Origine : http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=3946&postdays=0&postorder=asc&start=0
épistémè de la décroissance : la médiation
?
Voilà une tentative de synthèse des critiques proférées
à l'encontre de la croissance, vaste mécanique dont
les débats ici et ailleurs ont conduit à en exhiber
à la vue du public ébahi les différentes pièces.
C'est d'ailleurs moins une synthèse qu'une manière
de présenter aux nouveaux venus les différents gestes
critiques de cette entreprise de démontage inédite
et inconnue jusqu'alors : la décroissance (*).
C'est aussi un état des lieux au jour d'aujourd'hui, qui
peut évoluer en fonction de nouvelles découvertes.
Considérons donc que la médiation rapproche autant
qu'elle sépare.
C'est le point commun de toutes les critiques adressées
au développement que j'ai découpé en ces 5
rubriques :
1 - Critique de l'objectivisme de la science :
Il s'agit d'une science particulière, en fait, parmi d'autres
possibles. Celle-ci prétend produire des énoncés
indépendants de l'observateur. Cela a été dit
en réunion. "La science aussi est à réinventer"
dit aussi Bounan.
C'est très grave car cette science conduit à des
aménagements du monde à l'image de cette prémisse
: un monde invivable.
2 - Critique de la marchandise :
a) Le travail marchandisé : tel qu'il se vend et s'achète,
il n'est pas le travail vécu intimement.
b) Les écrans publicitaires : ils légitiment en continu
un monde que les plus riches peuvent consommer-détruire dans
leur bon droit.
c) Les écrans médiatiques : la neutralité
sans la responsabilié déforme l'information
3 - Critique du système technicien et de la société
industrielle :
Les techniques industrielles forment un tout dont la dynamique
échappe essentiellement aux acteurs humains, y compris ses
propres techniciens. Les technologies sont autant de boîtes
noires séparant l'utilisateur-consommateur des mécaniques
internes de ces technologies, son histoire sociale et ses techniciens
d'hier et d'aujourd'hui.
4 - Critique de la représentation politique :
Les partis (et les syndicats) produisent des portes-parole permanents
qui finissent par porter une parole toute autre de ce que les représentés
disent et veulent dire. Ces derniers finissent alors par ne plus
parler, et s'ils le font, ce n'est plus dans les canaux de la représentation
politique.
5 - Critique écologiste de la vie "hors-sol" :
Il s'agit de défendre un mode de vie paysan, là où
les limites et contraintes des écosystèmes se font
directement sentir.
-----------------------------------------------------------
Manquent peut-être les auteurs où ces différentes
critiques prennent leur source. A ajouter plus tard.
Cette typologie des critiques en 5 points me permet d'en faire
une autre concernant les réponses et alternatives.
Un tel découpage indique sans doute plus une manière
de justifier ces alternatives, que de les vivre, car elles forment
évidemment un ensemble cohérent, et l'on trouvera
généralement les décroissants impliqués
en même temps dans plusieurs d'entre elles.
Voilà pour une esquisse réduite à quelques
mots-clés:
1 - Science
Une science "de plein air" ?
Là je ne sais pas forcément quoi mettre. Certaines
disciplines pourraient être mises en avant (essentiellement
: philosophie, sociologie, histoire), car c'est là que l'on
a puisé ces démarches critiques. Mais ce n'est pas
trop satisfaisant et trop large et imprécis.
Il s'agirait d'une science cherchant à "intéresser"
le public (cf. extrait de Stengers), c'est-à-dire à
produire des énoncés scientifiques tenant compte des
propositions minoritaires (actuellement hors champ). A creuser,
donc.
2 - Marchandise
Relocalisation de l'économie ?
ex : coopératives, Amap, pétits médias indépendants...
3 - Techniques
Une culture technique pour tous ?
ex : techniques conviviales, auto-construites ; auto-production,
...
4 - Politique
Démocratie directe, autogestion, activisme, etc.
5 - Ecologie
Simplicité volontaire, cohabitats (en ville) et écolieux
(à la campagne), ...
--
(*) Il s'agit autant d'objections à la croissance que de
traits dessinant une vision du monde propre... finalement c'est
sans doute aussi l'épistémè de la décroissance
que l'on dégage ici, puisqu'il s'agit d'une oeuvre collective.
