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Origine : http://projetorgone.free.fr/aimer.htm
Qu'est-ce qu'aimer ?
Chacun a sa propre conception de ce que peut être aimer. Je
vous propose une exploration des points de vue des uns et des autres.
J'aimerais que ce document devienne collectif, par l'apport que pourraient
faire les lecteurs, en complétant les idées exprimées.
Il y a en chacun d'entre nous des facettes souvent complémentaires
et parfois antagonistes. Alors, pour tous, ce qu'est aimer, c'est
un petit peu de chaque aspect, en des proportions fort variables !
Le but de ce document n'est pas à juger, ni même à
dire ce qui est mieux, même si nous avons chacun notre avis
la-dessus, le but de ce document est d'aider à voir clair,
même si ce qui y est écrit est parfaitement subjectif
et partial .
Que chacun prenne ici ce qui sera bon pour lui !
Observons donc les homo-erecto-sapiens-evolutis sous leurs aspects
les plus communs :
1 - Ceux qui ne se posent pas de question :
aimer, c'est désirer.
On voit une fille ou un garçon, appelons-le "l'autre"
On se met à désirer l'autre parce qu'il y a correspondance
avec des critères internes, ou des fantasmes. alors on désire,
on veut posséder.
En même temps, il y a une immense misère affective. Des
millions de gens nous entourent, mais c'est la misère, la disette,
on crève de faim d'amour. Alors, le tout petit peu qu'on a,
qu'on a réussi à posséder, après bien
des efforts, il faut le garder, l'enfermer. On est insatisfait et
toujours en manque. Alors si l'autre possède un amour un peu
plus grand, on a envie de posséder cet amour-là aussi.
Et on a envie d'être à la place de l'autre dans cette
relation. Cela s'appelle la jalousie.
La jalousie est pour beaucoup de névrosés la preuve
de l'Amour. (c'est même ainsi qu'on reconnaît les névrosés,
mais n'allez pas le leur dire, ils se fâcheraient.)
Aimer, dans ce cas, c'est désirer, c'est vouloir posséder.
2 - Ceux qui ont lu Saint-Exupéry :
Aimer, c'est regarder ensemble dans la même direction.
Souvent, cela ne signifie pas la disparition d'un amour-possession,
mais réciprocité et possessivité mutuelle. la
forme est policée, passée au lustrant pour être
douce et brillante.
Nous nous auto-possédons ensemble. Allons de l'avant. Comme
l'aveugle et le paralytique.
L'égoïsme à deux (voire familial) c'est bien plus
confortable et moins culpabilisant.
Saint-Exupéry, c'est bien, à condition d'avoir lu Citadelle.
Mais qui l'a lu ?
3 - Ceux qui sont poètes :
Je ne t'aime pas telle une rose de sel, topaze, oeillets en flèche
et propageant le feu.
Comme on aime de certaines choses obscures, c'est entre l'ombre et
l'âme, en secret, que je t'aime. Je t'aime comme la plante qui
ne fleurit, qui porte en soi, cachée, la clarté de ces
fleurs, et grâce à ton amour vit obscur en mon corps
le parfum rassemblé qui monta de la terre.
Je t'aime sans savoir comment, ni quand, ni d'où, je t'aime
sans détour, sans orgueil, sans problèmes : je t'aime
ainsi, je ne sais aimer autrement. Je t'aime ainsi, sans que je sois,
sans que tu sois, si près que ta main sur ma poitrine est à
moi, et si près que tes yeux se ferment quand je dors.
Pablo Neruda, La centaine d'amour, No. 17, Coll. Poésie, Gallimard,
1995, p. 45
Deux corps face à face sont parfois deux vagues, et la nuit
est océan.
Deux corps face à face sont parfois deux pierres, et la nuit,
un désert.
Deux corps face à face sont parfois racines enlacées
dans la nuit.
Deux corps face à face sont parfois des couteaux, et la nuit,
étincelle.
Deux corps face à face sont deux astres qui chutent en un ciel
vide."
Octavio Paz, traduit de l'espagnol par Jean Orizet, Dossier Poètes
du Monde, choix et présentation de Jean Orizet, mars 2003,
Le Cherche Midi, page 53.
4 - Ceux qui sont cathos/évolués/bien-pensants
:
Aimer, c'est donner.
Là, on croit avoir enfin compris. Pas que chez les catho d'ailleurs.
Chez les intellectuels, chez les chercheurs de spiritualités,
dans le "niou-édge", c'est tout à fait politiquement
correct.
