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Origine : http://www.passant-ordinaire.com/revue/42-462.asp
C’est au milieu du XIXe siècle qu’apparaissent
les techniques anesthésiques modernes, liées à
l’apparition d’un savoir scientifique permettant de
produire artificiellement l’insensibilité, soit locale
ou régionale, soit générale. La première
anesthésie au chloroforme est réalisée en 1847
par Simpson. Mais c’est vers 1840 que l’anesthésie
moderne fait son apparition, aux Etats-Unis, avec l’emploi
de l’éther et du protoxyde d’azote, pour des
interventions dentaires, inaugurant une succession de découvertes
et de perfectionnements ininterrompus. Les premières anesthésies
locales à la cocaïne sont pratiquées en 1884,
auxquelles succède l’introduction de la rachianesthésie
(1898), elle-même suivie par la découverte de la procaïne
(1905), puis celle du cyclopane (1930). Il y aura ensuite les anesthésiques
barbituriques administrés par voie intraveineuse (1932-34),
puis toute la gamme des adjuvants de l’anesthésie –
curare, hypo-tension contrôlée, hibernation artificielle…
Depuis toujours, bien sûr, la médecine avait travaillé
à atténuer les douleurs, à les soulager. Cependant,
avec l’anesthésie moderne, c’est une configuration
nouvelle qui s’ouvre : il ne s’agit plus seulement d’amoindrir
des douleurs, mais de créer des états d’insensibilité
programmés, et ceci non plus au moyen d’expédients
ou de recettes, mais bien d’un savoir assuré de type
scientifique.
L’invention de l’anesthésie en tant que dispositif
de neutralisation ou de suppression de la douleur va avoir, dans
les sociétés modernes, des conséquences en
série. En bref, on va voir une technique médicale
se hisser au rang de paradigme civilisationnel, sans que, généralement,
on mesure tout à fait l’ampleur des effets de diffusion
de ce modèle.
En effet, une rupture marquée se produit dans les sensibilités
culturelles dès lors que sont créées les conditions
d’un retrait massif de la douleur liée aux maladies
ou aux accidents, accompagnant les soins et les opérations
– au point qu’en vienne à être éprouvé
en commun quelque chose comme un droit à ne pas souffrir,
ou du moins à souffrir (physiquement) le moins possible,
à ne pas avoir à éprouver la douleur là
où les moyens techniques existent de la supprimer. Il faut
noter que, selon cette nouvelle sensibilité partagée,
le traitement spécifique de la douleur, délié
de tout autre type de prise en charge orientée vers la guérison,
est étroitement associé au motif de la dignité
– mourir sans souffrances inutiles et mourir dans la dignité,
c’est la même chose. Le traitement de la douleur se
voit attribuer le statut, simultanément, de norme culturelle
et de valeur morale. Depuis plusieurs décennies, un front
de lutte s’est établi, sur lequel sont mobilisés
les milieux médicaux, les personnels hospitaliers –
la détermination employée à lutter contre la
douleur endurée par les malades étant perçue
comme un très sûr indice de civilisation. En France,
des milliers de pages se sont écrites, destinées à
dénoncer le retard pris par la médecine, notamment
hospitalière, dans notre pays, sur ce front, en comparaison
avec les pays anglo-saxons.
