Origine : hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/58/44/24/PDF/AMINTAS.PDF
Alain AMINTAS Maître de Conférences
LESSOR Laboratoire d’Economie et de Sciences Sociales de Rennes
Université Rennes 2
6 avenue Gaston Berger 35043 Rennes Cedex 02 99 14 18 17
alain.amintas (at) uhb.fr
Résumé
Cette communication vise avant tout à combler une absence
: celle d'une perspective critique sur les technologies de contrôle.
Les travaux de M. FOUCAULT, largement reçus dans les cercles
académiques anglo-saxons nous permettrons après l'explicitation
des rapports entre pouvoir, technologies de contrôle et savoirs
gestionnaires d'explorer deux problématiques contemporaines
liées au TIC, celle de l'émergence d'un nouveau modèle
d'organisation et celle de l'autonomie des acteurs, en profitant
des renversements de perspectives autorisés par l'approche
foucaldienne.
********
Cette communication vise avant tout à combler une absence
: celle d'une perspective critique sur les technologies de contrôle.
Si la communauté des chercheurs anglo-saxons est largement
familiarisée avec ce qu'il est convenu de dénommer
les "critical studies", on ne peut que remarquer la pénurie
1 française de travaux s'inscrivant dans ce courant. Ce phénomène
est d'autant plus remarquable que la plupart des auteurs anglo-saxons
vont souvent adosser leurs fondations théoriques sur des
auteurs nationaux comme Michel Foucault ou Jacques Derrida. 2 Cette
communication poursuit un double objectif. D'une part, elle cherche
à rétablir un équilibre, en tentant de faire
connaître un ensemble de démarches susceptibles d’élargir
et d'enrichir un débat théorique qui peut parfois
sembler s'enliser dans des thématiques répétitives
ou des questionnements récurrents. Si les thèses et
théories du courant critique n'emportent pas forcément
notre adhésion, il n'en reste pas moins que voulons défendre
ici la place légitime qu'elles peuvent occuper dans le champ
d'études des technologies de contrôle.
Nous pensons notamment qu'elles sont susceptibles d’amener
une reformulation des interrogations et d'inciter à des problématisations
renouvelées. En second lieu, nous avons la faiblesse de croire
que les renversements théoriques qu'elles impliquent, peuvent
contribuer à une interrogation sur les fondements épistémologiques
de nos savoirs, la science se construisant, comme l'a martelé
G. Bachelard, contre les présupposions et le sens commun.
Cette communication s'appuie plus particulièrement sur l’oeuvre
de Michel FOUCAULT, dont la réception dans la communauté
universitaire de langue anglo-saxonne a déjà donné
lieu à une importante littérature (DEETZ 1992, Mc
KINLAY & STARLEY 1998, MACINTOSH 1994, TOWNLEY 1993). Dans un
premier mouvement, nous examinerons l’angle d'attaque que
les travaux foucaldiens tracent sur notre champ de recherche. Dans
un deuxième temps nous tenterons de problématiser,
sur fond de cet éclairage, la question de l’évolution
des technologies de contrôle.
1 1. Les points d'entrée d'une perspective critique.
Michel FOUCAULT ne présente pas à l’instar
d’auteurs comme P. BOURDIEU, de système théorique
total “resserrant tous les phénomènes autour
d’un centre unique” 3. Il refuse même cette prétention
à la totalisation : son oeuvre est faite de réécritures,
de reformulations, de reconsidérations. On ne saurait donc
appliquer les “ idées ” de M. FOUCAULT. Elles
doivent être comprises non comme constituant un corpus théorique
mais plutôt comme une perspective introduisant le coin du
questionnement dans la manière dont les choses sont sues
et les individus perçus.
1 Mention doit être faite de l'article de D.LEMAITRE à
la Revue française de gestion (mars avril mai 2000) pp.43-59.
2 Peut être cet état est il imputable au fait que
ces auteurs sont surtout connus en France pour leurs combats politiques,
ce qui semble disqualifier leurs oeuvres.
3 FOUCAULT (1969) p.26
1.1 1.1 Le pouvoir comme question centrale
Appliqués au champ des organisations, les travaux de Michel
FOUCAULT présentent une vertu cardinale : réintroduire
la question centrale du pouvoir au centre du dispositif d'analyse.
Si un certain nombre d'auteurs ont mis l'accent sur les mécanismes
d'obéissance constitutifs du pouvoir organisationnel notamment
A. ETZIONI et H. MINTZBERG, cette question est aujourd’hui
largement évacuée du corpus de recherche, ou, du moins,
elle n’y trouve qu’une place réduite. On peut
sans doute attribuer cette situation à deux facteurs. Le
premier est celui de la diffusion d'une conception dominante de
la sociologie américaine, où le pouvoir est assimilé
à un processus d'influence d'ordre relationnel et est donc
banalisé. Le second tient à l'influence des travaux
d'H. SIMON où la question de l’obéissance s’évanouit
au profit d'une mise en avant des phénomènes informels
d'internalisation par les acteurs des normes organisationnelles.
