Rassemblés dans le collectif « Droit d'asile en danger
», des membres du personnel de la Commission de recours des
réfugiés (CRR) et des avocats sont en grève
depuis le 27 janvier. Ils réclament des conditions de travail
décentes pour être en mesure d'offrir aux demandeurs
d'asile un accueil digne.
Les associations membres de la CFDA sont sensibles aux préoccupations
de ce collectif, qui rejoignent l'analyse qu'elles font de la dégradation
du droit d'asile en France depuis plusieurs années malgré
l'augmentation du budget consacré à ce domaine. Engagé
avec la réforme de la loi sur l'asile de 2003 dans une logique
de « résorption des flux » et de « déstockage
», le gouvernement a mis en oeuvre, au nom de l'« assainissement
de la situation », un dispositif dissuasif qui ne tient pas
compte des besoins de protection exprimés par les demandeurs
d'asile.
Les effets dévastateurs de cette politique sont perceptibles
à toutes les étapes de la procédure :
A la frontière, des demandeurs d'asile se voient refuser
l'entrée en France et sont renvoyés de manière
expéditive vers leur pays de provenance, parce que leur demande
a été considérée comme « manifestement
infondée » au nom d'une interprétation ultra
restrictive de la protection.
Dans les préfectures se répandent des pratiques de
restriction des domiciliations associatives, de numerus clausus,
de renvoi vers d'autres départements.
Le dépôt de la demande d'asile à l'OFPRA, enfermé
dans un délai de 21 jours, est subordonné à
des conditions difficilement surmontables pour des personnes qui,
pour la plupart, ne maîtrisent pas le français. De
ce fait de nombreux demandeurs d'asile se voient refuser l'enregistrement
de leur demande et, au mépris de la loi, font l'objet d'une
procédure « prioritaire. » L'obligation, pour
les demandeurs d'asile, de justifier d'un lieu de résidence
pour faire renouveler leur titre de séjour réduit,
au mépris de la loi et du principe constitutionnel d'asile,
un nombre croissant d'entre eux à la condition de sans papiers
alors que leur demande est en cours d'examen.
L'objectif de réduire drastiquement les délais à
deux mois pour l'OFPRA et à trois mois pour la CRR se traduit
par une pression sur le personnel, majoritairement précaire,
en terme de productivité (un officier de protection ou un
rapporteur doit produire 2,7 décisions par jour). Cette logique
de rendement est dramatique au regard du respect des garanties de
procédure.
L'interprétation étendue par l'OFPRA de la notion
de « demande manifestement infondée », et la
possibilité offerte à la CRR de rejeter
les recours « par ordonnance » c'est à dire sans
entendre les requérants conduit à écarter près
du quart des demandeurs de la procédure classique.
Le dispositif de déstockage, vraie machine à produire
des déboutés, n'est accompagné d'aucune mesure
d'insertion de ces personnes malgré les recommandations faites
en ce sens par l'IGAS. De plus en plus nombreux sont ceux qui sont
aujourd'hui contraints à vivre dans la plus grande précarité
en France sous la menace du ministre de l'Intérieur de multiplier
les renvois effectifs.
En ce qui concerne les conditions d'accueil des demandeurs d'asile,
la France est loin de satisfaire aux normes minimales fixées
par les textes européens. Qu'il s'agisse de l'hébergement
(seuls 30% des demandeurs d'asile sont hébergés dans
les différents dispositifs d'hébergement CADA, AUDA,
hôtels) ou des conditions matérielles (allocation d'insertion
notoirement insuffisante et versée seulement pendant un an),
les
demandeurs d'asile vivent dans une grande misère.
Les demandeurs d'asile ne peuvent être réduits à
un coût pour la collectivité ou un « flux que
nous subissons » : ce sont des personnes en
quête d'une protection. La France a le devoir de leur offrir
les garanties d'une procédure équitable.
Dans ce contexte, le mouvement lancé par les professionnels
de la CRR doit être entendu comme un signal d'alerte : il
est temps de revenir à un système d'asile qui privilégie
la protection plutôt que la dissuasion, le respect des personnes
plutôt que le rendement". Dans sa plate-forme «
Dix conditions minimales pour un réel droit d'asile en France
» la CFDA propose un programme équilibré qu'il
est grand temps de mettre en oeuvre.
Coordination française pour le droit d'asile
Paris, le 3 février 2005
Premiers signataires : ACAT (Action des chrétiens pour l'abolition
de la torture), Amnesty International section française,
CASP (Centre d'action sociale protestant), Cimade (service oecuménique
d'entraide), Comede (Comité médical pour les exilés),
ELENA, FASTI (Fédération des associations de soutien
aux travailleurs immigrés), Forum Réfugiés,
GAS (Groupe accueil solidarité), GISTI (Groupe d'information
et de soutien des immigrés), LDH (Ligue des droits de l'homme),
MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre
les peuples), Association Primo Levi (Soins et soutien aux victimes
de la torture et des violences politiques), SNPM (Service national
de la Pastorale des Migrants) ; SSAE (Service social d'aide aux
émigrants).
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