Notre condition représente une exception remarquable à
celle qui a toujours prévalu dans les mondes traditionnels
et continue largement à prévaloir parmi les populations
moins bien loties. Ce qui a toujours eu cours, jusqu’à
cette interruption due à l’élaboration des techniques
anesthésiques, c’est l’idée que la douleur
suit l’homme comme son ombre de sa naissance à sa mort,
que vivre, c’est connaître périodiquement l’épreuve
de douleurs petites ou grandes, passagères ou durables. La
douleur, apparaissant ainsi au même titre que la mort comme
l’horizon indépassable de toute condition humaine,
fut donc appelée à devenir le creuset d’intenses
élaborations métaphysiques et morales. On pourra,
par exemple, faire de cette passibilité ou imperfection du
corps humain (constamment exposé à la douleur) la
marque la plus intime de sa condition (de mortel, de créature,
de pécheur…) et donc inventer des modes d’investissement
de cette fragilité humaine permettant d’en renverser,
voire d’en transfigurer le négatif : des jeux de vérité
vont se mettre en place, là où un sujet humain est
appelé à faire face à sa douleur et à
l’envisager comme une épreuve de vie (perspective stoïcienne),
voire comme le moyen d’une réalisation de soi ou d’une
transfiguration (une élaboration de la condition pécheresse
du sujet, dans une perspective chrétienne). Dans tous les
cas, il s’agira de lier la douleur à un sens possible,
lequel acquerra une dimension morale ou fera ouverture sur un horizon
métaphysique, en devenant le moyen par lequel quelque chose
se découvre du secret de la condition humaine. Des circulations
infinies vont ici s’établir entre domaine physique
et domaine moral (douleur physique, souffrance morale, constitution
morale de l’individu), entre douleur, condition de mortalité,
endurance, résignation, salut, etc.
La constance de l’inscription de la douleur perçue
comme destin de l’homme dans cet horizon métaphysique
et moral le montre avec éclat : on change littéralement
de monde lorsque prend corps le programme anesthésique, lorsque
tendent à s’imposer les « idéaux »
et le système normatif qui s’y rattachent. On passe
d’un monde dans lequel l’homme est appelé à
apprendre à faire face à la douleur en l’endurant,
en lui résistant, en l’apprivoisant – part intégrante
qu’elle est de son destin – à un autre monde
dans lequel il est appelé à faire valoir son droit
à conduire une existence éloignée de ces épreuves,
prémunie contre elles. Dans cette nouvelle configuration,
la douleur va, d’une manière toujours plus accentuée,
perdre son sol métaphysique et moral, en cessant d’être
le terreau d’expériences et d’épreuves
salutaires, voire constitutives d’une valeur de l’existence
humaine. Elle va devenir irrelevable dans quelque perspective que
ce soit, synonyme de pure désolation, négatif pur
et simple, mal pur et simple à éviter et écarter
par tous les moyens disponibles.
Une nouvelle normativité prend corps, dont l’horizon
est l’établissement d’un état durable
garanti contre le risque d’une captation des existences individuelles
par l’irruption de la douleur. On retrouve ici le motif de
la sanctuarisation, de la conquête d’espaces garantis
(le corps propre, en premier lieu) contre toute forme d’intrusion
inopinée. Nous allons donc adopter toute une série
de routines anesthésiques (et pas seulement nous en remettre
à la compétence des médecins) – avaler
une aspirine lorsque nous avons mal à la tête, un anti-inflammatoire
lorsque nous souffrons d’un lumbago ou d’un mal de dents…
– , habitués que nous sommes désormais à
considérer les dou-leurs qui surviennent comme des empêchements
indus de vivre selon les régularités établies
et requises. Vivre avec la douleur, comme on était habitué
à le faire dans les mondes traditionnels, nous apparaît
aujourd’hui comme la pire des perspectives.
Au fond, nous repoussons désormais la douleur et la considérons
comme une anomalie, une perturbation illégitime, au même
titre que nous rejetons la violence en considérant les manifestations
vives comme des écarts dangereux, hors norme. Cette double
aversion à la violence vive et à la douleur se manifeste
distinctement en tant que partie intégrante du procès
de pacification, lorsque nous nous abstenons de participer à
des rixes, des émeutes, des guerres, de nous engager dans
des guerres proches ou lointaines, de participer à des orgies
ou toute autre forme de conduites excessives collectives…
C’est que, d’une part, ce type de manifestation est,
d’une manière toujours plus catégorique, rejeté
dans son principe même par le code civilisé (qui fait
du monde en paix, régularisé, un horizon indépassable)
et que, de l’autre, toute participation à l’une
d’entre-elles nous expose à de douloureux accidents
: coups reçus, blessures, mutilations… De la même
façon que la préservation de notre condition immunitaire
suppose que nous jouions pleinement le jeu du monde en paix et que
nous adhérions pleinement aux idéaux de « dé-violentisation
» des relations sociales et politiques, de la même façon,
le renforcement de notre condition anesthésique a pour prémisse
nécessaire l’adoption d’un mode de vie et des
stratégies d’existence qui nous accordent le maximum
de chance de nous tenir éloignés des grandes douleurs.
