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Télé, cerveau et influences

Origine : http://www.humains-associes.org/forums/?act=ST;f=16;t=729

Le débat est ainsi ouvert : La télévision est-elle un vecteur de culture et d’éveil à la réflexion, un instrument d’information au service des citoyens, un outil d’éducation populaire, un moyen de débat démocratique et politique, ou comme l'assure Patrick Le Lay, PDG de TF1, un moyen de vendre du temps de cerveau humain disponible aux annonceurs ?

S’il est vrai que le média façonne le message comme le disait Marshall Mc Luhan, auteur de la célèbre formule "le médium est le message", avec la télévision, on pourrait plus justement dire que le média fait le massage. Daniel Bougnoux, professeur en sciences de l'information à l'université Stendhal (Grenoble III), a coutume de dire que les métaphores de la télé sont très liquides : on parle de "spectateur éponge", de "bocal", de "flux". "Tout cela évoque les relations primaires, pré-verbales avec la mère, celle du nourrisson prit dans une soupe primitive d’échanges qui ne vont nulle part mais qui rassurent l’individu, un espace transitionnel. La télévision a sur nous une action infra-cognitive. C’est un dispositif qui nous met dans des états modifiés de conscience".

Merci donc à Patrick Le Lay d'avoir (ré)ouvert le débat sur le divertissement (1) avec autant de finesse. Ce qui m'étonne finalement, c'est que la saillie ne fasse pas plus de brouhaha. Preuve que la pensée capitaliste sauvage se croit si sûre d'avoir gagné la partie qu'elle ne prend même plus la peine d'avancer masquée ? Comme dit l'autre, la vraie nouveauté est ailleurs : jamais jusqu'ici un grand patron n'avait osé affirmer cette vérité clairement et crûment (Télérama).

Quand je vois, après les mensonges orchestrés à la télévision par les Républicains sur le service de Kerry au Vietnam, puis le barouf de la convention Bush/Cheyney avec son lot de contrevérité et sa mauvaise foi, que W a gagné 10 points dans les sondages !!! ça prouve une fois de plus comment le rouleau compresseur médiatique fabrique sur mesure de la démocratie. :colere2:

Voici une nouvelle preuve : nous sommes si peu cultivés et si influençables qu'une bonne petite campagne de presse suffit pour nous dicter notre conduite. Le manifeste planétaire des Humains nous invitait, il y a presque 20 ans, à "réfléchir sur notre bêtise, notre naïveté qui permettent aux meneurs de jeu, aux avides de pouvoir de tous bords de nous mener par le bout du nez".
Tout reste à faire… et on va pas se laisser faire, n'est-il pas ?!
Jr

(1) Divertir • fin XIVe; (du latin divertere > se détourner de) se détourner de sa réalité, de sa condition. "Soustraire à son profit", "se tirer hors de soi", "amener quelqu’un à d’autres idées".

Les faits :
Patrick Le Lay, livre sa conception de la télévision dans un ouvrage intitulé "Les dirigeants face au changement" (Éditions du Huitième jour). Interrogé parmi d'autres patrons, il a déclaré :
"Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit". Avant de poursuivre son explication : "Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible".

Mais, poursuit-il, "Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité. C'est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l'information s'accélère, se multiplie et se banalise". "La télévision, c'est une activité sans mémoire. Si l'on compare cette industrie à celle de l'automobile, par exemple, pour un constructeur d'autos, le processus de création est bien plus lent; et si son véhicule est un succès il aura au moins le loisir de le savourer. Nous, nous n'en aurons même pas le temps!"

(AFP le 09-07-2004 )


Autres repères sur le sujet :

Commentaire du Canard sur le sujet : "C'est maintenant officiel : TF1 s'est aperçue que les téléspectateurs ont une cervelle."

Comment Le Lay a travaillé du cerveau
Retour sur le parcours de sa sortie sur Coca-Cola, qu'il tente de rattraper dans «Télérama».
Extrait : " «Je reconnais que cette formule était un peu caricaturale et étroite.» Dans Télérama d'aujourd'hui, Patrick Le Lay, PDG de TF1, commence par un semblant de repentance. Au lieu de son désormais célèbre : «Le métier de TF1 c'est d'aider Coca-Cola à vendre son produit (...). Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible», il fallait plutôt lire, explique-t-il : «Le métier de TF1, c'est l'information et le programme.» Mais quelques lignes plus loin, il remet ça, dans des termes à peine plus diplomatiques que l'original : «Pour les annonceurs, le temps d'antenne ne représente rien d'autre que des "contacts clients". De l'attention humaine.» La première formule disait exactement la même chose mais elle avait le mérite d'être claire. Parcours d'une petite phrase qui n'a pas fini de faire des bulles.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=236976