On peut sans aucun doute parler d'une dissolution de la question
du pouvoir, les flux d'informations et les processus d'influence
qui structurent des relations entre les partenaires individuels
ou collectifs devenant les clés explicatives fondamentales
de ce qu'il est convenu d’appeler le comportement organisationnel.
Michel FOUCAULT n'a jamais cherché à définir
le pouvoir en soi, c'est à dire à en énoncer
l'essence. Au passage, il réfute toute prétention
à définir un pouvoir "en soi", existant
universellement et dans des formes précises. Ce qui intéresse
M. FOUCAULT c'est avant tout la question : "le pouvoir comment
?" et non "le pouvoir pourquoi ?". Il s'attache ainsi
à une définition positive où le pouvoir se
révèle être le moyen de modifier les actions
des individus.
Le pouvoir ne consiste pas en une action directe sur une personne
mais plutôt en une action sur d'autres actions : il repose
sur la possibilité de guider l'action et de mettre en ordre
ses résultats possibles. L'exercice ne saurait être
assimilé à une action déterministe : il se
donne comme une influence délimitant pour les actions un
espace de possibilités. Le pouvoir ne réside pas dans
une catégorie ou des objets, mais émerge d'un réseau
de relations qui sont systématiquement interconnectées.
Cet exercice du pouvoir peut prendre des formes phénoménales
extrêmement différentes : on relèvera bien sûr
tous les mécanismes coercitifs, de surveillance, d'allocation
des ressources et ce que M. FOUCAULT dénomme plus largement
les pratiques disciplinaires porteuses d'une normalisation des individus
et de leurs collectifs. On range dans cette catégorie les
formes de supervision, de formalisation, de règles, qui cherchent
à accroître le pouvoir sur le comportement des agents.
Mais il convient d'inclure dans cette énumération
tous les processus susceptibles d'emporter le consentement de ceux-ci
: pratiques culturelles d'adhésion, de permission, de persuasions
morales ainsi que les savoirs techniques formalisés. Comme
l’explicite S. CLEGG (1990) "De telles pratiques ne sont
pas uniquement contraignantes, elles ne font pas que punir et interdire.
Notamment elles renforcent et rendent possible la volonté
d'obéissance et constituent sur le plan organisationnel des
formes reconnues de créativité et de productivité
grâce à un processus à la fois explicite (par
des éléments externes d'autorité tels que les
règles, les supérieurs) et implicite (par l'acquisition
d'une bonne conduite de la part des membres)".Le pouvoir s'affirme
autant sur le terrain de l'explicite que de l’implicite.
En second lieu, le pouvoir Foucaldien n'ayant pas de forme
propre, n'a pas de lieu spécifique.
Il est à la fois l'origine et le produit d'un ensemble de
micropouvoirs, de microtechniques plus ou moins connectées,
qui en s’interpénétrant, forment des dispositifs,
des agencements. On ne peut donc assimiler le pouvoir à l'autorité
hiérarchique reposant sur sa pyramide. Il s'exerce au travers
de l’ensemble des méthodes et des technologies mises
en oeuvre dans les organisations qui "avec leur particularité
de temps, de lieux et d’objectifs se renforcent en empruntant
les unes aux autres pour former une stratégie disciplinaire
anonyme et globale" 4. S. CLEGG (1989) a ainsi développé
cette dimension en présentant un modèle cherchant
à rendre compte des différents circuits de pouvoirs
qui sont autant de "champs discursifs de force”. Pour
CLEGG l’exercice du pouvoir dans une organisation s'exerce
sous trois dimensions, au travers de trois circuits distincts et
inter-reliés. Le premier circuit est qualifié d’épisodique
et concerne les interactions quotidiennes, incluant notamment les
routines et les communications . Le circuit dispositionnel, plus
formalisé faire intervenir des règles pour structurer
les relations et les significations qui maillent l’organisation.
Les règles sont actualisées et les significations
stabilisées au travers des interactions. C’est à
ce niveau que l’autorité est légitimée.
Enfin le circuit facilitateur est celui des mécanismes disciplinaires,
entendu sous ses aspects répressifs mais aussi incitatifs.
Les circuits sont interdépendants et dotés de points
de connexion. Si ce modèle est discutable d’un point
de vue analytique (l’articulation entre processus collectifs
d’interactions et processus d’ingénierie nous
semble particulièrement insuffisante) nous pensons que son
grand mérite est d'expliciter ce polymorphisme du pouvoir
où tout membre d'une organisation est un relais dans un processus
complexe aux directions et pôles multiples.
Enfin, les effets du pouvoir ne sont pas attribuables à
une appropriation mais à des dispositions, à des manoeuvres,
à des tactiques, à des techniques, à des fonctionnements,
et à ce que l'auteur regroupe souvent sous le terme de stratégies.
De ce fait le pouvoir n'a aucun caractère monolithique mais
émerge au contraire d'une multiplicité de relations
de forces immanentes à la sphère où elles opèrent.
Il existe ainsi une réelle dynamique du pouvoir faite de
modifications, de contradictions, de disjonctions mais aussi de
connexions et de convergences de stratégies.
