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Origine :
http://www.ptb.be/doc/em51/socialismeecologique.html
Lorsque, dans les années 70 et 80, les problèmes écologiques
engendrent des mouvements de protestation d’une ampleur sans
cesse croissante, un important courant petit-bourgeois voit le jour
et élabore toute une philosophie, l’écologisme.
Il s’agit en fait d’une nouvelle tentative — une
de plus — de rejeter le marxisme, idéologie ‘dépassée’,
et de le remplacer par une idéologie prétendument
mieux adaptée à notre époque et davantage susceptible
de répondre aux ‘développements les plus récents’.
Un auteur y tient un rôle d’avant-plan: André
Gorz. Son idéologie est une source d’inspiration importante
pour toutes sortes d’organisations, telles Agalev ou la CSC.
Nous commentons ici deux de ses ouvrages, à savoir Ecologie
et liberté1 et Capitalisme, socialisme, écologie2.
Le premier a été rédigé dans la foulée
de Mai 68, le second au lendemain de la contre-révolution
de velours. Outre des similitudes fondamentales, les deux ouvrages
présentent également des différences intéressantes
qui montrent comment, dans une période de protestation anticapitaliste,
les mouvements petits-bourgeois parlent un tout autre langage que
durant les périodes où sévit une réaction
de droite.
Gorz et le capitalisme
´La logique du Capital, elle, est la seule forme de rationalité
économique pure. Il n’y pas d’autre façon
économiquement rationnelle de conduire une entreprise que
la gestion capitaliste.ª3 Ici, Gorz exprime sa conception de
base: le communisme est une faillite, le capitalisme a prouvé
qu’il reste la meilleure façon de fonctionner. Cette
idée sous-tend la totalité de l’ouvrage et des
conceptions qu’il défend. Plus loin, nous verrons quelles
conséquences cela a sur la (non-)résolution des problèmes
écologiques. Mais, dans ce contexte, il importe de savoir
à quoi mènent ses conceptions. Gorz accepte le capitalisme
dans la totalité de ses caractéristiques essentielles.
En premier lieu, il défend la propriété privée:
´Tout comme moi, R. Land voit dans l’autonomisation
du Capital (…) la condition première de la dynamique
du développement économique.ª4 Secundo, il défend
la libre concurrence qui, à ses yeux, ne doit pas subir la
moindre entrave. Quand il parle de compensation des revenus pour
la diminution de la durée du travail, il ne veut pas que
cela se fasse au détriment du Capital, mais bien de celui
du contribuable: ´La compensation salariale ne peut simplement
être mise à la charge de chaque entreprise mais exige
un financement public qui ne provoque ni distorsion du système
des prix ni entrave à la concurrence.ª5 Tertio, il défend
la course au profit, dans laquelle il voit le critère décisif
pour en arriver à une production efficace: ´Le critère
de l’efficience économique exige la recherche du plus
grand rendement possible par unité de travail vivant ou mort
— en pratique: le profit maximal.ª6
Gorz considère que le capitalisme est un système
supérieur: ´Sa supériorité (…)
ne tiendrait-elle pas plutôt à son instabilité,
(…) comparable à celle d’un écosystème,
qui fait éclater continuellement de nouveaux conflits entre
forces partiellement autonomisées et qui ne se laissent ni
contrôler ni mettre une fois pour toutes au service d’un
ordre stable.ª Bref, si vous désirez produire de façon
écologique, produisez capitaliste! Ces conceptions sont même
vendues comme étant des conceptions marxistes. N’était-ce
pas le grand Marx en personne qui disait que ´Tout ce qui
est solide se dissout dans l’air; ce qui résiste au
changement sera impitoyablement balayéª7 ? Pour Gorz,
il ne fait aucun doute que le socialisme ´oppose une résistance
au changementª et que, conformément aux lois marxistes,
il est donc condamné à disparaître. Le capitalisme,
par contre, ne se laisse pas enfermer dans un ordre social stable,
car lui-même est susceptible de changement, en raison de sa
nature même et, par conséquent, il est amené
à se maintenir… pour l’éternité.