On achète bien les cerveaux
http://television.telerama.fr/edito.asp?art_airs=MAG2146192

A lire : Les cahiers de Médiologie, revue dirigée par Régis Debray :
http://www.mediologie.org/

Édité par: jean-rémi le 11 Sept. 2004,01:46

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Joint en : Aout 2001
Posté le: 11 Sept. 2004,13:28 QUOTE
"Car face à Patrick Le Lay, il n'y a... personne."

Il y a une autre façon d'aborder ce problème et presque tous les autres d'ailleurs : pourquoi n'y a-t-il personne face aux terroristes, aux extrémistes d'un côté, ou de l'autre, face à Bush, face à TF1, face à la pub ? Bref face à ceux qui défendent et maintiennent ce modèle de société là ? Parce que les modérés sont désorganisés, irresponsables et ne posent pas les bases d'une réelle pensée critique approfondie. Pourtant les modérés sont majoritaires ! Mais la majorité est silencieuse.

A l'instar des hommes de pouvoir, le PDG de tf1 ne craint rien, ni personne, il a le pouvoir, et il peut aujourd'hui s'exprimer franchement. Dans le fond, cela ne change rien, et il serait hypocrite de s'alarmer seulement maintenant, parce qu'il exprime aujourd’hui, ce que tout le monde sait déjà. La pub domine la production culturelle et du divertissement. Et les pré-ados et ados sont les premiers adeptes de ce modèle consumériste ne nous voilons pas la face. Et leurs aînés (les trentenaires – ma génération) sont perdus dans leur état d’âme, avec une culture générale faible et une culture politique proche de zéro.

Donc, au-delà de cela, ce qui m'intéresse c'est de savoir ce que pensent et font ceux qui sont contre ce modèle de société, et non pas seulement en dénonçant et en étant content de se ranger du côté des bons opposants (souvent uniquement dans le discours d’ailleurs), mais en tant que force de proposition *positive et créative*. Car plus, nous sommes ignorants et indifférents, plus nous faisons le jeu de la folie barbare et le monde reste tel qu'il est. Ne manque-t-il pas un petit supplément d'âme ?

Humainement,
Natacha

Édité par: Natacha le 11 Sept. 2004,13:29

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Carpe diem quam minimum credula postero
Mets à profit le jour présent sans croire au lendemain, Horace

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Posté le: 11 Sept. 2004,14:37 QUOTE

L'apprentissage de l'imbécilité dans la culture de l'argent, par Luciana Bohne

On pourrait penser que la tentative d'un professeur d'anglais d'une université de seconde zone de faire un lien entre l'indigence de l'enseignement aux Etats-Unis et la crédulité du public étatsunien est un peu triviale si l'on considère que nous sommes embarqués dans la première aventure impériale avouée du capitalisme vieillissant aux Etats-Unis - mais restez avec moi. La question que je me pose, compte tenu de mon expérience d'enseignante, est de savoir pourquoi ces jeunes gens ont été éduqués dans une ignorance aussi crasse.

"Je ne lis pas", dit une étudiante de première année, sans être gênée le moins du monde. Il ne lui vient pas à l'esprit que déclarer une préférence pour ne pas lire dans une université, c'est comme se vanter d'avoir choisi de ne pas respirer dans la vie courante. Elle est dans mon cours consacré à la littérature mondiale. Elle doit lire des romans d'auteurs africains, latino-américains et asiatiques. Elle n'est pas là par choix : c'est juste un cours obligatoire pour son diplôme et c'est, pense-t-elle, plus facile que la philosophie.

Le roman qui lui donne du fil à retordre est "D'amour et d'ombre" d'Isabel Allende, mis en scène dans la terreur de l'après coup d'Etat du régime de type nazi de la junte de Pinochet, entre 1973 et 1989. Personne dans la classe, y compris ceux dont la matière principale est l'anglais, n'est capable d'écrire un essai d'analyse précis, il faut donc que je le leur apprenne. Personne dans la classe ne sait où est le Chili, je dois donc photocopier des informations générales dans des guides sur les pays du monde. Personne ne sait ce que sont le socialisme ou le fascisme, alors je dois prendre le temps d'écrire des définitions assimilables.

