|
Origine : http://rewriting.net/2007/01/19/alex-turk-ou-le-nicolas-hulot-de-la-vie-privee/
Les Big Brother Awards, dont la 7ème édition aura
lieu ce samedi 20 janvier, dénoncent les manquements et atteintes
à la vie privée. Ce pourquoi ils ont un sérieux
passif avec la Cnil (Commission nationale de l’informatique
et des libertés).
L’institution en charge de nos droits informatiques et libertés
fut ainsi nominée, dès l’an 2000, pour n’avoir,
sur près de 33 000 plaintes en 20 ans, délivré
que 47 avertissements, et 16 dénonciations au Parquet. Son
équivalent britannique avait quant à elle, pour la
seule année 1999, instruit quelques 145 dossiers, 130 d’entre-eux
ayant permis de condamner ceux qui prennent des “libertés”
avec la vie privée.
Je ne suis pas particulièrement pour une judiciarisation
de la société. Mais force est de constater que la
loi informatique et libertés n’est pas respectée,
y compris, et par exemple, par les deux principaux partis politiques
français. Et tant que cette impunité durera, les atteintes
à la vie privée ne pourront que proliférer.
Depuis, le président de la Cnil, Alex Türk, a quasi-systématiquement
été nominé aux BBA-fr, en 2003, 2004 et 2005,
pour avoir contribué à abaisser le niveau de protection
de la vie privée, au lieu que de le renforcer.
Il faut sauver le soldat Türk
En 2006, rien nada. D’une part parce qu’il ne s’est
pas, l’an passé, autant fait remarqué qu’auparavant
- encore que son acceptation, par principe, de tout dispositif de
reconnaissance biométrique des empreintes du contour de la
main “pour le contrôle d’accès, la gestion
des horaires, la restauration sur les lieux de travail (et) l’accès
au restaurant scolaire” puisse en faire tiquer plus d’un.
D’autre part parce qu’Alex Türk s’est illustré,
en novembre dernier, en prononçant un discours qui, espérons-le,
fera date. Il a d’ores et déjà débouché
sur une initiative, validée par les autorités de protection
des données personnelles de 75 pays, et qui pourrait, peut-être,
contribuer à une véritable prise de conscience de
cette société de surveillance que nous n’avons
de cesse de dénoncer.
Si les BBA sont un peu les écolos de la surveillance, Alex
Türk en serait le Nicolas Hulot. Si seulement il pouvait être
aussi entendu…
Aparté
Il n’est pas dans mes habitudes de reprendre in extenso les
articles que j’écris pour InternetActu. En même
temps, j’adore les exceptions qui confirment la règle.
Et puis, il m’arrive rarement de saluer l’attitude d’un
notable… autant en profiter.
Vous trouverez donc ici-bas la copie de l’article que je
viens de publier sur IA, et qui expose le point de vue d’Alex
Türk, suivi de l’édito que j’ai signé
à ce propos. A noter que la fonction “Imprimer”
de ce blog vous permettra d’obtenir ces deux textes d’un
seul jet, mais aussi les liens qui vont avec (via un plugin permettant
leur impression “en clair“, contrairement à ce
qui vous est proposé d’ordinaire).
PS : si d’aventure vous aviez des remarques au sujet du discours
d’Alex Türk et/ou de l’édito que j’ai
signé à ce propos, merci de le faire en bas des articles
en question sur InternetActu (article / édito), et de réserver
vos commentaires sur cette introduction toute particulière,
et perso, au forum ici-bas - ben oui, ici c’est mon blog à
moi, & pas forcément le meilleur endroit pour prolonger
le “débat“.
Alex Türk : “Il y a urgence à préserver
notre capital de vie privée”
Alex Türk, président de la CNIL, estime que la “vague
sécuritaire” apparue dans la foulée des attentats
du 11 septembre 2001 “pourrait bien submerger” les autorités
de protection de données personnelles : “ces politiques
liées aux nouvelles exigences de sécurité publique
(sont) susceptibles de constituer un choc de civilisation”
(c’est lui qui souligne).
