque instant ce que nous devons dire, ce que nous devons
faire, jusqu'au jour où nous pourrons dire, comme Auguste,
que la pièce est terminée pour nous.
Dans cette pièce, il y a, comme dans toute pièce,
des bons et des méchants, des riches et des pauvres, des
rois et des mendiants.
Le Déterminisme Universel a distribué les rôles,
chacun tenant nécessairement celui qu'il devait tenir et
ne pouvant en tenir un autre. Le roi ne pouvait pas ne pas être
roi, le mendiant ne pouvait pas ne pas être mendiant.
Nul n'a à s'enorgueillir du rôle qui lui a été
attribué, nul n'a à en avoir honte.
Chacune de leurs actions est également nécessaire
à l'Harmonie de l'Univers.
La fraternité retrouvée
Ainsi naît entre tous les hommes une compréhension,
nous dirions même une camaraderie semblable à celle
des acteurs faisant partie d'une même troupe.
Le Déterminisme Universel recrée, dès que
l'on en prend conscience, cette fraternité humaine, irrémédiablement
détruite si, chacun étant responsable de ses actes,
l'Humanité se divisait en bons et en méchants, en
justes et en moins justes, en amis et en ennemis, en croyants et
en incroyants, toutes divisions parfaitement subjectives d'ailleurs.
Comme le disait si bien un humoriste, l'ennemi est bête, car
il croit que l'ennemi c'est nous, alors que l'ennemi, c'est lui.
Avec le Déterminisme Universel, les hommes redeviennent
ce qu'ils sont réellement : les gouttes d'eau d'un même
océan, les grains de sable d'un même désert,
les arbres d'une même forêt.
Il n'y a plus ni bons ni méchants, ni justes ni moins justes,
ni amis ni ennemis.
Il n'y a plus que des semblables.
Le Déterminisme rapproche ainsi les hommes, alors que les
religions ne savent que dresser des barrières entre eux.
C'est le ciment d'une véritable solidarité humaine
LE MONDE DES SENSATIONS
Les sensations physiques
²L'Homme a, de par sa nature même, des besoins physiques
à satisfaire. Sa nature le lui signale par deux sensations
physiques : le plaisir et la douleur.
Nous commençons par la douleur, car c'est la sensation de
base, lui permettant de prendre conscience des dangers que court
son corps, des besoins de celui-ci.
Des dangers, d'abord. La douleur est un signal d'alarme, nous avertissant
qu'une réaction est nécessaire pour assurer notre
intégrité corporelle.
Sans la douleur, nous laisserions notre main dans le feu, nous
laisserions notre pied se geler.
Au temps où il n'y avait pas encore de chirurgien, c'est
la douleur qui en tenait lieu. Celui qui s'était cassé
la jambe éprouvait une telle souffrance à chaque mouvement
de celle-ci qu'il était obligé de la garder immobile.
Ainsi pouvait s'effectuer la lente réfection du tissu osseux,
permettant aux os de se ressouder.
Des besoins, ensuite. La faim, la soif, la fatigue sont des douleurs
nous avertissant que nous devons manger, boire, nous reposer. Sans
elles, nous risquerions de mourir de faim, de soif ou d'épuisement
sans même nous en rendre compte.
Le plaisir physique est la sensation que nous procure la satisfaction
d'un besoin.
Douleur et plaisir sont des sensations éphémères.
La douleur disparaît sitôt le besoin satisfait, et il
en va de même du plaisir qui accompagne la satisfaction du
besoin. Dès que nous mangeons, la douleur causée par
la faim disparaît pour faire place au plaisir de manger. Dès
que nous sommes repus, le plaisir de manger disparaît à
son tour.
A la douleur normale, simple signal d'alarme, s'ajoute malheureusement
la douleur provenant d'une altération de nos nerfs lorsqu'une
grave maladie ronge notre corps ; telle la douleur du malade atteint
de certains cancers, que seule la morphine permet d'atténuer.
Une telle douleur suffit à prouver, s'il en était
encore besoin, l'imposture des religions qui voudraient nous faire
croire en un Dieu tortionnaire.
Les sensations intellectuelles
L'Homme n'a pas seulement des sensations physiques. Il a également
des sensations que nous appellerons intellectuelles, car causées
non par les exigences de son corps, mais par la seul travail de
son esprit.
Les sensations intellectuelles, comme les sensations physiques,
appartiennent nécessairement au présent, car nous
ne ressentons plus ce que nous ressentions hier et nous ne ressentons
pas encore ce que nous ressentirons demain.