En ce sens, notre devenir anesthésique peut se décrire
comme équivalent à un processus de pacification et
d’apaisement de nos relations avec notre propre environnement
autant qu’avec notre propre organisme, une mise sous contrôle
(toujours inachevée, mais en bonne voie) de nous-mêmes
en tant qu’êtres vivants exposés à la
douleur. L’idéal qui se dégage ici est celui
d’une reconversion de cette guerre sans fin qui, traditionnellement,
nous oppose à notre environnement et à notre chair
en une paix perpétuelle, encore fragile, relative, mais dont
l’effet, en tant que condition nouvelle, est manifeste : d’une
manière toujours plus « naturelle » (une seconde
nature acquise sur fond d’éloignement de la première
qui nous faisait si constamment dolorifères), nous tendons
à habiter « confortablement » notre propre corps,
à le percevoir comme un îlot de sécurité
protégé, un peu à la manière dont cette
bourgeoisie du Second Empire qu’évoque Benjamin dans
Paris, capitale du XIXe siècle habitait ses appartements
cossus aux murs tapissés d’étoffes de velours
et garnis de molle peluche.
Le renforcement incessant de notre condition anesthésique
a pour corollaire la croissance de notre sentiment de confiance
dans le monde. Infinie est notre foi en ces dispositifs anesthésiques
qui nous autorisent à aller d’un cœur léger
nous faire arracher une dent, opérer d’une hernie,
voire subir de bien plus sérieuses interventions chirurgicales,
comme s’il ne s’agissait que d’interrompre brièvement
le cours de ses activités ordinaires ; infinies sont les
capacités des hommes de l’art à nous garantir
le confort de ce retrait temporaire du monde des vivants et ces
complexes interventions dans notre chair qui, en l’absence
des techniques anesthésiques, seraient impraticables.
Mais cet acquis a une lourde contrepartie là où le
procès d’insensibilisation va tendre à coloniser
de nouveaux espaces, où notre condition anesthésique
va imprégner l’ensemble de notre rapport au monde.
On va voir se développer, avec le passage du plan de la technique
à celui de la « morale », un devenir impassible
de l’individu contemporain, face à la somme des actions,
des faits, des événements susceptibles de l’affecter,
de lui faire éprouver ces « douleurs de l’âme
» que sont la crainte, la pitié, la colère,
la haine, l’effroi, la terreur… Un lien indissoluble
va s’établir entre le développement de la position
de spectateur du monde qui est celle de l’individu contemporain,
une position caractérisée par l’accès
à une capacité de vision démultipliée,
illimitée, par son enveloppement par une profusion d’images
susceptibles de produire des chocs plus ou moins intenses et le
développement de facultés anesthésiques face
à ce qui s’établit ainsi comme actualité.
Plus nous sommes, en tant que témoins-spectateurs de cette
actualité saturée d’images, littéralement
enveloppés par le désastre du monde, et plus s’intensifie
le processus d’insensibilisation anesthésique ; plus
notre condition anesthésique apparaît requise, pour
que nous ne soyons pas emportés par le flux des images du
désastre, que nous ne succombions pas à une mélancolie
(historique) sans fin – que nous ne devenions pas, littéralement,
fous de la douleur du monde.