Prenons garde ! A défaut d’initiative de notre part,
on pourra, un jour, dire de nous : « La civilisation était
en train de changer sous leurs yeux et ils n’ont rien vu venir
; un nouveau droit fondamental des hommes et des femmes vivant dans
les sociétés modernes était en train d’être
reconnu par les textes et ils n’ont rien fait pour le protéger
».
(…)
Le capital de notre identité et de notre vie privée
est chaque jour menacé. Il y a urgence à le préserver.
Comme le capital environnemental de l’humanité, il
risque, lui aussi, d’être si gravement atteint qu’il
ne puisse être renouvelé.
Ces propos alarmistes ont été tenus (à huis
clos) en novembre dernier à l’occasion de la 28e conférence
internationale des commissaires à la protection des données
et à la vie privée qui s’est tenue, à
Londres, en novembre dernier. Le discours d’Alex Türk,
intitulé “Notre capital de protection des données
est menacé“, faisait écho à la thématique
de la conférence, consacrée à la “société
de surveillance“, et sert d’introduction à une
initiative commune, soutenue par les 75 délégations
présentes, visant à “provoquer une prise de
conscience collective et se rassembler pour lancer des initiatives
coordonnées, reposant principalement sur une nouvelle stratégie
de communication (…) et un soutien à des travaux menant
à la reconnaissance d’un droit universel à la
protection des données“.
La société de surveillance
Dans leur rapport sur la société de surveillance,
rendu public à l’occasion de cette conférence,
les chercheurs du Surveillance Studies Network relèvent que
“l’opinion du public peut être partagée,
mais très peu de gens sont en fait conscients de l’existence
de cette société de la surveillance, et celle-ci relève
pour eux plus de la science-fiction que de la vie quotidienne. Ce
qui explique la quasi-absence de débats publics autour de
ce sujet. L’industrie de la surveillance représente
un chiffre d’affaires faramineux et sa croissance est aujourd’hui
bien supérieure à celle des autres secteurs d’activité
(surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001) : la valeur
de ce secteur dans le monde est estimée à près
de 1000 milliards de dollars US, et couvre un vaste éventail
de biens et de services, allant du matériel militaire aux
caméras de télévision en circuit fermé
et aux cartes à puces. La société de la surveillance
est devenue lentement, subtilement et imperceptiblement une réalité“.
“La difficulté majeure, poursuit Alex Türk, vient
de ce que, aujourd’hui, l’informatique est devenue une
informatique de « confort » indispensable dans tous
les actes de la vie quotidienne (pour se contacter, se localiser,
s’informer, se sécuriser…). Mais nos concitoyens
se préoccupent-ils de la traçabilité et de
la surveillance potentielle de leurs déplacements, de leurs
comportements, de leurs relations ? (…) Pouvait-on prévoir
que l’on pourrait être identifié à distance
par son passeport ou encore que l’on pourrait rechercher un
passé judiciaire sur internet « grâce »
aux formidables capacités d’investigation dans la vie
privée qu’offrent aujourd’hui les moteurs de
recherche ?“
Quand les politiques jouent avec le feu
Le problème est aussi politique : on assiste en effet à
“une véritable stratégie de contournement à
l’égard des autorités de protection des données”
par les parlementaires qui, parce que la CNIL a une fois donné
son avis sur un fichier, ne la resaisissent pas lorsqu’ils
veulent en étendre la portée. C’est ainsi qu’aujourd’hui
le fichage génétique concerne “quasiment toutes
les affaires de police judiciaire“, alors qu’il avait
initialement été réservé aux seuls délinquants
sexuels récidivistes.
Cette stratégie politique de contournement de la CNIL est
d’autant plus dangereuse que “la problématique
de sécurité présente toutes les caractéristiques
d’un cheval de Troie“. En effet, “les éléments
mis en place par tel ministère vont s’ajouter à
d’autres éléments, se conjuguer, se combiner
pour créer des synergies et aboutir à des situations
échappant à notre contrôle. Et le risque serait
qu’un jour, on constate que notre civilisation est totalement
engluée. Les responsables seront alors tout désignés
et l’on comptera parmi eux les Autorité de contrôle…“
“Un leurre pour l’opinion publique”
L’opinion publique, “leurrée” en cela
par les responsables politiques, aurait ainsi tendance à
considérer la création de nouveaux fichiers comme
autant de “remèdes miracles” à même
de résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés.