A la différence des sensations physiques, dont la cause
est toujours un phénomène présent, les sensations
intellectuelles peuvent avoir pour cause un évènement
passé, présent ou futur.
Le présent est nécessairement éphémère,
car il n'est que la frontière entre le passé et le
futur. On pourrait même soutenir qu'il n'existe pas, car il
est, comme toute frontière, une ligne imaginaire et donc
sans épaisseur.
Ce qui s'est passé il y a une seconde, c'est déjà
le passé. Ce qui se passera dans une seconde, c'est encore
le futur.
En réalité, le présent existe, car l'esprit
humain lui donne une épaisseur de quelques heures. Plus qu'une
frontière, c'est un "no man's land", un espace
flou n'appartenant déjà plus au futur, mais pas encore
au passé.
Les sensations ayant pour cause un phénomène présent
sont donc toujours éphémères. Ce sont celles
causées par un évènement passé ou futur
qui nous retiendront, car ce sont elles qui ont une durée
et qui marquent notre vie.
Les sensations du passé
Le passé ne vit que dans notre mémoire. Les souffrances
que nous y avons connues, les plaisirs que nous y avons éprouvés,
s'estompent lentement et ne hantent notre esprit que comme des fantômes
inconsistants, aussi inconsistants que le paysage que nous avions
tant admiré et dont notre esprit ne nous offre plus qu'un
bien vague souvenir.
Les sensations causées par un évènement passé
sont donc causées, en réalité, par le lien
que nous faisons entre celui-ci et le présent.
Deux sensations pénibles viendront ainsi torturer notre
esprit notre vie durant : le regret de ce que nous n'avons pas fait
et aurions dû faire, le remord de ce que nous avons fait et
n'aurions pas dû faire.
Ces deux sensations paraissent bien prouver la responsabilité
humaine, notre liberté dans les décisions que nous
prenons, dans les actions que nous accomplissons. N'est-ce pas la
preuve que le Déterminisme Universel, qui régit la
Matière, ne s'applique pas à l'Homme ?
Prenons un exemple pratique.
Un père conduit son enfant en voiture. Il roule trop vite
et perd le contrôle du véhicule dans un virage. Celui-ci
s'écrase dans un ravin. L'enfant demeure infirme. Chaque
fois qu'il regarde son enfant, il est dévoré par le
chagrin qui le ronge à l'idée d'en avoir fait le malheur.
En est-il pour autant responsable ?
Reprenons le même exemple, en le modifiant légèrement.
Un père conduit son enfant en voiture. Atteint d'un malaise,
il est victime d'une syncope et perd le contrôle du véhicule.
Celui-ci s'écrase dans un ravin.
L'enfant demeure infirme.
Chaque fois qu'il regarde son enfant, il est dévoré
par le même chagrin que précédemment à
l'idée d'en avoir fait le malheur. Et pourtant, il ne saurait
en être tenu pour responsable, étant évanoui
lors de l'accident.
Le remord et le regret ne sont pas la preuve de notre responsabilité.
Ils naissent seulement du rapprochement que nous faisons entre une
de nos actions - en l'occurrence le fait d'avoir conduit ce jour
là son enfant en voiture - et un malheur qui en est résulté.
Ils n'impliquent nullement que nous ayons pu agir différemment
que nous avons agi, car nous avons agi comme nous devions nécessairement
agir, comme nous ne pouvions pas ne pas agir ce jour là,
nos actions étant régies, ce jour là comme
chaque jour de notre vie, par le Déterminisme Universel.
Les sensations du futur
Le passé ne nous lègue donc, avec le remord et le
regret, que deux sensations pénibles qui nous rongeront notre
vie durant, même si la raison nous convainc que nous ne portons
pas la responsabilité de nos actes.
Le futur nous apporte, lui aussi, deux sensations : l'une agréable,
l'espoir, l'autre pénible, la crainte.
Ce sont elles qui, avec le remord et le regret, marquent notre
vie et la rendront heureuse ou malheureuse selon que nous vivrons
dans l'espoir ou dans la peur du lendemain.
Espoir et crainte constituent un même phénomène.
Dans les deux cas, notre imagination suppose un évènement
survenant dans le futur. Dans les deux cas, elle crée un
lien entre cet évènement et nous.
Si cet évènement est heureux, c'est l'espoir ; s'il
est malheureux, c'est la crainte, la peur du lendemain.
L'espoir
Sa vie durant, l'Homme se berce d'espoir. L'espoir, c'est le remède
à tous les maux actuels, en nous faisant imaginer qu'ils
se termineront un jour et que nous connaîtrons des jours meilleurs.
