|
Origine : http://www.moisdon-la-riviere.org/articles.php?lng=fr&pg=459
Nous pouvons constater qu'il y a beaucoup de failles existant dans
l’organisation du camp. Les nombreux manques, associés
à plusieurs changements, révèlent l’inorganisation
effective des camps de La Forge et de Choisel, inorganisation qui
perdure de leur ouverture à leur fermeture. Tous ces problèmes
ont pour origine commune le problème de crédit. En effet,
si les crédits nécessaires à l’entretien
des camps sont débloqués dès mai 1941, ils arrivent
trop tard : les problèmes d’organisation sont déjà
bien ancrés. Ce problème de crédits a pour origine
une question fondamentale, sur laquelle s’interrogent les autorités
françaises dès 1940, et qui continue d’intriguer
certains historiens à l’heure actuelle : les camps pour
nomades présents en France sont-ils des camps français
ou allemands ? La circulaire du 14 mai 1941 donne à l’époque
une première réponse : ces camps pour nomades sont allemands,
car créés sur ordre des autorités allemandes.
Les frais d’entretien et d’hébergement des nomades
sont alors imputés au budget "frais d’occupation".
Cependant, si les Allemands sont responsables de l’ouverture
de ces camps, ce sont bel et bien les Français qui les administrent,
par le biais des autorités préfectorales concernées.
De plus, les Allemands se désintéressent totalement
de la question nomade une fois leur concentration effectuée.
Leur seul souci est de ne pas en faire libérer un trop grand
nombre. Ainsi, bien que les autorités préfectorales
de la Loire-Inférieure administrent le camp de La Forge (et
de Choisel) sur ordre allemand, elles sont totalement responsables
des conditions de vie existant dans ce camp, les Allemands n’intervenant
pas dans l’organisation du camp. Les autorités préfectorales
de la Loire-Inférieure sont donc responsables de la discipline
stricte imposée aux nomades dès 1940, ceux-ci n’étant
pas seulement concentrés mais internés puisqu’ils
ne peuvent plus sortir du camp sans escorte, alors que dans le camp
de Rennes, par exemple, ils peuvent circuler librement pendant la
journée. Cette stricte discipline est encore renforcée
suite au transfert des nomades à Choisel début mars
1941 et à l’arrivée des communistes dès
mai 1941. Ainsi, la mixité du camp serait cause du renforcement
de la discipline : les Allemands s’intéressent aux internés
politiques de Choisel ; il faut donc que tout le camp soit bien "ordonné",
même si les nomades n’intéressent guère
ces mêmes Allemands. Les autorités préfectorales
sont aussi "responsables" des problèmes sanitaires
et médicaux qui existent au camp : si elles n’en sont
pas la cause – puisque seul le problème de crédits
est à l’origine de cela –, elles ne font rien pour
tenter d’améliorer la situation.
Ainsi, de par la discipline stricte et les nombreux problèmes
d’ordre sanitaire rencontrés par les nomades qui y
sont internés, le camp de La Forge (et de Choisel) est, en
France, l’un des camps pour nomades les plus durs de ceux
étudiés jusqu’à présent, pour
la période 1940 – 1942. Mais ce camp est-il, en France,
le camp pour nomades le plus dur de toute la Seconde Guerre mondiale
? Cette question reste en suspens. Pour pouvoir affirmer cela, il
faudrait disposer de travaux d’analyse sur chaque camp ayant
existé en France pendant cette guerre, ces travaux nous permettant
ensuite d’établir des comparaisons. Mais pour l’instant,
très peu de camps ont fait l’objet de ce genre d’étude.
Il se peut donc que d’autres camps aient été
plus durs.
Le 13 mai 1942, le camp de La Forge est fermé suite au transfert
des nomades vers le camp de Mulsanne, dans la Sarthe. Quelques mois
plus tard, le 5 août, les nomades internés à
Mulsanne sont transférés à Montreuil –
Bellay, camp pour nomades du Maine-et-Loire. Selon l’étude
menée par Jacques SIGOT au début des années
1980, il semblerait que les conditions de vie à Montreuil-Bellay
soient quelques peu similaires à celles connues par les nomades
en Loire-Inférieure. Jacques SIGOT évoque quelques
améliorations des conditions de vie propres au camp dès
1944, notamment en ce qui concerne le ravitaillement. Mais, dès
juillet de cette même année, le camp est constamment
bombardé par les avions alliés. Le camp est alors
vidé et les nomades sont transférés quelques
kilomètres plus loin, à la Motte-Bourbon. Puis, dès
octobre, ils sont renvoyés à Montreuil-Bellay. En
janvier 1945, alors que le Maine-et-Loire est libéré
depuis l’été 1944, les nomades sont transférés
au camp de Jargeau, dans le Loiret. Ils ne connaissent donc pas
la Libération en même temps que les habitants des communes
environnantes. Cette attitude ne fait que responsabiliser un peu
plus les autorités préfectorales du Maine-et-Loire,
non seulement responsables des conditions d’internement des
nomades pendant la guerre (au même titre que les autorités
préfectorales de la Loire-Inférieure), mais aussi
responsables de leur internement après la Libération
(au même titre que les autorités préfectorales
du Loiret). Le camp de Jargeau ne ferme définitivement ses
portes que le 31 décembre 1945.
Cependant, bien qu’internés de 1940 à 1946,
les nomades ont, pendant longtemps, été oubliés
de la mémoire collective. Les Français ont gardé
en souvenir les internés politiques, puis les Juifs se sont
rappelés à leur mémoire. Mais les nomades sont
tombés dans l’oubli. Dans son étude effectuée
à la fin de années 1990, Emmanuel FILHOL nous explique
que sur vingt-deux communes questionnées, onze ne connaissaient
pas l’existence d’un camp pour nomades sur leur territoire.
De plus, les communes qui n’ont pas oublié ne rendent
pas forcément hommage à ces nomades internés.
A Châteaubriant, la stèle installée ne fait
pas mention des nomades internés à Choisel de mars
à septembre 1941. Seuls les résistants sont mentionnés.
A Moisdon-la-Rivière, il n'y a plus beaucoup de personnes
ayant VRAIMENT côtoyé le Camp... Il faut se dire qu'à
l'époque, il y avait peu de moyens de communication, les
enfants finissaient souvent l'école à 12 ans... Alors
que pouvaient bien raconter sur la cour de récréation
des gamines et des gamins qui habitaient tout près du Camp
?
Pour les adultes, le seul moment de rassemblement était le
dimanche pour la messe... Et chacun avait sûrement d'autres
préoccupations que de parler de ce Camp. Surtout qu'avant
la guerre, des Romanichels, avec leurs roulottes, avaient déjà
l'habitude de se "concentrer" sur ce lieu un peu isolé...
Mais en fouillant un peu plus, certaines personnes commencent à
parler "un peu" de cette période, des anecdotes
sont racontées deci delà...
Date de création : 24/03/2008
|
|