Origine : http://www.humains-associes.org/forums/?act=ST;f=16;t=729
Le débat est ainsi ouvert : La télévision
est-elle un vecteur de culture et d’éveil à
la réflexion, un instrument d’information au service
des citoyens, un outil d’éducation populaire, un moyen
de débat démocratique et politique, ou comme l'assure
Patrick Le Lay, PDG de TF1, un moyen de vendre du temps de cerveau
humain disponible aux annonceurs ?
S’il est vrai que le média façonne le message
comme le disait Marshall Mc Luhan, auteur de la célèbre
formule "le médium est le message", avec la télévision,
on pourrait plus justement dire que le média fait le massage.
Daniel Bougnoux, professeur en sciences de l'information à
l'université Stendhal (Grenoble III), a coutume de dire que
les métaphores de la télé sont très
liquides : on parle de "spectateur éponge", de
"bocal", de "flux". "Tout cela évoque
les relations primaires, pré-verbales avec la mère,
celle du nourrisson prit dans une soupe primitive d’échanges
qui ne vont nulle part mais qui rassurent l’individu, un espace
transitionnel. La télévision a sur nous une action
infra-cognitive. C’est un dispositif qui nous met dans des
états modifiés de conscience".
Merci donc à Patrick Le Lay d'avoir (ré)ouvert le
débat sur le divertissement (1) avec autant de finesse. Ce
qui m'étonne finalement, c'est que la saillie ne fasse pas
plus de brouhaha. Preuve que la pensée capitaliste sauvage
se croit si sûre d'avoir gagné la partie qu'elle ne
prend même plus la peine d'avancer masquée ? Comme
dit l'autre, la vraie nouveauté est ailleurs : jamais jusqu'ici
un grand patron n'avait osé affirmer cette vérité
clairement et crûment (Télérama).
Quand je vois, après les mensonges orchestrés à
la télévision par les Républicains sur le service
de Kerry au Vietnam, puis le barouf de la convention Bush/Cheyney
avec son lot de contrevérité et sa mauvaise foi, que
W a gagné 10 points dans les sondages !!! ça prouve
une fois de plus comment le rouleau compresseur médiatique
fabrique sur mesure de la démocratie. :colere2:
Voici une nouvelle preuve : nous sommes si peu cultivés
et si influençables qu'une bonne petite campagne de presse
suffit pour nous dicter notre conduite. Le manifeste planétaire
des Humains nous invitait, il y a presque 20 ans, à "réfléchir
sur notre bêtise, notre naïveté qui permettent
aux meneurs de jeu, aux avides de pouvoir de tous bords de nous
mener par le bout du nez".
Tout reste à faire… et on va pas se laisser faire,
n'est-il pas ?!
Jr
(1) Divertir • fin XIVe; (du latin divertere > se détourner
de) se détourner de sa réalité, de sa condition.
"Soustraire à son profit", "se tirer hors
de soi", "amener quelqu’un à d’autres
idées".
Les faits :
Patrick Le Lay, livre sa conception de la télévision
dans un ouvrage intitulé "Les dirigeants face au changement"
(Éditions du Huitième jour). Interrogé parmi
d'autres patrons, il a déclaré :
"Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision.
Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à
la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple,
à vendre son produit". Avant de poursuivre son explication
: "Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il
faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible.
Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible :
c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le
préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à
Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible".
Mais, poursuit-il, "Rien n'est plus difficile que d'obtenir
cette disponibilité. C'est là que se trouve le changement
permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent,
suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où
l'information s'accélère, se multiplie et se banalise".
"La télévision, c'est une activité sans
mémoire. Si l'on compare cette industrie à celle de
l'automobile, par exemple, pour un constructeur d'autos, le processus
de création est bien plus lent; et si son véhicule
est un succès il aura au moins le loisir de le savourer.
Nous, nous n'en aurons même pas le temps!"
(AFP le 09-07-2004 )
Autres repères sur le sujet :
Commentaire du Canard sur le sujet : "C'est maintenant officiel
: TF1 s'est aperçue que les téléspectateurs
ont une cervelle."
Comment Le Lay a travaillé du cerveau
Retour sur le parcours de sa sortie sur Coca-Cola, qu'il tente de
rattraper dans «Télérama».