1.2 1.2 Les savoirs comme régimes de vérité
C'est sur le fondement de cette position centrale détenue
par le pouvoir, qu'il est possible de formuler une Archéologie
des savoirs et plus précisément des sciences humaines.
Ces savoirs développent ce que M. FOUCAULT dénomme
les formations et des pratiques discursives.
Une formation discursive peut se définir comme un noeud
de concepts, de propositions et d'assomptions permettant de rendre
l'individu connaissable et "actionnable". Chaque formation
discursive est dotée d'un ensemble de pratiques associées
consistant en techniques et dispositifs permettant de mettre en
oeuvre et de reproduire ces savoirs qui ne sont eux mêmes
rendus possibles que par l’existence d’assertions et
d'hypothèses le plus souvent implicites. En définissant
un corpus de pratiques possibles, les savoirs sont à la fois
les produits et les vecteurs du pouvoir.
4 GIRDWOOD 1987 p.22 cité par CLEGG 1990, p.667
Formations et pratiques discursives sont donc ce qui permet au
pouvoir de se constituer en tant que tel : "le dispositif panoptique
n'est pas simplement une charnière,.c'est une manière
de faire fonctionner des relations de pouvoir dans une fonction,
et une fonction par ces relations de pouvoir" 5. En même
temps que le pouvoir s'exerce, il génère des formes
de savoirs. Et c’est à mesure que ce pouvoir se construit
et étend son emprise, que les savoirs découvrent de
nouveaux objets de connaissance dans l’espace de cette emprise.
S'impose ainsi le schéma fondamental d'un discours qui "organise
la manière de penser en manière de faire, en gestion
rationnelle d'une production et en opération régulée
sur des champs appropriés" 6. Pour Foucault, les savoirs
dénommés “ sciences humaines ” sont fondamentalement
des savoirs institués et instituants , dépendant d’organisations
sans lesquelles ne sauraient exister ni acteurs connaissants, ni
formation d’objets de connaissance.
Institutions et organisations apparaissent à la fois comme
des architectures de pouvoir mais aussi des espaces où s'actualisent
et se génèrent des savoirs, c’est à dire
des dispositifs cognitifs ( MARSDEN & TOWNLEY 1986),
2 2. Quelques pistes de recherche
Pour G. MORGAN (1989), l’apport de FOUCAULT repose sur une
proposition : aborder l'organisation comme une prison. Passons sur
le fait que M. FOUCAULT lui même ait reconnu le caractère
spécifique des prisons par rapport à d’autres
organisations. Mais ramener ses travaux à cette proposition
métaphorique et quelque peu provocatrice nous semble limiter
la portée de son oeuvre. Celle-ci, par les renversements
théoriques qu'elle provoque, par les connexions nouvelles
qu'elle établit, nous semble à même d’ouvrir
un certain nombre de perspectives fécondes tant sur la question
de l’évolution des technologies de contrôle que
sur celle de la position du sujet confronté aux nouvelles
technologies.
2.1 2.1 Discontinuité ou continuité des technologies
de contrôle
Pour nombre d'auteurs, l’oeuvre de FOUCAULT est une source
d'inspirations théoriques et de perspectives analytiques
sur les technologies de contrôle (HOPWOOD 1987, LOFT 1988,
MILLER & O’LEARY 1987).
5 FOUCAULT(1975) p.208
6 De CERTEAU p.103
La lecture du Panopticon de BENTHAM peut en effet constituer l'archétype
et le schéma organisateur des systèmes de contrôle
organisationnel. On sait que Michel FOUCAULT avait trouvé
dans l’architecture de la prison conçue par l'un des
fondateurs du courant utilitariste la structure fondamentale rendant
possibles les dispositifs disciplinaires. En fournissant le plan
d'une prison où chacun pouvait être vu par un seul
gardien à partir d’une tour centrale, BENTHAM mettait
en effet l'accent sur le processus clé organisateur : la
visibilité qui rend le prisonnier “objet d’une
information, jamais sujet dans une communication ” 7. C’est
autour de cette logique de transparence que peuvent alors se former
les dispositifs et les instrumentations qui rendent visibles, enregistrent,
différencient et comparent.
Cette logique de visibilité, de construction d’une
transparence informationnelle par un processus de surveillance constitue
le principe organisateur des technologies de contrôle. Pour
A. LOFT (1988) la monétarisation opérée par
les systèmes de contrôle, qui enserre littéralement
toute activité se déroulant au sein d’une organisation,
permet ainsi cette mise sous surveillance du champ organisationnel
. En recréant la totalité des activités de
l'organisation (activités de gestion , activités de
production), le système d'information de gestion transforme
l'espace des entreprises en un champ observable et visible. Plans,
budgets, systèmes de coûts standards sont autant d'instruments
disciplinaires quadrillant l'espace, découpant le temps,
normant les actions et rendant “ calculables ” les agents,
en fournissant les moyens de les comparer. Les pratiques de contrôle
(coûts standards et budgets) contribuent alors fortement à
construire les individus comme des personnes plus manageables et
plus efficaces (MILLER et O LEARY 1987).
