Origine : http://quebec.indymedia.org/fr/node/21808
Il y a un moment où il faut sortir les couteaux.
C’est juste un fait. Purement technique.
Il est hors de question que l’oppresseur aille comprendre
de lui-même qu’il opprime, puisque ça ne le fait
pas souffrir : mettez-vous à sa place.
Ce n’est pas son chemin.
Le lui expliquer est sans utilité.
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L’oppresseur n’entend pas ce que dit son oppriméE
comme un langage mais comme un bruit. C’est dans la définition
de l’oppression.
En particulier les « plaintes » de l’oppriméE
sont sans effet, car naturelles. Pour l’oppresseur il n’y
a pas oppression, forcément, mais un fait de nature.
Aussi est-il vain de se poser comme victime : on ne fait par là
qu’entériner un fait de nature, que s’inscrire
dans le décor planté par l’oppresseur.
L’oppresseur qui fait le louable effort d’écouter
(libéral intellectuel) n’entend pas mieux.
Car même lorsque les mots sont communs, les connotations
sont radicalement différents. C’est ainsi que de nombreux
mots ont pour l’oppresseur une connotation-jouissance, et
pour l’oppriméE une connotation-souffrance. Ou : faire
l’amour-viol. Ou : divertissement-corvée. Ou : loisir-travail.
Etc.
Allez donc causer sur ces bases.
C’est ainsi que la générale réaction
de l’oppresseur qui a « écouté »
son oppriméE est, en gros : mais de quoi diable se plaint-ille
? Tout ça, c’est épatant.
Au niveau de l’explication, c’est tout à fait
sans espoir. Quand l’oppriméE se rend compte de ça,
ille sort les couteaux. Là on comprend qu’il y a quelque
chose qui ne va pas. Pas avant.
Le couteau est la seule façon de se définir comme
oppriméE. La seule communication audible.
Peu importent le caractère, la personnalité, les mobiles
actuels de l’oppriméE.
C’est le premier pas réel hors du cercle.
C’est nécessaire.
Christiane Rochefort
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