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TEXTE D'ALAIN BROSSAT CONTRE LES BLOCAGES
3 Décembre 2007

Origine : http://mobilisationp8.forumpro.fr/t427-texte-d-alain-brossat-contre-les-blocages

- Le genre de mouvement auquel nous avons actuellement affaire, sur l'Université en général et à Paris 8 en particulier, est une occasion rare de politisation du milieu étudiant et de la transformation des universités en agoras éphémères. Le blocage rend l'un et l'autre impossible, en créant les conditions pour que la grande majorité des étudiants, ceux, précisément, qui connaîtraient le plus grand profit à faire une telle expérience, restent chez eux et perçoivent ce qui se passe à l'Université et, plus généralement, sur le front des luttes, par le prisme des médias et de la rumeur publique.

- Ceux qui se font les avocats des procédures expéditives (une sorte de blanquisme soft) par lesquelles est imposé le blocus de l'Université, sans qu'aucun effort n'ait été entrepris pour gagner le milieu à la cause du mouvement, sans que rien n'ait été entrepris pour transformer l'université en espace de débat politique et de présentation du conflit, pensent au fond comme Le Figaro et TF1 : ils partent de l'a priori que le milieu étudiant, en tant que tel, n'a pas vocation à être politisé, ne supporte pas d'être détourné de ses études et ne peut être détourné des régularités universitaires que par empêchement et contrainte. Bref, ils substituent l'activisme minoritaire à l'action politique, ils ne font pas de politique.

- Je n'ignore rien des usages abjects qui sont faits actuellement des majorités silencieuses et laborieuses, de l'appel permanent à la mobilisation du marais qui « veut travailler ». Mais la dénonciation de cette démagogie n'autorise pas pour autant tous les raccourcis : lorsque les cheminots et les traminots se réunissent en assemblée générale dépôt par dépôt, ce sont des majorités physiques qui se dégagent, et qui rendent possible la grève. Dans le milieu étudiant, au contraire, se pratique un substitutisme généralisé, rendu possible par la farce des AG générales qui sont le pôle d'excellence des factions, des agités et des vétérans de toutes les guerres universitaires. Pourquoi éviter soigneusement de tenter de mobiliser le milieu en renonçant d'emblée à organiser, dans l'espace ouvert de l'université, des AG par UFR, par exemple ? - Les solutions de facilité et les expédients politiques du type blocage (dont la marque immédiatement visible est l'instauration d'une police d'un type nouveau, vouée à filtrer les entrer, les vocations sont, ici, promptes à s'éveiller) trouvent leur fondement dans l'absence, pour le mouvement, de tout référent positif.

On est contre la loi LRU, ce qui est la moindre des choses, et, pour le reste, c'est soit le syndrome de la tête vide, soit le règne des automatismes et des fantasmagories, des mots d'ordre impensants du type « démocratisation de l'université » ou « défense des acquis universitaires ». Il y a quelque chose de pathétique dans cette combinaison qui se constate aujourd'hui, de l'activisme incandescent et de mots d'ordre rétrogrades agencés autour de la défense des actuels modes de recrutement des enseignants du supérieur (les fameuses « commissions de spécialistes ») ou, plus généralement, de l'actuelle composition d'un système universitaire obèse et décérébré qui est, précisément, cela même dont nous, qui sommes les gardiens d'une certaine /idée/ de l'Université, crevons aujourd'hui. Que leur loi se maintienne ou pas, Pécresse et les siens ont déjà gagné pour autant qu'ils ont engendré ce mouvement « noniste » dont tout l'esprit de résistance se résume à une défense et illustration de cet état des choses universitaire dont le vrai visage est : un processus d'autodestruction sans fin.

Voyons les choses en face : il n'existe aucune espèce d'accord entre ceux qui s'opposent à la loi LRU, quant à l'essentiel : l'Université qu'ils veulent. Le mouvement en cours aurait pu être l'occasion d'amorcer le débat à ce propos si le désir de faire de la politique l'avait emporté sur celui d'exhiber le radicalisme. Des images, des symboles, substitués à des actions. Il ne suffit pas de virer les équipes de TF1 ; encore faut-il ne pas caler ses propres procédures sur celles du pouvoir médiatique.

Alain Brossat