Personne ne connaît "le mythe de la caverne" de Platon, et je le mets à leur disposition parce qu'il est impossible de comprendre le thème du roman sans une connaissance de base de ce texte - qui faisait partie des lectures obligatoires quelques générations plus tôt. Et personne dans la classe n'a jamais entendu parler du 11 septembre 1973, le coup d'Etat soutenu par la CIA qui a mis un terme à la démocratie adulte du Chili. Le choc est tangible quand je distribue des documents déclassifiés étatsuniens qui prouvent la collusion des É.-U. avec le coup d'Etat du général et l'assassinat de Salvador Allende, président élu.

La géographie, l'histoire, la philosophie et les sciences politiques, toutes sont absentes de leurs études. Je réalise que mes étudiants sont en fait des opprimés, comme l'a fait remarquer Paulo Freire dans " la pédagogie de l'opprimé " et qu'ils paient pour leur propre oppression. Je leur explique alors patiemment : Non, notre gouvernement n'a pas été l'ami de la démocratie au Chili ; oui, notre gouvernement a financé à la fois le coup d'Etat et le système de torture de la junte ; oui, cela est valable pour toute l'Amérique latine. Puis, un étudiant demande "Pourquoi ?". Alors, je réponds que la CIA et les sociétés privées foulent au pied le monde en partie à cause de l'ignorance du peuple des États-Unis, apparemment provoquée par l'éducation formelle, renforcée par les médias et acclamée par Hollywood. Plus les gens lisent, moins ils en savent et plus ils deviennent endoctrinés ; c'est ainsi que nous atteignons cet état national d'imbécillité grâce auquel ils s'engouffrent dans des abîmes de dettes. Si ce n'était pas tragique, ce serait drôle.

Pendant ce temps, cette coûteuse imbécillité facilite le financement du travail sanglant des escouades de la mort, des juntes et des régimes de terreur à l'étranger. Elle a permis la guerre dans laquelle nous sommes engagés - une guerre injuste, illégale, illogique et coûteuse qui annonce au monde la faillite de notre intelligence et, par la même occasion, la faiblesse rampante de notre système économique. Chaque mort d'homme, de femme et d'enfant due à une bombe, une balle, à la famine ou à l'eau polluée est un meurtre et un crime de guerre. Et cela met en relief l'incapacité de l'enseignement étatsunien à produire des cerveaux équipés du strict nécessaire pour la survie démocratique : l'analyse et la capacité de poser des questions.

En d'autres termes, je ne pense pas qu'une éducation sérieuse est possible aux É.-U. Tout ce que vous touchez dans les annales de la connaissance est un ennemi de ce système de commerce et de profit, à en perdre la raison. La seule éducation permise est celle qui adapte au statu quo, comme dans les écoles coûteuses, ou qui produit des gens pour maintenir et renforcer le statu quo, comme dans l'école publique où j'enseigne. De manière significative, dans mon établissement, une université de troisième ordre pour la classe des travailleurs, diplômés de collège de première génération qui entrent dans les postes de fonctionnaires au bas de l'échelle, dans l'éducation et dans la gestion de niveau moyen, les matières académiques favorisés sont la communication, la justice criminelle et le travail social - fondamentalement comment mystifier, encadrer et surveiller les masses.

Cette éducation représente un énorme gaspillage des ressources et du potentiel des jeunes. Elle est incroyablement ennuyeuse et sans intérêt - excepté pour les puissances et les intérêts qui en dépendent. Quand un étudiant ukrainien, arrivé depuis seulement trois semaines, écrit en anglais l'essai le mieux structuré et le plus approfondi de la classe, on doit se poser des questions sur l'éducation étatsunienne, en particulier pour nos jeunes.

Mais, l'état de délabrement atteint par l'enseignement étatsunien est à la fois planifié et délibéré. C'est la raison pour laquelle nos médias réussissent si bien avec leurs mensonges. C'est pourquoi notre secrétaire d'Etat peut citer le mémoire d'un étudiant diplômé, en annonçant avec certitude que ces données volés proviennent de la source la plus fiable des renseignements. C'est pourquoi le "Guernica" de Picasso peut être voilé pendant son "rapport" absurde aux Nations Unies sans que quiconque ne remarque la signification politique de ce geste et la sensibilité fasciste qu'elle protège.