Alors, on investit dans le don, à fond la caisse. On dépense
sans compter, son temps, son émotionnel, sa disponibilité,
son argent, son corps, ses sentiments. Tout ce qui peut être
donné y passe. Même son avenir et sa santé.
C'est tellement gratifiant d'avoir donné ! Pensez, on peut
récolter le centuple. (bible dixit)
Le problème c'est que la gratification, le merci, la rentabilité,
le retour sur investissement ne sont pas au rendez-vous.
Tout simplement parce que c'est le Bénéficiaire qui
ne joue pas le jeu, qui n'est pas au rendez-vous, qui ne renvoie pas
l'ascenseur. Hé ! le bénéficiaire n'a pas été
mis au parfum au début, alors pourquoi voulez-vous qu'il soit
présent à la fin?
Aimer, c'est donner !! Finalement, tout bien réfléchi,
c'est facile. Et très dédouanant.
Voyons, qu'est-ce que je vais bien donner aujourd'hui? quel est l'état
de mes stocks ? Ah, pour l'heure je n'ai rien à faire et je
suis seul(e), je vais donc donner du Temps et de l'Émotionnel.
Ca me changera. Pas d'Écoute, je n'en ai pas assez pour moi.
Pas de Partage non plus aujourd'hui, je ne suis pas assez en forme.....
Si aimer c'est donner, alors c'est moi qui choisis ce qui va passer
de moi vers l'autre. C'est moi qui choisis ce que j'ai envie de donner
(tel est mon bon plaisir) et le moment. Et si l'autre n'est pas content,
ne comprend pas, il faudra qu'il fasse avec. Même que s'il n'en
veut pas, que je te vais le lui balancer au travers des gencives !
m'enfin !
Coté accusé de réception, il y a comme une déficience.
Pas grave, quand on donne, ce n'est pas pour recevoir en retour !
Hé ! Mais si ! Hypocrite que je suis ! si je donne ainsi, c'est
bien pour recevoir en cadeau la confirmation que j'existe, que je
suis important pour l'autre, que j'ai une place dans sa vie? Si je
donne ainsi, c'est pour l'illusion que nos trajectoires ont un moment
fusionné, qu'une symbiose s'est réalisée.
Si je donne, c'est la preuve que je suis un être social, ouvert
à l'autre, un humaniste.
Forcément, si je donne, l'autre DOIT m'être redevable.
Il y a donneur. Il y a bénéficiaire du don.
Le donneur est en position de force, en position supérieure,
en position de responsable, en position de protecteur. Surtout pas
en position d'égalité avec le bénéficiaire.
Tout cela est somme toute très sain, naturel et dans l'ordre
des choses quand il s'agit de la relation Mère / Petit enfant.
Quand il s'agit d'une relation amoureuse adulte, cherchez l'erreur
...
5 - Ceux qui misent sur le partage
Ceux-là ont compris la nécessité d'une relation
égalitaire pour fonder l'amour. Ils ont aussi compris l'importance
du partage, du micro-projet commun vécu ensemble. Des pommes
de terre à l'eau épluchées ensemble et mélangées
à des morceaux de hareng-saur ont un tout autre goût,
partagées et dégustées ensemble sous un pont
de Paris (un grand merci aux restos du cœur) !!..
La cuisine et les repas, les lectures, la tendresse, toutes choses,
ont un tout autre goût, un tout autre sens si elles sont partagées.
Au point que l'essentiel n'est pas dans l'objet mais dans le partage.
Qu'importe le vin pourvu qu'on ait l'ivresse, qu'importe l'objet,
la nourriture, la vie, pourvu qu'on partage.
Le partage fonde la communication réelle. Il est complicité,
aventure vécue. Le partage EST la vie. Tout ce qui n'est pas
partagé devient alors sans intérêt.
Mais le partage est alors dépendance à l'autre. Comme
si un organisme blessé et incapable de trouver son propre plaisir
seul, castré dans son ressenti, ne pouvait vivre alors que
par contagion, par procuration du plaisir qu'il procure à l'autre
et échange avec lui.
Hors l'autre, point de salut ! L'autonomie en a pris un sacré
coup.
6 - Ceux qui se la jouent "les pêcheurs de perles"
Vous connaissez l'opéra de Bizet, les Pêcheurs de perles
?
voici de braves gens très pauvres mais-zeureux qui gâchent
leur vie et leur santé à pêcher des perles dans
les océans hostiles. Et voila des personnes de bonne volonté,
un rien hospitaliers-sauveteurs dans l'âme, qui sont persuadés
qu'il y a au fond de chacun un trésor englouti à repêcher,
un potentiel à faire émerger, une vie latente à
énergiser.
