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Origine : http://www.ouest-france.fr/2008/04/10/loire-atlantique/
Le-camp-de-Moisdon-la-Riviere-sort-de-l-ombre--53439284.html
jeudi 10 avril 2008
Considérés comme dangereux, les nomades furent surveillés,
regroupés et internés derrière les barbelés
à Moisdon-la-Rivière.
Des centaines d'Espagnols et de nomades furent internés
à Moisdon-la-Rivière. Leur mémoire sera évoquée,
dimanche, en présence du maire et de l'évêque.
Pourquoi cette commémoration.
De 1939 à 1942, les anciennes forges de Moisdon-la-Rivière
furent un camp d'internement. Dans un premier temps, on y regroupa
les réfugiés espagnols, surtout des femmes et des
enfants, qui fuyaient les soldats de Franco. Les nomades les remplacèrent
à partir du 11 novembre 1940. Considérés comme
dangereux, ils furent surveillés, regroupés et internés
derrière les barbelés. Des centaines de nomades transiteront
dans le bourbier humide de la Forge-Neuve. C'est à ces populations
que sera rendu hommage, dimanche 13 avril, à Moisdon-la-Rivière.
Présidé par Joël Busson, le comité du
souvenir des fusillés a voulu associer toutes les victimes
: les Espagnols, les nomades dont la mémoire sera évoquée
pour la première fois en ce lieu, et les fusillés
du camp de Choisel dont l'un est inhumé au cimetière
de Moisdon-la-Rivière.
Le camp en 1941.
« Près de Moisdon-la-Rivière, les Romanos devenus
sédentaires font l'apprentissage de la vie sociale... ce
qui ne les empêche pas de préférer quatre jours
de prison à la douche ». Ces termes méprisants
sont ceux d'un journal collaborationniste. La réalité
est bien différente. Les témoignages font état
de conditions de vie éprouvantes dans un lieu sinistre et
humide, entouré de barbelés. Une assistante sociale
en 1941 : « Si quelques familles, parmi les mieux loties,
sont réunies dans une pièce avec quelques paillasses
pour s'étendre le soir venu, toutes les autres sont parquées
comme des bêtes dans deux grands baraquements de bois repoussants
de saleté, où jamais ne pénètrent ni
le soleil ni l'air. » En mai 1942, quand ferme le camp, 267
personnes encore internées, dont 150 enfants, sont déplacées
en wagons dans la Sarthe. Ils seront ensuite dirigés vers
Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), lieu de concentration de tous
les Tsiganes de l'ouest de la France. Ceux-ci ne retrouveront la
liberté qu'en avril... 1946, laissant derrière eux
des dizaines de morts, principalement des enfants.
Vigilance chez les gens du voyage.
Pour lui, cet hommage n'est qu'un premier pas. Christophe Sauvé
voudrait qu'une stèle, sur place, rappelle l'histoire de
la Forge. L'aumônier, vice-président de l'association
nationale des gens du voyage catholique, reste vigilant. «
J'attends de voir comment les gens vont réagir, sur place.
» Il espère que cet hommage permettra d'engager un
dialogue entre gens du voyage et « gadjés »,
et d'entreprendre des combats contre les discriminations. «
Le carnet de circulation des gens du voyage existe toujours. Comme
le montre un rapport de la Haute autorité de lutte contre
les discriminations, ces dernières sont aussi fortes aujourd'hui
qu'il y a soixante ans. » Et la peur de voir se reproduire
cette « déportation intérieure » reste
présente dans les mémoires. Ce n'est pas un hasard,
fait-il remarquer, si des familles refusent de s'installer au camp
de la Fardière, sous le pont de Cheviré. « C'est
là que furent rassemblés, contrôlés et
fichés des nomades avant d'être envoyés à
Moisdon-la-Rivière ».
L'évêque sera présent. Dimanche 13 avril, 10
h, messe en l'église de Moisdon-la-Rivière, en présence
de Mgr Soubrier, évêque de Nantes. 11 h. Cimetière
: hommage à Raymond Laforge, l'un des 50 Otages fusillés
le 22 octobre 1941. À 11 h 45, sur le site du camp de la
Forge : allocutions du maire, d'un représentant des associations
de gens du voyage, et de Joël Busson, président du comité
départemental du souvenir des fusillés de Nantes et
Châteaubriant et de la Résistance en Loire-Inférieure.
Marc LE DUC.
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