Le fascisme culturel se manifeste par son aversion à la pensée et au raffinement de la culture. "Quand j'entends parler de culture, je sors mon revolver", disait Goebbels. Une des réformes les plus infâmes et révélatrices mises en oeuvre par le régime Pinochet a été la réforme de l'enseignement. L'objectif fondamental était de mettre fin au rôle de l'université comme source de critique sociale et d'opposition politique. Les départements de philosophie, de sciences politiques et sociales, les humanités et le secteur des arts susceptibles d'abriter des discussions politiques ont été démantelés. On ordonna aux universités d'émettre des diplômes seulement en gestion des affaires, programmation informatique, génie civil, médecine générale et dentaire - bref, à devenir des écoles d'enseignement professionnel, ce à quoi l'enseignement étatsunien ressemble en réalité, du moins en ce qui concerne l'éducation de masse. Nos étudiants peuvent obtenir leur diplôme sans jamais avoir touché une langue étrangère, la philosophie, de quelconques éléments de science, la musique ou l'art, l'histoire et les sciences politiques ou économiques. En fait, nos étudiants apprennent à vivre dans une démocratie électorale dénuée de toute politique - un fait illustrée par la baisse de fréquentation des bureaux de vote.

Le poète Percy Bysshe Shelley a écrit que, dans la rapacité créée par la révolution industrielle, les gens abandonnent d'abord leur esprit ou leur capacité à raisonner, puis leur cœur ou leur capacité d'empathie, jusqu'à ce qu'il ne reste de l'équipement humain originel que leurs sens ou leurs demandes de satisfactions égoïstes. A ce stade, les humains entrent dans la catégorie de produits de consommation et de consommateurs du marché - un élément de plus dans le paysage commercial. Sans cœur et sans esprit, ils sont instrumentalisés à acheter tout ce qui calme leurs sens exigeants et apeurés - des mensonges officiels, des guerres immorales, des poupées Barbie et des enseignements en faillite.

Pendant ce temps, dans mon Etat, le gouverneur a ordonné une coupure de 10% pour tous les ministères - y compris celui de l'éducation.

Luciana Bohne


Luciana Bohne enseigne le cinéma et la littérature à l'université Edinboro en Pennsylvanie. © Copyright Luciana Bohne 2003
For fair use only/ pour usage équitable seulement.

Traduction bénévole (rezo des Humains Associés)
http://paxhumana.info/article.php3?id_article=371

existe aussi en Espagnol.

Édité par: Natacha le 11 Sept. 2004,14:38

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Joint en : Aout 2001
Posté le: 11 Sept. 2004,20:37 QUOTE
Citation
pourquoi n'y a-t-il personne face aux terroristes, aux extrémistes d'un côté, ou de l'autre, face à Bush, face à TF1, face à la pub ? Bref face à ceux qui défendent et maintiennent ce modèle de société là ? Parce que les modérés sont désorganisés, irresponsables et ne posent pas les bases d'une réelle pensée critique approfondie. Pourtant les modérés sont majoritaires ! Mais la majorité est silencieuse.


Merci Natacha de poser la question en ces termes car cela va, il me semble, au cœur du problème. Une prise de pouvoir n'est possible, sauf exception, qu'avec notre assentiment tacite. Par ignorance, par négligence, par irresponsabilité et sans doute les trois ensemble qui sont bien faits pour se renforcer mutuellement.

J'ai vu récemment le film de Nicole Garcia sur la vie de Jean-Claude Romand, faux médecin et faux chercheur à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), mythomane qui a menti pendant 18 ans à ses amis et à toute sa famille, et qui finit avec le drame que l'on sait. Comme Bush avec ses compatriotes.

En fait une telle histoire n'est possible que si l'entourage ne s'intéresse pas à la situation (donc ne voit pas le mensonge), si pour de multiples raisons, cet entourage est complice — par intérêt en l'occurrence, Romand "plaçait" leur argent à très haut taux — et enfin, que si l'homme ne juge et ne se satisfait que des apparences pour lui-même, sa famille ou la société. C'est d'une certaine façon la politique de la chaise vide. Il est somme toute logique que si je ne m'intéresse pas à ma propre vie, quelqu'un d'autre va s'y intéresser pour moi…

humainement,
jean-rémi


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Posté le: 26 Sept. 2004,17:24 QUOTE
Salvete!
Après la brillante critique de Luciana Bohne sur la limitation programmée des cerveaux par le système éducatif de la grande nation nord-américaine,
Tendances, l'hebdomadaire belge, nous rapporte comment l'observation des réactions de l'encéphale humain in vivo, conforte les tentatives de téléguidage par l'imagerie publicitaire au moyen de stimuli émotionnels.