Voilà bien les paroles d’un renégat, qui renverse
sens dessus dessous le marxisme afin de pouvoir afficher une étiquette
qui lui permettra à l’aise de lorgner du côté
de la gauche. Car ce que Marx veut dire, c’est que le capitalisme
oppose une résistance aux changements qu’il génère
pourtant dans son propre giron: un prolétariat qui lutte
pour diriger la société de façon planifiée,
comme c’est le cas, conformément à des moyens
de production très développés. C’est
donc le capitalisme qui doit disparaître, et le socialisme
est le développement qui doit succéder logiquement
au capitalisme, tout comme il est logique qu’après
une végétation d’arbrisseaux apparaisse une
végétation forestière. Si vous voulez produire
de façon écologique, c’est-à-dire conformément
aux lois de la nature et de la société, alors il vous
faut rallier les rangs des forces qui luttent pour une révolution
socialiste.
Ce n’est pas un hasard si toutes les citations sont datées
de 1991. Au début des années 70, Gorz prétend
encore que le capitalisme ´est toujours enclin au despotismeª.8
Mais même ce langage à la mode ne parvient pas à
dissimuler le fait que son anticapitalisme n’est qu’apparent.
Il laisse la question de côté, parce qu’il ne
pose pas la propriété privée comme base de
la dictature mais qu’il s’en prend à une caractéristique
de tout mode de production moderne: ´La base de ce ‘despotisme
d’usine’ (le terme est de Marx) est la division du travail.
(…) Sa nationalisation ne change rien et n’y changera
rien non plus.ª9 Dans son attaque simulée contre le
capitalisme, c’est en même temps, et surtout, le socialisme
qu’il attaque. Car, dans une économie planifiée,
le socialisme va encore pousser plus avant la division du travail,
tout comme l’écologie mondiale parvient à créer
les biotopes adaptés à chaque endroit. La division
du travail n’est pas hostile à l’écologie;
d’ailleurs, plantes et animaux le prouvent à suffisance
dans toutes les parties du monde.
De la même manière, il se fourvoie avec sa position
qui prétend que le capitalisme ne peut échapper au
gaspillage. ´Le capitalisme de la croissance est révolu.
Le socialisme de la croissance, qui lui ressemble comme deux gouttes
d’eau, nous fait miroiter l’image falsifiée du
passé, et non celle de l’avenir.ª10 Ce n’est
pas le capitalisme tout court qui provoque le gaspillage, mais bien
´l’économie basée sur la croissanceª.
C’est ainsi que Gorz pose la base de l’antiproductivisme
dans le mouvement vert. Malheur au socialisme, dans ce cas, qui
veut aller à la rencontre des besoins matériels de
tous les travailleurs…
Bref, en dépit — ou par le biais, justement —
de son langage à la mode de 1978, le jeune Gorz pose très
tôt déjà, dans son analyse des causes des problèmes
écologiques, les fondements de l’anticommunisme et
de l’écoréformisme.
Gorz et le marxisme
Tout comme il se livre à quelques ‘critiques anticapitalistes’,
Gorz, dans son ouvrage de jeunesse, fait également quelques
constatations positives à propos du socialisme. Il va chercher
en Chine et au Viêt-nam quelques-uns de ses exemples, tels
le reboisement, la limitation des naissances et les soins de santé.11
Mais ces quelques constatations positives, il ne les explique pas
en s’appuyant sur la supériorité du socialisme.
Au contraire, sur le plan idéologique, Gorz exprime son refus
du socialisme comme suit: ´Le marxisme (…) a perdu sa
signification prophétiqueª12, ce qui, dans son dernier
ouvrage, se mue en: ´L’idée d’un ‘socialisme
scientifique’ a perdu tout sens.ª13
Gorz condamne le socialisme scientifique qui veut s’ériger
en système tendant à une explication totalement scientifique,
par laquelle il se démarquerait de l’expérience
réellement vécue des humains et de leur aspiration
à l’émancipation et à l’autonomie.
