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Origine http://www.cahiersdufootball.net/article.php?id=1778
Le 6 juillet prochain sera désignée la ville organisatrice
des Jeux de 2012. Paris étant la ville favorite, la propagande
olympique bat déjà son plein. "Le consensus est
total" nous dit-on, la "France entière" est
derrière les Jeux, lit-on un peu partout, y compris dans
la publicité de nos élus, tous groupes politiques
confondus. Cette unanimité proclamée sur un "fait
social total" nous semble inquiétante et dangereuse
dans un pays démocratique. Vous ne vous êtes peut-être
jamais posé la question des valeurs du sport et de l'Olympisme
pour une simple raison: sujet tabou et consensuel comme aucun autre,
le sport, fait social total, semble être un divertissement
sans grande importance, un simple jeu. À l'heure de la propagande
pour les Jeux de 2012 qui envahit la France, il nous semble urgent
de dire "stop" au conditionnement, et de regarder ce qui
se cache derrière le mythe olympique. Le sport joue des fonctions
politiques, idéologiques et économiques importantes.
Il est temps de le prendre au sérieux et d'ouvrir les yeux.
Faisons un rêve : un sondage (...) révèle que
dans la population française qui a été préalablement
informée et qui peut donc réellement émettre
une opinion réfléchie sur le problème, 78%
des personnes interrogées sont contre l’organisation
des Jeux Olympiques à Paris en 2012, 86% contre les Jeux
de 2008 à Pékin, et 75% jugent la doctrine philosophico-olympique
réactionnaire et favorable à l’ordre établi.
Soudain, les médias se réveillent, les partis politiques
se divisent, les militants progressistes ouvrent les yeux et ne
voulant pas se couper du peuple remettent en cause les prétendues
vertus du sport et de l’Olympisme. Ce fait social total —
le plus grand spectacle du monde et plus grand mobilisateur de foules
— vient enfin au centre du débat.
Ce n’est qu’un rêve. Le sport peut prêcher
des valeurs qu’il ne porte pas (qu’il n’a jamais
portées) et porter des valeurs qui ont toujours servi les
pouvoirs les plus les plus durs et jamais l’émancipation
des peuples comme le montre l’Histoire du sport et de l’Olympisme,
rien ne permet de démanteler le consensus. Trop occupés
à gérer leurs petites boutiques, les partis, les syndicats
et les associations dites progressistes restent aveugles et muets.
(...) Les deux commandements de la majorité des médias,
partis politiques, syndicats, associations sont simples et se résument
ainsi: soit ils ignorent le travail des sociologues critiques en
ne répondant à aucune de leurs questions et en jugeant
négligeable (par mépris des choses du corps) un phénomène
social de masse; soit ils les traitent d’extrémistes
en faisant preuve d’une rare intolérance. Des exemples?
Le Mouvement Critique du Sport interroge les syndicats représentatifs
(CGT, CFDT), des partis politiques (PS, PC) et différents
organismes (Croix Rouge, Secours Populaire, etc.) sur leur soutien
à la candidature de Paris 2012. Aucune réponse. (...)
Le Mouvement Critique du Sport interroge des militants associatifs
dits"progressistes ou d’avant-garde" (!) sur leur
aveuglement face à l’importance sociale du spectacle
sportif et de la "doctrine philosophico-religieuse" chère
à Coubertin. Aucune réponse. La liste est loin d’être
exhaustive…
Quand le silence est brisé, c’est souvent l’ignorance,
l’hypocrisie ou pire l’injure qui intervient. "Vous
exagérez" nous disent ceux qui n’ont jamais lu
une ligne de Coubertin et jamais parcouru l’histoire de l’Olympisme.
Être contre les Jeux, c’est être contre la beauté,
la fraternité, la santé, la loyauté, l’amitié,
la paix, l’éthique, l’éducation! Il n’y
a en effet que des extrémistes qui peuvent s’opposer
à ces valeurs (l’objectif des apôtres de l’Olympisme
est de faire croire que ces valeurs sont réellement véhiculées
par le sport, et la propagande permet d’atteindre ledit objectif!).
L’injure, l’hypocrisie, la volonté de conserver
son pouvoir par tous les moyens remplacent le débat argumenté,
l’échange de points de vue. En sport encore plus qu’ailleurs.
Nous voulons dialoguer, nous disons d’où nous parlons,
nous sommes qualifiés d’engagés et d’extrémistes
et "excommuniés". Nos "adversaires théoriques"
passent en force, circonscrivent le débat aux frontières
qu’ils ont eux-mêmes fixées, refusent la confrontation
des opinions, masquent leur parti pris, ont la majorité des
médias à leur service, et ils apparaissent ainsi comme
de doux agneaux neutres et impartiaux.
Devant silence, aveuglement, refus de savoir, et paraphrasant l’excellent
texte d’Alain Accardo, "De notre servitude involontaire",
nous affirmons :
> Qu’en sport, on ne peut pas parler d’un débat
en trompe-l’œil puisqu’il n’y a pas de débat.
> Que limiter l’analyse du système sportif à
ce qu’il montre c’est ignorer tout ce qu’il occulte
et est loin d’être secondaire.
> Que quand bien même le pouvoir sportif changerait de
mains, le sport ne changerait pas de logique.
> Que le sport ne pourrait pas fonctionner sans un « esprit
du sport » c’est-à-dire sans une adhésion
subjective des individus, y compris celle des non-sportifs. De même
qu’il y a un "esprit du capitalisme", il y a un
"esprit du sport" qui engage au-delà des idées
conscientes les aspects les plus profonds de la personnalité.
Le sport secrète ce consensus subjectif et donc la légitimité
dont il a besoin.
> Que parler d’incorporation du système sportif
n’est pas une simple métaphore. Les déterminations
socio-sportives que nous intériorisons deviennent véritablement
chair et sang. Le sport comme tout le social s’incarne en
chaque individu et ses déterminations une fois incorporées
jouent par rapport à notre façon d’être
au monde le même rôle indispensable que nos os et nos
tendons jouent dans notre locomotion.
> Que le système sportif fonctionne peu à la coercition
car il a façonné durablement corps et esprits.
> Que l’adhésion sportive (et son contraire, le
refus de voir le sport comme fait social total) c’est cette
transformation d’une nécessité d’origine
externe en disposition personnelle à agir (ou ne pas agir)
spontanément dans une logique donnée.
Les sportifs et les non-sportifs sont disposés à
faire fonctionner le système de leur plein gré en
assurant ainsi sa longévité. Plus leur adhésion
(ou leur refus aveugle) est spontanée, moins ils ont besoin
de réfléchir pour obéir, et mieux le système
sportif se porte.
Mouvement critique du sport
> > Retrouvez ce texte dans son intégralité
ainsi que l'ensemble des numéros de "La lettre anti-olympique"
sur le site du mouvement critique du sport
http://mouvement.critique.du.sport.chez.tiscali.fr/pages/accueil.htm
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