Mais on ne saurait limiter les dispositifs de contrôle aux
seules technologies classiquement dédiées au contrôle
de gestion. Pour FOUCAULT , on ne peut pas opposer le formel à
l'informel, les prescriptions aux routines, les structures aux systèmes
de relations, les règles aux pratiques. Au travers de son
choix de termes "dispositifs", "agencements",
il cherche à comprendre et à faire comprendre comment
les technologies de surveillance sont avant tout des articulations,
des mises en relation. C’est parce qu’ils sont étroitement
connectés que ces éléments forment un quadrillage
des espaces et des durées. Des chercheurs comme J. GIRIN
ont repris les notions de dispositifs et d'agencements pour rendre
compte de la connectivité et de la multidimensionnalité
de ce que nous appelons couramment les techniques de gestion.
Comme le panoptique de BENTHAM qui fonctionnait à la fois
sur un processus matériel de visibilité des prisonniers
mais aussi d’intériorisation de cette surveillance
par ces derniers, les technologies de contrôle prennent des
dimensions cognitives, sociales, culturelles et s'inscrivent dans
les modes de relations et les systèmes de pensée.
En dissociant les systèmes formels et techniques des mécanismes
socio-cognitifs, qualifiés d'informels, qui les interpénètrent,
on risque alors de ne pas comprendre le fonctionnement global du
réseau formé par ces deux pôles et de ne pas
en saisir la portée.
Deux questions se posent ici. La première a trait à
un éventuel monolithisme du système formé par
les dispositifs de contrôle. On peut de fait être tenté
de déduire des éléments théoriques présentés
la présupposition d'un système disciplinaire totalement
cohérent et implacable. On doit se garder de telles inférences.
Le pouvoir s'exerce en effet par le biais d'une multiplicité
de champs discursifs et des pratiques qui leurs sont associées,
champs et pratiques dont la logique d’ensemble n'est en aucun
cas prédéfinie. L'organisation se révèle
à la fois le champ d’application de pratiques et technologies
de pouvoir différenciées et concurrentielles, tout
en constituant le terrain d'affrontements et de marchandages de
différentes stratégies de pouvoir. Le processus de
raffinement et d'affermissement des technologies de contrôle
est un processus positif et créatif (MC KINLAY & STARKLEY
1998), émergeant de la mise en relations des pratiques, de
supports matériels, et des savoirs.
7 FOUCAULT (1975) p.202
La force du système de domination disciplinaire est justement
de se constituer à partir de sa capacité à
intégrer la diversité des discours et des pratiques
et à se nourrir des conflits et des antagonismes que génère
la confrontation des stratégies de pouvoir. On est ici bien
loin des perspectives consensualistes qui sous-tendent nombre de
travaux de notre champ de recherche.
Le contrôle et l'instrumentation qui en constitue l'architecture
s’inscrivent profondément dans les relations de pouvoir
et en même temps participent à leurs constructions
et leurs reproductions. "Accounting, when seen in such terms
is not a passive instrument of technical administration, a neutral
means for merely revealing the pregiven aspects of organisational
functioning. Instead its origis are seen to reside in the exercising
of social power both within and between organisations" 8. Les
savoirs managériaux sont des produits socialement construits
au travers des jeux d’intérêts et des relations
de pouvoir et ne peuvent prétendre être les miroirs
passifs d'une réalité technique (COVALEVSKI &
DIRSMITH 1988).
Une des implications importantes des travaux foucaldiens est de
nous inciter à réviser une hypothèse largement
reçue en sciences de gestion : celle qui repose sur une caractérisation
de notre période managériale comme la conjonction
d'une sortie du taylorisme et d'une mutation en profondeur d’un
contrôle de gestion adossé aux nouvelles technologies.
Schématisons ici rapidement les discours tenus dans cette
perspective : Les mutations de l'environnement concurrentiel des
firmes qui devient de plus en plus complexe et imprévisible,
exigent pour des raisons de pertinence et de réactivité,
une décentralisation des systèmes de décision
au plus près des opérations.
Conjointement, les outils de contrôle traditionnels fondés
sur la stabilité de l’environnement et la prédictibilité
du comportement organisationnel se trouvent en rupture face à
de nouvelles exigences stratégiques de réactivité
et de flexibilité qui ont donné le jour à de
nouvelles méthode de gestion (Management de la qualité,
gestion transversale).
Les nouvelles technologies autorisent désormais des solutions
de coordination interactive reposant la distribution des décisions,
sur un échange de savoirs entre fonctions, sur une intense
communication transversale. "L'aspect essentiel est la composante
communicationnelle des nouvelles techniques, les possibilités
qu'elles offrent d'interconnecter les tâches, les systèmes,
les organisations et la puissante dynamique d’intégration
qui en résulte" 9.