Toutefois, il est une question qu’on ne peut manquer de se
poser: quelles personnes — de quelle classe — se sentiront
menacées dans leur ‘autonomie’, une fois que
le socialisme aura triomphé, et quelles personnes, appartenant
à une autre classe, se sentiront précisément
libérées? Une chose est sûre: sous le socialisme,
pas un seul capitaliste ne pourra ‘s’extérioriser
de façon autonome’!
Pour Gorz, ce n’est pas la dictature du Capital qui constitue
le problème central, mais bien l’aliénation
qui émanerait de toute production industrielle de marchandises
et de services. En ce sens, l’économie planifiée
est une forme encore plus grave d’aliénation de l’individu
que le capitalisme: ´L’autonomisation du sous-système
économique (…) prenait ici la forme d’un appareil
de planification autocratique et oppressif. L’aliénation
était plus totale encore que dans le système de marché.ª14
Gorz confond l’exploitation qui règne dans les entreprises
capitalistes avec les méthodes de production modernes elles-mêmes.
Et bien qu’il prétende qu’une telle production
est inévitable, son ‘socialisme’ consistera à
soustraire le plus grand nombre de domaines possible aux méthodes
modernes, au profit d’unités de production locale et
de services à petite échelle et, de la sorte, il ne
supprimera certainement pas l’exploitation.
Le socialisme, version Gorz
´1. La restructuration écologique de la société
exige que la rationalité économique soit subordonnée
à une rationalité éco-sociale. (…) 3.
Par ‘socialisme’, il faut (aussi) entendre (…)
la création, grâce à des durées du travail
de plus en plus réduites et flexibles, d’une sphère
croissante (…) de coopération volontaire et auto-organisée,
d’activités autodéterminées de plus en
plus étendues.ª15 Gorz ne veut pas s’en prendre
au capitalisme de la propriété privée, de la
soif du profit et de la libre concurrence, puisque ce système
a prouvé sa supériorité. La seule chose qu’il
désire, c’est subordonner le mécanisme supérieur
de la logique capitaliste à des critères éco-sociaux.
Gorz justifie son point de vue exactement comme le ferait tout
renégat: après Marx, la société a poursuivi
son développement et, en tant que marxiste de tendance droitière,
peut-on réellement faire autrement que d’adapter son
analyse à une réalité objectivement modifiée?
Selon Gorz, il existe des développements que Marx n’avait
pas prévus:
´En résumé, on peut dire que nous avons à
faire avec une crise classique de suraccumulation, compliquée
en plus par une crise de reproduction qui, en dernière instance,
est imputable à la rareté progressive des ressources
naturelles.ª16 La production croissante, l’utilisation
des matières premières et la pollution qui en découle
posent en effet de nouveaux problèmes, même si le problème
de l’exploitation de la nature a déjà été
soulevé par Marx et Engels. La question primordiale n’est
toutefois pas de savoir s’il y a bien une crise de reproduction,
mais de savoir quelle sorte de société est fondamentalement
la mieux armée pour affronter n’importe quelle crise.
S’agit-il d’une société où il existe
une contradiction entre la soif personnelle de profit d’une
minorité et les problèmes de santé et d’environnement
du monde entier et, en particulier, des travailleurs? Ou s’agit-il,
au contraire, d’une société qui, grâce
à la possession en commun des moyens de production, serait
mieux en mesure d’affronter de façon planifiée
les problèmes environnementaux? Ce n’est pas le simple
fait de constater ces ‘nouveaux’ problèmes qui
fait que quelqu’un est un vrai socialiste, mais bien la recherche
de solutions socialistes à ces nouveaux problèmes.
- ´Le pouvoir économique et social qui décide,
oriente, organise, commande la production, s’est déplacé
hors du processus de travail. (…) La mise en question des
décisions de production et l’exigence politique d’acquérir
un pouvoir sur elles, requièrent aujourd’hui non pas
l’identification des travailleurs avec leur fonction productive
mais leur recul par rapport à la tâche qui leur est
impartie.ª17 Pour Gorz, la spécialisation sans cesse
accrue de la production fait qu’il est impossible pour les
travailleurs d’exercer sur elle le moindre contrôle.
