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Origine : http://cequilfautdetruire.org/article.php3?id_article=112
Le nouveau président de la CNIL, organisme censé
protéger le citoyen contre le fichage abusif, protège
surtout la police et les entreprises. Au point qu’il sabote
méthodiquement les dernières petites garanties dont
disposaient les gens fliqués-fichés.
Nos vies privées sont en bonnes mains : Alex Turk, sénateur
du Nord (ex-RPR recyclé divers droite) et fervent catholique,
a été élu en février président
de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL).
Cette promotion a bien failli lui valoir un « Orwell 2003
», mais le jury des Big Brother Awards, qui récompense
chaque année les atteintes les plus nocives à la vie
privée, était confronté cette année
à un trop vaste embarras du choix. [1] Membre de la CNIL
depuis 1992, Alex Turk souffre d’une attirance morbide pour
les hautes fonctions dans l’univers quadrillé du fichage
: de 1997 à 2002, il a été successivement président
des autorités de contrôle des fichiers de Schengen
(SIS, fichier des signalements), d’Europol (fichier des criminels)
et d’Eurodac (fichier biométrique des demandeurs d’asile).
Le contrôle de ces inquisitions opaques - le dernier rapport
public du SIS date de 2000/2001 - est sans doute efficace pour verrouiller
les données contre la concurrence (sécurisation, contrôle
des échanges entre pays, etc) mais cache-misère en
ce qui concerne la protection des personnes. C’est aux fichés
qui le savent et qui le peuvent de demander à voir et corriger
leurs fiches, sans quoi rien ne se passe. Mais ce n’est pas
le tout de demander, encore faut-il obtenir. Et ça, c’est
un parcours du combattant dont même les plus tenaces n’arrivent
pas toujours à bout : en cas de refus, aucun recours n’est
possible (sauf pour Europol). A présent, voici donc cet homme
de paille adoubé président de la CNIL, jusqu’à
la fin de son mandat sénatorial en 2010. Soit un mandat de
neuf ans, que même Bongo jugerait digne d’une république
bananière. La CNIL, rappelons-le, est une « autorité
administrative indépendante » créée en
1978 pour protéger les citoyens des appétits orwelliens
d’un dénommé Pasqua, qui voulait alors mettre
en place SAFARI, le « fichier des fichiers ». Protéger
le gouverné de son gouvernant, quelle drôle d’idée...
L’an dernier, Michel Gentot, prédécesseur de
Turk, persistait encore à prétendre que le contrôle
des fichiers était « “la pierre de touche”
de l’indépendance de la CNIL et la mesure de la soumission
de l’Etat au droit commun ». Foutaise ! En vingt-cinq
ans, la CNIL a fourni toutes les preuves de sa soumission. Non au
droit commun, mais à la raison d’Etat. Son avis négatif
n’a en rien empêché le STIC (fichier de la police
judiciaire) de fonctionner illégalement pendant six ans,
avant d’être validé en douce par décret.
Plus récemment, suite au projet d’interconnection de
fichiers inscrit dans la loi sur la Sécurité intérieure
(LSI) de Sarkozy, on a découvert que le STIC avait un alter-ego
clandestin à la gendarmerie, JUDEX. Sans broncher, la CNIL
a aussitôt homologué ce nouveau fichier, avouant même
« savoir qu’il fonctionnait depuis de nombreuses années
». Non seulement on ne sert à rien, mais on s’en
félicite.
La récente révision de la loi Informatique et Libertés
de 1978 accentue lourdement la tendance. Déposé en
2002 par les socialos, repris et validé par le Sénat
en 2003, le nouveau texte retire les fichiers dits « de sécurité
» de la déjà très maigre compétence
de la CNIL. Désormais, c’est le ministère de
l’Intérieur lui-même qui va « contrôler
» l’accès de ses troupes (20 000 policiers, 20
000 gendarmes, des milliers d’agents administratifs non identifiés)
aux données ultra-sensibles du JUDEX et du STIC. Et aux erreurs
qui les truffent (voir encadré). Alex Turk n’a pas
pipé mot contre cette nouvelle loi de flicage. Et pour cause
: c’est lui qui en a été l’artisan et
le rapporteur au Sénat... L’intitulé de son
texte, comme celui de la directive européenne qu’il
transpose, ne fait d’ailleurs plus référence
aux « libertés », mais à la « protection
des personnes à l’égard des traitements de données
à caractère personnel ». Là encore, c’est
le mot protection qui est de trop. Face à la multitude des
« little brothers » boutiquiers, patrons, banquiers
et prestataires, devenus plus intrusifs que l’Etat lui-même,
le citoyen de base est parfaitement démuni. Qui serait assez
téméraire pour vouloir contrarier la dévorante
curiosité des hommes du Medef ? Pas Alex Turk, qui se destine
à une mission plus noble : « réconcilier les
entreprises et la CNIL », comme il l’a déclaré
au Sénat en 2002. Et ça, ce n’est pas du vent.