Pour nombre d'auteurs nous assisterions ainsi à une révolution
des techniques de contrôle, certains préférant
désormais adopter le terme de pilotage ou de conduite des
activités plutôt que le terme de contrôle, considéré
comme connoté. L'optique Foucaldienne permet de renverser
totalement cette perspective. L’implantation des technologies
de l'information et de la communication, la mise au point de nouvelles
pratiques de management se révèlent au contraire comme
autant d'avancées dans un mouvement général
de sophistication des dispositifs de domination disciplinaire.
8 HOPWOOD 1987 p.213
9 VElTZ 1990 P.57
L'autonomie décisionnelle nouvellement accordée aux
opérationnels repose sur l’acceptation par ceux-ci
de nouvelles contraintes et obligations. "L'encadrement fait
accepter et même
endosser par les exécutants des contraintes de résultat.
En échange, les exécutants obtiennent qu'on reconnaisse
la pertinence des informations dont ils disposent et leurs compétences.
Ils obtiennent une autonomie pourvu qu'ils en fassent bon usage.
Plus exactement, ils conquièrent une autonomie et une compétence
en démontrant l'efficacité de l'une et de l’autre
pour atteindre les résultats souhaités"10. Si
la décentralisation des décisions peut se lire comme
un desserrement du système hiérarchique de supervision,
elle doit aussi se comprendre comme l’imposition, au niveau
des collectifs de travail opérationnel, d'une obligation
de résultat, dont tout juriste sait qu'elle est largement
plus contraignante que l'obligation de moyens. Le grand mérite
de l'optique de FOUCAULT est de permettre de sortir de faux débats,
pour comprendre la portée des agencements en cours. On sait
que des auteurs comme P.VELTZ (2000) et P. ZARIFIAN (1995) défendent
l’émergence au sein des collectifs de nouvelles formes
de gestion des événements fondées sur la mise
en commun des savoirs et la régulation communicationnelle.
Ce modèle s'oppose à la fois au modèle taylorien
classique mais aussi aux hypothèses d'auteurs que nous qualifierons
de critiques comme H. BRAVERMAN (1974) ou sur un registre plus interrogatif
J. LOJKINE (1994), qui insistent sur les dangers de déqualification
dont sont porteuses les nouvelles technologies. Pour ce courant,
les implantations technologiques actuelles représentent une
deuxième vague de taylorisation, fonctionnant comme la première
à partir d'une dépossession des savoirs détenus
par les opérationnels au profit de mécanismes autoritaires
et prescriptifs pesant désormais non seulement sur des tâches
mais aussi sur des décisions. Sous couvert d'une amélioration
des performances, la mise en oeuvre de la rationalité technologique
opère un renforcement du pouvoir managérial qui peut,
désormais, grâce aux capacités technologiques,
opérer par une surveillance non seulement des actions mais
aussi des modes de pensées.
Les conclusions suggérées par la lecture de FOUCAULT
reformulent les termes de ce débat.
Elles nous incitent à considérer ces constats apparemment
antagoniques dans une perspective globalisante : les nouvelles méthodes
de gestion reposent en fait sur une amélioration des pratiques
disciplinaires, sur une progression dans les savoirs conduisant
à la formation d'individus gérables. Les discours
sur l'autonomie des acteurs ne font que constater implicitement
que les savoirs manageriaux sont désormais assez élaborés
pour s’appuyer sur l’intégration par les individus
des normes et règles disciplinaires que véhiculent
les outils de gestion : d’où le développement
de pratiques s’appuyant sur des mécanismes d’autocontrôle
et d’autocorrection. Ce progrès n'empêche nullement
que dans d'autres espaces, la continuité des méthodes
de TAYLOR soit beaucoup plus évidente que les mécanismes
de surveillance interviennent plus directement . Mais sur un mode
très général et dans les différentes
situations, force est de constater une amélioration des mécanismes
rendant les personnes plus transparentes non seulement du point
de vue des aptitudes et des potentiels mais de plus en plus du point
de vue des attitudes, du dévouement et de la loyauté
envers l'entreprise (BOYER 1993).
10 DURAND p.13
Plutôt qu'une idée de rupture ou de mutation, la situation
explorée est celle d'un approfondissement et d'un élargissement
des pratiques discursives liées aux technologies de contrôle.
Plus précisément, une nouvelle étape se forme
comme l'a constitué à une époque la mise au
point des méthodes tayloriennes ou le modelage des systèmes
de contrôle de gestion , progrès permettent de passer
d'un "instrument fruste et autoritaire" à un instrument
"de plus en plus élaboré, impersonnel, procéduralisé
d'analyse des temps et des méthodes d'usinage, jusqu'à
la sublimation dans le calcul des coûts" 11. Dans cette
perspective, l'implantation de nouvelles technologies de l'information
repose sur une sophistication de la technologie disciplinaire émergeant
d’une composition entre les nouvelles potentialités
offertes par la matérialité des systèmes techniques
et un approfondissement de savoirs gestionnaires portant sur les
conditions d'exercice d'une surveillance de plus en plus internalisée
par les membres de l'organisation. La gestion par processus ou les
méthodes de reconfiguration sont dans ce cadre un prolongement
et approfondissement des idées de Taylor (BOJE & WINSOR
1993).