Il n’est donc plus question de lutter pour la maîtrise
des moyens de production mais, au contraire, de contribuer le plus
possible à leur développement. Le socialisme n’équivaut
plus au contrôle des moyens de production mais bien à
la recherche du maximum de temps de loisirs possible, durant lesquels
on pourra mettre sur pied et développer des ´activités
que l’on aura soi-même choisiesª. On sera confronté
à un Capital ‘réglementé’, qui
opérera harmonieusement, main dans la main, avec un secteur
coopératif parallèle et à petite échelle:
Vandervelde et d’autres social-réformistes ne l’ont
pas mieux exprimé au début de ce siècle…
La seule nouveauté réside dans le fait qu’on
y collera un petit paravent verdâtre, derrière lequel
la continuité du capitalisme pourra se dissimuler en toute
quiétude. Par ailleurs, c’est une erreur de déclarer
que l’aliénation serait imputable à la spécialisation
— en d’autres termes aux moyens de production —
et non aux rapports de production. De cette façon, on s’arrange
exactement pour laisser les capitalistes hors d’atteinte.
Sous le socialisme aussi, il y aura spécialisation, et elle
sera même plus poussée que sous le capitalisme. Mais
le problème de l’aliénation y sera précisément
résolu avec une bien plus grande efficacité, parce
que les travailleurs, via toute la série des organes présents
au sein même de l’entreprise et de l’Etat socialiste,
pourront faire entendre leur voix. Dans ce cas, il s’agira
non seulement de contrôle sur sa ‘propre entreprise’,
mais également — et surtout — de contribution
quant à l’ensemble de la société.
- ´Le travail n’est plus la principale force productive.
(…) Les entreprises remplacent le travail humain par des systèmes
automatiques.ª18 Gorz en vient à la conclusion que le
prolétariat est une classe en régression. Une fois
de plus, il confond les moyens de production et les forces de production:
même si, dans une usine, on a besoin d’un nombre moins
élevé de travailleurs pour assurer une production
plus forte, leur position n’en demeure pas moins d’une
importance tout aussi déterminante que naguère: les
travailleurs, qu’ils soient ou pas hautement qualifiés,
déterminent si l’on produit de la plus-value. Et ils
le font dans des conditions d’exploitation accrue. L’affirmation
prétendant que la classe ouvrière est en régression
est donc totalement erronée.19
- ´Il ne peut y avoir de modernisation écologique
sans restriction de la dynamique de l’accumulation capitaliste
et sans réduction par auto-limitation de la consommation.ª20
Pour Gorz, la diminution de la durée du travail est une arme
destinée à faire baisser la consommation: ´Avec
l’auto-limitation de la durée du travail, le ‘temps
choisi’ rendrait donc possible l’auto-limitation du
revenu et de la consommation marchande.ª21 Gorz entend donc,
d’une part, résoudre le problème de l’environnement
en soumettant le Capital à des critères éco-sociaux
(voir plus haut) et, d’autre part, il veut aborder le problème
de la consommation. Mais dire que ‘la’ consommation
doit diminuer, c’est automatiquement s’en prendre aux
travailleurs et laisser les capitalistes hors d’atteinte.
A une époque où 358 milliardaires possèdent
davantage que 40% de la population mondiale, parler d’‘auto-limitation’
équivaut uniquement à contribuer à l’accroissement
du degré d’exploitation sous l’impérialisme.
Même si l’on s’empresse d’ajouter qu’il
n’est pas exclu qu’il y ait encore un peu de croissance
dans le tiers monde. En disant cela, Gorz ne résout nullement
le problème écologique, mais il fournit toutefois
une solution à la modernisation écologique de l’impérialisme.
Ni droite, ni gauche
Gorz veut ´la réforme des institutions de l’Etat.