Bien à vous,
Jax

COMMUNICATION - La neuroscience donne raison à TF1

Quand Patrick Le Lay, le directeur de TF1, déclare que le métier de sa chaîne consiste à vendre "à Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible", il ne sait peut-être pas à quel point il a raison : la neuroscience appliquée à la communication commerciale va dans le sens de ses propos. Pour évaluer la disponibilité du cerveau à capter un message publicitaire et surtout à acheter le produit vanté, la connaissance du fonctionnement du cerveau s’avère utile afin d’accroître l’efficacité de la communication commerciale, résume le magazine belge Tendances. La question étant : suffit-il "divertir et détendre" un téléspectateur avant un message publicitaire pour qu'il devienne un consommateur docile ?

"On peut mesurer si une pub plaît ou si le consommateur s'en souvient, mais savoir si elle fait vendre est beaucoup plus difficile", rapporte Tendances, en citant Patrick Renvoisé, un chercheur français, fondateur de la société de consultants SalesBrain et coauteur d’un ouvrage sur les applications des neurosciences au marketing. Ainsi le développement de l'imagerie par résonance magnétique (IRM), qui sert entre autres à observer l'intérieur du corps humain en trois dimensions avec une grande précision, permet-il également d’"extrapoler ce qui se passe dans le cerveau des gens lorsqu'ils prennent certaines décisions, notamment d'achat", poursuit Renvoisé. L’hebdomadaire belge souligne : "Cela s'appelle le neuromarketing."

"Lors de tests en aveugle de deux boissons (Coca-Cola et Pepsi), l'analyse de l'activité cérébrale des buveurs suggère qu'ils préfèrent la seconde à la première. Mais une fois les deux sodas clairement identifiés, les résultats sont inversés !" Renvoisé explique : "Notre cerveau est constitué de trois parties – le néocortex, le cervelet et le cerveau reptilien (ou 'cerveau archaïque';) –, et c'est ce dernier qui prend la décision d'agir ou non." Or, apprend-on de Tendances, le cerveau reptilien est égoïste, il ne comprend que des éléments basiques, ne se concentre que sur le début et la fin du message, il est très visuel et réagit à des stimuli très émotionnels.

Ainsi, grâce à la recherche en neurosciences, les publicitaires espèrent être de plus en plus efficaces. "Mais le neuromarketing suscite aussi la controverse", souligne Tendances. Ainsi, Olivier Ouiller, un autre chercheur en neurosciences, affirme qu’"il n'existe pas d'étude scientifiquement reconnue établissant un lien univoque entre le fonctionnement d'une partie du cerveau et un comportement aussi complexe que la décision d'achat". Des questions d’ordre éthique se posent également : "Peut-on utiliser des recherches médicales à des fins purement commerciales ? L'Office américain de surveillance, lui, a déjà tranché : en février, il a autorisé la poursuite des expériences de neuromarketing", signale l’hebdomadaire. :remuelatete:


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Joint en : Mars 2003
Posté le: 26 Sept. 2004,19:06 QUOTE


Pour info :

Le "neuromarketing" est-il l'avenir de la publicité ? par Olivier Oullier
LE MONDE (24.10.03)
http://oullier.free.fr/press/lemonde/LeMonde.htm

Quand le marketing s'attaque à nos neurones
http://www.trends.be/CMArtic....nID=314

Et le site web des auteurs du livre "Selling to the old brain" des deux chercheurs français en question :
http://www.salesbrain.net


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Joint en : Mars 2003
Posté le: 26 Sept. 2004,19:54 QUOTE
Chers humains,

L'homme mettra t-il un jour l'intelligence au service de l'humain ?
Les neurosciences au service de la manipulation, de la pub et de la consomation effrénée, alors que 18 millions d'enfants de moins de cinq ans souffrent de surcharge pondérale dans le monde, et qu'1 million de personnes mettent fin à leur vie chaque année dans le monde, et de plus en plus de jeunes, et cette étude d'une sociologue qui montre que télévision et société de consommation rendent littéralement nos enfants malades ! :remuelatete:

JC
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Quand notre société rend nos enfants malades

Bébé consomme
Silvia Galipeau - Cyberpresse.ca

Juliet B. Schor, à qui l'on doit déjà deux ouvrages percutants sur la société américaine contemporaine, revient à la charge avec une toute nouvelle bombe : Born to Buy, The Commercialized Child and the New Consumer Culture.