La survenance ou non de l'évènement attendu est déterminée
par l'enchaînement nécessaire des causes et des effets.
L'expérience nous apprendra vite que le plupart des évènements
heureux que nous attendons ne se réalisent jamais. A l'espoir
succède la désillusion.
Les désillusions de la vie atrophient bientôt notre
faculté d'espérer. Nous n'espérons plus, convaincus
que l'espoir est vain, et nous vaccinons ainsi contre de nouvelles
désillusions.
Notre esprit imagine encore des évènements heureux
changeant le cours de notre existence. Notre raison ne nous permet
plus de penser qu'ils puissent se réaliser.
A l'espoir succède ainsi le rêve. Chaque parieur rêve
de gagner au Loto. Combien l'espèrent-ils vraiment ?
Le désespoir
Un dicton veut que, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
Il serait aussi juste de dire que tant qu'il y a de l'espoir, il
y a de la vie.
Le jour où les déceptions accumulées ne lui
permettent plus d'espérer, ce jour là l'Homme sombre
dans le désespoir. Il a fini de vivre et ce n'est pas sans
raison que l'on appelle désespéré celui qui
a mis fin à ses jours.
Nul ne peut mettre librement fin à ses jours, car le suicide,
comme toute action, est déterminé par le fonctionnement
de notre cerveau. Même le jour où nous sommes désespérés,
notre accoutumance aux maux qui nous frappent, même si elle
ne nous réconcilie pas avec la vie, qui demeure pour nous
un fardeau, nous fait différer l'instant d'y mettre fin.
Cette accoutumance nous fait dire, chaque fois que nous envisageons
la mort : "Pourquoi aujourd'hui, plutôt qu'hier, plutôt
que demain ?"
Nous rêvons alors de l'occasion qui s'offrirait à
nous, héros à bon compte, de faire l'admiration des
autres en sacrifiant pour une belle cause ou un beau principe une
vie sans valeur pour nous. Nous voudrions être le capitaine
d'un navire en perdition, pour nous enfoncer sous les eaux avec
lui. Nous rêvons d'une révolution, pour nous faire
tuer sur une barricade en donnant notre vie pour un monde meilleur.
Ce ne sont malheureusement que des rêves, les seuls qui nous
restent encore.
Nous nous prenons même à espérer ces maux que
nous redoutions jadis, en pensant que l'un d'eux sera la goutte
d'eau qui fera déborder le vase, que l'un d'eux nous fera
sauter le pas, enjamber le parapet.
Mais, même s'ils répondaient à notre appel,
nous ne serions pas pour autant maître de notre mort, de même
que nous ne l'étions pas de notre naissance.
L'une comme l'autre sont régies par le Déterminisme
Universel, qui nous fait paraître sur le grand théâtre
de la Vie et nous y retient tant que nous n'avons pas fini d'y jouer
le rôle qui nous a été distribué.
La peur du lendemain
Le malheur du père que nous avions pris comme exemple, c'est
l'image du malheur qui nous frappera nécessairement le jour
où l'enchaînement inexorable des causes et des effets
nous en rendra inéluctablement victime.
Comme nous ignorons la date où il nous frappera, comme nous
ignorons quel malheur nous frappera, nous vivons nécessairement
dans l'anxiété, la peur du lendemain, la peur de la
vie, cette peur qui a créé les dieux auprès
desquels l'Homme a cherché, des siècles durant, une
protection illusoire. Primus in orbe deos fecit timor.
Comment l'Homme d'aujourd'hui peut-il s'en affranchir, s'affranchir
de cette anxiété constante, pire que le mal lui-même
que nous redoutons ?
Non, certes, en adressant ses prières à l'Univers,
en implorant sa mansuétude, en faisant appel à sa
compassion.
L'Univers n'est pas un dieu conçu à notre image,
avec qui on peut dialoguer et s'entendre. Il suffit d'avoir levé
les yeux vers lui par une belle nuit d'été pour avoir
compris, dans le scintillement vertigineux des étoiles, à
quel point il nous dépasse et nous ignore, nous, nos problèmes,
notre anxiété, notre peur de la vie.
Ses lois n'ont pour but que de rétablir à tout moment
l'Harmonie Universelle. Elles ne sont pas faites pour le bonheur
de l'Homme et tournent indifféremment à son avantage
ou à son détriment.
La Loi de la pesanteur garantit la sécurité de l'alpiniste
qui gravit une paroi... ou le précipite dans le vide.