Extrait : " «Je reconnais que cette formule était
un peu caricaturale et étroite.» Dans Télérama
d'aujourd'hui, Patrick Le Lay, PDG de TF1, commence par un semblant
de repentance. Au lieu de son désormais célèbre
: «Le métier de TF1 c'est d'aider Coca-Cola à
vendre son produit (...). Ce que nous vendons à Coca-Cola,
c'est du temps de cerveau humain disponible», il fallait plutôt
lire, explique-t-il : «Le métier de TF1, c'est l'information
et le programme.» Mais quelques lignes plus loin, il remet
ça, dans des termes à peine plus diplomatiques que
l'original : «Pour les annonceurs, le temps d'antenne ne représente
rien d'autre que des "contacts clients". De l'attention
humaine.» La première formule disait exactement la
même chose mais elle avait le mérite d'être claire.
Parcours d'une petite phrase qui n'a pas fini de faire des bulles.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=236976
On achète bien les cerveaux
http://television.telerama.fr/edito.asp?art_airs=MAG2146192
A lire : Les cahiers de Médiologie, revue dirigée
par Régis Debray :
http://www.mediologie.org/
Édité par: jean-rémi le 11 Sept. 2004,01:46
Messages : 1117
Joint en : Aout 2001
Posté le: 11 Sept. 2004,13:28 QUOTE
"Car face à Patrick Le Lay, il n'y a... personne."
Il y a une autre façon d'aborder ce problème et presque
tous les autres d'ailleurs : pourquoi n'y a-t-il personne face aux
terroristes, aux extrémistes d'un côté, ou de
l'autre, face à Bush, face à TF1, face à la
pub ? Bref face à ceux qui défendent et maintiennent
ce modèle de société là ? Parce que
les modérés sont désorganisés, irresponsables
et ne posent pas les bases d'une réelle pensée critique
approfondie. Pourtant les modérés sont majoritaires
! Mais la majorité est silencieuse.
A l'instar des hommes de pouvoir, le PDG de tf1 ne craint rien,
ni personne, il a le pouvoir, et il peut aujourd'hui s'exprimer
franchement. Dans le fond, cela ne change rien, et il serait hypocrite
de s'alarmer seulement maintenant, parce qu'il exprime aujourd’hui,
ce que tout le monde sait déjà. La pub domine la production
culturelle et du divertissement. Et les pré-ados et ados
sont les premiers adeptes de ce modèle consumériste
ne nous voilons pas la face. Et leurs aînés (les trentenaires
– ma génération) sont perdus dans leur état
d’âme, avec une culture générale faible
et une culture politique proche de zéro.
Donc, au-delà de cela, ce qui m'intéresse c'est de
savoir ce que pensent et font ceux qui sont contre ce modèle
de société, et non pas seulement en dénonçant
et en étant content de se ranger du côté des
bons opposants (souvent uniquement dans le discours d’ailleurs),
mais en tant que force de proposition *positive et créative*.
Car plus, nous sommes ignorants et indifférents, plus nous
faisons le jeu de la folie barbare et le monde reste tel qu'il est.
Ne manque-t-il pas un petit supplément d'âme ?
Humainement,
Natacha
Édité par: Natacha le 11 Sept. 2004,13:29
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Carpe diem quam minimum credula postero
Mets à profit le jour présent sans croire au lendemain,
Horace
Groupe : Super Administrateurs
Messages : 1117
Joint en : Aout 2001
Posté le: 11 Sept. 2004,14:37 QUOTE
L'apprentissage de l'imbécilité dans la culture de
l'argent, par Luciana Bohne
On pourrait penser que la tentative d'un professeur d'anglais d'une
université de seconde zone de faire un lien entre l'indigence
de l'enseignement aux Etats-Unis et la crédulité du
public étatsunien est un peu triviale si l'on considère
que nous sommes embarqués dans la première aventure
impériale avouée du capitalisme vieillissant aux Etats-Unis
- mais restez avec moi. La question que je me pose, compte tenu
de mon expérience d'enseignante, est de savoir pourquoi ces
jeunes gens ont été éduqués dans une
ignorance aussi crasse.
"Je ne lis pas", dit une étudiante de première
année, sans être gênée le moins du monde.
Il ne lui vient pas à l'esprit que déclarer une préférence
pour ne pas lire dans une université, c'est comme se vanter
d'avoir choisi de ne pas respirer dans la vie courante. Elle est
dans mon cours consacré à la littérature mondiale.
Elle doit lire des romans d'auteurs africains, latino-américains
et asiatiques. Elle n'est pas là par choix : c'est juste
un cours obligatoire pour son diplôme et c'est, pense-t-elle,
plus facile que la philosophie.
Le roman qui lui donne du fil à retordre est "D'amour
et d'ombre" d'Isabel Allende, mis en scène dans la terreur
de l'après coup d'Etat du régime de type nazi de la
junte de Pinochet, entre 1973 et 1989. Personne dans la classe,
y compris ceux dont la matière principale est l'anglais,
n'est capable d'écrire un essai d'analyse précis,
il faut donc que je le leur apprenne. Personne dans la classe ne
sait où est le Chili, je dois donc photocopier des informations
générales dans des guides sur les pays du monde. Personne
ne sait ce que sont le socialisme ou le fascisme, alors je dois
prendre le temps d'écrire des définitions assimilables.