À 18 mois, un enfant sait reconnaître la bouille de Caillou entre mille. Quelques mois plus tard, il distingue le Lego du Playmobil. À trois ans et demi, il sait que Cornemuse est gentille, Dora aventurière, et avant de commencer l'école, il se tape facilement deux heures devant le petit écran quotidiennement.

Si l'on savait déjà que tant d'heures de télévision n'annonçaient rien de bon pour le tour de taille de cet adulte en devenir ou que les jeux vidéo encourageaient l'agressivité, peu de recherches ont analysé jusqu'ici l'impact de la société de consommation, dans son ensemble, sur le bien-être des enfants.

C'est maintenant chose faite. Juliet B. Schor, à qui l'on doit déjà deux ouvrages percutants sur la société américaine contemporaine (The Overworked American et The Overspent American), revient à la charge avec une toute nouvelle bombe : Born to Buy, The Commercialized Child and the New Consumer Culture.

Et elle n'y va pas de main morte. «Notre culture fait du mal à nos enfants. Littéralement. Elle les rend malades», déclare-t-elle tout de go en entrevue téléphonique, depuis ses bureaux de Boston.

Ce sont ses recherches pour ses deux ouvrages précédents qui lui ont mis la puce à l'oreille. Quelque chose, quelque part, ne tournait pas rond. «Je commençais à croire que la commercialisation de l'enfance était en partie responsable du déclin du bien-être des enfants», écrit la sociologue, également professeure au Boston College.

Les études faisant état de cette commercialisation toujours plus précoce ne manquent pas. Ainsi, si entre 3 et 5 ans, les enfants jouent encore beaucoup, on sait maintenant qu'entre 6 et 12, les heures passées à courir dehors, lire ou bricoler, se comptent sur les doigts de la main. À cet âge, en revanche, ils passent déjà 13 heures, en moyenne, devant la télé. Conséquences ? Divers sondages démontrent que plus du tiers des jeunes de 9 à 14 ans préfèrent magasiner plus que tout; la moitié croient qu'en grandissant, plus on a de sous, mieux on se porte, et 62% affirment que lorsqu'ils seront grands, leur plus grand souhait, c'est d'avoir un job qui leur rapporte beaucoup d'argent.

Parallèlement, le portrait que l'on fait de la santé mentale des jeunes n'a rien de réjouissant, dit la sociologue. Anxiété, dépression, tentatives de suicide, les études sur le bien-être des jeunes ne sont pas roses de nos jours.

Son hypothèse ? «Certains facteurs puissants nuisent au bien-être des enfants», écrit-elle. Parmi ceux-ci: «la montée en force des valeurs matérialistes».

Plus ils achètent, moins bien ils se portent

Pour démontrer sa thèse, elle a sondé pas moins de 300 enfants de 10 à 13 ans de la région de Boston, tous en cinquième ou sixième année. Son questionnaire portait sur cinq grands thèmes: leur utilisation des médias, leurs valeurs en matière de consommation ainsi que leur engagement au sein de la société de consommation, leurs relations avec leurs parents, diverses variables démographiques, et, finalement, leur bien-être mental.

Dans son échantillon, les jeunes, issus de familles relativement bien éduquées, regardaient un nombre d'heures modéré de télévision (inférieures à la moyenne nationale), et globalement, se portaient bien. Mais dès que les heures devant le petit écran augmentaient, leur bien-être général déclinait.

Conclusions ? Plus les jeunes sont submergés par la société de consommation, plus ils regardent la télévision, se baladent dans les grands magasins ou portent des vêtements griffés, plus ils sont à risque de souffrir de dépression, d'anxiété, et d'avoir une faible estime de soi.

Par ailleurs, poursuit l'auteure dans son livre, les enfants bien équilibrés vont généralement moins bien quand ils se mettent à dépenser davantage. Inversement, un jeune déprimé ne s'en portera que mieux s'il est mis à l'écart de la société de consommation. En somme: «Si on consomme plus, on est plus déprimé, et si on consomme moins, on est moins déprimé», résume Juliet Schor.

La sociologue explique cette corrélation par le raisonnement suivant: plus on est soumis à la publicité, plus on a des désirs de consommation à assouvir et plus on risque aussi d'être déçus. D'où le risque de déprime et d'anxiété. Inversement, moins on a de désirs à assouvir, mieux on se porte.