Le temps où l'on conjurait sa peur du lendemain en sacrifiant
un bélier à Jupiter ou en brûlant un cierge
devant l'autel de la Vierge Marie est révolu à tout
jamais.
L'Homme se trouve donc seul face au malheur qui peut fondre sur
lui à tout instant.
Comment peut-il surmonter la peur qu'il en éprouve, cette
anxiété, cette angoisse qui le rongera sa vie durant
?
Dans l'Antiquité, le jour vint où l'on cessa de croire
à la protection des dieux, où l'on cessa de croire
qu'un sacrifice fait sur l'autel de Zeus ou de Jupiter pouvait nous
protéger des maux de l'existence. Des philosophes crurent
avoir trouvé la solution du problème. Ce furent les
stoïciens, et l'on continue à employer l'adjectif "stoïque"
pour qualifier celui qui surmonte le malheur qui le frappe avec
une indifférence qui surprend.
A la Renaissance, l'on cessa de même de croire que la Providence
divine pouvait nous en protéger. Montaigne crut alors avoir
trouvé, lui aussi, le remède à la peur de la
vie.
L'illusion des stoïciens
Les stoïciens plaçaient le bonheur dans la pratique
de la vertu, comme si l'Homme pouvait choisir librement entre le
vice et la vertu, alors que le Déterminisme Universel régit
à chaque seconde le fonctionnement de notre cerveau, nous
dicte nos pensées, nos décisions, nos actions, le
vice et la vertu n'étant - comme l'a si bien dit Taine -
que des produits comme le vitriol et le sucre.
Les stoïciens crurent trouver dans cette conception la sérénité
de l'esprit face aux maux de l'existence. Ceux-ci ne peuvent nous
empêcher de pratiquer la vertu, et donc d'être heureux,
puisque la pratique de la vertu suffit à nous donner le bonheur.
Comme disait Marc-Aurèle dans ses "Pensées"
:
"Ce n'est pas un malheur d'éprouver des accidents,
car les supporter avec courage, c'est un bonheur."
Cette conception serait vraie - même reposant sur un postulat
erroné - si le malheur que nous redoutons ne frappait que
notre personne. Mais tel n'est pas le cas : les maux que nous redoutons,
la peur qui nous ronge, concernent davantage notre famille, nos
enfants, que nous-mêmes.
Et dans la pratique, nul ne pourrait voir avec indifférence
sa femme atteinte d'un cancer ou son fils au chômage sous
prétexte que cela ne l'empêche pas de pratiquer la
vertu !
Il y a là des liens affectifs, plus forts que toutes les
philosophies du monde, contre lesquels le stoïcisme se brise.
L'erreur de Montaigne
A la Renaissance, l'esprit humain, sortant des ténèbres
du Moyen-âge, cessa de croire en une Providence divine et
se mit à nouveau à craindre les maux de la vie, contre
lesquels aucune prière ne pouvait plus lui assurer l'illusion
d'une protection.
Fils spirituel de grands hommes de l'Antiquité, qui n'hésitaient
pas à mettre fin à leurs jours quand la vie ne leur
paraissait plus digne d'être vécue, Montaigne vit dans
la mort une garantie contre tous les malheurs de l'existence, auxquels
elle nous permettra toujours d'échapper le jour où
nous nous refuserons à les supporter plus longtemps :
"Au pis aller, la mort peut mettre fin, quand il nous plaira,
et couper broche à tous autres inconvénients. La mort
est la recette à tous maux ; c'est un port très assuré,
qui n'est jamais à craindre et souvent à rechercher."
Cette conception serait vraie - même reposant sur le postulat
erroné que nous pouvons mettre fin à nos jours quand
nous le désirons, alors que nos décisions nous sont
dictées par le Déterminisme Universel et que nous
ne sommes pas plus maître de notre mort que nous ne l'étions
de notre naissance - si le malheur que nous redoutons ne frappait
que notre personne.
Mais tel n'est pas le cas. Les maux que nous redoutons, la peur
qui nous ronge, concernent davantage notre famille, nos enfants,
que nous-mêmes.
Et dans la pratique, nul ne songerait à se suicider pour
ne plus voir sa femme atteinte d'un cancer ou son fils au chômage.
Il y a là des liens affectifs plus forts que toutes les
philosophies du monde, qui l'empêcheront d'ajouter au malheur
qui les frappe la douleur d'un deuil cruel et les problèmes
matériels qui en résulteraient pour eux.