Personne ne connaît "le mythe de la caverne" de
Platon, et je le mets à leur disposition parce qu'il est
impossible de comprendre le thème du roman sans une connaissance
de base de ce texte - qui faisait partie des lectures obligatoires
quelques générations plus tôt. Et personne dans
la classe n'a jamais entendu parler du 11 septembre 1973, le coup
d'Etat soutenu par la CIA qui a mis un terme à la démocratie
adulte du Chili. Le choc est tangible quand je distribue des documents
déclassifiés étatsuniens qui prouvent la collusion
des É.-U. avec le coup d'Etat du général et
l'assassinat de Salvador Allende, président élu.
La géographie, l'histoire, la philosophie et les sciences
politiques, toutes sont absentes de leurs études. Je réalise
que mes étudiants sont en fait des opprimés, comme
l'a fait remarquer Paulo Freire dans " la pédagogie
de l'opprimé " et qu'ils paient pour leur propre oppression.
Je leur explique alors patiemment : Non, notre gouvernement n'a
pas été l'ami de la démocratie au Chili ; oui,
notre gouvernement a financé à la fois le coup d'Etat
et le système de torture de la junte ; oui, cela est valable
pour toute l'Amérique latine. Puis, un étudiant demande
"Pourquoi ?". Alors, je réponds que la CIA et les
sociétés privées foulent au pied le monde en
partie à cause de l'ignorance du peuple des États-Unis,
apparemment provoquée par l'éducation formelle, renforcée
par les médias et acclamée par Hollywood. Plus les
gens lisent, moins ils en savent et plus ils deviennent endoctrinés
; c'est ainsi que nous atteignons cet état national d'imbécillité
grâce auquel ils s'engouffrent dans des abîmes de dettes.
Si ce n'était pas tragique, ce serait drôle.
Pendant ce temps, cette coûteuse imbécillité
facilite le financement du travail sanglant des escouades de la
mort, des juntes et des régimes de terreur à l'étranger.
Elle a permis la guerre dans laquelle nous sommes engagés
- une guerre injuste, illégale, illogique et coûteuse
qui annonce au monde la faillite de notre intelligence et, par la
même occasion, la faiblesse rampante de notre système
économique. Chaque mort d'homme, de femme et d'enfant due
à une bombe, une balle, à la famine ou à l'eau
polluée est un meurtre et un crime de guerre. Et cela met
en relief l'incapacité de l'enseignement étatsunien
à produire des cerveaux équipés du strict nécessaire
pour la survie démocratique : l'analyse et la capacité
de poser des questions.
En d'autres termes, je ne pense pas qu'une éducation sérieuse
est possible aux É.-U. Tout ce que vous touchez dans les
annales de la connaissance est un ennemi de ce système de
commerce et de profit, à en perdre la raison. La seule éducation
permise est celle qui adapte au statu quo, comme dans les écoles
coûteuses, ou qui produit des gens pour maintenir et renforcer
le statu quo, comme dans l'école publique où j'enseigne.
De manière significative, dans mon établissement,
une université de troisième ordre pour la classe des
travailleurs, diplômés de collège de première
génération qui entrent dans les postes de fonctionnaires
au bas de l'échelle, dans l'éducation et dans la gestion
de niveau moyen, les matières académiques favorisés
sont la communication, la justice criminelle et le travail social
- fondamentalement comment mystifier, encadrer et surveiller les
masses.
Cette éducation représente un énorme gaspillage
des ressources et du potentiel des jeunes. Elle est incroyablement
ennuyeuse et sans intérêt - excepté pour les
puissances et les intérêts qui en dépendent.
Quand un étudiant ukrainien, arrivé depuis seulement
trois semaines, écrit en anglais l'essai le mieux structuré
et le plus approfondi de la classe, on doit se poser des questions
sur l'éducation étatsunienne, en particulier pour
nos jeunes.
Mais, l'état de délabrement atteint par l'enseignement
étatsunien est à la fois planifié et délibéré.
C'est la raison pour laquelle nos médias réussissent
si bien avec leurs mensonges. C'est pourquoi notre secrétaire
d'Etat peut citer le mémoire d'un étudiant diplômé,
en annonçant avec certitude que ces données volés
proviennent de la source la plus fiable des renseignements. C'est
pourquoi le "Guernica" de Picasso peut être voilé
pendant son "rapport" absurde aux Nations Unies sans que
quiconque ne remarque la signification politique de ce geste et
la sensibilité fasciste qu'elle protège.