Il faut donc urgemment “désacraliser le caractère
supposé infaillible du fichier informatique“.
En 2016, prédisent les auteurs du rapport en se fondant sur
des projets d’ores et déjà expérimentés,
les villes sont surveillées par des drônes espions,
des systèmes de reconnaissance faciale intégrés,
au niveau des yeux, dans les murs, et des systèmes d’éclairage
et de vidéosurveillance intelligents. Les agents de sécurité
privés, supervisés à distance par des policiers,
sont habilités à prélever l’ADN de tout
suspect, et à interroger la base de données qui, recensant
tous leurs déplacements, et autres données “publiques“,
leur assigne un profil de risque plus ou moins élevé.
La gestion du système de “frontières intellligentes”
des pays riches a lui aussi été confié à
une multinationale de la sécurité privée.
“L’exemple de la biométrie, note Alex Türk,
est sur ce point révélateur : considérée
comme la panacée en matière d’identification
et d’authentification, alors même qu’elle n’a
jamais fait l’objet d’une évaluation officielle,
concertée sur le plan international, la biométrie
est aujourd’hui amenée à se développer
massivement sans qu’aucune réflexion réelle
n’ait été conduite sur les conséquences
à l’égard des personnes des erreurs d’identification
biométriques“.
Rappelant que, “sur le plan technique, il est impossible
d’affirmer qu’un traitement de données peut être
considéré comme fiable à 100%“, le président
de la CNIL considère que, sur le plan éthique, il
convient de “proscrire, tout particulièrement dans
certains domaines tels que celui de la sécurité ou
de la justice, la prise de décision automatique par ordinateur“.
La vie privée ? Un capital en voie d’extinction
Avec les nanotechnologies, le problème devient quasi-insoluble,
dans la mesure où “il sera devenu impossible de voir
à l’oeil nu que la technologie est présente
dans un objet !” Or, comment encadrer et contrôler des
traitements invisibles ?…
L’une des pistes serait de “créer le réflexe
de la protection des données personnelles. Nos concitoyens
devraient refuser de transiger sur leurs droits à la protection
des données comme ils refuseraient de le faire pour la liberté
de réunion ou la liberté de la presse“.
Déplorant le fait d’en être réduit à
devoir “défendre le droit des individus malgré
eux“, Alex Türk plaide ainsi pour “un immense effort
de pédagogie” afin de sensibiliser, en priorité,
les élus locaux et nationaux, ainsi que le secteur éducatif,
et “ faire en sorte que dès l’instant où
un enfant pose le doigt, pour la première fois, sur un clavier
d’ordinateur, il intègre à son apprentissage
l’impératif de la protection des données“.
En 2016, toujours selon le rapport, les gens sont plus habitués
à observer et à être observés. Un grand
nombre d’entre eux procèdent une auto-surveillance
permanente consistant à enregistrer, stocker voire mettre
en ligne tout ce qu’ils font au quotidien. Les prestataires
de services doivent transmettre à la police l’ensemble
du trafic internet (courriels, appels téléphoniques
par VoIP) de ceux qui ont eu affaire à elle, et leurs déplacements
sont systématiquement géolocalisés.
Mais pour cela, il faut pouvoir toucher le grand public, et faire
passer le message en langage clair. Alex Turk propose ainsi, “par
analogie avec le thème du capital naturel de notre planète
mise en danger par la pollution issue de l’activité
humaine, de reprendre la notion de capital à préserver.
Chaque homme, et l’humanité dans son ensemble est à
la fois détenteur et responsable d’un capital. De même
qu’on ne peut pas agir impunément en matière
de protection de l’environnement, nous devons être extrêmement
vigilants dans notre domaine (…) parce que ce capital de garantie
de nos libertés et de notre identité peut alors être
amputé ou menacé dans son existence même.“
De concert avec les autres autorités de protection des données
personnelles, le président de la CNIL en appelle également
au développement d’une Convention universelle de protection
des données, “instrument juridique contraignant (qui)
devrait être une grande Déclaration de droits, consacrant
la reconnaissance d’un droit universel à la protection
des données et à la vie privée“.