Sauf, bien évidemment, si notre mort pouvait faire disparaître
les difficultés matérielles de notre famille en la
faisant bénéficier, par exemple, d'une assurance décès
la mettant à l'abri du besoin. Nous aurions, en ce cas, la
joie de mettre fin, à la fois, à nos souffrances morales
et aux problèmes financiers de ceux qui nous sont chers.
Nous aurions... Ce conditionnel est doublement justifié,
car nous ne serons jamais libres de mettre fin à nos jours,
de même que nous ne serons jamais libres d'aucune de nos décisions,
d'aucune de nos actions.
Le pire n'est pas toujours sûr
Ni le stoïcisme, ni la fuite dans la mort ne peuvent donc
nous guérir de l'anxiété, de l'angoisse, de
cette peur de la vie qui nous ronge, celle-ci durant, à la
pensée des maux qui peuvent fondre sur nous à chaque
instant.
Puisque aucune religion, qu'aucune philosophie ne peut nous en
affranchir, c'est dans l'expérience quotidienne que nous
devons rechercher maintenant comment atténuer une peur que
nous ne pourrons jamais supprimer.
Au siècle dernier, un auteur écrivit une pièce
au titre de laquelle il ajouta, renouant avec la mode d'autrefois
résumant dans un deuxième titre l'idée maîtresse
de l'ouvrage :
Où le pire n'est pas toujours sûr
Cette petite phrase, qui se grave facilement dans la mémoire,
vaut à son auteur notre reconnaissance et notre gratitude.
Elle atténue en effet notre peur de la vie en nous rappelant
que les maux qui la motivent sont et demeureront le plus souvent
purement imaginaires.
Notre esprit est aussi prompt à s'effrayer de malheurs hypothétiques
qu'à se bercer d'espérances chimériques.
Celles-ci donnent lieu à des déceptions souvent cruelles.
Par un juste retour des choses, il est normal que nos anxiétés
et nos angoisses soient atténuées à l'idée
que les maux que nous redoutons ne se produiront peut-être,
ne se produiront sans doute, ne se produiront vraisemblablement
jamais.
Le pire n'est pas toujours sûr.
Bonheur et malheur
Douleurs et plaisirs, remords, regrets, espoirs et craintes tissent
ainsi notre vie de deux fils : un fil noir, un fil blanc et, celle-ci
devenant un mélange de noir et de blanc, le terme "grisaille"
souvent utilisé pour décrire d'un mot notre vie est
très juste.
De ce tissu toujours gris, les uns distinguent mieux les fils blancs
que les fils noirs. D'autres, mieux les fils noirs que les fils
blancs.
Chacun connaît l'histoire, si amusante et si vraie, des deux
clochards assis sur un banc, une bouteille à demi remplie
entre eux. L'un sourit béatement en se disant qu'elle est
encore à moitié pleine, l'autre soupire en songeant
qu'elle est déjà à moitié vide.
Le premier, c'est l'optimiste, le deuxième, le pessimiste.
Cette petite histoire résume, mieux que bien des savants
traités, la nature du bonheur et du malheur.
A l'origine, un phénomène extérieur, une bouteille
à demi remplie.
Ce phénomène est la base de notre sensation. Si la
bouteille était pleine, nos deux clochards seraient également
heureux. Si elle était vide, également malheureux.
Mais ce qui détermine notre bonheur ou notre malheur, ce
n'est pas seulement l'évènement.
C'est également, c'est surtout l'idée que nous nous
en faisons.
Nous ne pouvons rien sur les évènements, ceux-ci,
qu'ils résultent des phénomènes physiques ou
de nos propres actions, étant déterminés par
les lois qui régissent l'Univers et l'enchaînement
nécessaire des causes et des effets.
Pouvons nous quelque chose sur l'idée que nous nous en faisons
et qui, comme cette histoire le montre, est aussi importante que
l'évènement lui-même ?
Certains le prétendirent, et le stoïcisme repose sur
la conception que, ne pouvant changer les évènements
eux-mêmes, nous pouvons néanmoins trouver le bonheur
en toutes circonstances en modifiant l'idée que nous nous
en faisons.
Cette conception, si elle était exacte, nous permettrait
d'être heureux à bon compte. Elle ne l'est malheureusement
pas.
La conception que nous avons des choses dépend du fonctionnement
de notre cerveau, fonction de la structure des neurones qui le composent.
On est optimiste ou pessimiste par nature, comme on est gros ou
maigre, grand ou petit, et nous ne pouvons pas plus modifier notre
morphologie cérébrale que notre morphologie physique.