Le fascisme culturel se manifeste par son aversion à la
pensée et au raffinement de la culture. "Quand j'entends
parler de culture, je sors mon revolver", disait Goebbels.
Une des réformes les plus infâmes et révélatrices
mises en oeuvre par le régime Pinochet a été
la réforme de l'enseignement. L'objectif fondamental était
de mettre fin au rôle de l'université comme source
de critique sociale et d'opposition politique. Les départements
de philosophie, de sciences politiques et sociales, les humanités
et le secteur des arts susceptibles d'abriter des discussions politiques
ont été démantelés. On ordonna aux universités
d'émettre des diplômes seulement en gestion des affaires,
programmation informatique, génie civil, médecine
générale et dentaire - bref, à devenir des
écoles d'enseignement professionnel, ce à quoi l'enseignement
étatsunien ressemble en réalité, du moins en
ce qui concerne l'éducation de masse. Nos étudiants
peuvent obtenir leur diplôme sans jamais avoir touché
une langue étrangère, la philosophie, de quelconques
éléments de science, la musique ou l'art, l'histoire
et les sciences politiques ou économiques. En fait, nos étudiants
apprennent à vivre dans une démocratie électorale
dénuée de toute politique - un fait illustrée
par la baisse de fréquentation des bureaux de vote.
Le poète Percy Bysshe Shelley a écrit que, dans la
rapacité créée par la révolution industrielle,
les gens abandonnent d'abord leur esprit ou leur capacité
à raisonner, puis leur cœur ou leur capacité
d'empathie, jusqu'à ce qu'il ne reste de l'équipement
humain originel que leurs sens ou leurs demandes de satisfactions
égoïstes. A ce stade, les humains entrent dans la catégorie
de produits de consommation et de consommateurs du marché
- un élément de plus dans le paysage commercial. Sans
cœur et sans esprit, ils sont instrumentalisés à
acheter tout ce qui calme leurs sens exigeants et apeurés
- des mensonges officiels, des guerres immorales, des poupées
Barbie et des enseignements en faillite.
Pendant ce temps, dans mon Etat, le gouverneur a ordonné
une coupure de 10% pour tous les ministères - y compris celui
de l'éducation.
Luciana Bohne
Luciana Bohne enseigne le cinéma et la littérature
à l'université Edinboro en Pennsylvanie. © Copyright
Luciana Bohne 2003
For fair use only/ pour usage équitable seulement.
Traduction bénévole (rezo des Humains Associés)
http://paxhumana.info/article.php3?id_article=371
existe aussi en Espagnol.
Édité par: Natacha le 11 Sept. 2004,14:38
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Groupe : Membres
Messages : 280
Joint en : Aout 2001
Posté le: 11 Sept. 2004,20:37 QUOTE
Citation
pourquoi n'y a-t-il personne face aux terroristes, aux extrémistes
d'un côté, ou de l'autre, face à Bush, face
à TF1, face à la pub ? Bref face à ceux qui
défendent et maintiennent ce modèle de société
là ? Parce que les modérés sont désorganisés,
irresponsables et ne posent pas les bases d'une réelle pensée
critique approfondie. Pourtant les modérés sont majoritaires
! Mais la majorité est silencieuse.
Merci Natacha de poser la question en ces termes car cela va, il
me semble, au cœur du problème. Une prise de pouvoir
n'est possible, sauf exception, qu'avec notre assentiment tacite.
Par ignorance, par négligence, par irresponsabilité
et sans doute les trois ensemble qui sont bien faits pour se renforcer
mutuellement.
J'ai vu récemment le film de Nicole Garcia sur la vie de
Jean-Claude Romand, faux médecin et faux chercheur à
l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), mythomane qui
a menti pendant 18 ans à ses amis et à toute sa famille,
et qui finit avec le drame que l'on sait. Comme Bush avec ses compatriotes.
En fait une telle histoire n'est possible que si l'entourage ne
s'intéresse pas à la situation (donc ne voit pas le
mensonge), si pour de multiples raisons, cet entourage est complice
— par intérêt en l'occurrence, Romand "plaçait"
leur argent à très haut taux — et enfin, que
si l'homme ne juge et ne se satisfait que des apparences pour lui-même,
sa famille ou la société. C'est d'une certaine façon
la politique de la chaise vide. Il est somme toute logique que si
je ne m'intéresse pas à ma propre vie, quelqu'un d'autre
va s'y intéresser pour moi…
humainement,
jean-rémi
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Messages : 9
Joint en : Nov. 2003
Posté le: 26 Sept. 2004,17:24 QUOTE
Salvete!
