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Message Internet Date: Sat, 31 Jan 2004 19:36:04 +0100
Dans Partisan de janvier:
Amiante, maladies professionnelles
Ce serait de notre faute !
Sur le même air que « c’est la faute des chômeurs
s’ils ne travaillent pas », une nouvelle chanson est sous
presse : c’est la faute des travailleurs s’ils attrapent
des maladies professionnelles. Imaginez les conséquences si
elle pouvait avoir du succès. On attend 100 000 morts dues
à l’amiante dans les années qui viennent ; un
million de travailleurs environ sont exposés à des produits
cancérigènes ; quatre millions au total pour l’ensemble
des produits toxiques.
A l’origine, un décret Jospin
A l’origine, un décret du ministère du Travail
du gouvernement Jospin, en date du 1er février 2001. L’article
12 a immédiatement fait réagir les médecins
du Travail, les mutuelles, les associations comme la FNATH (fédération
nationale des accidentés du travail et des handicapés),
les syndicats. Un recours a été introduit auprès
du Conseil d’Etat. Ce dernier a rendu sa décision le
9 octobre 2002, confirmant le décret et aggravant même
son interprétation. Une belle continuité, une de plus,
entre la Gauche et la Droite.
Que dit ce fameux article 12 ? « Un travailleur ne peut
être affecté à des travaux l’exposant
à un agent cancérogène, mutagène ou
toxique pour la reproduction que s’il a fait l’objet
d’un examen préalable par le médecin du travail
». Lequel doit délivrer une fiche d’aptitude
attestant que ce salarié « ne présente pas de
contre-indication médicale à ces travaux. »
Ca ressemble à la fiche d’aptitude habituelle, sauf
qu’on ne vous déclare plus apte à un travail
« normal », mais à…des produits très
dangereux.
L’arrêt du Conseil d’Etat en rajoute : «
Les médecins du Travail disposent de plusieurs éléments
d’ordre génétique, comportemental ou historique
pour apprécier les risques particuliers que courent individuellement
les salariés à être exposés à
des cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour
la reproduction. »
Jusqu’où ira-t-on ?
Le Conseil d’Etat énumère les éléments
permettant de sélectionner les travailleurs ! Génétique
: on tient déjà compte dans certains cas des antécédents
familiaux, mais la banalisation policière des prélèvements
d’ADN met la possibilité technique d’une sélection
génétique des travailleurs à la portée
et à la porte des entreprises ! Comportemental : un fumeur,
par exemple, court plus de risques en matière de cancer du
poumon ou de la gorge… Historique : un passé déjà
chargé d’exposition (à l’amiante, aux
radiations, aux éthers de glycols…) est un facteur
évidemment aggravant.
Pour compléter le tableau, rappelez-vous qu’un projet
de loi déposé par l’UMP propose de « réorienter
» de manière radicale la fonction des médecins
du Travail, leur enlevant en particulier leur rôle de prévention
sur les conditions de travail. Où va-t-on ? On comprend que
les médecins protestent.
Et pourtant, leur rôle est déjà assez ambigu.
Prenons un lieu de travail clairement à risque, un chantier
de désamiantage par exemple (Il y a encore 4 millions de
tonnes d’amiante disséminée un peu partout en
France). Soit vous mettez les travailleurs en condition de désamianter
sans risque, avec combinaisons étanches, chantier sous-pressurisé,
etc. Soit vous sélectionnez des travailleurs résistants,
« non prédisposés » aux cancers et autres
maladies, « aptes » à inhaler les fibres mortellement
dangereuses. Ce sont deux logiques distinctes. On devine où
va la préférence du patronat.
S’insurger !
La prédisposition est une notion vague et d’application
aléatoire. Il est scientifiquement impossible de prévoir
une maladie professionnelle. Mais les professionnels de la santé
au travail s’insurgent surtout contre la démarche elle-même
: « Il est inacceptable de faire une sélection sur
des prédispositions »… « L’objectif
est de mettre les cancers professionnels sur le compte du tabagisme,
par exemple… Une application stricte du décret de février
2001 exclurait du travail environ un tiers de la population et aboutirait
à reconnaître de moins en moins de maladies professionnelles
» (Dr Philippe Devazies).
Redéfinir le rôle des médecins du Travail,
sélectionner les travailleurs les moins exposés et
les plus résistants, ne pas grever la caisse ATMP de la Sécu
(accidents du travail et maladies professionnelles) entièrement
financée par cotisations patronales, glisser de la responsabilité
patronale à la responsabilité individuelle : contre
cette tentative du patronat de fuir ses responsabilités,
les professionnels de la santé se sont mobilisés.
A leur manière : pétition et recours au Conseil d’Etat.
Ils ne doivent pas être les seuls. Au-delà de leur
lutte quotidienne pour les conditions de travail, au-delà
de leur association spécifique (ANDEVA, association nationale
des victimes de l’amiante, AVEG, association des victimes
des éthers de glycols…) et au-delà de leur organisation
syndicale, les travailleurs et les militants doivent prendre la
mesure de l’attaque une de plus. Il faut la situer dans son
contexte : la préparation d’une grande « réforme
» de la Sécu.
Abrogation de l’article 12 du décret du 1/02/2001
!
ATMP : délit de fuite des assassins !
Ce sont les patrons les responsables !
Non à la dégradation organisée des conditions
de travail !
PARTISAN 182 de janvier 2004 Au sommaire :
* Edito : bonne année de lutte et de solidarité
* Logement : une crise dramatique
*Contre le voile, mais contre la loi et l’exclusion
* Politique et religion
* Amiante : ce serait de notre faute ?
* Pizza Hut en grève: interview
* Basque : 700 prisonniers politiques !
* Interview prisonnier politique italien
* Lénine : 80ème anniversaire de sa disparition et
la réunion d’Utopie à Lyon
* Brésil : Lula, 1 an après
* Pologne, telle que vous ne la connaissez pas
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