L’hypothèse est donc que si la multipolarité
des systèmes de communication remet en cause les mécanismes
hiérarchiques traditionnels ainsi que la suprématie
des flux d'informations descendants, elle ne peut en aucun cas s’interpréter
comme un relâchement de la surveillance des acteurs. Les réseaux
de communication produisent de l'information mais également
des procédures, des règles , et des normes de fonctionnement
qu'ils peuvent diffuser à l’intérieur de la
structure comme autant d’incitations. Les décisions
sont encadrées, enregistrées normées et rendues
transparentes. Chaque cellule ou chaque pôle exerce ou subit
un contrôle selon un modèle de dépendance circulaire
12. Le contrôle fonctionne ainsi par auto-adaptation des centres
de décisions aux objectifs et règles édictées
et sur le fondement d'une démultiplication des formes de
contrôle et des sphères de dépendance.
L’implantation et l'extension dans les organisations des
technologies de l'information et de la communication doivent être
pensées et analysées en relation avec l'ensemble des
pratiques organisationnelles attachées à la modernité
de la gestion (progiciels intégrés de gestion et ERP,
Intranet, TQM, collecticiels, BPR). G. SEWELL et B. WILKINSON (1992)
exposent à partir d’une étude de cas comment
la combinaison du système d’information avec les techniques
de production JIT et TQC forme un “ Panopticon électronique
” qui permet de resserrer la surveillance tout en diminuant
la supervision directe. Pour W. ORLIKOWSKI (1991), derrière
le souci affiché d’intégration des différents
flux d’informations et de la mise en place d’un univers
communicationnel, émerge le projet de la constitution d’une
matrice de contrôle.
2.2 2.2 Une subjectivité retrouvée ou disciplinée
La deuxième question fondamentale que nous permet d'aborder
la lecture de FOUCAULT est celle de la place de la subjectivité
dans les organisations et notamment les relations de celle-ci avec
les techniques d'information et de communication.
Un immense courant herméneutique saisit aujourd’hui
les sciences de gestion. La définition des organisations
comme étant des systèmes d'interprétations,
offerte par K.WEICK (1979) a en effet très largement ouvert
un champ de recherche, "reposant sur la conviction fondamentale
que les organisations ne peuvent être comprises sans faire
référence à ce que
11 BONAZZI (1993)p.175
12 Ainsi un article de la revue Management sur les ERP met en avant
l’anecdote d’ouvriers contrôlant via le progiciel
SAP la pertinence des achats de pièces effectués par
les ingénieurs. On peut certes parler de modification des
rapports de force mais nullement d'un assouplissement du contrôle.
pensent les acteurs" 13. En mobilisant les représentations
détenues par les acteurs et les significations données
aux événements, le chercheur peut alors cerner les
ressorts des conduites individuelles mais surtout collectives. Une
attention toute particulière est alors portée aux
interactions communicationnelles au sein desquelles se construit
et se modifie le sens donné à l'action.
Michel FOUCAULT nous invite à aller au-delà de ce
légitime souci humaniste. On remarque que ces discours sur
la prise en compte de la subjectivité des acteurs entre en
résonance avec un autre corpus discursif qui insiste sur
les possibilités d'influencer le comportement des acteurs,
en leur offrant, par le truchement des outils et dispositifs de
gestion, des représentations, des modèles, des modes
d'engagement et d'implication dans la poursuite des performances
organisationnelles. La subjectivité interprétée
par le Taylorisme comme un îlot de résistance à
l'autorité est devenu un objet de manipulation. L’ingénierie
organisationnelle s'affirme de plus en plus comme une ingénierie
sociale capable d'instrumentaliser les subjectivités. Le
constat opéré par LINHART sur les managers ayant acquis
"la conviction que, pour changer les comportements, les changements
structurels et technologiques ne suffisent pas" et "qu'il
faut agir sur les mentalités" peut s'étendre
à tous les niveaux des organisations, managers y compris.
On passe ainsi d'une gouvernabilité par les ordres et les
directives à une gouvernabilité par l'adhésion
à une logique, à des schèmes mentaux conduisant
à des processus intériorisés d'autocontrôle.
Un certain nombre d'auteurs voient dans ces phénomènes,
la marque d'un nouveau procès de déréalisation.
Les technologies de la communication seraient productrices de processus
de décontextualisation des pratiques sociales et de recontextualisation
de celles ci au sein du système culturel de l'entreprise.
Elles tendent alors à devenir le seul réfèrent
en se transformant en "un redoutable outil de déterritorialisation
puisqu'il pourra accélérer grâce à des
logiciels adaptés, l'acquisition de la nouvelle culture,
l’intériorisation de nouvelles normes14". La rationalisation
en cours des processus d'information et de communication repose
sur un mécanisme d’abstraction qui soustraie ces processus
aux espaces et aux pratiques qui les ont générées
pour mieux les modeler et les instrumentaliser . Les processus de
codification et de quantification de l'information contribuent ainsi
à déréaliser les significations dont elle est
porteuse et ,partant, à masquer les enjeux qu'elle pourrait
révéler (BROS & DE GAULEJAC). Les instrumentations
contemporaines accentuent les mécanismes d'une abstraction
des activités provoquant une déconnexion accentuée
entre les actions et leurs résultats attendus. Le rapport
à un réel devenant de plus en plus médiatisé
par un ensemble complexe reposant sur des procédures, des
règles, des dispositifs. "Plus le système organisationnel
tend vers l'abstraction, plus il tente de mettre en place les dispositifs
pour réinisuffler du subjectif et du relationnel dans ses
rouages" 15.