L' IDEAL
Vivre pour un idéal
Les stoïciens voulaient que nous vivions dans le présent,
conformément à ce conseil de Marc-Aurèle :
" Si tu parviens à écarter les idées
de l'avenir et les souvenirs du passé, si tu ne songes à
vivre que ce que tu vis, je veux dire le moment présent,
tu seras en mesure de passer le reste de tes jours sans aucun trouble,
dans une noble indépendance et en parfait accord avec le
génie qui est en toi."
Soit, mais qui pourrait ne vivre que dans un présent qui
se dérobe continuellement sous nos pas ? Qui pourrait oublier
le futur, qui fond sur nous à chaque seconde en nous rappelant
que nous vivrons encore demain et qu'il faut nous y préparer
?
Or, qu'est-ce que le futur, sinon la peur du lendemain, la crainte
des maux qui nous attendent déjà, l'enchaînement
des causes et des effets voulant que les évènement
de demain soient déterminés dès aujourd'hui.
Ces maux peuvent nous frapper, frapper ceux qui nous sont chers.
Ils ne peuvent atteindre une idée.
La seule façon d'être heureux, c'est donc de ne pas
vivre pour nous, ni même pour les nôtres, mais de vivre
pour une idée, de consacrer notre vie au triomphe d'une cause
que nous croyons juste, de consacrer notre vie à la construction
d'un monde meilleur.
C'est de vivre pour un idéal.
Balzac, dans son roman "La peau de chagrin", nous présente
un homme qui, grâce à un talisman, commande aux évènements,
voyant se réaliser chacun de ses souhaits, ce qui réduit
d'autant la durée de son existence.
Foncièrement égoïste, ne formant des souhaits
que pour lui, cette homme vivra finalement une vie profondément
malheureuse, tourmenté par la peur d'une mort qui s'approche
inexorablement de lui.
Que cet homme aurait pu être heureux si, vivant pour un idéal,
il n'avait formulé de souhaits que pour sa victoire et si,
donnant ainsi sa vie pour lui comme d'autres la donnaient, à
la même époque, sur des barricades, ses derniers regards
avaient vu triompher, grâce à lui, la cause qu'il portait
dans son coeur !
Idéal et évolution
L'idéal n'est pas un phénomène individuel.
Nul ne peut se forger un idéal, se donner une raison de vivre
extérieure à lui, une idée abstraite, qu'aucun
mal ne saurait atteindre et qui, dès lors, libère
celui qui ne vit que pour elle de cette peur du lendemain, obstacle
infranchissable sur la route du bonheur.
L'idéal est un phénomène collectif, survenant
nécessairement lorsque l'Harmonie Universelle exige une mutation
de la Société.
Le Déterminisme Universel repose sur l'idée d'une
telle Harmonie, d'un équilibre rétabli par les lois
régissant l'Univers et l'enchaînement nécessaire
des causes et des effets chaque fois qu'il est menacé.
Cette harmonie, cet équilibre, nous ne les comprendrons
jamais, "par la raison qui fait que les hannetons ne connaissent
pas l'Histoire Naturelle", ajoutait spirituellement Chamfort.
Le spectacle de la Nature nous les fait toutefois concevoir.
Tout ce qui vieillit, tout ce qui ne remplit plus ses fonctions,
tout ce qui est devenu inutile - étoile ou homme - est condamné
à disparaître, à être remplacé
par de nouveaux êtres, remplissant mieux le rôle qui
leur est assigné dans l'organisation de l'Univers. Ainsi
s'explique l'évolution des espèces, ainsi s'explique
l'évolution de l'Homme et de la Société.
Lorsqu'une forme de Société a vieilli, qu'elle ne
correspond plus à l'évolution des hommes qui la composent,
l'image d'une Société meilleure, l'image d'un monde
meilleur hante les esprits.
Dans l'esprit d'un homme, c'est l'utopie, c'est Platon concevant,
dans sa "République", une Société
répondant aux exigences de la Raison.
Dans l'esprit de millions d'hommes, c'est l'idéal, c'est
Rousseau annonçant, dans son "Contrat Social" une
Société répondant aux besoins des hommes de
son temps.
Idéal et révolution
Une évolution, si nécessaire soit-elle, se heurte
à la résistance de l'être destiné à
être remplacé.
La mort du vieillard impotent est nécessaire à l'Harmonie
Universelle, pour que, dans un monde où rien ne se crée,
les atomes qui le composent puissent donner naissance à de
nouveaux êtres. Son corps résiste néanmoins,
jusqu'à son dernier soupir, contre sa décomposition
inéluctable.