Après la brillante critique de Luciana Bohne sur la limitation
programmée des cerveaux par le système éducatif
de la grande nation nord-américaine,
Tendances, l'hebdomadaire belge, nous rapporte comment l'observation
des réactions de l'encéphale humain in vivo, conforte
les tentatives de téléguidage par l'imagerie publicitaire
au moyen de stimuli émotionnels.
Bien à vous,
Jax
COMMUNICATION - La neuroscience donne raison à TF1
Quand Patrick Le Lay, le directeur de TF1, déclare que le
métier de sa chaîne consiste à vendre "à
Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible", il ne sait
peut-être pas à quel point il a raison : la neuroscience
appliquée à la communication commerciale va dans le
sens de ses propos. Pour évaluer la disponibilité
du cerveau à capter un message publicitaire et surtout à
acheter le produit vanté, la connaissance du fonctionnement
du cerveau s’avère utile afin d’accroître
l’efficacité de la communication commerciale, résume
le magazine belge Tendances. La question étant : suffit-il
"divertir et détendre" un téléspectateur
avant un message publicitaire pour qu'il devienne un consommateur
docile ?
"On peut mesurer si une pub plaît ou si le consommateur
s'en souvient, mais savoir si elle fait vendre est beaucoup plus
difficile", rapporte Tendances, en citant Patrick Renvoisé,
un chercheur français, fondateur de la société
de consultants SalesBrain et coauteur d’un ouvrage sur les
applications des neurosciences au marketing. Ainsi le développement
de l'imagerie par résonance magnétique (IRM), qui
sert entre autres à observer l'intérieur du corps
humain en trois dimensions avec une grande précision, permet-il
également d’"extrapoler ce qui se passe dans le
cerveau des gens lorsqu'ils prennent certaines décisions,
notamment d'achat", poursuit Renvoisé. L’hebdomadaire
belge souligne : "Cela s'appelle le neuromarketing."
"Lors de tests en aveugle de deux boissons (Coca-Cola et Pepsi),
l'analyse de l'activité cérébrale des buveurs
suggère qu'ils préfèrent la seconde à
la première. Mais une fois les deux sodas clairement identifiés,
les résultats sont inversés !" Renvoisé
explique : "Notre cerveau est constitué de trois parties
– le néocortex, le cervelet et le cerveau reptilien
(ou 'cerveau archaïque';) –, et c'est ce dernier qui
prend la décision d'agir ou non." Or, apprend-on de
Tendances, le cerveau reptilien est égoïste, il ne comprend
que des éléments basiques, ne se concentre que sur
le début et la fin du message, il est très visuel
et réagit à des stimuli très émotionnels.
Ainsi, grâce à la recherche en neurosciences, les
publicitaires espèrent être de plus en plus efficaces.
"Mais le neuromarketing suscite aussi la controverse",
souligne Tendances. Ainsi, Olivier Ouiller, un autre chercheur en
neurosciences, affirme qu’"il n'existe pas d'étude
scientifiquement reconnue établissant un lien univoque entre
le fonctionnement d'une partie du cerveau et un comportement aussi
complexe que la décision d'achat". Des questions d’ordre
éthique se posent également : "Peut-on utiliser
des recherches médicales à des fins purement commerciales
? L'Office américain de surveillance, lui, a déjà
tranché : en février, il a autorisé la poursuite
des expériences de neuromarketing", signale l’hebdomadaire.
:remuelatete:
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Messages : 232
Joint en : Mars 2003
Posté le: 26 Sept. 2004,19:06 QUOTE
Pour info :
Le "neuromarketing" est-il l'avenir de la publicité
? par Olivier Oullier
LE MONDE (24.10.03)
http://oullier.free.fr/press/lemonde/LeMonde.htm
Quand le marketing s'attaque à nos neurones
http://www.trends.be/CMArtic....nID=314
Et le site web des auteurs du livre "Selling to the old brain"
des deux chercheurs français en question :
http://www.salesbrain.net
Groupe : Membres
Messages : 232
Joint en : Mars 2003
Posté le: 26 Sept. 2004,19:54 QUOTE
Chers humains,
L'homme mettra t-il un jour l'intelligence au service de l'humain
?
Les neurosciences au service de la manipulation, de la pub et de
la consomation effrénée, alors que 18 millions d'enfants
de moins de cinq ans souffrent de surcharge pondérale dans
le monde, et qu'1 million de personnes mettent fin à leur
vie chaque année dans le monde, et de plus en plus de jeunes,
et cette étude d'une sociologue qui montre que télévision
et société de consommation rendent littéralement
nos enfants malades ! :remuelatete:
JC
----
Quand notre société rend nos enfants malades
Bébé consomme
Silvia Galipeau - Cyberpresse.ca
Juliet B. Schor, à qui l'on doit déjà deux
ouvrages percutants sur la société américaine
contemporaine, revient à la charge avec une toute nouvelle
bombe : Born to Buy, The Commercialized Child and the New Consumer
Culture.