C'est tout à la fois "aimer c'est donner" et "je
roule pour moi"
Ils voient l'autre en son devenir. Dans la fleur, ils voient le fruit.
dans la brindille, ils voient l'arbre. Ils espèrent. Alors
le rapport avec l'autre est du type Protecteur/Objet de protection.
Il est bon de voir l'homme en son devenir au travers du jeune enfant.
Il est imprudent (et illusoire) de faire de même avec son compagnon,
de tirer plaisir et contentement non de ce qu'il est mais de ce qu'il
sera.
Car il s'agit certes de donner, mais surtout (à les entendre)
de tirer profit d'un compagnon qui, c'est sûr, va finalement
s'améliorer avec le temps, la patience, l'amour et l'abnégation
prodigués. Ce sont très souvent des femmes, épouses-victimes
d'un aveuglement de jeunesse, qui se retrouvent avec un mecton h.o.d.i.e.u.x.
mais sont persuadées, c'est sûr ! qu'il va changer, car
il est riche en potentiel. Las, las ...
Ce qui fait leur différence avec les pêcheurs de perles,
c'est que EUX, à la fin, en trouvent, des perles !
7 - Ceux qui pensent important de s'aimer soi-même
Nous entendons souvent dire que pour arriver à aimer quelqu'un,
il faut s'aimer soi-même.
Mais comment fait-on pour s'aimer soi-même ?
Eh bien, il faut agir de la même façon que pour la personne
qu'on veut aimer. Nous devons nous prodiguer des encouragements, des
paroles d'appréciation, de la douceur et des sourires.
Nous devons abandonner les jugements sévères que nous
portons sur nous-mêmes et remplacer les anciens messages de
dépréciation par des affirmations plus positives. Notre
engagement envers nous-mêmes doit aussi prendre en compte les
relations que nous entretenons avec les autres.
Est-ce qu'une relation blessante est bonne pour nous ? Que faire pour
faire évoluer une relation où nous n'arrivons plus à
nous aimer nous-mêmes convenablement ? Sommes-nous prêts
à prendre les moyens d'être heureux ? Prendrons-nous
le risque de développer d'autres relations, en partant de meilleures
bases ?
Je peux m'aimer moi-même lorsque je suis en relation avec d'autres
personnes. Je garde contact avec ce que je suis, avec la valeur inaltérable
qui est la mienne.
" L'homme est toujours parfait, sinon, il ne pourrait jamais
le devenir, mais il faut qu'il s'en rende compte "
(Texte de Linda)
8 - Ceux qui pensent multimédia universelle
Ceux-là ont misé sur les bienfaits de la "communication"
tous azimuts.
La panacée à tous les problèmes réside
dans le dialogue. Dans l'établissement d'un consensus. Discutons,
dialoguons, exprimons nos divergences. aimons universellement.
Si le contact n'est pas établi, c'est qu'on n'est pas en phase,
c'est qu'on donne priorité aux aspirations limitées
à sa propre personne, c'est qu'on ne pratique pas la CRNV (Communication
Rationnelle Non Violente) c'est qu'on est pas sur la bonne fréquence,
ou la bonne longueur d'ondes (à la fois la même chose
et l'inverse), c'est qu'on ne pense pas en priorité au bien
être le plus profond et le plus durable du plus grand nombre.
Je reçois l'autre 5 sur 5. j'émets de même, alors
on se comprend. Et comme tout comprendre ce serait tout pardonner
(dixit Mme de Staël), alors tout baigne. ! Mais le problème
de la communication universelle, c'est que si elle aide la compréhension
des autres, elle ne favorise pas le contact réel avec 1 personne
en particulier et avec l'autre en général.
Et si on communique bien avec les autres, si on est en phase, alors
on arrive à l'harmonie. Ô Harmonie, universelle panacée,
(certains revendiquent pour toi la première place) qui, privilégiant
ce qui va dans le sens du bien le plus vaste dans une pensée
logique et rigoureuse, répand dans certains milieux le plus
merveilleux des clones de l'amour: l'Amour Universel. Positiver est
démodé. Il faut co-o-pé-rer. Il va sans dire
que aimer n'a ici plus aucun sens. Juste une accroche pour intellectuel.
Pas grave, c'est voulu. L'amour est-il désir, énergie
vitale, superposition cosmique ??. Foutaises vite dépassées
par la recherche du bien commun le plus vaste !
9 - Ceux qui misent sur l'ouverture.
L'ouverture !! Il ne suffit pas de se dire (ou de se vouloir) ouvert
pour l'être.