Identité : mais que fait la polis ?
Alors qu’une partie non négligeable du débat
politique porte - et pas qu’en France - sur les questions
environnementales, le discours d’Alex Türk (voir notre
article), lui, n’a nullement été relayé
par la presse, et ne semble pas faire débat.
Le constat du président de la Commission nationale de l’informatique
et des libertés (Cnil) est pourtant clair : “Le capital
de notre identité et de notre vie privée est chaque
jour menacé. Il y a urgence à le préserver.
Comme le capital environnemental de l’humanité, il
risque, lui aussi, d’être si gravement atteint qu’il
ne puisse être renouvelé“.
Alex Türk propose de lancer une vaste campagne de sensibilisation
commençant “dès l’instant où un
enfant pose le doigt, pour la première fois, sur un clavier
d’ordinateur“, mais visant également, au premier
chef, élus et responsables politiques.
Certains resteront sceptiques, Alex Türk faisant l’objet,
depuis des années, de critiques lui reprochant de contribuer
à l’érosion des pouvoirs mêmes de la CNIL.
Dans une tribune libre parue dans Le Monde, “Il faut sauver
la loi informatique et libertés“, plusieurs anciens
commissaires de la CNIL critiquèrent ainsi vertement la refonte
de la loi en question, dont le rapporteur au Sénat n’était
autre qu’Alex Türk. Celui qui se présente aujourd’hui
comme le Nicolas Hulot de la vie privée fut également
nominé, par trois fois (en 2003, 2004 et 2005) aux Big Brother
Awards, dont l’objet est de dénoncer ceux qui s’illustrent
en matière d’atteintes à la vie privée.
La société de la surveillance est une réalité
Reste que le constat qu’il dresse est implacable, et que
son appel a été validé par les 75 délégations
réunies lors de la 28e conférence internationale des
commissaires à la protection des données et à
la vie privée. Les chercheurs du Surveillance Studies Network,
dans le rapport sur la société de surveillance qu’ils
ont rendu public à cette occasion, et qui lui aussi n’a
guère été médiatisé, est lui
aussi on ne peut plus clair :
“L’opinion du public peut être partagée,
mais très peu de gens sont en fait conscients de l’existence
de cette société de la surveillance, et celle-ci relève
pour eux plus de la science-fiction que de la vie quotidienne. Ce
qui explique la quasi-absence de débats publics autour de
ce sujet. (…) La société de la surveillance
est devenue lentement, subtilement et imperceptiblement une réalité,
à la manière de petits sentiers qui à force
de se rejoindre de façon imprévue se seraient peu
à peu transformés en route, route dont il convient
aujourd’hui de discuter et de débattre d’urgence”.
Le programme d’Alex Türk, “Communiquer sur la
protection des données et la rendre effective (.pdf)”
en appelle à la reconnaissance d’un droit universel
à la protection des données et à la vie privée,
à un effort en matière de communication de la part
des autorités de protection des données personnelles
et à une meilleure coordination de ces instances, ne serait-ce
que pour en améliorer les capacités d’expertise.
On ne peut, a priori, qu’approuver de telles mesures. On
peut aussi remarquer que s’il n’est pas perdu d’avance,
le combat semble bien mal engagé. Il a fallu des années
pour que les ONG, les scientifiques et les instances internationales,
relayées en cela par les médias et l’opinion
publique, en arrive à faire de la préservation de
l’environnement un enjeu politique, à rebours des seuls
intérêts économiques.
En France, les ONG et chercheurs qui s’intéressent
aux notions de vie privée et des principes inscrits dans
la loi “Informatique et libertés” se comptent
sur les doigts des deux mains. Pourtant, l’érosion,
la dilution et les atteintes à notre identité sont
tout aussi visibles, au quotidien, que le réchauffement de
la planète, et tout aussi facilement compréhensibles
par le grand public - et donc médiatisables - que l’effet
de serre, la fonte des glaciers ou le gaspillage énergétique.