Depuis le vote de sa loi, les employeurs sont libres de ne plus
déclarer leurs fichiers (à condition qu’ils
papotent de temps en temps avec un « correspondant »
de la CNIL). Libres de ficher les mauvais payeurs « pour les
besoins de la lutte contre la fraude ». Libres d’échanger
leurs fichiers avec des boîtes d’autres pays, même
quand ces derniers « n’assurent pas un niveau de protection
suffisant »... Finalement, la CNIL est bel et bien fidèle
à sa vocation : garantir les libertés. Celles des
flics et des patrons, évidemment. Mais est-ce encore bien
la peine de préciser ?
Marion Tromel
Publié dans CQFD n°10, mars 2004.
Puce à l’oreille pour tous
Les RFID (« Radio Frequency Identification ») arrivent
! Ces micro-puces moins grosses qu’une lentille, sans batterie
et sans fil, émettent leur identifiant unique à un
lecteur situé à quelques mètres. Moins coûteux
et plus sobres qu’une patrouille de flics, les peRFIDes sont
déjà dans notre environnement : bip dans votre pass
Navigo, bip dans vos clés de bagnole, bip le tatouage électronique
dans l’oreille de votre chien. Et ce n’est qu’un
début. On nous invente des tas de bonnes raisons d’en
planquer partout : dans les zones de fret pour tracer les flux de
marchandises, dans les magasins pour gérer les stocks, dans
les fringues pour lutter contre la contrefaçon. Dans les
portables pour empêcher madame de tomber sur la collection
de meufs à poil de monsieur. Dans les yahourts pour savoir
s’ils sont frais, dans les grosses coupures pour traquer la
fausse monnaie, sous la peau des taulards, des indésirables
ou même des mômes, au cas où un Dutroux passerait
par là. La Commission européenne en glisserait bien
un dans les passeports, histoire qu’on n’ait pas à
les sortir de la poche aux points de contrôle... Bien sûr,
nos valeureux protecteurs de la vie privée, CNIL en tête,
notent qu’il serait de bon aloi d’« encadrer »
le marquage des biens et des personnes. La question, c’est
comment... Il paraît qu’un enrobage au papier d’aluminium
empêche la RFID de s’activer. On aura le choix : la
puce ou la tenue de cosmonaute.
Marion Tromel
Publié dans CQFD n°10, mars 2004.
[1] Voir le site des BBA
http://www.bugbrother.com/bba/cnil.html
Alex Türk
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alex_T%C3%BCrk
Alex Türk est un homme politique français né
le 25 janvier 1950 à Roubaix. Il est sénateur du département
du Nord (Nord-Pas-de-Calais) et président de la CNIL. Ancien
membre du RPR, il démissionne le 4 septembre 1992 de son
parti et est maintenant étiqueté divers droite. Il
est marié et a quatre enfants.
Alex Türk a suivi une formation juridique et fini docteur
en droit. Il est également diplômé d'études
supérieures de droit public et de sciences politiques. En
1978, il est assistant parlementaire, élu au conseil municipal
et nommé premier adjoint au maire de Marcq-en-Barœul
en 1983. En mars 1983, il est élu au conseil régional
de la région Nord-Pas-de-Calais et est réélu
à ce poste le 16 mars 1986. En 1985, il devient maître
de conférences en droit public à la faculté
de droit de l'université de Lille II. Il est également
chargé de cours à l'Université catholique de
Lille et de l'institut d'études de sciences politiques de
Lille de 1991 à 1994. De 1989 à 1995, il fut conseiller
municipal de la ville de Lille. il est aussi Conseiller général
du Nord (canton : Lille-centre) Il a été élu
sénateur le 24 septembre 1992 et réélu le 23
septembre 2001. Il est membre de la Commission sénatoriale
des lois depuis 1992 et membre de la CNIL. Il devient vice-président
de la CNIL en 2002, puis président depuis le 3 février
2004. Il a également été président de
l'autorité de contrôle Schengen de 1995 à 1997,
président de l'Autorité de contrôle commune
des fichiers d'Europol de 2000 à 2002 et président
de l'autorité d'EURODAC depuis décembre 2002.
Ancient Mandat
* Membre de la Délégation aux droits des femmes
et à l'égalité des chances entre les hommes
et les femmes
* Conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais
* Conseiller municipal de Lille
Mandat Actuel
* Conseiller général du Nord (canton : Lille-centre)
* sénateur depuis 1992
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