Non pas les détruire d’un seul coup, mais bien les
supprimer au profit d’une extension de la ‘société
civile’. Face aux tendances totales de l’Etat de droite
et de la gauche classique, l’écologisme incarne la
révolte de la société civile.ª22 Dans
son ouvrage plus récent, il se montre un peu plus précis:
´Le programme du SPD me paraît faire œuvre de pionnier
dans trois domaines suivants: la restructuration écologique
(…) la réduction de la durée du travail (…)
l’importance accordée aux ‘valeurs féminines’.ª23
Pour Gorz, une alliance est nécessaire entre les syndicats
et les nouveaux mouvements sociaux. Il voit leur tâche de
la façon que voici: ´Ils peuvent et doivent lancer
aux partis des défis continuellement renouvelés, mais
ne peuvent jamais les remplacer.ª24 Gorz veut donc ‘détruire’
l’Etat bourgeois en exerçant une pression de tous les
instants sur les forces de gauche du SPD et de la CDU — ceux-ci,
en effet, se sont déjà bien imprégnés
du débat écologique — afin de réguler
le marché écologiquement et assurer dans une certaine
mesure planning et coordination, et afin de favoriser des initiatives
coopératives. ´Il implique qu’une politique socialiste
ne peut se contenter de corriger et de réguler le fonctionnement
du marché (…) Elle doit favoriser le développement
(…) de formes de coopération volontaire auto-organisée.ª25
Ici, Gorz cite toute une liste de réformistes censée
entretenir l’illusion qu’il convient de réaliser
le ‘socialisme’ en appliquant les réformes nécessaires
au sein du capitalisme, et avec lui. Cela va à l’encontre
de la conception socialiste de l’Etat, qui dit que l’Etat
est l’instrument de la classe ouvrière, afin de pouvoir
maintenir la dictature de celle-ci.
Si l’on veut aborder les problèmes environnementaux
sans toucher au Capital et à l’Etat qui lui est soumis,
sans briser l’Etat capitaliste ni exproprier le Capital, il
convient dans ce cas de chercher des solutions qui soient acceptables
pour le Capital ou susceptibles de lui procurer des bénéfices,
alors que ce sont les travailleurs qui devront payer la facture
verte.
Gorz et l’économie écologique
Gorz souhaite un bon rapport entre le système industriel
existant et le développement d’initiatives autonomes.
´Pour exister politiquement, une gauche écologique
a (…) un urgent besoin de médiations entre le système
industriel existant (…) et (…) des formes de société
postindustrielles (…) Il faut (…) agrandir les espaces
ouverts aux activités autonomes, à l’autoproduction,
à l’épanouissement de chacun et de tous.ª26
Outre la promotion des nouvelles méthodes de direction d’entreprise
telles que les dépeint un Gorz ‘plus mature’,
c’est-à-dire en tant que contribution à l’accroissement
de l’autonomie des travailleurs sur leur lieu de travail27,
notre homme fait en premier lieu la promotion du développement
des initiatives autonomes. ´Quelle image de l’avenir?
(…) Une société dans laquelle les individus
se lient mutuellement sur base volontaire afin de réaliser
des objectifs communautaires et d’être sûrs d’un
maximum d’autonomie individuelle et collective. (…)
Car c’est une illusion de croire que des concepts comme ‘collaboration
volontaire’, ‘planning démocratique’ et
‘autogestion des travailleurs’ pourraient avoir quelque
sens dans une usine de 20.000 travailleurs.ª28
Puisqu’on ne peut toucher au pouvoir du Capital,
Gorz propose de conclure un contrat éco-social, dont voici
le contenu:
- ´Comment allons-nous répartir les gains de productivité
entre: a) la réduction de la durée du travail; b)
la création d’emplois additionnels; c) l’augmentation
des salaires et des prestations sociales?ª29
- ´Si on veut que la RDT réponde à l’intérêt
et aux aspirations aussi bien des élites du travail que des
chômeurs et des précaires, alors il vaut mieux, dans
un premier temps, que l’économie continue de croître
légèrement.ª30
- ´Il consistera à verser aux salariés (…)
un salaire indirect, (…) un ‘deuxième chèque’
(…) Le deuxième chèque ne peut être financé
(que) par (…) l’impôt sur la consommation, qu’il
prenne la forme de la TVA ou celle de taxes spécifiques.ª31
Bref, il veut appliquer une réduction draconienne de la
durée du travail, avec perte (partielle) de salaire, éventuellement
compensée (en partie) par un ‘deuxième chèque’
financé par les impôts indirects. De la sorte, il épargne
le Capital. Ensuite, il libère du temps pour les travailleurs
— qui doivent se payer eux-mêmes, mais c’est de
nouveau du petit lait, pour Gorz, puisqu’il diminue la consommation
et, partant, la pollution — qu’ils peuvent meubler par
des activités autonomes. Parmi celles-ci, le moderne Gorz
fait également figurer l’égale répartition
des tâches ménagères.