«Il nous faut dénoncer à quel point la vie des enfants est organisée par la société de consommation. En tant que société, il nous faut décider ce que nous allons faire», insiste aussi l'auteure.

Ce qu'elle suggère ? Outre le militantisme, elle revendique l'élimination pure et simple de la publicité des céréales sucrées, boissons gazeuses et autres sucreries qui plaisent tant aux enfants, mais si peu aux parents. Elle suggère d'interdire les placements publicitaires et propose de responsabiliser les publicitaires en les obligeant à signer leurs campagnes.

En outre, elle lance la balle dans le camp des parents. «Dans les foyers, il faut davantage de vigilance quant à l'exposition que l'on tolère aux médias», dit-elle. Elle-même mère de deux enfants, elle les a carrément élevés sans télévision sous son toit. «Il y a de plus en plus de familles qui font de même, dit-elle. Les gens croient que c'est plus difficile que ce ne l'est. Mes enfants ne sont pas des extraterrestres pour autant.»

En fait, conclut-elle, il est beaucoup plus facile de ne pas avoir de télévision du tout, que de n'avoir «qu'un peu» de télévision. À méditer.
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BORN TO BUY, THE COMMERCIALIZED CHILD AND THE NEW CONSUMER CULTURE, Juliet B. Schor, Scribner, 275 p

http://www.cyberpresse.ca/actuel/article/1,4230,0,092004,798971.shtml

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Messages : 26
Joint en : Aout 2001
Posté le: 30 Sept. 2004,15:13 QUOTE
Bonjour à tous,

Sur la consommation télé des tout-petits en France, un sondage réalisée par la Sofres pour le magazine Parents vient de paraître. Ainsi, 91% des enfants de plus de 2 ans regardent la télé au moins occasionnellement ; 21% des moins de 5 ans sont exposés aux mêmes programmes que le reste de la famille… Au vu des articles cités ici et qui éclairent l’action de la télé sur le cerveau et sur le bien-être général des enfants, cela est plus qu'inquiétant… :remuelatete:

Humainement vôtre
Katja


Les tout-petits et la télévision

Le 17 septembre 2004 - Les enfants de moins de 5 ans regardent-ils la télévision ? Selon quelle fréquence ? Quels types de programmes préfèrent-ils ? Quelle est l’influence des habitudes de leurs mères ? Telles sont quelques-unes des questions abordées par notre étude réalisée pour le magazine Parents.

De fortes disparités selon les foyers

Si 77% des enfants de moins de 5 ans regardent la TV - ne serait-ce qu’occasionnellement – on peut relever des disparités selon les foyers :

Les enfants issus de foyers de catégories supérieures la regardent beaucoup moins, en particulier les familles de cadres supérieurs (seulement 61%).

Autres facteurs différenciant :
- Le statut professionnel de la mère : Les enfants des mères inactives regardent la TV plus régulièrement (37%) que les enfants de mamans actives (23%).
- La présence de frères et sœurs au foyer augmente l’intérêt pour la télévision (43% des enfants de mères multipares regardent la TV ; chez les primipares : 31%)
- L’âge de la maman : les enfants des mères de moins de 25 ans regardent plus régulièrement la télé (41% pour 28% dans l’ensemble des foyers).
- Les petits Parisiens semblent " plus accros " (50% - pour 29% dans l’Ouest et 25% dans le Sud Ouest)

A noter également que seulement 39% des enfants réclament la TV (15% régulièrement), et tout naturellement il s’agit avant tout des 2 ans et +.

Si la grande majorité des petits regardent la télévision, il s’agit davantage des 2 ans et + (91% d’entre eux – et 48% régulièrement) que de leurs benjamins de 1-2 ans (73% - et 22% régulièrement).

Des habitudes matinales

Les enfants regardent principalement la TV le matin (64%) - 29% le midi et 34% l’après-midi et le soir.

Ils visionnent le petit écran avec au moins l’un de leurs parents (61% - 66% chez les 1-2 ans) ou bien avec leurs frères et sœurs (43%). La nounou/personne qui garde n’est citée que pour 4% des enfants.

Ils visionnent des programmes dédiés aux tout-petits des chaînes généralistes (3/4 d’entre eux), complétés par ceux des chaînes du câble ou du satellite (20% des enfants).