De même, la disparition d'une Société vieillie
est nécessaire à l'Harmonie Universelle, pour que
les hommes qui la composent, libérés de ses liens,
puissent reformer une nouvelle Société. Elle résistera
néanmoins, aussi longtemps qu'elle le pourra, contre sa disparition
inéluctable.
Toute évolution de la Société culmine donc
dans une révolution, combat entre deux forces opposées,
celle de l'avenir et celle du passé. L'idéal est l'image
collective de la nouvelle forme de Société, l'image
collective du monde meilleur pour lequel chacun doit lutter. C'est
la force qui fait oublier à ceux qui luttent pour son triomphe
leur propre existence, pour ne vivre désormais que pour un
idéal, que dans un idéal. Aucun mal ne pouvant atteindre
une idée, aucun mal ne peut plus atteindre ceux qui ne vivent
plus que pour elle.
Idéal et bonheur
Quand nos grands ancêtres de 1793 inscrivaient sur leurs
drapeaux " La Liberté ou la mort", ils nous indiquaient
sans le savoir les deux seules façons d'être heureux,
les deux seules façons de parvenir au réel bonheur
en nous mettant hors d'atteinte de tous les maux de l'existence,
de toutes les causes de notre malheur.
L'idéal nous transforme en idée, la mort en néant.
Les maux de l'existence ne peuvent atteindre ni une idée,
ni le néant.
Malheureusement, nous ne pourrons jamais choisir un idéal.
C'est l'idéal qui nous choisit, au jour et à l'heure
où une révolution est devenue nécessaire et
où il est non moins nécessaire que nous y participions.
Le bonheur qu'il nous apporterait - car nous devons parler au conditionnel
- ne sera donc jamais qu'aléatoire et, lors même que
nous le rencontrions sur notre chemin, qu'éphémère.
Le jour où le changement de Société s'est
accompli, l'idéal, moteur du combat pour l'accomplir, perd
sa raison d'être. Le rêve d'un monde meilleur qu'il
incarnait fait place à la réalité d'une nouvelle
Société - meilleure, certes, que celle qui la précédait
- mais présentant encore bien des zones d'ombre, bien des
imperfections. Les hommes oublieront vite ce qu'elle leur apporte,
et qui finit par leur paraître tout naturel, pour ne plus
voir ce qu'elle ne leur apporte pas encore, ce qu'elle leur refuse
toujours.
L'idéal n'y résiste pas. Il s'atrophie et meurt,
et, avec lui, le bonheur qu'il nous apporta.
LA MORT
Sa vie durant, l'Homme poursuit le bonheur sans jamais l'atteindre.
Le bonheur est, en effet, la satisfaction de tous nos besoins, la
satisfaction de tous nos désirs. Ceux-ci croissent à
mesure que nous tentons de les satisfaire, en sorte qu'ils ne peuvent
jamais l'être et que l'insatisfaction est le propre de la
nature humaine.
Alors même qu'ils seraient satisfaits, le plaisir que nous
en éprouvons sera toujours terni par l'idée qu'il
prendra fin à plus ou moins brève échéance,
alors que
Alle Lust will Ewigkeit
(Tout plaisir veut l'éternité)
Comme le remarquait très justement Nietzsche.
Enfin, il suffit d'une peine ou d'une douleur, physique ou morale,
pour ruiner le bonheur que nous croyions enfin avoir atteint. Ceci
explique que le bonheur ne soit pas de ce monde, pour reprendre
la formule consacrée.
Ce bonheur que la vie nous refuse, la mort nous l'apporte.
N'existant plus, nous ne pouvons plus être malheureux, comme
le disait si bien Lucrèce dans ce vers célèbre
qui apporte à l'humanité souffrante plus de consolation
que tous les Paradis chimériques promis par les religions
:
NEC MISERUM FIERI QUI NON EST POSSE
(Celui qui n'existe plus ne peut plus être malheureux)
La mort ne peut mettre fin à un bonheur que la vie nous
refusera toujours.
En supprimant définitivement nos besoins, nos désirs,
elle supprime cette insatisfaction née d'un désir
inassouvi, cette souffrance née d'un besoin insatisfait.
Elle nous libère de tous les maux, qui ne peuvent plus nous
atteindre, de toutes nos appréhensions, de toutes nos craintes,
de tous les fruits amers d'une pensée éteinte pour
toujours.
Elle nous apporte le bonheur.
Et puisque la mort est le terme nécessaire de toute vie,
chacun de nous voit le bonheur au terme du chemin que l'existence
le contraint de parcourir.
Ce bonheur sera le même pour tous, mais son attente sera
différente selon que l'Homme est plus ou moins malheureux
sur cette Terre, nul n'y étant jamais véritablement
heureux.