Voilà donc, pour l’ami Gorz, à quoi ressemble
la société écologiquement modernisée.
Pas question de toucher au Capital. Tout au plus doit-on s’efforcer,
via les méthodes modernes de direction d’entreprise,
de donner aux travailleurs davantage d’autonomie au sein de
l’entreprise. Mais la véritable autonomie, c’est
une affaire qui vaut à l’extérieur des entreprises
capitalistes. On peut alors obtenir que la durée du travail
soit réduite de façon draconienne. La perte de pouvoir
d’achat qui s’ensuit est en même temps favorable
à l’environnement, car elle réduit la consommation.
Entre-temps, les gens peuvent mettre sur pied, dans leur propre
quartier, toutes sortes de petites activités autonomes dans
le secteur informel, où il est possible d’organiser
gratuitement des échanges de services. Ainsi, il est encore
possible de faire des économies dans la sécurité
sociale.
Les parallèles avec les actuels gouvernements écolo-sociaux-démocrates
ou arc-en-ciel sont surprenants. Eux aussi souscrivent de façon
analogue à la modernisation écologique de l’impérialisme,
au détriment des travailleurs et au profit des patrons. Mais
dans le même temps, ces gouvernements montrent aussi qu’ils
ne menacent pas le pouvoir du Capital et qu’ils n’offrent
pas de solutions fondamentales aux problèmes environnementaux
qu’ils prétendaient pourtant résoudre.
Notes
*
1. André Gorz, Ecologie en vrijheid (Ecologie et liberté),
Van Gennep,
*
Amsterdam, 1978.
*
2. André Gorz, Capitalisme, socialisme, écologie,
Editions Galilée, Paris, 1991.
*
3. Capitalisme, socialisme, écologie, p. 183.
*
4. Ibidem, p. 32.
*
5. Ibidem, p. 89.
*
6. Ibidem, p. 183.
*
7. Ibidem, p. 20.
*
8. Ecologie en vrijheid, p. 86.
*
9. Ibidem, p. 86-87.
*
10. Ibidem, p. 13.
*
11. Ibidem, p. 70, 73, 122, 145.
*
12. Ibidem, p. 13.
*
13. Capitalisme, socialisme, écologie, p. 100.
*
14. Ibidem, p. 26.
*
15. Ibidem, p. 37-39.
*
16. Ecologie en vrijheid, p. 27.
*
17. Capitalisme, socialisme, écologie, pp. 140-142.
*
18. Ibidem, p. 156.
*
19. Jo Cottenier et Kris Hertogen, Le temps travaille pour nous.
Militant
*
syndical dans les années 90, EPO, Berchem, 1991, p. 167-184.
*
20. Capitalisme, socialisme, écologie, p. 93.
*
21. Ibidem, p. 170.
*
22. Ecologie en vrijheid, p. 38-39.
*
23. Capitalisme, socialisme, écologie, p. 83.
*
24. Ibidem, p. 98.
*
25. Ibidem, p. 47.
*
26. Ibidem, p. 134.
*
27. Ibidem, p. 53-54.
*
28. Ecologie en vrijheid, p. 67.
*
29. Capitalisme, socialisme, écologie, p. 191.
*
30. Ibidem, p. 196.
*
31. Ibidem, p. 203-204.
|