11% regardent également des programmes pour enfants plus âgés, quelle qu’en soit la chaîne.

Enfin 21% des enfants de moins de 5 ans sont exposés aux mêmes programmes que le reste de la famille.

http://www.tns-sofres.com/etudes/consumer/170904_bebestv.htm

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Posté le: 17 Oct. 2004,02:29 QUOTE
chers humains,

Cet article n'est malheureusement plus en ligne. Mais, on peut voir que la manip des cerveaux est bien réelle dans la pub (pour ceux qui en douteraient encore). Peut-être le seul moyen de ne pas se laisser tirer par le bout du nez : apprendre à savoir ce que l'on veut. A quand une boisson anti-bétises ??

Humainement,
Alex

Pepsi ou coca-cola, le cerveau sous influence

[Le Figaro 15.10.04]
La préférence pour Coca-Cola ou Pepsi viendrait davantage d'une influence culturelle mémorisée par des régions cérébrales que d'une différence de goût. C'est le résultat d'une étude américaine conduite par Samuel McClure, publiée mercredi dernier par la revue scientifique Cell. Soixante-sept volontaires, le cerveau observé par imagerie par résonnance magnétique (IRM), ont goûté aux deux sodas, après avoir visionné des images de canettes de l'une ou l'autre marque. Conclusions ? Seul le Coca-cola a activé certaines parties du cerveau comme le cortex préfrontal et l'hippocampe. Cette zone pourrait, selon les chercheurs, jouer un rôle dans la mémorisation des informations qui influencent les préférences.


:non:

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Posté le: 18 Oct. 2004,03:22 QUOTE
samedi 16 octobre 2004, 7h54
Raison et émotion, le cerveau humain en conflit perpétuel


WASHINGTON (AFP) - Le cerveau humain est en conflit perpétuel avec lui-même entre son centre de l'émotion qui recherche la satisfaction immédiate et celui de la raison privilégiant des objectifs à long terme, selon une étude publiée dans le revue américaine Science datée de vendredi.
Des chercheurs de quatre universités dont Harvard et Carnegie Mellon, ont découvert que deux zones du cerveau semblent être en concurrence pour contrôler le comportement d'une personne évaluant une décision entre satisfactions immédiates et objectifs lointains.

Cette étude s'inscrit dans le cadre de la discipline émergente de la "neuroéconomie" qui étudie les processus mentaux et neurologiques derrière les décisions micro-économiques comme celles de consommer, d'épargner ou d'investir.

"Cette recherche comme celles que nous avons déjà faites illustre le fait que nous agissons rarement d'un seul élan de l'esprit", a expliqué Jonathan Cohen, un professeur à l'Université de Pittsburgh (Pennsylvanie, nord-est).

"Nous avons différents systèmes neurologiques qui entrent en action pour résoudre plusieurs types de problèmes et notre comportement est dicté par la concurrence ou la coopération entre eux", a-t-il poursuivi.

Ces scientifiques ont plus particulièrement examiné le le choix économique et le fait que les consommateurs agissent le plus souvent irrationnellement face à un choix à très court terme mais de façon raisonnée quand il s'agit de trancher sur le long terme.

C'est ainsi que des personnes à qui on offre dix dollars aujourd'hui ou onze dollars demain, choisissent le plus souvent la première option. En revanche, placées devant le choix d'avoir dix dollars dans un an ou 11 dollars dans un an et un jour, ces mêmes personnes retiennent la deuxième option.

Ces chercheurs ont soumis un groupe d'étudiants de l'Université de Princeton à un test similaire tout en observant leur cerveau avec un système d'imagerie par résonance magnétique qui permet d'observer l'intensité de l'activité dans les différentes zones cérébrales en mesurant les flux sanguins.

L'expérience a montré que les décisions portant sur la possibilité de gain immédiat activait fortement les seules parties du cerveau associées aux émotions.

En revanche, toute décision concernant des choix à plus long terme, activait des zones cérébrales associées avec le raisonnement abstrait, ont constaté les scientifiques.

En outre, quand les sujets avaient la possibilité d'obtenir un gain immédiat mais choisissait l'option à long terme, la région cérébrale du raisonnement était beaucoup plus active que celle des émotions. Mais quand ils optaient pour la satisfaction immédiate, ces deux zones du cerveau montraient un degré d'activité comparable avec une intensité un peu plus forte dans la zone de l'émotion.

http://fr.news.yahoo.com/041016/202/43om6.html