Une certaine distance avec ces discours sur le retour du sujet
.Il devient même déterminant d’en saisir toute
la duplicité et l’ambivalence. La subjectivité
"exaltée dans ses vertus d'intelligence et de spontanéité
est en même temps une subjectivité prescrite, c'est
à dire circonscrite dans son champ d'action, dans ses finalités
et dans les échanges qu'elles
13 COSETTE(1994) p.154.
14 BROS & DE GAULEJAC 1998.
15 (DE GAULEJAC 1987).
impliquent avec d'autres subjectivités" 16. On se doit
de relever le fait que le discours insistant sur la nécessité
d’une prise en considération de la subjectivité
et de la communication dans le travail est consubstantiel à
un approfondissement des mécanismes disciplinaires de modelage
et de conformation de la subjectivité des salariés
structurés par technologies.
Mais doit-on en conclure pour autant que la mise en avant de cette
subjectivité dans les discours gestionnaires intervient pour
masquer les enjeux réels des mutations en cours, par un intense
travail de dénégation ?. Ce discours serait alors
de nature idéologique, discours justificateur rationalisant
une situation après qu'elle se soit produite ou la légitimant
par avance. Les relations entre pouvoir et savoir semblent d’un
ordre plus subtil. Surveiller et punir évoque le développement
conjoint de deux systèmes hétérogènes
opposés, celui d'un corpus doctrinal humaniste élaboré
par le siècle des Lumières et celui des techniques
de visibilité et de quadrillage qui ont donné naissance
aux sciences humaines. Ce que semble vouloir désigner M.
FOUCAULT, ce sont les limites des discours ne pouvant déboucher
que sur ce qu'il appelle des régimes de vérité
limités et partiels.
Un exemple nous permettra de fournir un fondement à ce développement.
On sait que Marshall MAC LUHAN figure comme un des fondateurs des
sciences de la communication et de l'information, dernière
génération des sciences humaines. Un de ses textes
datant de 1962 concernant l'impact du téléphone dans
les organisations délivre un développement explicatif
qui anticipe presque totalement celui qui est aujourd’hui
tenu sur les nouvelles technologies.
Pour MAC LUHAN, le téléphone est un outil subvertissant
littéralement l'organisation hiérarchique classique.
"La structure pyramidale de la division et de la description
des tâches et de la délégation des pouvoirs
ne résiste pas à la vitesse du téléphone
qui permet de contourner toutes les hiérarchies et qui engage
les gens en profondeur" 17. Le téléphone va alors
structurer la prévalence des savoirs et des compétences
sur les rôles et les délégations de pouvoir.
"Au téléphone seul vaut l'autorité du
savoir. L'autorité déléguée est linéaire,
virtuelle, hiérarchique. L'autorité du savoir est
non linéaire, non visuelle, englobante" 18. Il va enfin
devenir le cadre organisateur de communications distribuées
en réseau. "La séparation des pouvoirs était
une technique de contrainte de l'action dans une structure centralisatrice
rayonnant vers une périphérie lointaine... dans une
structure électrique, il n'y pas de périphérie...
il ne peut y avoir de dialogues qu'entre centres et qu'entre égaux"
19 L'examen de ces extraits peut nous faire sourire mais doit surtout
nous interroger. Comment expliquer qu’un tel discours sur
le téléphone aujourd’hui totalement disqualifié
soit reproduit presque trait pour trait dans la littérature
contemporaine de gestion à propos des TIC. Il faudrait peut
être alors convenir qu'existe aussi dans notre champ, une
contradiction entre un corpus doctrinaire hérité des
Lumières, fondé sur les idées d’émancipation
et d'autonomie des individus et des pratiques discursives contribuant
à produire et reproduire les mécanismes de pouvoir.
16 VINCENT (1996) p.19
17 MAC LUHAN (1968)p.297
18 MAC LUHAN (1968), p.299
19 MAC LUHAN (1968), p.299
Ce rapide expose de quelques perceptives foucaldiennes sur les
technologies de contrôle fait le silence sur les limites ou
les points de discussion de l’oeuvre. On pourrait ainsi souligner
l'impersonnalité des stratégies de pouvoir qu’elle
suppose et l’immanence du système de pouvoir qu'elle
sous-tend, son refus de prendre en compte la réflexivité
qui pourrait permettre de sauver les notions de science, la focalisation
de son analyse sur des pratiques particulières et parfois
marginales. Mais la valeur de son oeuvre ne nous semble pas tant
résider dans les descriptions qu’il dresse des institutions
que dans les renversements théoriques qu'elle opère,
les déconstructions qu’elle autorise, les problématisations
qu’elle introduit. Paradoxalement, nous pensons que c'est
notamment au travers de la prise en compte de travaux comme ceux
de Michel FOUCAULT que nous pouvons contribuer à renforcer
des sciences de gestion qui ne peuvent se construire qu'à
partir d'une prise de distance avec la doxa discursive. Une science
ne se construit que lorsqu’elle accepte de s’interroger
sur elle-même.
