Origine : http://prison.eu.org/article.php3?id_article=8245
1/ L’Essai sur le Don (Marcel Mauss 1923/1924) connaît
un très grand retentissement dans l’étude des
sociétés ; qu’elles soient " archaïques
" ou plus contemporaines, le don pouvant fonder une utopie
politique. En fait, Mauss traite d’un don/ contre don . Ce
phénomène implique une obligation de rendre et de
recevoir, un contenu hiérarchique et symbolique. De là,
Mauss fait du don/contre don l’exception sinon l’alternative
à la rationalité économique et à la
généralité de l’échange marchand.
Le don/ contre don et de façon plus générale
l’altruisme apparaissent comme une alternative au marché
et au jeu des égoïsmes. Alternative méthodologique
aussi, le don/ contre don est un " fait social total "
qui exige une sociologie économique et plus généralement
une anthropologie.
Une des originalités de la conception de Mauss incite à
voir que le don/ contre don est ambivalent, bien et mal " veillant
". Le don est à la fois " cadeau " et "
poison ". Sa forme malveillante s’inscrit dans la recherche
du pouvoir du donneur et l’obligation de rendre.... De ce
point de vue le don s’inscrit dans l’utilitarisme, éventuellement
monstrueux.
Cette conception malveillante du don a été largement
récupérée par la théorie économique.
Car elle implique un effet de connaissance qui favorise les comportements
utilitaristes. Ceci permettrait de comprendre que le don empoisonné
soit largement reprise par la théorie économique et
que la portée anti économiste du don/ contre don soit
démentie par les faits ; le plus grand apport de l’anthropologie
du don à la théorie économique est la nouvelle
économie du travail, fondée sur un don complice entre
travailleurs et patrons, complicité malveillante contre les
marginaux.
Le don/ contre don a les caractéristiques suivantes, être
lié à une contre- prestation, être personnalisé
en dévalorisant éventuellement celui qui le reçoit.
Il est symbolique et porte des valeurs. Le don ostentatoire permet
de situer les rangs sociaux.
Ce don/contre don est fortement personnalisé et donc source
d’effets pervers.
Le don s’inscrit dans une communauté et donc dans
l’altruisme. L’ambivalence attribuée par Mauss
au don, sa capacité malveillante tranche avec la théorie
de l’altruisme d’Auguste Comte (1842). En effet, le
don peut être " empoisonné ", or parallèlement,
il est impensable que l’altruisme puisse être malveillant.
Le don, s’il est un phénomène social total,
n’évite pas les phénomènes de pouvoir,
il manifeste le pouvoir et ses formes, par exemple le paternalisme.
L’intégration du don en théorie économique
: le don empoisonné.
En d’autres termes, le don dans son cadre altruiste est
"empoisonné". Cet empoisonnement du don est analysé
par la théorie économique de l’altruisme et
en particulier par Buchanan ; le thèorème du bon samaritain
montre que le don du "bon samaritain" est égoïste
en faisant en sorte de figer le pauvre dans sa situation. Le don
est à la fois objet d’un plaisir du donateur et d’une
volonté de garder ses pauvres. L’aide internationale
est un bon exemple de ce don empoisonné, l’Afrique
en est une victime désignée.
Le don pur et parfait.
Donner est un acte gratuit qui n’est pas empoisonné
par l’échange ; il n’existe pas de connaissance
réciproque qui favorise les anticipations stratégiques
des partenaires. Le don doit être pur et parfait. Un don pur
pour le donateur peut rester imparfait, considéré
du point de vue du bénéficiaires. Il n’a pas
une valeur morale évidente (la bienveillance par exemple)
et peut être " empoisonné ".
Quand au donateur : le don est un transfert gratuit (sans paiement
par le receveur), sans contrepartie, définitif. Il est libre
ou encore " sans tabou " quant à son objet et son
destinataire.
Il est un acte autonome (Platon, dialogue entre Glaucon et Adimante)
dont les motivations sont dépendantes de l’acte lui-même,
qui n’a d’autre but que celui de l’accomplissement
de l’acte, et qui trouve sa source en lui-même. Le donataire
est une personne autonome (Kant, leçons d’éthique)
qui édicte elle même le don sans pression de l’extérieur.
Le don est volontaire. De ce fait le transfert forcé, effectué
par des communautés ou l’Etat n’est pas un don.
Librement accepté et optimal : le don n’est pas imposé
ni l’expression d’une ingérence. Ce don ne brave
pas une interdiction de donner et n’implique pas une obligation
de recevoir.
Le don exprime la liberté, il est extérieur à
tout volonté de justice et peut renforcer l’injustice,
ce que soulignait déjà Nozick ; il peut engendrer
le pouvoir d’un des deux partenaires. Le don de la parole
est caractéristique en psychanalyse d’un effet de transfert
au profit de celui qui s’instaure analyste.
Le cas le plus fréquent de don pur et parfait est le don
médical ( sang, sperme, organe..) du vivant. Le don est pur,
car gratuit, définitif, sans contrepartie ; il est d’autre
part parfait car anonyme et représente un sacrifice ( transfert
univoque) pour une prestation certaine sans conditions particulières..
Conclusions et quelques objections.
Le don/contre don, théorisé par Mauss, a été
principalement intégré en économie sous sa
forme malveillante. Ce que soulignent les théories économique
du marché politique du travail ou de la charité. Cette
conception tranche avec le préjugé bienveillant de
l’altruisme et le côté alternatif attribué
à cette pratique par rapport au marché. Le don empoisonné
s’intègre sans problème dans l’utilitarisme.
Il faut pour mieux comprendre le don impur sinon la malveillance,
préciser la définition d’un don pur ( donateur)
et parfait (receveur). Cette situation de référence
implique des conditions rationnelles et morales. La non-réciprocité
souligne que l’équilibre des dons est quasi- impossible.
L’économie du don est par nature déséquilibrée.
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