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Antimilitarismes révolutionnaires Note de lecture
Jeudi 14 janvier 2010
Alain BROSSAT et Jean-Yves POTEL, Antimilitarisme et Révolution, deux tomes, Anthologie de l'antimilitarisme révolutionnaire,
Union Générale d'Editions, 10/18, Série "rouge", 1975.

Origine : http://www.leconflit.com/article-antimilitarismes-revolutionnaires-42919860.html

Une histoire d'ensemble de l'antimilitarisme révolutionnaire européen, à supposer qu'elle soit possible tant il ressemble à une nébuleuse de personnes et d'organisations plus ou moins éphémères pris dans des conflits, souvent armés entre les deux guerres mondiales, et tant les documents les concernant restent dispersés (sans doute certains sont-ils à jamais détruits - souvent volontairement, notamment par les diverses forces de police des Etats) reste à faire. C'est ce que constate Alain BROSSAT et Jean-Yves POTEL dans leur anthologie de textes antimilitaristes. Mais l'objet de cet article n'est pas d'ordre historique mais plus typologique.
Dans les mouvances marxistes et anarchistes, l'antimilitarisme occupe une grande place, tant hier qu'aujourd'hui. Que ce soit en Allemagne, en Espagne, en Italie, en France ou en Russie, l'antimilitarisme est une composante théorisée de la lutte des classes ou simplement contre le militarisme.

La seule élaboration systématique, d'un point de vue marxiste, date du milieu des années 1920. Produite par l'internationale Communiste, elle s'enracine dans deux expériences distinctes selon Alain BROSSAT et Jean-Yves POTEL:
- l'antimilitarisme des organisations syndicales d'avant-guerre dans les "démocraties bourgeoises occidentales", dominé par l'anarchisme et le syndicalisme révolutionnaire.
En France, Le Nouveau Manuel du Soldat de 1902, de Georges YVETOT (1868-1942), typographe et secrétaire général de la Fédération des Bourses en 1901, secrétaire général adjoint de la CGT (Confédération Générale du Travail) en 1902 est construit autour de trois idées essentielles : l'antipatriotisme, la dénonciation de l'armée "école du vice" et le pacifisme. Ce texte est percutant, "mais l'analyse reste rudimentaire et confuse. Elle est le produit d'une époque où la pratique du mouvement ouvrier face à l'armée est essentiellement une action d'autodéfense élémentaire." En 1914, "toutes ces croisades ne résisteront pas à la poussée chauvine. Contrairement au mouvement ouvrier russe qui a connu la révolution de 1905, le mouvement ouvrier français est confronté à la question militaire essentiellement au travers de luttes économiques et n'engage une lutte antimilitariste que dans ce cadre." Les enseignements de la Commune de Paris de 1870 n'ont pas été tenus en compte par cette tendance-là.
En Allemagne, la coupure d'avec ces enseignements est moins importante. Karl LIEBKNECHT (1871-1919), militant du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), et député en 1912, fondateur du mouvement spartakiste avec Rosa LUXEMBOURG (1871-1919) élabore la première critique d'ensemble de l'idéologie anarchiste. Son Militarisme et antimilitarisme (1907) se fonde sur une étude rigoureuse du militarisme, reprenant les analyses de Karl MARX et de Friedrich ENGELS. "Il montre notamment qui "disséquer le militarisme capitaliste, c'est mettre à nu les racines les plus fines et les plus cachées du capitalisme". Il débouche sur une stratégie de la révolution prolétarienne et une critique radicale de l'antimilitarisme anarchiste : "l'antimilitarisme anarchiste est le frère jumeau de la grève générale anarchiste et anarchisante". Il "considère le militarisme davantage comme quelque chose d'indépendant, suscité de façon arbitraire et fortuite par les classes dominantes, et mène la lutte contre lui, comme d'une façon générale contre le capitalisme, d'un point de vue idéologique imaginaire, qui méconnaît les lois du développement économique et social et, se tenant à la surface des choses, s'efforce de le renverser en stimulant d'une façon purement arbitraire les volontés individuelles."

- l'expérience du mouvement de la classe ouvrière russe. "Il s'agit d'un mouvement forgé dans la lutte clandestine ou semi-clandestine.(...) C'est la rencontre des masses ouvrières en marche pour le pouvoir avec les mutineries de soldats et de marins. Et cette expérience survient alors que l'armée préoccupe depuis longtemps le mouvement révolutionnaire russe." LENINE tire dès 1906 les leçons des combats de 1905, notamment de l'insurrection de Moscou. Il relativise la partie spontanée de la crise sociale sur l'armée bourgeoise. Les révolutionnaires doivent préparer le moment d'une véritable lutte pour la conquête de l'armée. "LENINE va plus loin que Karl LIEBKNECHT. Aux anarchistes, qui isolaient le militarisme de la classe qui le produit, LIEBKNECHT oppose l'analyse marxiste de l'Etat et intègre l'antimilitarisme à la théorie de la révolution prolétarienne. (...) En répondant au mencheviks qui font de la seule persuasion des troupes le moyen de lutter contrer l'armée bourgeoise, LENINE délimite la place pratique de cet antimilitarisme dans la stratégie de prise du pouvoir. A la mobilisation de millions de travailleurs et paysans sur les objectifs révolutionnaires, à la conquête politique de la masse des soldats et à la fraternisation avec les troupes, il faut ajouter une offensive militaire contre le pouvoir d'Etat et ce qui reste de son armée. Il faut préparer pratiquement et politiquement l'insurrection. (...) Les bolcheviks déduiront les conséquences pratiques de cette analyse, en organisant les cellules communistes dans l'armée tsariste. Leurs organisations militaires ne sont (...) pas conçues comme de simples noyaux d'agitation en vue de maintenir une conscience de classe élémentaire chez les travailleurs sous l'uniforme. Elles ont également pour but d'organiser les troupes "en vue de l'insurrection générale à main armée". Elles donnent son ossature au bras armé du parti."

Les organisations militaires bolcheviques vont aborder, dès 1906 à la Conférence de Tammerfors, l'ensemble des questions théoriques et pratiques (y compris celle du travail parmi les officiers) qui dominent encore aujourd'hui écrivent Alain BROSSAT et jean-Yves POTEL en 1975, les débats du mouvement ouvrier sur l'armée. Depuis, bien entendu, beaucoup d'événements sont survenus, le moindre n'étant pas le mouvement de la "mondialisation" qui affaiblit l'ensemble des structures étatiques, et changent (avec l'abolition de la conscription notamment) les données du problème que se posent les partisans du socialisme ou du communisme aujourd'hui...
Si ces problématiques se situant dans un ensemble de "paix en mouvement" (rubrique dans lequel l'article est placé), c'est tout simplement qu'à travers le monde les différents pacifismes se situent aussi par rapport à celles-ci. Nous développerons ensuite certains éléments de ces antimilitarismes révolutionnaires, dégagés notamment dans les oeuvres aussi de LAFARGUE, TROTSKY, Rosa LUXEMBOURG, Jean JAURES, GRAMSCI, MARTY, Jules HUMBERT-DROZ, Kurt FISCHER...

Alain BROSSAT et Jean-Yves POTEL, Antimilitarisme et Révolution, deux tomes, Anthologie de l'antimilitarisme révolutionnaire, Union Générale d'Editions, 10/18, Série "rouge", 1975.
Site Fondation Pierre Besnard : www.fondation-besnard.org.