À 18 mois, un enfant sait reconnaître la bouille de
Caillou entre mille. Quelques mois plus tard, il distingue le Lego
du Playmobil. À trois ans et demi, il sait que Cornemuse
est gentille, Dora aventurière, et avant de commencer l'école,
il se tape facilement deux heures devant le petit écran quotidiennement.
Si l'on savait déjà que tant d'heures de télévision
n'annonçaient rien de bon pour le tour de taille de cet adulte
en devenir ou que les jeux vidéo encourageaient l'agressivité,
peu de recherches ont analysé jusqu'ici l'impact de la société
de consommation, dans son ensemble, sur le bien-être des enfants.
C'est maintenant chose faite. Juliet B. Schor, à qui l'on
doit déjà deux ouvrages percutants sur la société
américaine contemporaine (The Overworked American et The
Overspent American), revient à la charge avec une toute nouvelle
bombe : Born to Buy, The Commercialized Child and the New Consumer
Culture.
Et elle n'y va pas de main morte. «Notre culture fait du
mal à nos enfants. Littéralement. Elle les rend malades»,
déclare-t-elle tout de go en entrevue téléphonique,
depuis ses bureaux de Boston.
Ce sont ses recherches pour ses deux ouvrages précédents
qui lui ont mis la puce à l'oreille. Quelque chose, quelque
part, ne tournait pas rond. «Je commençais à
croire que la commercialisation de l'enfance était en partie
responsable du déclin du bien-être des enfants»,
écrit la sociologue, également professeure au Boston
College.
Les études faisant état de cette commercialisation
toujours plus précoce ne manquent pas. Ainsi, si entre 3
et 5 ans, les enfants jouent encore beaucoup, on sait maintenant
qu'entre 6 et 12, les heures passées à courir dehors,
lire ou bricoler, se comptent sur les doigts de la main. À
cet âge, en revanche, ils passent déjà 13 heures,
en moyenne, devant la télé. Conséquences ?
Divers sondages démontrent que plus du tiers des jeunes de
9 à 14 ans préfèrent magasiner plus que tout;
la moitié croient qu'en grandissant, plus on a de sous, mieux
on se porte, et 62% affirment que lorsqu'ils seront grands, leur
plus grand souhait, c'est d'avoir un job qui leur rapporte beaucoup
d'argent.
Parallèlement, le portrait que l'on fait de la santé
mentale des jeunes n'a rien de réjouissant, dit la sociologue.
Anxiété, dépression, tentatives de suicide,
les études sur le bien-être des jeunes ne sont pas
roses de nos jours.
Son hypothèse ? «Certains facteurs puissants nuisent
au bien-être des enfants», écrit-elle. Parmi
ceux-ci: «la montée en force des valeurs matérialistes».
Plus ils achètent, moins bien ils se portent
Pour démontrer sa thèse, elle a sondé pas
moins de 300 enfants de 10 à 13 ans de la région de
Boston, tous en cinquième ou sixième année.
Son questionnaire portait sur cinq grands thèmes: leur utilisation
des médias, leurs valeurs en matière de consommation
ainsi que leur engagement au sein de la société de
consommation, leurs relations avec leurs parents, diverses variables
démographiques, et, finalement, leur bien-être mental.
Dans son échantillon, les jeunes, issus de familles relativement
bien éduquées, regardaient un nombre d'heures modéré
de télévision (inférieures à la moyenne
nationale), et globalement, se portaient bien. Mais dès que
les heures devant le petit écran augmentaient, leur bien-être
général déclinait.
Conclusions ? Plus les jeunes sont submergés par la société
de consommation, plus ils regardent la télévision,
se baladent dans les grands magasins ou portent des vêtements
griffés, plus ils sont à risque de souffrir de dépression,
d'anxiété, et d'avoir une faible estime de soi.
Par ailleurs, poursuit l'auteure dans son livre, les enfants bien
équilibrés vont généralement moins bien
quand ils se mettent à dépenser davantage. Inversement,
un jeune déprimé ne s'en portera que mieux s'il est
mis à l'écart de la société de consommation.
En somme: «Si on consomme plus, on est plus déprimé,
et si on consomme moins, on est moins déprimé»,
résume Juliet Schor.