L'ouverture est un état, un résultat, pas une stratégie
! Certains parlent de "lâcher-prise".
Et aimer, là-dedans ?
Aimer alors n'est pas donner. Aimer est LAISSER PRENDRE.
Ici, le donneur ne choisit plus. c'est le bénéficiaire
qui fait le choix de chercher et prendre en moi ce qui va être
bon pour lui. Bien évidemment, si je suis verrouillé,
bloqué, fermé, l'autre ne trouvera rien de disponible
qui puisse lui être bénéfique !
J'entends les exclamations des craintifs :
Comment ? s'ouvrir sans contrôle, sans préavis, à
tout, à tous, mais c'est la porte ouverte à tous les
abus, c'est de l'inconscience, du masochisme !!
Hé oui , c'est la porte ouverte. Aimer, alors, est un état.
Pas une démarche. Encore moins une stratégie. C'est
se rendre accessible à l'autre.
Cet aimer/laisser-prendre ne s'acquiert pas, ne se programme pas,
ne se commande pas.
Il est disponibilité sereine à l'autre, il est transformation.
Sauf miracle (laissons place à l'exceptionnel) il est résultat
d'un long chemin en développement personnel. Une personne dans
cet état d'amour, cela se sent. cela se reconnaît. Pas
besoin de mode d'emploi ni d'explication. Celui qui est dans cet état
d'amour ne s'aperçoit même pas qu'il a "donné",
que l'autre y a trouvé son compte. Ce qui a été
"pris" lui semble souvent si peu important qu'il n'aurait
pas imaginé que si insignifiante chose puisse intéresser
autrui !
Tandis que d'autres commentent :
Laisser prendre quoi ? On ne peut laisser prendre que ce que l'on
a et à condition d'être plein de quelque chose ! alors
que moi, je suis de plus en plus vide, vidée ! je n'ai que
l'amour à partager !
Ah ! Nous arrivons à un paradoxe ! C'est peut-être celui
qui croit avoir le moins qui donne le plus, simplement parce que ne
croyant rien avoir, il n'a rien à retenir ni à protéger.
Toi qui dis cela, tu te sous-estimes ! tu dis être pauvre ?
qu'en sais-tu ? à quelle aulne as-tu mesuré ta richesse
?
Et là encore, les valeurs que tu crois importantes pour l'autre,
ce n'est probablement à celles-là qu'il viendra s'abreuver
... et t'enrichir, tu l'a déjà compris, toi qui parles
fort justement de ne rien avoir que l'amour à partager.
L'amour est d'abord superposition cosmique, interpénétration,
échange corporel vibratoire et énergétique. Mais
l'Écoute, l'Ouverture, la Disponibilité, l'Accueil,
la Tendresse, la Compassion, la Générosité, c'est
aussi cela l'amour, et c'est cela qui est bon, c'est cela qui se partage,
se donne, s'échange, se distribue.
10 - Amour et liberté
Si aimer est un laisser prendre, que devient l'amour ?
L'amour est-il compatible avec la liberté ?
Tous les amoureux en couple fermé vous diront que non s'ils
sont sincères. Sinon ils vous diront que oui, l'autre est libre,
que même ils lui font "confiance ". La confiance étant
un contrat implicite et particulièrement hypocrite ou l'autre
s'est engagé à ne pas utiliser sa liberté !
J'ai déjà écrit que aimer, c'est laisser être
l'autre.
Les sources de l'amour peuvent être le désir, la liberté,
la paix. Elles sont alimentées par l'orgone, énergie
vitale, source de toutes les vies, (Éros pour Freud) L'amour
EST l'énergie par excellence.
Aimer, c'est aussi ré-initier l'autre à sa liberté
en le revitalisant. C'est, au nom de l'amour, lui faire re-découvrir
comment re-déployer ses ailes, comment re-établir le
contact perdu avec les autres, comment porter un regard rénové
sur le monde, avec la tendresse en partage.
Que vaut le geste d'aimer s'il est contrainte, absence de spontanéité,
respect de contrat ?
Que vaut l'amour si l'autre n'est pas libre de sa réponse,
dans une question souvent piégée ?
Que vaut l'amour s'il est soumission, habitude, politesse, moment
obligatoire, passage obligé ?
Que vaut l'amour s'il est limité par les névroses de
l'autre ?
Et la liberté de l'amour est aussi le droit de lui dire non.
ad majorem amor gloriam.
Pour la plus grande gloire de l'amour.
Jean Houlmann - Décembre 2002 - Février 2004
Origine : http://projetorgone.free.fr/aimer.htm
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