Références bibliographiques
Alvesson m. & Wilmott (1996) Making Sense of Management - A
critical introduction, London, Sage
Boje D. & Winsor R.(1993) 'The resurrection of taylorism :
Total Quality Control hidden agenda, Journal of organizationnal
change management, vol.6, n°4, pp57-70.
Boyer R.(1993) 'Comment emerge un nouveau système productif
? in DURAND, pp31-92
Bonazzi G(1993) 'Qualité et consensus à la Fiat Mirafori'
in DURAND ,pp.165-188
Braverman H. (1974) , Labor and monopoly capital, Monthly Review
Press.
Bron A., De Gaulejac V. (1998), La Gourmandise du Tapir, Desclée
de Brouwer.
Certeau De M. (1990), L’invention du quotidien, 1.arts de
faire, Gallimard , Paris
Clegg S. (1989) Frameworks of power, London, Sage
Clegg S. (1990) ‘Pouvoir, symbolique, langage et organisation,
in CHANLAT J.-F., L’individu dans l’organisation, Laval,
Eska, pp.663-684.
Clegg S., Hardy C.& Nord W eds (1996), Handbook of organization
studies, London Sage
Cosette P.(1994) 'Structures cognitives et organisations' in LOUCHE
(ed) Individu et Organisations, Delachaux et Niestlé, pp155-178.
Covalevski M & Dirsmith M. (1988) ‘The use of budgetary
symbol in the political arena : an historically informed field study,
Accounting Organizations & Society n°1, pp.1-24
Deetz S. (1992) ‘Disciplinary power in the modern corporation’
in ALVESSON M. & WILLMOTT (eds), Critical Management Studies,
London, Sage, pp.21-45
Deleuze G. (1986) , Foucault , Paris, Minuit Durand J.P (1993)
'Crise et chatoiement' in DURAND j.P ed Vers un nouveau modèle
productif , Paris, Syros, pp.11-28.
Foucault M.(1969), L’Archéologie du savoir, Paris
Gallimard,
Foucault M.(1975), Surveiller et punir, Paris, Gallimard.
Gaulejac De V.(1987), 'L 'organisation managériale' in Organisation
et management en questions(s), Paris L'Harmattan, pp.128-153.
Hoskin K. & Macver H.;(1986) ‘Accounting and the examinantion,
a genealogy of disciplinary power’, Accounting Organizations
& Society vol.11, n°2, pp. 105-136.
Linhart D.(1996), 'Le droit de s'opposer, le droit de parler' in
MEYNAUD H.-Y ,Les sciences sociales et l'entreprise, Paris La Découverte.
Lojkine J. (1994) La révolution informationnelle, Paris,
PUF, Sociologies d‘aujourd’hui.
Loft A. (1988) ,The history of management accounting : the relevance
found in Ashton D. Hopper T. , Scappens R., Issues in management
accounting, Prentice Hall.
Macintosh N.(1994) , Management accounting and control systems,
NewYork Wiley Marsden R. & Townley B (1986) ‘The owl of
Minerva : reflections on theory in practice’ in Clegg, Hardy
& Nord eds, pp.659-675
Mckinley A. & STARKEY K eds (1998), Foucault, management and
organization theory, London, Sage.
Mcluhan M.(1967), Pour comprendre les médias, Mame/Seuil
Miller P. & O’leary T. (1987)’Accounting and the
construction of the governable person’ Accounting, Organisations
& Society, vol.12, pp.235-265. MORGAN G.(1989), Images de l’organisation,
Eska
Orlikowski W. (1991) ‘Integrated information environment
or matrix of control ? The contradictory implications of information
technology’ Accounting management and Information technologies,
vol.1, n°1, pp.9-42 Poster M. (1984) Foucault, marxisme and
history - Mode of production versus mode of information, Cambridge,
Polity
Ray C.A. (1986) 'Corporate culture - The last frontier of control'
Journal of Management Studies.
Sewell G & Wilkinson B. (1992) ‘Someone to watch over
me : surveillance , discipline and the just in time labour process’,
Sociology,vol.26,n°2, pp.279-282
Townley B. (1993) ‘Performance appraisal and the emergence
of management’, Journal of Management Studies vol. 30 n°2,
pp.27-44.
Velzt P.(2000) , Le nouveau monde industriel, Gallimard.
Vincent J.M.(1996) 'la déstabilisation du travail' in Futur
Antérieur 35-36, n°2, pp.13-31
Weick K. (1979), The social psychology of organizing ;, Reading
MA, Addsison Wesley
Zarifian P.(1995), Le travail et l’événement,
Paris, L’Harmattan.
|