La sociologue explique cette corrélation par le raisonnement
suivant: plus on est soumis à la publicité, plus on
a des désirs de consommation à assouvir et plus on
risque aussi d'être déçus. D'où le risque
de déprime et d'anxiété. Inversement, moins
on a de désirs à assouvir, mieux on se porte.
«Il nous faut dénoncer à quel point la vie
des enfants est organisée par la société de
consommation. En tant que société, il nous faut décider
ce que nous allons faire», insiste aussi l'auteure.
Ce qu'elle suggère ? Outre le militantisme, elle revendique
l'élimination pure et simple de la publicité des céréales
sucrées, boissons gazeuses et autres sucreries qui plaisent
tant aux enfants, mais si peu aux parents. Elle suggère d'interdire
les placements publicitaires et propose de responsabiliser les publicitaires
en les obligeant à signer leurs campagnes.
En outre, elle lance la balle dans le camp des parents. «Dans
les foyers, il faut davantage de vigilance quant à l'exposition
que l'on tolère aux médias», dit-elle. Elle-même
mère de deux enfants, elle les a carrément élevés
sans télévision sous son toit. «Il y a de plus
en plus de familles qui font de même, dit-elle. Les gens croient
que c'est plus difficile que ce ne l'est. Mes enfants ne sont pas
des extraterrestres pour autant.»
En fait, conclut-elle, il est beaucoup plus facile de ne pas avoir
de télévision du tout, que de n'avoir «qu'un
peu» de télévision. À méditer.
_
BORN TO BUY, THE COMMERCIALIZED CHILD AND THE NEW CONSUMER CULTURE,
Juliet B. Schor, Scribner, 275 p
http://www.cyberpresse.ca/actuel/article/1,4230,0,092004,798971.shtml
Groupe : Membres
Messages : 26
Joint en : Aout 2001
Posté le: 30 Sept. 2004,15:13 QUOTE
Bonjour à tous,
Sur la consommation télé des tout-petits en France,
un sondage réalisée par la Sofres pour le magazine
Parents vient de paraître. Ainsi, 91% des enfants de plus
de 2 ans regardent la télé au moins occasionnellement
; 21% des moins de 5 ans sont exposés aux mêmes programmes
que le reste de la famille… Au vu des articles cités
ici et qui éclairent l’action de la télé
sur le cerveau et sur le bien-être général des
enfants, cela est plus qu'inquiétant… :remuelatete:
Humainement vôtre
Katja
Les tout-petits et la télévision
Le 17 septembre 2004 - Les enfants de moins de 5 ans regardent-ils
la télévision ? Selon quelle fréquence ? Quels
types de programmes préfèrent-ils ? Quelle est l’influence
des habitudes de leurs mères ? Telles sont quelques-unes
des questions abordées par notre étude réalisée
pour le magazine Parents.
De fortes disparités selon les foyers
Si 77% des enfants de moins de 5 ans regardent la TV - ne serait-ce
qu’occasionnellement – on peut relever des disparités
selon les foyers :
Les enfants issus de foyers de catégories supérieures
la regardent beaucoup moins, en particulier les familles de cadres
supérieurs (seulement 61%).
Autres facteurs différenciant :
- Le statut professionnel de la mère : Les enfants des mères
inactives regardent la TV plus régulièrement (37%)
que les enfants de mamans actives (23%).
- La présence de frères et sœurs au foyer augmente
l’intérêt pour la télévision (43%
des enfants de mères multipares regardent la TV ; chez les
primipares : 31%)
- L’âge de la maman : les enfants des mères de
moins de 25 ans regardent plus régulièrement la télé
(41% pour 28% dans l’ensemble des foyers).
- Les petits Parisiens semblent " plus accros " (50% -
pour 29% dans l’Ouest et 25% dans le Sud Ouest)
A noter également que seulement 39% des enfants réclament
la TV (15% régulièrement), et tout naturellement il
s’agit avant tout des 2 ans et +.
Si la grande majorité des petits regardent la télévision,
il s’agit davantage des 2 ans et + (91% d’entre eux
– et 48% régulièrement) que de leurs benjamins
de 1-2 ans (73% - et 22% régulièrement).
Des habitudes matinales
Les enfants regardent principalement la TV le matin (64%) - 29%
le midi et 34% l’après-midi et le soir.
Ils visionnent le petit écran avec au moins l’un de
leurs parents (61% - 66% chez les 1-2 ans) ou bien avec leurs frères
et sœurs (43%). La nounou/personne qui garde n’est citée
que pour 4% des enfants.
Ils visionnent des programmes dédiés aux tout-petits
des chaînes généralistes (3/4 d’entre
eux), complétés par ceux des chaînes du câble
ou du satellite (20% des enfants).