Qu'en disent les philosophes ?
Une synthèse de la décroissance à
l'usage des nouveaux venus
Clement Homs
http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?start=12&t=3946
Posté le: 31 Déc 2006 12:12 Sujet du message:
je pense pas que bounan soit de la cheville d'husserl quand même,
à ce que j'ai lu, bounan me semble-t-il n'expose pas une
critique de la science, il tire seulement les conséquence
d'une critique implicite à ce qu'il découvre comme
ses résultats (je regarderai le temps du sida, cependant
le personnage au vu des polémiques notamment son ouvrage
sur Céline, me semble à prendre avec des pincettes,
ça a balancé grave contre bounan *). De plus chez
husserl, si l'on peut encore parler de " vérité
" ce n'est plus possible de le faire sous la lumière
de l'objectivité, puisque pour husserl le monde se donne
à nous au travers de l'expérience préalable
et originaire de la " conscience transcendantale ", la
" conscience donatrice originaire ". A partir de là,
pour parler comme ceux du paradigme postmoderne, il faut refuser
toute réconciliation entre l'homme et le monde, et accepter
le " subjectivisme originaire ", et ce que M. Henry appellera
l'immanence de la vie (d'ailleurs Maffesoli même s'il reste
imprégner - comme Nietzsche - du vouloir-vivre de Schopenhauer,
parle en faisant référence à la théorie
de l'individuation de Simondon, d' " immanence transcendante
"). Henry, qui est certainement celui qui a prolonger le plus
radicalement qui soit les résultats d'Husserl, à même
écrit que la vie n'était pas du monde.
l'objectivité n'est donc pas possible, y compris pour husserl
ou henry : le " monde-de-la vie " pour le premier, le
" s'éprouver soi-même " pour le second sont
comme dit Husserl l'arche orginaire, un centre de référence
où le " monde " se confond avec ma chair. Nous
ne marchons pas au milieu des choses ou sur le sol terrestre comme
dit le scientisme environnant, nous marchons d'abord dans cette
vie ou celle-là qui est l'ultime source de tout droit et
de tout être des étants. Le monde ne nous apparait
pas comme pour le monde (comme le pense la science et l'écologisme),
mais irrémédiablement pour nous. Car l'horizon de
son apparition se constitue dans ce que nous sommes, des vivants.
A partir de là toute objectivité du monde n'est plus
possible.
Peut-être que ces considérations propre à la
phénomélogie sont trop en avant par rapport aux différents
penseurs de la décroissance. Encore que comme le remarque
très bien Cérézuelle, Charbonneau a été
très marqué par Max Scheler qui est quand même
un disciple de Husserl et pilier de la phénoménologie.
Après de Caillé à Latouche en passant par Rist,
Perrot, etc, la référence à la critique de
la science par la phénoménologie me semble moins prononcé.
Même si latouche fait référence (tout en prenant
ses distances) à Heidegger. Cependant chez ces auteurs, le
noeud qui les relie c'est la critique de l'épistémologie
des sciences sociales (leur domaine généralement)
et leur prétention à l'objectivité (caillé
sur bourdieu ou plus généralement sur l'utilitarisme
dans les SS), latouche avec son bouquin Le Procès des sciences
sociales (avec son épistémologie de l'inter-texttualité),
voir aussi dans le numéro du Courrier de la planète
l'éditorial de cette revue répondant à l'article
de G. Rist que nous avons mis en ligne ici, et qui se défend
(sans aucun arguments) de partager le point de vue de gilbert en
raison de leur non volonté d'écarter les épistémologies
des sciences sociales. Il est affolant également de voir
chez les auteurs de la décroissance le nombre de référence
à l'oeuvre de paul Feyerabend et à son " épistélomogie
anarchiste ". Charbonneau aussi refuse radicalement l'objectivité,
c'est-à-dire cette thèse épistémologique
consistant à affirmer sa capacité à connaitre
un sujet organisé en un objet d'étude transparent.