Au-delà même des dérives génériques
recensées par Alex Türk, il en est de plus factuelles,
mais tout aussi réelles, vécues, sinon subies, au
quotidien par tous les citoyens.
Des fichiers policiers “hors la loi” depuis
des années, et jusqu’en… 2010
Les traces de tout ce que nous faisons sur l’internet sont
conservées, par des opérateurs privés, pendant
un an, afin que la police et la justice puissent savoir ce que l’on
y a fait.
L’utilisation faite de toutes ces traces et données
personnelles par les marchands de données échappe,
pour beaucoup, aux autorités de protection des données
personnelles (voir A qui appartiennent mes logs ?). D’autant
que personne, ou presque, ne porte jamais plainte, même et
y compris lorsque les atteintes à la vie privée sont
le fait de partis politiques.
Nos déplacements sont eux aussi surveillés, par des
caméras de vidéosurveillance - de plus en plus nombreuses
-, les puces GPS de nos téléphones portables, et autres
dispositifs - notamment professionnels - de géolocalisation,
ou encore les fichiers nominatifs - reliés aux bases de données
policières - que nous devons remplir aux frontières,
mesure considérée comme une “atteinte intolérable
au respect de la vie privée et des droits de l’homme”
par l’Association Européenne pour la défense
des Droits de l’Homme (AEDH).
Le fichage génétique, qui ne concernait initialement
que les seuls délinquants sexuels récidivistes, a
depuis été étendu à 137 infractions,
implique les simples suspects, même mineurs, et même
s’ils sont par la suite innocentés, et vire au “fichage
génétique de masse“, pour reprendre le titre
d’un article du Monde.
De plus en plus de salariés voient leur embauche conditionnée
à la consultation de leurs fichiers policiers, sous couvert
d’enquêtes administratives, et de “moralité“.
Plus de 3500 personnes ont ainsi été licenciées
ou n’ont pu accéder à un emploi, ces deux dernières
années, dans la seule zone aéroportuaire de Roissy.
Truffés d’erreurs, mal contrôlés et peu
mis à jour, les fichiers policiers n’en bénéficient
pas moins, pour mettre leurs fichiers en conformité avec
la loi informatique et libertés, d’un délai
exceptionnel courant jusqu’en octobre 2010.
Cette incongruité (comment expliquer que ceux qui sont censés
faire respecter la loi ont le droit de ne pas la respecter ?) n’est
pas une première : les deux principaux “casiers judiciaires
parallèles” - pour reprendre l’expression de
la CNIL - qui recensent tous ceux qui, un jour, ont été
suspectés par la police ou la gendarmerie, ont eux aussi
fonctionné, pendant des années, en violation de la
loi informatique et libertés.
Le STIC (Système de Traitement des Infractions Constatées
par la police) n’a été légalisé
qu’en 2001, 6 ans après avoir été créé,
et répertorie près de 5 millions de personnes. JUDEX
(système JUdiciaire de Documentation et d’EXploitation
exploité par la gendarmerie), qui vient tout juste d’être
légalisé, en novembre dernier, 20 ans après
avoir été créé, recense pour sa part
quelques 3 millions d’individus. En 2007, STIC et JUDEX vont
fusionner au sein d’une base de données commune, ARIANE
qui, à l’instar des fichiers génétiques,
sera partagé avec les forces de l’ordre des autres
pays européens.
Qui surveillera les surveillants ?
Cette “policiarisation” de la société
produit un effet de banalisation du fichage qui diffuse ses effets
dans d’autres domaines. En ligne ou pas, les entreprises ou
les administrations s’habituent à demander à
leurs clients ou usagers un luxe de détails, de preuves d’identité
ou de signatures sécurisées, qui participent plus
de la construction d’une “société de la
méfiance” que de la “confiance” qu’on
nous vend souvent autour de la sécurité des transactions.
Deux des principaux responsables policiers en charge du déploiement
de nos futurs papiers d’identité biométriques
et dotés de puces RFiD ont ainsi pu déclarer, au Sénat,
que ceux-ci serviraient bien moins à lutter contre le terrorisme
et la délinquance qu’à favoriser le développement
du commerce électronique.
