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L'auteur de ce texte tient à préciser que ce qu'il publie
est en déconnexion complète avec la politique.
L'initiative d'en reprendre le contenu est un choix personnel, qui
ne le concerne pas.
J'ai choisi de publier ce texte, parce que, bien que ce document émane
du milieu du management, un certain nombre de ces constats sont valables
dans beaucoup d'autres milieux.
Les militants/es vivent la politique en équipe, donc nous sommes
concerné/es.
Le gestionnaire du site : Philippe Coutant le 1er Novembre 2006
Je connais dix-huit excellents moyens de saborder une équipe
:
1. Donnez un maximum d'avantages sociaux aux débutants,
puis retirez-les leur petit à petit - dès qu'ils progressent,
prétextant un impératif recadrage financier.
2. Promouvez les plus méritants - dès que vous sentez
qu'il leur manque seulement vingt à trente pourcents des
compétences pour réellement réussir, puis -
au moindre échec - rétrogradez-les, par exemple en
les humiliant publiquement.
3. Favorisez la promotion " à la gueule du client ",
privilégiant vos amis et limitant tous les autres, surtout
s'ils sont professionnels et impliqués.
4. Faites porter le chapeau de vos erreurs à vos subordonnés.
5. Rappelez à une ordure de fautif - surtout s'il est sincèrement
repentant - ses erreurs de juillet 1987, février 1995, octobre
1998, septembre 2000 et mars 2004, cela fait toujours plaisir.
6. Insultez telle personne - en petit comité - surtout si
elle est absente, si les mots sont crus et que les " confidents
" sont des relais d'information notoires.
7. Livrez les personnes faibles en pâture aux leaders spontanés,
prédateurs autoproclamés, " grandes gueules "
terrifiantes et autres caïds à la petite semaine, rodés
à la flatterie avec les puissants et à la cruauté
avec les menus gabarits.
8. Inondez vos collaborateurs d'ordres divergents, incohérents
et partisans, cela désoriente à souhait et dessine
les axes d'amélioration les plus chaotiques qui soient.
9. Nommez aux postes de gestion des ressources humaines (diplomatie,
pédagogie, valorisation interpersonnelle) les personnages
les plus controversés de l'entreprise et assurez-vous que
les équipes décisionnelles soient bien composées
d'individus différents, inconciliables, bouffis d'orgueil
et rancuniers, c'est mieux pour la stratégie d'entreprise.
10. Laissez bien pourrir une situation d'injustice et déléguez
tout type d'arbitrage à un pauvre subordonné empathique,
surtout s'il est bien ami - par ailleurs - avec les parties prenantes
du différend.
11. Pratiquez un management laissez faire des plus déroutants
(surtout à destination d'un débutant) et explosez-le
dès qu'il donne des signes évidents d'échec
- c'est de sa faute après tout !
12. Laissez bien les buts demeurer... des buts. Rien de plus parlant
qu'un but (ligne générale), transformé en objectif
(résultats quantitatifs escomptés, ressources nécessaires,
délai et contingences diverses). Pour rappel : un objectif
peut s'atteindre. Un but ? Jamais ! Trop général...
Cela vous permet alors de taper sur ce petit stagiaire tremblant,
incapable de gérer la masse des trucs que vous lui avez donné
(très vaguement) à faire. Qui plus est sur un délai
hypothétique.
13. Un subordonné est en arrêt maladie ? Un conseil
: virez-moi ce petit sous-fifre famélique. Tout est dans
le doigté : serrez-lui la poigne, à son retour, d'un
air mielleux, à la limite du dégoulinant suintant,
comme si tout allait bien. Puis, confiez le sale boulot au sous
colonel de service. Vous savez ? Celui qui n'a de courage pour rien,
n'assume rien, reproche par intermittences aux autres de se planter
là où il leur avait donné son feu vert.
Et qui est remonté comme une horloge : crr crr crr. Résultat
: bien tordu, bien cradingue et bien démotivant. Un peu comme
si un bazooka chantait be bop a loola. (La la la.)
14. Surtout, surtout, je dis bien surtout : prévoyez - sitôt
la sentence du licenciement prononcée - de promouvoir tous
les petits chefs (ceux-là même qui étaient brimés,
dévalorisés) ayant un intérêt à
voir le sous-fifre partir. Rien de tel qu'un petit meurtre entre
amis pour re-souder une équipe mauribonde [1].
Un peu comme si Machiavel rimait avec gentil miel. (Well, well,
well.) Ce sont ces petits chefs-là qu'il vous faudra de nouveau
rétrograder, sitôt que leurs prérogatives dépasseront
le cadre du gobelet de la machine à café. C'est-à-dire
grosso modo dans les semaines à venir, une fois la mayonnaise
retombée et la lourdeur boulonnée sur le front de
tous les petits pékins rameurs : Han, pfff, han !
15. Important. Quand vous licenciez quelqu'un, si possible devant
tout le monde, arrangez-vous pour qu'il n'ait pas son mot à
dire. Ca cloue le bec. Et puis sans cela, vous seriez obligé(e)
de repenser la chose en termes de multiplicité des points
de vue. Hmm, un truc de mauviettes. En management, il y a une seule
vérité : la vôtre. Qui doit - cela va de soi
- être monolithique, figée, imposée, enfoncée.
Et puis, si possible évitez de donner au licencié
les raisons du retour à la case départ. C'est mieux
: ainsi a-t-il tout le loisir de dire, la boule aux tripes : Voyons,
où est-ce que ça a planté ? De jolis moments
d'introspection : c'est toujours ça de pris. Mais j'ai encore
mieux ! Arrangez-vous pour faire exprimer le motif (si possible
un prétexte à la noix) par quelqu'un d'autre : c'est
répété, amplifié, tordu à souhait.