Les épistémologies objectivistes ne cessent comme
la " science normale " propre au scientisme ambiant, de
recommader de se méfier de la subjectivité. L'empirisme
sociologie, l'objectivisme durkheimien ou le structuralisme (dont
bourdieu hérite puisqu'il a recyclé beaucoup de choses
du structuralisme marxiste d'Althusser), nient le sujet de leur
objet mais aussi le sujet qu'ils sont (distanciation, " neutralité
axiologique ", et cie). La production de savoir, en sa possibilité
(le chercheur) comme en son point d'attaque (sa chose) est un proces
sans sujets.
Magali Uhl influencée par henry, Husserl, la sociologie
compréhensive et l'ethnopsychanalyse a écrit là
dessus, Subjectivités et sciences humaines. Essai de métasociologie.
Sur le nominalisme dans la décroissance (cf. un autre post),
dire que le nominalisme est le fondement philosophique de la décroissance
n'est pas une interprétation personnelle, c'est un revendication
de nombreux auteurs. Latouche a écrit tout un article sur
le nominalisme dans son rapport à l'après-développement
dans le MAUSS, Singleton (cf son article dans Entropia), etc. Le
principe du nominalisme a été inventé par guillaume
d'Occam à partir d'une phrase d'aristote qui dit qu' "
il vaut mieux prendre des principes moins nombreux et de nombre
limité ", c'est là ce qu'on appelera le rasoir
d'Occam qui rasera la barbe à l'idéalisme platonicien.
Ainsi la décroissance ne cesse de dénoncer les "
mots toxiques " qui pervertissent le jugement comme dit latouche.
La novlangue est bien entendu la reine de cet effondrement anthropologique
du langage dans le non sens, et qui ne fonctionne non pas sur le
mensonge, mais sur le découragement préalable de toute
constestation par la persuasion cladestine de l'ordre du langage
qui envahit la vie inobjectivable. Le nominalisme s'oppose par principe
à l'épistémologie réaliste (cf. Robert
Kurz et son appel à une Internationale anti-réaliste),
Antihèsne critique ainsi le mode de production du langage
qui fonctionne sur une ontologie de l'universel et du général
(cf. la querelle des universaux au moyen age) : " je vois un
cheval, je ne vois pas la caballéité ". Le nominalisme
déconstruisant les présupposés des mots qui
creuse des bassins sémantiques très particulier, déconstruit
leur dimension universelle d'appréhension mais aussi "
l'attitude naturelle envers le monde " comme dit husserl, c'est-à-dire
cette tendance naturelle à considérer le monde comme
une réalité en soi et dont la possibilité d'apparition
est détachée de toute la subjectvité transcendantale.
Le nominalisme ouvre alors vers la particularité, vers la
singularité, l'individualité, vers le concret et le
vivant. Le général, l'universel et l'interchangeable
dans le langage ordinaire de la domination sont mis en nu par le
rasoir d'Occam. La critique radicale du langage de la domination
économique sur la vie connait alors une voie royale à
travers le nominalisme.
-- --
* sans parler dans Sans valeur marchande, la critique de l'encyclopédie
des nuisances qu'il entreprend dans son dernier essai qui est un
peu ridicule. Certes, la question de la critique d'une " société
industrielle " est a posé avec des bases solides, il
faut faire attention de pas verser dans le proudhonisme des petites
structures économiques, conditions des écologistes
et de trop nombreux " objecteurs de croissance " qui n'ont
pas compris grand chose à la critique de l'économie
de croissance. Cependant il faut bien donner raison à l'EDN,
le situationnisme a trop longtemps cherché à balancer
la société de l'échangeabilité (forcément
marchande) en conservant le progrès (cf. mon texte sur "
Debord père de la décroissance " sur le site
1libertaire). Ces prises de têtes autour de l'héritage
situ, si elles se font toujours dans le style d'écriture
classique, sont un débat fondamental pour poser la décroissance.
Et à la différence des contempteurs de l'EDN, il faut
le poser avec les interprétations que font de Marx, Jappe,
Kurz et Henry. La critique de la valeur ne s'oppose en rien à
une critique de la société industrielle. [/i]
_________________
" Les enfants croient au Père Noël. Les adultes
votent. " (Pierre Desproges).
|