Dans leur Déclaration de Budapest, les chercheurs du réseau
d’excellence Fidis (Futur de l’identité dans
la société de l’information), soutenu par l’Union
Européenne, en appellent de ce fait à une refonte
complète des projets de pièces d’identité
électroniques dans la mesure où elles “diminuent
la sécurité et la protection de la sphère privée
(des citoyens) tout en accroissant les risques liés aux vols
d’identité“.
En matière de santé, nous ne sommes pas beaucoup
mieux lotis : le gouvernement propose en effet d’autoriser
l’interconnexion de tous les fichiers sociaux au moyen du
numéro de Sécurité Sociale (NIR), alors que
la loi informatique et libertés avait précisément
été adoptée, en 1978, afin d’interdire
l’interconnexion du NIR, et donc prévenir les risques
d’abus et de dérives de tout identifiant unique.
Alors que plus de 30 000 DMP (Dossier Médical Personnel)
ont été ouverts cette année, LESSIS, qui regroupe
les principales entreprises actives dans les systèmes d’information
de santé, estime que leur généralisation, prévue
pour le 1 juillet 2007 est, “non seulement irréaliste,
mais de surcroît dangereuse” et réclame notamment
“une véritable concertation avec l’ensemble des
représentants d’usagers” et “l’ouverture
d’un espace de débat public sur les sujets sociétaux
sensibles“.
La liste est longue, mais aussi, et surtout, elle ne fait pas débat,
quasi-ignorée par les médias, et les politiques. Il
y a pourtant urgence à remettre à plat cette inflation
d’atteintes potentielles, ou avérées, à
la vie privée et à nos droits en matière d’informatique
et libertés.
Elles ne seront jamais aussi bien débattues que si ce combat
est lui aussi, à l’instar de la protection de l’environnement,
pour reprendre l’analogie d’Alex Türk, ardemment
défendu par des ONG, soutenu par l’opinion publique,
documenté par des chercheurs, et relayé par les médias.
Et il ne tient qu’à nous d’investir l’espace
public ouvert par l’élection présidentielle
à venir pour, précisément, débattre
de ces enjeux, et tenter d’enrayer cette spirale infernale.
Jean-Marc Manach
Alex Türk
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alex_T%C3%BCrk
Alex Türk est un homme politique français né
le 25 janvier 1950 à Roubaix. Il est sénateur du département
du Nord (Nord-Pas-de-Calais) et président de la CNIL. Ancien
membre du RPR, il démissionne le 4 septembre 1992 de son
parti et est maintenant étiqueté divers droite. Il
est marié et a quatre enfants.
Alex Türk a suivi une formation juridique et fini docteur
en droit. Il est également diplômé d'études
supérieures de droit public et de sciences politiques. En
1978, il est assistant parlementaire, élu au conseil municipal
et nommé premier adjoint au maire de Marcq-en-Barœul
en 1983. En mars 1983, il est élu au conseil régional
de la région Nord-Pas-de-Calais et est réélu
à ce poste le 16 mars 1986. En 1985, il devient maître
de conférences en droit public à la faculté
de droit de l'université de Lille II. Il est également
chargé de cours à l'Université catholique de
Lille et de l'institut d'études de sciences politiques de
Lille de 1991 à 1994. De 1989 à 1995, il fut conseiller
municipal de la ville de Lille. il est aussi Conseiller général
du Nord (canton : Lille-centre) Il a été élu
sénateur le 24 septembre 1992 et réélu le 23
septembre 2001. Il est membre de la Commission sénatoriale
des lois depuis 1992 et membre de la CNIL. Il devient vice-président
de la CNIL en 2002, puis président depuis le 3 février
2004. Il a également été président de
l'autorité de contrôle Schengen de 1995 à 1997,
président de l'Autorité de contrôle commune
des fichiers d'Europol de 2000 à 2002 et président
de l'autorité d'EURODAC depuis décembre 2002.
Ancient Mandat
* Membre de la Délégation aux droits des femmes
et à l'égalité des chances entre les hommes
et les femmes
* Conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais
* Conseiller municipal de Lille
Mandat Actuel
* Conseiller général du Nord (canton : Lille-centre)
* sénateur depuis 1992
|
|