Rousseau appelait pitié cette faculté qui nous est
donnée de souffrir avec les autres et qui découle
de notre « sentiment de l’humanité ». Aujourd’hui,
notre présence au monde s’établit comme co-présence
à une multitude de scènes où s’éternisent
des situations qui heurtent violemment notre sensibilité
humanitaire et notre idée du droit, où sont commises
des injustices et perpétrés des crimes, où
s’accroissent sans fin les disparités entre immunisés
et démunis. La collision est permanente et d’une violence
inouïe entre notre « âme sensible » (notre
sensibilité juridico-humanitaire) et ce à quoi nous
avons à faire face, et dont nous devons nous porter témoins
: l’insupportable d’une telle actualité est reconduit
de jour en jour, et que pourtant nous devons bien supporter, tant
nos facultés à agir sur le cours des choses pour l’infléchir
apparaissent réduites, en voie de réduction constante,
peut-être.
Notre « sentiment de l’humanité » est,
à ce titre, mis à l’épreuve sans relâche,
avec une intensité que n’ont jamais connue les sujets
d’autres théâtres d’actualité. Les
contemporains du Kant qui les exhortait à se porter activement
témoins de leur propre actualité historique pouvaient
y trouver, eux, du moins, avec quelques motifs d’effroi (la
Terreur, les débuts de la « guerre civile européenne
»), quelques raisons d’espérer car il y avait
ce « signe d’histoire », irrécusable indice
de la permanence du progrès historique et moral, qu’était
la Révolution française. Orphelins d’une telle
perspective et d’un tel événement-boussole,
nous subissons, accablés, le flux d’images qui se succèdent
sans s’enchaîner, chacune venant effacer la précédente,
ne constituant la trame d’aucun récit cohérent,
mais produisant, dans ce tohu-bohu des pseudo-événenements
éphémères et hétéroclites, cette
fatigue du présent qui vient se substituer à la perception
d’un sens manifeste et tangible de l’histoire.
Là où notre « sentiment de l’humanité
» ne peut se tenir à la hauteur de ce qu’exigerait
de nous, en tant que témoins, une telle actualité
(du désastre), le processus anesthésique qui nous
affecte va permettre d’opérer de salutaires déconnexions.
Il va nous donner accès au rôle du spectateur perpétuel
sans que nous soyons voués à succomber à la
mélancolie, à la fureur, à l’effroi ou
à l’accablement. Il va nous autoriser à voir
sans avoir, en permanence, les yeux embués de larmes, en
conservant notre masque d’impassibilité. Nous parvenons
ainsi au terme de ce processus dont Victor Hugo repérait
déjà la marque au beau milieu des tourmentes du XIXe
siècle, notant laconiquement dans Choses vues : « On
pleure moins ».
Cette capacité de voir sans souffrir est l’analogue
de celle dont la possibilité est offerte par les techniques
de l’anesthésie locale ou régionale au sujet
qui subit une opération et en observe avec intérêt
toutes les étapes, perçoit les sons, voit le chirurgien
inciser les chairs, sans que l’attention qu’il porte
à la scène qui se déroule dans le théâtre
de son propre corps ne soit perturbée par la moindre douleur.
L’artiste international Arlan a d’ailleurs établi
tout un protocole de performance filmée à partir de
cette opportunité que lui fournit l’anesthésie
locale : elle se met en scène subissant des opérations
de chirurgie esthétique, parlant, déclamant, commentant
sous l’effet de la morphine. Une figure nouvelle de la souveraineté
de l’artiste s’établit, liée au risque,
au jeu avec la limite, à l’expérimentation sur
soi, là où l’anesthésie lui permet d’assister
sans douleur à des transformations affectant son propre corps.
C’est dans un sens tout proche que nos facultés auto-anesthésiques
vont tendre à nous permettre, aujourd’hui, d’assister
aux terrifiantes « opérations » dont est le théâtre
le corps du monde et dont sont les auteurs ces figures renouvelées
du médecin fou – Ben Laden dans la « salle d’op’
» ouverte de Manhattan, Poutine en Tchétchénie,
Milosevic et sa kyrielle d’« assistants » en Bosnie
et au Kosovo, Bush en Afghanistan, etc.
Ici, ce qui nous émancipe (des affects qui nous rendent
otages du malheur du monde) est aussi ce qui nous enchaîne
: cette victoire que nous remportons sur nous-mêmes en renforçant
sans cesse nos capacités immunitaires et notre condition
anesthésique est aussi notre malédiction. Elle nous
éloigne toujours davantage de l’horizon de la communauté.