Pour ceux qui y sont moins malheureux que les autres - pour les
optimistes distinguant mieux dans la grisaille de l'existence le
blanc que le noir - la mort risque d'apparaître comme un mal.
A la peur de la vie - qui étreint tous les hommes - s'ajoutera
alors la peur de la mort, la peur la plus injustifiée qu'il
soit, puisqu'elle apporte le bonheur, même à ceux qui
la redoutent.
Pour ceux qui sont plus malheureux que les autres - pour les pessimistes
distinguant mieux dans la grisaille de l'existence le noir que le
blanc - la mort apparaîtra par contre comme le souverain bien,
comme une merveilleuse délivrance, comme un havre de sérénité
où ils seront pour toujours à l'abri des maux dont
ils souffrent. Son image atténuera pour eux la peur de la
vie, comme la vue du port réconforte le marin dans la tempête.
Ainsi, dès cette vie, la mort, devant qui tous les hommes
sont égaux, rétablit entre eux une certaine égalité,
en rendant un peu plus malheureux ceux qui le sont peu, beaucoup
moins malheureux ceux qui le sont déjà trop.
Quand, levant les yeux par une belle nuit d'été,
nous rencontrions l'Etre Suprême, l'Univers éternel
et infini, dans le scintillement vertigineux des étoiles,
comme les dieux créés par les religions, avec leurs
grandes barbes, leurs colères et leurs rancunes nous parurent
soudain dérisoires et ridicules !
Quand, maintenant, devant cette conception si réconfortante
de la mort qui nous apportera le bonheur que l'existence nous aura
refusé notre vie durant, nous songeons aux conceptions des
religions, comme elles nous paraissent dérisoires, mesquines
et ridicules, avec l'illusion d'une "âme" entrant
dans un "au-delà" non moins imaginaire pour y être
soumise à un "jugement", être rejetée
dans un Enfer - ou un grand méchant diable aura bien du mal
à torturer l'immatériel - ou admise dans un Paradis,
pour y somnoler l'éternité durant, une palme à
la main et des ailes dans le dos !
CONCLUSION
Dès que l'esprit humain parvient à un stade de maturité
tel qu'il se refuse à croire en un Dieu que nul n'a vu et
ne verra jamais, en un Dieu infiniment bon qui rend les hommes si
malheureux, en un Dieu tout puissant qui ne peut empêcher
le toit de son église de s'effondrer, ce jour-là l'esprit
humain cherche ailleurs le principe éternel et infini nécessaire
à la compréhension du monde où nous vivons.
Ce principe, nous n'avons pas longtemps à le chercher. Il
suffit de lever les yeux, par une belle nuit d'été,
vers le ciel étoilé pour y trouver la réponse
à notre attente : ce principe éternel et infini, c'est
l'Univers, cet Univers sans limites où les hommes, la Terre,
le Soleil, notre Galaxie elle-même, malgré ses cent
milliards d'étoiles, se fondent et disparaissent, cet Univers
dont le scintillement vertigineux effraya Pascal.
L'Univers est régi par des lois immuables, ces lois physiques
et chimiques que la Science découvre chaque jour et qui,
à leur tour, régissent la Matière dans un enchaînement
nécessaire de causes et d'effets.
L'Homme n'est que matière, et la pensée dont il s'enorgueillit
n'est que l'onde émise par la combustion des cellules de
notre cerveau, comme l'onde lumineuse est émise par la combustion
du phosphore, du soufre et du bois quand nous frottons une allumette.
La pensée humaine n'est donc, elle aussi, que matière,
comme la lumière n'est que photons. Elle est donc régie
par les lois qui régissent la Matière.
De même que les évènements sont déterminés,
nos pensées, et donc nos décisions et nos actions,
sont, elles aussi, déterminées.
A chaque instant, nous agissons comme nous devions nécessairement
agir et participons ainsi à une Harmonie Universelle que
nous pressentons sans la comprendre.
Maîtres ni de nos actions, ni de nos sensations, nous traversons
l'existence dans un mélange de plaisirs et de douleurs, de
joies et de chagrins, d'espoirs et de craintes, à la poursuite
d'un bonheur impossible, dont seul un idéal nous permettra
parfois d'approcher.
Ce bonheur, la mort nous l'apportera, en arrêtant l'onde
cérébrale, source de tous nos tourments, à
l'heure où nous rendrons à l'Univers les atomes dont
nous n'aurons été, notre vie durant, qu'un assemblage
éphémère.
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