11% regardent également des programmes pour enfants plus
âgés, quelle qu’en soit la chaîne.
Enfin 21% des enfants de moins de 5 ans sont exposés aux
mêmes programmes que le reste de la famille.
http://www.tns-sofres.com/etudes/consumer/170904_bebestv.htm
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Posté le: 17 Oct. 2004,02:29 QUOTE
chers humains,
Cet article n'est malheureusement plus en ligne. Mais, on peut
voir que la manip des cerveaux est bien réelle dans la pub
(pour ceux qui en douteraient encore). Peut-être le seul moyen
de ne pas se laisser tirer par le bout du nez : apprendre à
savoir ce que l'on veut. A quand une boisson anti-bétises
??
Humainement,
Alex
Pepsi ou coca-cola, le cerveau sous influence
[Le Figaro 15.10.04]
La préférence pour Coca-Cola ou Pepsi viendrait davantage
d'une influence culturelle mémorisée par des régions
cérébrales que d'une différence de goût.
C'est le résultat d'une étude américaine conduite
par Samuel McClure, publiée mercredi dernier par la revue
scientifique Cell. Soixante-sept volontaires, le cerveau observé
par imagerie par résonnance magnétique (IRM), ont
goûté aux deux sodas, après avoir visionné
des images de canettes de l'une ou l'autre marque. Conclusions ?
Seul le Coca-cola a activé certaines parties du cerveau comme
le cortex préfrontal et l'hippocampe. Cette zone pourrait,
selon les chercheurs, jouer un rôle dans la mémorisation
des informations qui influencent les préférences.
:non:
--------------
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n'y figure pas" Oscar Wilde
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Posté le: 18 Oct. 2004,03:22 QUOTE
samedi 16 octobre 2004, 7h54
Raison et émotion, le cerveau humain en conflit perpétuel
WASHINGTON (AFP) - Le cerveau humain est en conflit perpétuel
avec lui-même entre son centre de l'émotion qui recherche
la satisfaction immédiate et celui de la raison privilégiant
des objectifs à long terme, selon une étude publiée
dans le revue américaine Science datée de vendredi.
Des chercheurs de quatre universités dont Harvard et Carnegie
Mellon, ont découvert que deux zones du cerveau semblent
être en concurrence pour contrôler le comportement d'une
personne évaluant une décision entre satisfactions
immédiates et objectifs lointains.
Cette étude s'inscrit dans le cadre de la discipline émergente
de la "neuroéconomie" qui étudie les processus
mentaux et neurologiques derrière les décisions micro-économiques
comme celles de consommer, d'épargner ou d'investir.
"Cette recherche comme celles que nous avons déjà
faites illustre le fait que nous agissons rarement d'un seul élan
de l'esprit", a expliqué Jonathan Cohen, un professeur
à l'Université de Pittsburgh (Pennsylvanie, nord-est).
"Nous avons différents systèmes neurologiques
qui entrent en action pour résoudre plusieurs types de problèmes
et notre comportement est dicté par la concurrence ou la
coopération entre eux", a-t-il poursuivi.
Ces scientifiques ont plus particulièrement examiné
le le choix économique et le fait que les consommateurs agissent
le plus souvent irrationnellement face à un choix à
très court terme mais de façon raisonnée quand
il s'agit de trancher sur le long terme.
C'est ainsi que des personnes à qui on offre dix dollars
aujourd'hui ou onze dollars demain, choisissent le plus souvent
la première option. En revanche, placées devant le
choix d'avoir dix dollars dans un an ou 11 dollars dans un an et
un jour, ces mêmes personnes retiennent la deuxième
option.
Ces chercheurs ont soumis un groupe d'étudiants de l'Université
de Princeton à un test similaire tout en observant leur cerveau
avec un système d'imagerie par résonance magnétique
qui permet d'observer l'intensité de l'activité dans
les différentes zones cérébrales en mesurant
les flux sanguins.
L'expérience a montré que les décisions portant
sur la possibilité de gain immédiat activait fortement
les seules parties du cerveau associées aux émotions.
En revanche, toute décision concernant des choix à
plus long terme, activait des zones cérébrales associées
avec le raisonnement abstrait, ont constaté les scientifiques.
En outre, quand les sujets avaient la possibilité d'obtenir
un gain immédiat mais choisissait l'option à long
terme, la région cérébrale du raisonnement
était beaucoup plus active que celle des émotions.
Mais quand ils optaient pour la satisfaction immédiate, ces
deux zones du cerveau montraient un degré d'activité
comparable avec une intensité un peu plus forte dans la zone
de l'émotion.
http://fr.news.yahoo.com/041016/202/43om6.html
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