Nous pouvons, à la rigueur, identifier des victimes, soulager
ou relever les corps, mais nous sommes plus incapables que jamais
de conduire à bien l’opération par laquelle
notre mouvement vers l’autre éprouvé, vaincu
ou blessé, le convertirait en semblable et égal, dans
un horizon qui serait celui d’une recomposition de la communauté
politique. Nous sommes frappés d’une manière
toujours plus constante par ce mal qui s’appelle perte de
la capacité d’éprouver l’altérité
dans des formes singulières, capacité qui est au fondement
des mouvements intimes à la faveur desquels l’individu
séparé ré-enchaîne sur la communauté.
Cette figure de la tétanie affective nous est au fond très
familière : elle a pour emblème le bureaucrate du
crime qui, bien loin d’être un monstre sanglant, tyrannique,
barbare, ne fait que pousser à son paroxysme le processus
d’impassibilisation et d’insensibilisation. Non seulement
son accès à la condition historique anesthésique
est la condition de l’accomplissement froid et planifié
des crimes dont il est l’instigateur, l’organisateur
ou le perpétrateur, mais de surcroît, dans l’après-coup,
il se singularise par son absolue incapacité à s’extraire
hors de sa forteresse anesthésique, à éprouver
face à ses crimes quoi que ce soit qui dévie du sentiment
du devoir accompli, de la tâche nécessaire, de l’absolue
légitimité d’actions conduites à couvert
de la raison d’Etat, de quelque cause sublime ou autorité
irrévocable. Ces personnages, dont Eichmann est l’archétype,
mais dont la liste est interminable (Papon, Milosevic, les organisateurs
du génocide rwandais, Pinochet…), apparaissent à
l’occasion de leurs procès ou de leurs confrontations
avec l’opinion comme des monstres d’insensibilité
– un oxymore où se trouvent logées toutes les
apories de cette espèce de souveraineté qui installe
au cœur de l’action le chiasme entre la capacité
de faire et l’incapacité d’éprouver, le
désir de savoir, la faculté de comprendre.
Que les choses soient envisagées du côté du
perpétrateur ou de celui du spectateur du malheur du monde,
jamais le domaine de l’expérience n’est apparu
aussi fragile ou menacé qu’au temps de l’immunisation
et du devenir anesthésique. Les vivants apparaissent, qu’ils
soient des exécutants ou des spectateurs, irrévocablement
éloignés de l’horizon dans lequel trouvent un
sens des expériences fondamentales qui structurent une condition
métaphysique et morale, leur capacité à répondre
de leur actualité et à entreprendre des actions dont
ils puissent endosser la responsabilité apparaît pro-fondément
atteinte.
De même, la naissance, la maladie, la mort cessent d’être
ces points limites de l’expérience qu’elles sont
traditionnellement, et du même coup les balises de notre condition
métaphysique : on meurt, à l’hôpital,
délié de sa propre agonie, on donne la vie, grâce
à la péridurale, insensibilisée contre les
douleurs de l’enfantement, on change de cœur, et cette
opération technique parfaitement au point est tout, pour
son bénéficiaire, sauf une expérience, tant
elle « excède [ses] possibilités de représentation
» (Jean-Luc Nancy, L’Intrus). Plus se poursuit l’expansion
du domaine de la non-sensation là où prévalaient,
jadis et naguère, de terribles épreuves liées
à de grandes douleurs, plus s’effondre un pan de l’expérience
humaine. Il ne s’agit évidemment pas d’entretenir
la nostalgie radoteuse d’un temps où les vives douleurs
auraient forgé les tempéraments forts, mais d’amorcer
une approche de ce que peuvent être, pour notre présent
et un avenir proche, les conséquences multiples de ce procès
d’amputation esthésique dont nous som-mes les sujets
/ objets.
Alain Brossat
Philosophe, auteur de nombreux ouvrages dont Pour en finir avec
les prisons aux éditions la Fabrique (2001, 12 E)
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