De plus, cela donne un bel os à ronger : quoi de mieux, pour
un sous-fifre (et tous les autres à l'affût), que d'annoncer
- avec le sourire - une si jolie vacherie ? Cela détourne
l'attention des problèmes au moins pour... une semaine. Comme
dit plus haut, c'est toujours ça de pris.
16. Naturellement, une fois le bouc émissaire mis à
la porte, organisez une grand' messe où vous conviez tout
le monde. Là, vous pendrez soin de brûler au lance-flammes
sa sale petite effigie en carton-pâte. Comme dans 1984, il
faudra bien veiller à ce que tout le monde vide son sac,
crache sa haine, voire en rajoute un peu. C'est du lynchage, bon
sang : il faut que ça ait l'air vrai ! La bonne nouvelle
? Le coupable désigné n'est pas là pour se
défendre. La mauvaise ? Il faut déjà penser
à trouver un autre bouc émissaire. Mmh, dans les jours
qui viennent, tapez sur les nouveaux promus (cf. 14. ) : cela fera
plaisir à tout le monde. Et surtout, surtout : laissez tout
en l'état. La démotivation se loge dans les replis,
les recoins, la poussière, les miasmes et le désordre.
C'est bien grâce à vous que cette entreprise est un
enfer. Vous êtes du côté obscur : le P'tit D,
c'est votre bébé. La souffrance, ça vous connaît
[2].
17. Repassons du côté tendances lourdes. Comme vous
l'avez saisi, un management de cette " qualité ",
ça se travaille depuis le début. Par exemple, en tout
début d'activité, décrétez que tout
le monde aura une prime. Et cherchez à conditionner cette
prime à... n'importe quoi. Arbitraire, restez toujours arbitraire
: ça stresse tout le monde [3]. Votre prétexte à
la prime ? Le plaisir, l'envie, l'anniversaire du petit dernier.
Et là, attention : pour bien démotiver, il faut que
tout le monde ait la prime, même - et surtout ! - ceux qui
ne la méritent pas, chiffres à l'appui. Et veillez
bien à ce que l'on comprenne qu'elle est due à votre
humeur et qu'elle ne correspond en rien au travail effectué
par les collaborateurs. La cerise sur la pièce montée,
c'est quand vous déciderez - pour une raison tout aussi obscure
- de retirer ladite prime (cf. 1.). A tout le monde, bien sûr.
Et en priorité à ceux qui ont bien travaillé.
C'est un délice. Et je surenchéris : mieux que de
retirer une prime, vous savez ce qui existe ? Le fait de geler toute
évolution de prime : - Ah, mais vous m'exaspérez avec
votre demande de re-calcul de prime. [Marche aussi avec les augmentations
de salaire.] Vous avez, depuis quinze ans maintenant, cette magnifique
prime liée à votre charge de clientèle. - Mais
justement, monsieur. Les collègues, ils disent qu'elle n'est
pas juste, cette prime, puisque c'est la même pour tout le
monde... - Sortez de ce bureau ! J't'en foutrais moi, du syndicalisme
plaintif : allez donc voir chez le concurrent s'il vous donne de
jolies primes comme moi, vous verrez bien ! Et là, montrez
fermement que toute tentative de discussion est terminée.
Le sujet est tabou, verrouillé, proscrit. Attention : terrain
miné, même pour les intrépides. C'est vous le
patron, non ? Ils l'ont bien mérité, ces petits impertinents.
Vous jubilez : ce week-end, c'est double ration champagne saumon
caviar (vous veillerez, par ailleurs, à faire faxer la note
dans votre entreprise, au vu et au su de tous, surtout ces minables
au SMIC).
18. Last but not least. Dans tous les cas, pensez bien à
rester sur vos positions : tout le temps. Spécialement quand
vous avez tort. Quelque chose d'injuste se produit, de votre fait
bien sûr ? Goûtez-en tout l'arôme (un bouquet
raffiné). Et faites porter le chapeau à un sous-fifre
ou bien virez-moi quelqu'un pour l'exemple. Ou mieux encore : étouffez
l'affaire et laissez les supputations s'installer. C'est toujours
bon pour le climat. Mieux vaut un bon sujet qui enfle et se dilate
à tout rompre qu'un traitement rationnel des choses. Résoudre
un problème ? C'est pour les demies portions, ça.
Vous, vous êtes un(e) dur(e). D'ailleurs, ça se voit
à l'ambiance autour de vous : même les araignées,
sur le mur, courent chez le psychanalyste, ou se suicident en mangeant
du plâtre.
Brrr, de beaux moments en perspective.
Salarié(e)s, comme remède à ce type de pratique,
j'encourage - pour chaque cas - la mobilité externe. Quitter
le navire peut être salutaire.
Une clé : préférer un radeau ferme à
un bateau vermoulu.
Bon courage !
[1] C'est le rôle du Mobilisateur négatif d'Yves Enrègle.
Je rajoute qu'une entreprise à l'agonie se cherche toujours
quelqu'un sur qui taper (le nouveau, le client, l'Europe, le destin,
etc.) Cela donne l'impression de travailler, d'être soudés,
de servir à quelque chose.
[2] La souffrance ? Pff, un truc pour les faibles. Vous - par exemple
- vous ne souffrez jamais. En revanche, ceux qui souffrent le méritent
toujours.
[3] Pensez, en outre, à bien cultiver votre sens du flou,
à l'inverse de ce que pense - par exemple - un spécialiste
du management.
Origine http://www.enviedentreprendre.com/equipe/index.html
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