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Origine : http://mobilisationp8.forumpro.fr/t427-texte-d-alain-brossat-contre-les-blocages
- Le genre de mouvement auquel nous avons actuellement affaire,
sur l'Université en général et à Paris
8 en particulier, est une occasion rare de politisation du milieu
étudiant et de la transformation des universités en
agoras éphémères. Le blocage rend l'un et l'autre
impossible, en créant les conditions pour que la grande majorité
des étudiants, ceux, précisément, qui connaîtraient
le plus grand profit à faire une telle expérience,
restent chez eux et perçoivent ce qui se passe à l'Université
et, plus généralement, sur le front des luttes, par
le prisme des médias et de la rumeur publique.
- Ceux qui se font les avocats des procédures expéditives
(une sorte de blanquisme soft) par lesquelles est imposé
le blocus de l'Université, sans qu'aucun effort n'ait été
entrepris pour gagner le milieu à la cause du mouvement,
sans que rien n'ait été entrepris pour transformer
l'université en espace de débat politique et de présentation
du conflit, pensent au fond comme Le Figaro et TF1 : ils partent
de l'a priori que le milieu étudiant, en tant que tel, n'a
pas vocation à être politisé, ne supporte pas
d'être détourné de ses études et ne peut
être détourné des régularités
universitaires que par empêchement et contrainte. Bref, ils
substituent l'activisme minoritaire à l'action politique,
ils ne font pas de politique.
- Je n'ignore rien des usages abjects qui sont faits actuellement
des majorités silencieuses et laborieuses, de l'appel permanent
à la mobilisation du marais qui « veut travailler ».
Mais la dénonciation de cette démagogie n'autorise
pas pour autant tous les raccourcis : lorsque les cheminots et les
traminots se réunissent en assemblée générale
dépôt par dépôt, ce sont des majorités
physiques qui se dégagent, et qui rendent possible la grève.
Dans le milieu étudiant, au contraire, se pratique un substitutisme
généralisé, rendu possible par la farce des
AG générales qui sont le pôle d'excellence des
factions, des agités et des vétérans de toutes
les guerres universitaires. Pourquoi éviter soigneusement
de tenter de mobiliser le milieu en renonçant d'emblée
à organiser, dans l'espace ouvert de l'université,
des AG par UFR, par exemple ? - Les solutions de facilité
et les expédients politiques du type blocage (dont la marque
immédiatement visible est l'instauration d'une police d'un
type nouveau, vouée à filtrer les entrer, les vocations
sont, ici, promptes à s'éveiller) trouvent leur fondement
dans l'absence, pour le mouvement, de tout référent
positif.
On est contre la loi LRU, ce qui est la moindre des choses, et,
pour le reste, c'est soit le syndrome de la tête vide, soit
le règne des automatismes et des fantasmagories, des mots
d'ordre impensants du type « démocratisation de l'université
» ou « défense des acquis universitaires ».
Il y a quelque chose de pathétique dans cette combinaison
qui se constate aujourd'hui, de l'activisme incandescent et de mots
d'ordre rétrogrades agencés autour de la défense
des actuels modes de recrutement des enseignants du supérieur
(les fameuses « commissions de spécialistes »)
ou, plus généralement, de l'actuelle composition d'un
système universitaire obèse et décérébré
qui est, précisément, cela même dont nous, qui
sommes les gardiens d'une certaine /idée/ de l'Université,
crevons aujourd'hui. Que leur loi se maintienne ou pas, Pécresse
et les siens ont déjà gagné pour autant qu'ils
ont engendré ce mouvement « noniste » dont tout
l'esprit de résistance se résume à une défense
et illustration de cet état des choses universitaire dont
le vrai visage est : un processus d'autodestruction sans fin.
Voyons les choses en face : il n'existe aucune espèce d'accord
entre ceux qui s'opposent à la loi LRU, quant à l'essentiel
: l'Université qu'ils veulent. Le mouvement en cours aurait
pu être l'occasion d'amorcer le débat à ce propos
si le désir de faire de la politique l'avait emporté
sur celui d'exhiber le radicalisme. Des images, des symboles, substitués
à des actions. Il ne suffit pas de virer les équipes
de TF1 ; encore faut-il ne pas caler ses propres procédures
sur celles du pouvoir médiatique.
Alain Brossat
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